FR | EN

RDC : les incohérences de la diplomatie belge mises à nue

Publié : le 3 novembre 2012 à 0:17 | Par | Catégorie: Analyses de l'actualité

« La base de notre politique c’est la peur », c’est par ces mots que Paul Henri Spaak jadis  Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères de la Belgique synthétisa l’essentiel de son discours lors de la 3ème session  de l’Assemblée générale de l’ONU  le 28 septembre 1948.

RDC - Belgique

RDC - Belgique

Un discours si courageux pour le représentant d’un si petit pays. Nul ne pouvait le prévoir, pourtant ce politicien belge hors du commun affronta avec talent et zèle la position de la toute puissante URSS.

Il ne s’agissait nullement d’une peur pouvant se confondre à de la lâcheté, il s’agissait bien au contraire de la peur d’une nation réaliste, la peur de la politique impérialiste de l’URSS;  la peur des lendemains sombres après les terribles épreuves de la seconde guerre mondiale qui venait à peine de s’achever. Il s’agissait bel et bien d’une position brave pour un État à l’envergure si limitée.

Plus d’un demi-siècle plus tard cette politique belge de la peur du pire  a vraisemblablement laissé place à la peur d’agir.

Le cas de la RDC en est une parfaite illustration

La guerre à l’Est de la RDC

Il n’y a point à rappeler les liens historiques existant entre la Belgique et la RDC, pourtant dans les heures les plus sombres de  l’histoire du Congo, la  Belgique s’est rarement rangée du côté de son ancienne colonie. Parfois elle s’est même retrouvée parmi les tireurs des ficelles dans ses différents épisodes de déstabilisation,  jonglant parfois entre prévenance et  condescendance. La guerre que vit la RDC en ce moment en est un parfait exemple.

Les faits ayant établi la responsabilité avérée du Rwanda dans la déstabilisation du CONGO depuis bientôt 6 mois, un certain nombre des partenaires traditionnels de Kigali  ont voulu manifester leur désapprobation avec cette politique en suspendant soit partiellement soit totalement  leurs aides.  Les USA, la Grande Bretagne, L’Allemagne, les Pays-Bas,  la Suède furent  de ceux-là.

Curieusement la Belgique n’a  réagi que très mollement au début pour durcir le ton quelque temps  seulement après que les pays précités aient décidé de muscler leurs discours à l’égard du régime de Kigali. Par suivisme – affirmeront les plus cyniques. La Belgique s’est également abstenue de suspendre son aide au régime de Kigali arguant qu’une suspension groupée via l’Union Européenne  serait la plus adaptée. Heureusement, ces exercices d’équilibriste ne trompent  plus  personne  tant la connaissance de la politique entre États ne demeure plus une exclusivité des diplomates.

Lors de l’élection du Rwanda au Conseil de sécurité des Nations Unies, l’occasion fut une fois de plus donnée de constater à quel point l’actuelle politique étrangère de la Belgique se situait à

mille lieux de celle du valeureux Paul Henri Spaak. La Belgique s’est ainsi abstenue de voter pour ou contre le Rwanda.  Certes pour  marquer le coup, mais démontrant ouvertement  une impuissance consécutive à un manque d’audace.

Le cas de la famille Chebeya

Tout le monde  se souvient de l’affaire Chebeya, du nom de ce célèbre militant des droits de l’homme congolais assassiné dans les locaux de la police kinoise. Suite aux menaces dont faisaient l’objet sa femme et ses enfants après sa disparition, l’État belge qui s’était particulièrement montré sensible à cette disparition   avait été sollicité afin d’accorder  asile et protection à ceux-ci. Un refus cinglant de la Belgique contraignit  la veuve éplorée à se tourner vers le Canada qui ne manifesta  aucune objection à accueillir sur son territoire cette famille cruellement frappée par le sort. Et détail complètement surréaliste, la Belgique a  refusé que le vol  transportant la famille Chebeya à destination du Canada ne fasse escale sur son térritoire. Comment ? Pourquoi?

Rien ne saurait mieux résumer cette politique  que la phrase de l’écrivain Belgo-argentin Julio Coltazar : « la lâcheté tend à projeter sur les autres la responsabilité qu’on refuse d’assumer »

Le cas paradoxal du docteur Mukwege

Si la politique étrangère de la Belgique était une dissertation, pour sûr la remarque « manque de cohérence » de différents paragraphes allait orienter négativement sa cotation.

Dans le cas du Docteur Mukwege, véritable  héros des temps modernes, qui s’est donné pour mission de réparer les appareils génitaux des femmes victimes d’agressions, la Belgique s’est particulièrement montrée bienveillante, tantôt finançant l’hôpital Panzi qui accueille les patientes du docteur Mukwege, quelquefois lui octroyant à titre personnel des  prestigieux  prix honorifiques. Démontrant implicitement par-là que toutes les actions de la Belgique s’inscrivent dans une politique bien définie mais volontairement opacifiée. La récente tentative d’assassinat du docteur Mukwege dans sa résidence à Bukavu a montré à quel point la Belgique pouvait être réactive si elle le voulait vraiment. Sans doute la nécessité de paraître cohérent avec ses propres principes doit se compléter à l’exigence de garantir ses intérêts nationaux.

