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Le rapport Pillay : un nouveau coup d’épée dans l’eau ?

Publié : le 30 septembre 2010 à 20:56 | Par | Catégorie: Analyses de l'actualité

Le 26 août 2010  à la suite de la publication par le journal  Lemonde.fr d’extraits d’un rapport de l’ONU à paraitre dans les heures qui viennent, la communauté internationale dans son ensemble a semblé découvrir avec horreur et stupéfaction les atrocités commises par le front Patriotique rwandais contre les réfugiés Hutu au Congo à la fin des années 90.

Président Paul Kagame et son armée

Ces crimes, commis dans l’ombre du génocide commis contre les Tutsi en 1994, remettaient en question 16 années de certitudes, 16 années de vision manichéenne, selon laquelle  au Rwanda, il y’avait eu deux camps, celui  des bons, les Tutsi et celui des mauvais les Hutu.

Seize ans plus tard, le monde découvre qu’en réalité il y’a effectivement eu deux camps, celui des bourreaux tout d’abord, Hutu comme Tutsi et celui des victimes ensuite bien plus fourni en nombre  et que le régime en place au Rwanda fait partie du premier camp.

Et pourtant si l’étonnement est sans doute vrai pour l’opinion publique internationale, la même affirmation serait fausse en ce qui concerne le public averti.

L’ONU n’en est en effet pas à son premier rapport et la volonté politique a  toujours eu jusqu’à présent le triomphe sur le désir d’éclatement de la vérité.

Jambo News vous propose de revenir sur tous les éléments qui au fur et à mesure des années ont été étouffés. En cliquant sur chaque lien, vous pourrez avoir accès au texte complet de ces rapports dont certains ont été classés comme confidentiels.

Octobre 1994, rapport Gersony :

Le 27 juillet 1994, après la prise du pouvoir du FPR,  le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU a envoyé au Rwanda une équipe d’enquêteurs afin de déterminer si les conditions d’un retour des réfugiés étaient remplies.  La réponse de l’équipe fut catégorique, NON et pour cause les réfugiés qui rentraient au Rwanda pour peu qu’ils soient Hutu étaient tués de manière systématique par le FPR. Selon ce rapport, aucune distinction n’était faite entre les hommes, les femmes, les enfants et les vieillards qui étaient éliminés systématiquement à l’arme blanche ou par balles pour les fuyards. Les auteurs estiment qu’entre 5000 et 10000 Hutu par mois ont été tués entre  juillet et septembre 1994 dans les communes concernées.

Les auteurs du rapport  précisent en outre  que les éléments découverts dans ce rapport sont corroborés par d’autres rapports rédigés indépendamment par d’autres agences du HCR se trouvant dans les pays voisins.

A la découverte de ces éléments, les Nations Unies n’ont pas bougé un pouce, le Rwanda ne recevant même pas un blâme.

Avril 1995, le massacre de Kibeho

Le 22 avril 1995, sous les yeux d’une demi douzaine d’agences de l’ONU, de 3300 casques bleus et de près de 120 ONG dont Oxfam et Médecins sans frontières, 2500 soldats de l’APR entourent un camp 100 000 déplacés internes qui refusaient de rentrer dans leurs communes au motif qu’ils étaient systématiquement massacrés par l’Armée patriotique rwandais ((branche armée du FPR) pour le simple qu’ils étaient Hutu.

Pendant plusieurs heures, ils tirent à l’arme lourde faisant selon les sources entre 4000 et 8000 morts, soit en une après-midi presque au temps de victimes qu’à Srebrenica, considéré comme le plus grand massacre en Europe depuis la deuxième guerre mondiale et ayant justifié quasiment à lui seul la création d’un Tribunal pénal international.

A nouveau et malgré la présence de témoins oculaires de premier plan, ce massacre se déroule presque dans l’indifférence de la communauté internationale.

Jambo News vous propose de lire à ce sujet l’article de Claudine Vidal et de regarder un témoignage en images.

Article de Claudine Vidale sur les massacres de Kibeho

Témoignage en images (âmes sensibles, s’abstenir)

Janvier 1997, rapport Hourigan

L’enquêteur australien Michael Hourigan  du TPIR est envoyé au Rwanda pour le compte de la juge canadienne Louise Arbour. Il a pour mission de découvrir  l’auteur de l’attentat du 06 avril 1994 considéré comme l’élément déclencheur du génocide des Tutsi au Rwanda. A sa grande surprise, il découvre que c’est le FPR qui est derrière. Il rencontre quelques jours plus tard Louise Arbour qui de manière agressive et incompréhensible aux yeux de l’enquêteur lui ordonne de lui remettre la seule copie et définitivement clôturer son enquête.

Dans sa déposition annexée à cet article, il raconte en détail ces événements  qui l’ont poussé à quitter son travail et pour lesquels après plus de dix ans il garde une certaine amertume.

