FR | EN

Sakwe sakwe? Soma! Sogokuru aryoha aboze ?

Publié : le 9 mars 2011 à 1:03 | Par | Catégorie: Culture
Journée Internationale de la Langue Maternelle

Journée Internationale de la Langue Maternelle

Umuneke! Nombreux sont les enfants et adolescents âgés entre 5 et 15 ans à avoir répondu à ce genre de questions ce samedi 5 mars à Denderleeuw à l’occasion d’un  concours d’ « ibisakuzo », des sortes de traditionnelles devinettes rwandaises.

C’était dans le cadre de la journée internationale de la langue maternelle organisée par la communauté des ressortissants rwandais de Belgique, Corwabel en abrégé.

Il est vrai toutefois que les réponses ont été discrètement ou moins discrètement soufflées par un public plus âgé, passionnément pris au jeu.

Même si les plus jeunes étaient au centre de l’attention, il y avait des activités pour tous les âges et toutes les générations comme par exemple quatre dictées de difficultés croissantes organisées plus tôt dans l’après-midi. Les enfants pour leur part ont appris en plus des « Ibisakuzo » des chansons dans leur langue maternelle ou ont encore appris « kwivuga », une sorte de déclamation personnelle de ses hauts faits.

La journée s’est terminée par un débat dirigé par Agnes Mukarugomwa, la présidente de la Corwabel, qui a demandé aux enfants et aux jeunes présents dans la salle de faire part aux parents des griefs relatifs à leur culture et plus spécialement leur langue maternelle, le kinyarwanda.

Journée Internationale de la Langue Maternelle

Journée Internationale de la Langue Maternelle

Isaac, un petit garçon de 11 ans, fût le premier à prendre la parole dans un kinyarwanda poussif, il s’est exclamé « Je voudrais qu’on fasse ça plus souvent, j’ai été très content de pouvoir parler et chanter en kinyarwanda, ça ne m’arrive pas souvent»

Un autre jeune approchant le quart de siècle a pour sa part déclaré « il est vrai, que la langue maternelle est importante, en tant que jeunes on a envie de l’apprendre et s’améliorer, vous les parents êtes les premiers à nous y encourager, mais dès qu’on prononce un mot de travers, vous riez et vous moquez de nous.  Il faut faire attention car ça peut blesser l’enfant ou le jeune et l’empêcher d’oser s’exprimer à nouveau en kinyarwanda ».

A peine avait il terminé de s’exprimer qu’un autre jeune approchant la vingtaine prit le micro et a demandé aux parents « lorsque vous parlez du Rwanda, on entend trop souvent parler de la guerre ou de nos mauvais dirigeants, on voudrait aussi plus souvent entendre parler des beautés du Rwanda

Une telle demande a particulièrement touché le public présent, car la grande majorité des adolescents et enfants présents dans la salle, sont nés et ont grandi en exil et n’ont jamais mis les pieds dans leur pays d’origine auquel ils semblaient paradoxalement fortement attachés.

Après qu’un parent ait vanté les beautés du Rwanda dans un style poétique, se remémorant à voix haute les beautés de ce pays dans lequel il n’avait plus mis les pieds depuis près de 17 ans, Isaac, le petit enfant de 11 ans a apporté la plus belle des réponses à la demande.

Sous les applaudissements nourris du public, il a spontanément  entamé une chanson à la gloire du pays des milles collines « Genda, Rwanda uri nziza » chantée jadis,  par l’orchestre impala et reprise en chœur par un public heureux.

La journée s’est terminée dans une ambiance familiale, autour des traditionnelles brochettes et samboussas.

Effectivement, comme le souhaite Isaac, le genre de journées qu’on aimerait vivre plus souvent.

Par Ruhumuza Mbonyumutwa
JamboNews.net

Profitez et partagez avec vos amis:
  • Facebook
  • Twitter
  • MySpace
  • email
  • LinkedIn

3 Commentaires à “Sakwe sakwe? Soma! Sogokuru aryoha aboze ?”

  1. murekatete dit :

       3 likes

  2. Bien cher Ruhumuza,
    Hep, voila!
    « Lorsque vous parlez du Rwanda, on entend trop souvent parler de la guerre ou de nos mauvais dirigeants, on voudrait aussi plus souvent entendre parler des beautés du Rwanda.»

    Ces mots terribles sortis de la bouche d’un enfant devraient interpeller toutes les personnes qui croient encore nécessaire de cultiver la haine dans les cœurs des générations montantes, toutes les personnes qui mesurent encore la bonne gouvernance à l’aune de la longueur du nez du président en place. Je me souviens avoir écrit quelque part, que viendra fatalement le jour ou dans son jugement, la jeunesse n’épargnera personne de notre coupable génération…

    Dans RWANDA: LA RELEVE, LE VRAI DEFI DU SEPTENAT (http://www.rrnonline.net/article/EDITORIAL/Ange_Michel_Murangwa/RWANDA_LA_RELEVE_LE_VRAI_DEFI_DU_SEPTENAT/22600)

    …En 2017, La génération d’après le Génocide Tutsi aura tout au moins 23 ans, l’Age adulte pour des millions d’enfants tutsis rescapés, pour des millions d’enfants hutus nés ou grandis dans l’errance, parfois traqués de toute part dans des forets du Congo pour les crimes de leurs père qu’ils n’avaient pas choisis.
    Ils auront l’âge de s’assumer, mais aussi celui d’interroger l’Histoire, celui de juger la génération qui leur aura précédé, celui de juger leurs parents, leurs ainés, en bloc, victimes et coupables confondus.

