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Ex-rebelle en RDC, sanctionné par l’ONU et toujours chef militaire

Publié : le 6 janvier 2011 à 9:59 | Par | Catégorie: Actualité

NEW YORK (ONU) 05/01 (AFP) = Il est accusé d’avoir violé femmes et enfants, ordonné le massacre de centaines de personnes et il fait désormais l’objet de sanctions des Nations unies. Mais le lieutenant-colonel Innocent Zimurinda reste libre comme l’air en République démocratique du Congo (RDC).

L’ancien chef d’une milice rebelle intégrée aux forces gouvernementales congolaises en 2009 commande aujourd’hui les opérations de l’armée régulière dans une région de l’est du pays, selon l’ONU et des ONG. Son nom a pourtant été ajouté par l’ONU en décembre à une liste de personnes soumises à sanctions en RDC.

Comme lui, ils seraient des « dizaines » à « occuper des postes importants dans l’armée nationale, malgré d’horribles violations des droits de l’homme, selon une spécialiste de l’Afrique de l’organisation Human Rights Watch (HRW), Anneke Van Woudenberg.

Le parcours de l’ex-rebelle illustre l’impunité qui règne encore dans ce pays, grand comme l’Europe de l’Ouest et ravagé par quinze ans d’une guerre civile qui a fait des millions de morts.

Ce Tutsi a d’abord combattu au sein d’une milice, le Congrès national pour la Défense du Peuple (CNDP), multipliant les exactions contre des civils.

Soldats du CNDP

En novembre 2008, il participe à une opération ayant conduit au « massacre » de 89 personnes dans la région de Kiwanja (Nord-Kivu), selon le document de l’ONU qui a ajouté son nom à la liste des sanctions. De nombreuses femmes ont alors les seins coupés par les assaillants, selon les enquêteurs de l’ONU.

L’accord de paix signé en mars 2009 avec Kinshasa intègre le CNDP au sein de l’armée sans pour autant arrêter les violences du nouveau responsable militaire.

Chargé de reprendre le contrôle de l’est de la RDC contre d’autres milices rebelles, Zimurinda profite en réalité de ses forces pour tenter de s’emparer des ressources minières et forestières du Nord-Kivu, où il est toujours basé, selon les ONG.

Sur ses ordres, à peine un mois après l’accord de paix, en avril 2009, une centaine de réfugiés rwandais sont « massacrés » dans la région de Shalio. Et le document de l’ONU d’énumérer les exactions, viols de femmes et fillettes et exécutions sommaires d’enfants soldats.

« L’interdiction de voyage et le gel des avoirs ne suffisent pas. Le gouvernement congolais doit le suspendre de ses responsabilités militaires et le livrer à la justice », exige Mme Van Woudenberg.

« Je suppose que la décision politique d’incorporer le CNDP dans l’armée explique pourquoi ils ont peur d’agir », estime la représentante spéciale de l’ONU pour les enfants soldats, Radhika Coomaraswamy.

L’ajout « historique » de Zimurinda à la liste de sanctions, à la demande de la France, des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, doit s’accompagner de mesures supplémentaires de la part du Conseil de sécurité et de le Cour pénale internationale, exige Mme Coomaraswamy.

« Nous ne cessons de réclamer au gouvernement (de la RDC) qu’il nous aide à arrêter » les auteurs de ces crimes, explique la représentante spéciale de l’ONU pour la violence sexuelle dans les conflits armés, Margot Wallstrom, qui veut maintenir une « pression constante » sur le président Joseph Kabila.

Illustration de cette pression, le président américain, Barack Obama, a retiré le mois dernier à la RDC son statut de partenaire commercial privilégié, provoquant l’irritation de Kinshasa.

Une résolution récente du Conseil de sécurité sur les femmes dans les conflits devrait aussi permettre de « nommer et montrer du doigt » ces individus et d’aggraver les sanctions de l’ONU, espère Mme Wallstrom.

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