Février 1999, le rapport Garreton

Le chilien Roberto Garreton remet à son tour un rapport sur les crimes commis au Congo notamment par le Front Patriotique rwandais dont  il estime que des éléments peuvent permettre de parler de génocide contre les Hutu au Congo.  Dans une interview accordée récemment à RFI, l’enquêteur raconte lui-même le contenu de son rapport et l’étouffement et ses suites.

Source: suivre ce lien

Novembre 2006, l’enquête du juge Bruguière

De tous les éléments incriminant le régime du FPR l’enquête du juge Bruguière est sans doute celui ayant reçu le plus grand écho médiatique. Mais la plupart des médias emmenés par la journaliste belge Colette Braeckman ont eu plus l’objectif de discréditer l’enquête notamment pour le fait qu’elle provient d’un juge d’une patrie favorable aux Hutu.

S’il est vrai que la France sous Mitterrand était un allié historique du régime de Habyarimana, la France de Sarkozy et de Kouchner est tout le contraire. Bernard Kouchner  étant même probablement parmi les fans de Paul Kagame primus inter pares, à moins qu’il ne soie devancé in extremis par Tony Blair, le conseiller personnel de Kagame.

Le plus grand rebondissement a sans doute été le revirement du principal témoin Abdul Ruzibiza qui a déclaré avoir tout inventé. La presse s’en est immédiatement fait écho. En fin de semaine dernière, on a appris son décès, mais quelques mois avant de mourir, il avait confirmé ses déclarations aux successeurs du juge Bruguière, les juges Trevedich et Poux. Lire sous le lien ici, l’article Marianne2 persiste et signe.

Un reportage du vrai journal de Canal+ revient sur les révélations de Ruzibiza.

Février 2008, l’ordonnance du Juge Andreu Fernando Merelles

Dans une ordonnance de près de 200 pages, le juge espagnol Merelles délivre 40 mandats d’arrêt à l’encontre de 40 hauts  responsables du FPR en les accusant d’avoirs commis des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité et de crime de guerre ainsi que d’être les responsables de l’attentat du 06 avril.

A nouveau cette ordonnance a été reçue dans l’indifférence générale. Ce n’est que récemment en juillet 2010 lorsque Zapatero a refusé de rencontrer Kagame à Madrid qu’elle a refait surface.

Voir l’article du France 24 à ce sujet.

Le rapport Pillay: un nouveau coup d’epée dans l’eau?

La rumeur court selon laquelle, ayant vu ce qui était arrivé aux précédents rapports, des commissaires aux Droits de l’Homme des Nations Unies ont organisé eux-mêmes sa fuite dans la presse. Bien leur en a pris car à voir l’énergie qu’à déployée Kigali pour l’étouffer, il est à parier que sans cette fuite, il serait resté lettre morte. La lettre qu’a adressée à Ban Ki-moon la ministre des affaires étrangère du Rwanda, le 5 juillet 2010 est particulièrement éloquente à ce sujet.

Quelques soit l’origine de la fuite, l’auteur a réussi ses objectifs peut être bien au delà. Jamais en effet, un rapport n’aura fait autant parler de lui avant même sa sortie.

Même si à ce stade il semble prématuré d’espérer une quelconque justice pour les millions de victimes auxquelles le rapport rend hommage, il est permis d’espérer que toute la vérité éclatera bientôt au grand jour.

Le président Paul Kagame et son régime risqueraient alors de rentrer tristement dans l’histoire comme étant le seul régime responsable de deux génocides.

Celui des Tutsi de l’intérieur tout d’abord, en tant que coresponsable  pour le chef d’incitation à le commettre.

Celui des Hutu ensuite, pour sa planification et son exécution.

L’histoire voulant toujours qu’il y’ait une ironie, l’ironie rwandaise veut que ce soit ce même régime responsable de l’extermination d’une grande partie de sa propre population qui soit actuellement au pouvoir au Rwanda et qui se présente à la communauté internationale comme ayant réussi à surmonter le défi de la réconciliation nationale.

Il  faudrait vraiment être aveugle pour ne pas voir que derrière les façades des grattes ciels de Kigali, quelque chose ne tourne pas rond au Rwanda.

Ruhumuza Mbonyumutwa

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2 Commentaires à “Le rapport Pillay : un nouveau coup d’épée dans l’eau ?”

  1. […] pour ces massacres  notre article intitulé « Le rapport Pillay : un nouveau coup d’épée dans l’eau ? […]

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  2. tambwe zaidi dit :

    tot ou tard on finira par comprendre qu une partie du peuple rwandais a ete sacrifie par la communaute internationale a arusha et ces gacaca qui n en finissent pas savez vous aussi que ont etes tuees d autres hutu meme a l interieur du pays

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