Plus qu’une politique de la peur, la politique de la Belgique au Congo semble se baser sur la sournoiserie, soufflant tantôt le chaud, tantôt le froid, tantôt le tiède. La technique consiste à maintenir le statu quo tout en ne se mouillant pas trop et  continuant à tirer profit comme si de rien n’était.

La question est de savoir jusqu’à quand cette politique sera d’application.

Charis Basoko

Jambonews.net

 

 

 

Profitez et partagez avec vos amis:
  • Facebook
  • Twitter
  • MySpace
  • email
  • LinkedIn

5 Commentaires à “RDC : les incohérences de la diplomatie belge mises à nue”

  1. Momi M'buze dit :

    je pense que tout a été dit. Pour ma part j’ajouterai que concernant le Dr Mukwege la Belgique a surtout réagit rapidement afin de protéger l’Image, le Symbole Mukwege et non sa personne, l’être humain, justement comme il est dit dans l’excellent article de Charis. Pour ma part ce sont les titres et prix qu’il a reçu en Belgique qui lui ont valu la sympathie hypocrites de la politique étrangère belge. Une grosse hypocrisie, une grosse incohérence dont les deux exemple: Famille Chebeya et Mukwege sont ce qu’il y a de plus frappant.

    J’appellerai la politique étrangère belge actuelle de Didier Reynders, la politique de la Posture et du Larbinisme cohérent!

       3 likes

    • ngenge dit :

      Je pense , pour ma part, que la Belgique étant complice de ce qui se passe à l’est a voulu plutôt, par ce geste,éloigner le Dr. Mukwenge, étant donné ce dernier est devenu un témoin gênant de toutes les atrocités dont est victime la femme Congolaise dans cette région .
      Ce n’est nullement, dans un but humanitaire!

         1 likes

  2. Semanzi Paulin dit :

    Le comportement belge me fait penser à ce que J. César a écrit sur les belges dans ses notes de « De bello Gallico ». Il disait que les belges étaient les plus courageux de toute la Gaulle. Mon prof a cependant dit que Jules César avait vanté ses adversaires belges pour donner plus de valeur à sa victoire militaire qu’il a infligée aux Belges pendant sa conquête de la Gaulle.

    Les belges, qui ont sûrement appris de Jules César se comprtent aujourd’hui plutôr en bon tacticiens; raison pour laquelle ils n’ont pas hésité à condamner les religieuses Hutues pour n’avoir pas resisté aux miliciens Hutus qui les menacait pendant que les paras belges (armés jusqu’aux dents) qui ont abandonné, devant les caméras, les tutsis qui avaient cherché refuge chez eux et sont partis protéger les « blancs » qui ne couraient aucun danger, sont loin d’être inquiété par cette Justice belge. Pire encore les criminels du FPR (dont certains se trouvent sur le sol belge comme le famuex D. Kagiraneza) sont financièrement soutenus par le gouvernement belge. Mais vous allez voir que lorsque le FPR va perdre le pouvoir, ces belges ‘très courageux’ vont organisé des procès très médiatisés contre cette organisation qu’il souitiennent depluis déjà plus de 18 ans. Mais en attendant, les autorités belges, au nonm de la compétence internationale, se consacrent sur les Hutus qui n’ont pas de Lobby.

       3 likes

    • Momi M'buze dit :

      et puis n’oublions pas que la Belgique donc le peuple belge n’existait pas sous jules cesar, du moins pas dans sa forme actuelle.

      Leurs propres alliés durant la seconde guerre mondiale ne voulaient pas des belges dans leurs arrières surtout lors du débarquement à cause de l’implication par défaut de la Belgique dans le sauve-qui-peut général en 1939/40 des alliés sur les plages de Dunkerque.

      Incapable de contenir l’avancée allemandes pour permettre aux alliés d’évacuer dans le bon ordre, l’armée belge s’est désintégrée en quelques jours laissant ainsi les forces anglaises et françaises qui se regroupaient pour quitter le dos exposé aux allemands. Du coup, ils n’ont pas voulu des belges lors du débarquement en normandie du 6 juin 1944. Pathétique!

      Le seul fait d’arme entièrement imputable à la Belgique c’est le néo esclavagisme appelé autre « colonisation » et la haine entre hutus et tutsis au Rwanda… « L’union fait la force » lol je dirai plutot « Diviser pour mieux réigner » Adage du Diable… suivez mon regard!

         0 likes

Laissez un commentaire