    …Nos blessures, nos haines, nos rancunes, nos déceptions auront cédé à l’unité d’une génération de ceux qui n’auront plus besoin de chercher à savoir qui aurait fait quoi, quand et pourquoi.
    Nous sommes tous, Tutsi comme Hutu individuellement libres de garder pour nous et d’emporter dans l’au-delà nos blessures, nos haine, nos ressentiments. Mais nous avons aussi le devoir sacré de protéger les générations à venir contre les erreurs qui ont mené notre génération à commettre l’horreur.

    Hâtons-nous car elle arrive la génération sans coupable ni victime Elle arrive la génération sans majorité ni minorité ethnique Elle arrive la génération sans vainqueurs ni vaincu Elle arrive le Rwanda de demain.

       2 likes

  3. Ruhumuza Mbonyumutwa dit :

    Bonsoir Ange-Michel,

    Je vous remercie pour votre réaction.

    Il est vrai que ces mots sont terribles et tristes, je vous le concède.

    Mais à qui faut il en vouloir ?

    A ces parents de Byumba ou Ruhengeri ayant fui vers le camp de réfugié de Nyakonga car ils voyaient leurs voisins décimés un à un ?

    A ces parents ayant fui avec leur famille les exactions jusqu’à se réfugier dans des camps de réfugiés au Congo en attendant que la paix revienne et jusqu’ou ils ont été poursuivis et bombardés?

    A ces parents qui ayant la conscience tranquille sont restés au Rwanda, ont été jetés en prison sans un procès même sommaire, ont été libérés et ont vu leurs proches massacrés dans leur pays jusqu’à la fin des années 90 ?

    Et ce vraiment à eux qu’il faut en vouloir ou alors à ces dirigeants qui ont commis ces horreurs et qui sans même avoir HONTE de leurs forfaits se présentent en héros et OSENT venir donner des leçons de pardon à leurs victimes ?

    Et ce à ces parents qu’il faut en vouloir ou à alors à ces dirigeants qui malgré la souffrance que le peuple rwandais a déjà connu continuent encore aujourd’hui des exactions, des emprisonnements et continuent à diviser les rwandais au point de risquer d’hypothéquer l’unité des générations émergentes ?

    Je voudrais vous demander d’arrêter de faire des procès à ces parents car cela n’a rien avoir avec une question ethnique.

    J’aime vous entendre parler de réconciliation, d’avenir et d’unité. La foi en ce que cela arrive un jour est, à titre personnel, le moteur de ma motivation.

    Mais si vous voulez qu’un jour le peuple rwandais aie une chance de se réconcilier, il faut d’abord parler de Vérité.

    Pour moi vous vous trompez lorsque vous dites : «une génération de ceux qui n’auront plus besoin de chercher à savoir qui aurait fait quoi, quand et pourquoi. »

    Tant que la vérité continuera à être étouffée, ces générations qui viennent, questionneront, essayeront de savoir qui, quand et surtout pourquoi ? Si ces générations n’ont pas de réponse, c’est leurs enfants qui questionneront, puis leurs petits enfants et plus loin si il le faut.

    Votre discours est louable mais certains de vos propos vont en sens inverse de ce que vous prétendez prôner et sont tous simplement scandaleux comme lorsque vous prétendez que les enfants tués au Congo ont été des victimes collatérales des crimes commis par leurs pères.

    J’ose croire que vous êtes de bonne foi et que c’est du à un matraquage médiatique long de 17 ans dans lequel ces dirigeants ont essayé d’imposer une vision manichéenne entre les méchants « les Hutu » et les gentils « les Tutsi » et selon laquelle tout hutu est un génocidaire.

    Il est désormais URGENT que tous les Tutsi, Hutu, et Twa qui n’ont pas de sang sur les mains s’associent et qu’ils comprennent qu’il y’a des victimes et des bourreaux des deux côtés et que parler de la douleur d’une victime n’est pas minimisée la douleur d’une autre.

    Il est désormais urgent que les deux camps soient:

    D’une part Celui des bourreaux, qu’ils soient Hutu ou Tutsi et qui devraient être de préférence derrière les barreaux.

    D’autre part, celui des victimes et de tous les rwandais qui rêvent de cette unité et qui sont de loin l’immense majorité des rwandais et que ce camp soit celui-là même qui tracera les bases de ce nouveau Rwanda.

    Ruhumuza

       3 likes

Laissez un commentaire