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Nouvelles « révélations » de Libération sur le Rwanda : « une pure intoxication » selon Maître Meilhac

Publié : le 12 janvier 2013 à 15:58 | Par | Catégorie: Actualité

Le quotidien français Libération a publié ce jeudi 10 janvier un article qui  relance les questions relatives aux auteurs de l’attentat contre l’avion du Président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, considéré comme l’élément déclencheur du génocide de 1994. Selon Libération, un  faux certificat de décès d’un gendarme français mort en avril 1994 à Kigali aurait été rédigé suite à l’assassinat, entre le 7 et le 9 avril 1994, de deux coopérants de la gendarmerie française, les adjudants-chefs René Maïer et Alain Didot et l’épouse du second, Gilda Didot.

attentant avion habyarimanaDepuis 1994, plusieurs sources imputent ces crimes au Front Patriotique Rwandais (FPR) de Paul Kagame, qui se serait ainsi débarrassé de deux opérateurs radio qui écoutaient ses communications et espionnaient son cantonnement au compte du gouvernement de l’époque. La découverte du faux certificat de décès d’un des gendarmes, ouvre une autre hypothèse selon laquelle les deux gendarmes auraient pu être les témoins involontaires de l’organisation de l’attentat par les militaires du régime Habyarimana, alliés de la France, ce qui expliquerait leur élimination par Paris et la tentative d’étouffer les causes de leur décès. Cette nouvelle version avancée par Libération n’est que « De la pure intoxication » affirme Maître Philippe Meilhac, avocat des parties civiles dans cette affaire.  Jambonews l’a interviewé.

« De la pure intoxication »

Pour Maître Meilhac, cette information relève « de la pure intoxication ». Il y a un mélange de tout ; la mort des gendarmes et l’attentat contre l’avion présidentiel. Le dossier confié au juge Trévidic ne comprend pas la mort des deux gendarmes, Alain Didot et René Maïer et de l’épouse du premier, Gilda. En avril 1994, au moment où cette folie frappait le Rwanda, les corps de trois ressortissants français tués par balles sont retrouvés dans le jardin de leur villa. Leurs cadavres sont rapatriés en France via la Centrafrique, où un médecin militaire français établit les certificats de décès.

Même si Maître Meilhac confirme que ces décès ont été portés à la connaissance du Juge Trévidic, l’Avocat qui a été au bureau du Juge d’instruction ce jeudi 10 janvier  affirme que l’on prête au juge Trévidic des mots qu’il n’a jamais prononcés comme, par exemple, qu’il aurait jugé ces faits «gravissimes» et « de nature à réorienter sa propre enquête sur l’attentat », en s’interrogeant sur l’attitude de Paris lors de ce moment clé de l’histoire du pays.  Maître Meilhac relève que les gens sont prêts à tout pour « désorienter » le public et que ce dernier doit s’accoutumer aux « scoops » et que le précédent était l’histoire des missiles qui ont abattu l’avion dont certains ont retenu une des six possibilités de lieux de départ.

Pour l’avocat des parties civiles dans cette affaire qui doit déterminer l’auteur de l’attentat qui a déclenché un des derniers génocides les plus meurtriers du 19è siècle, le FPR essaie de dévier la trajectoire de la lumière qui cherche à éclairer sur l’élément déclencheur du génocide. « Le dossier de la mort des gendarmes français n’est pas un sous dossier de l’attentat du 6 avril. Kigali a tout simplement du mal à laisser la justice française faire son travail sereinement », conclut maitre Meilhac.

Un scoop vieux de… 17 ans

La mort des 3 ressortissants français et les nombreuses zones d’ombre entourant ces trois décès présentés aujourd’hui par le journal Libération comme un « scoop », n’ont rien de nouveau. Dans son livre « Rwanda : trois jours qui ont fait basculer l’histoire » publié à la fin de l’année 1995, le Professeur Filip Reyntjens s’était déjà interrogé sur la « discrétion » des autorités françaises qui n’avaient rendue publics ces décès que le 11 avril, l’acte de décès, antidaté au 6 avril et qui évoquait étrangement une « mort accidentelle » avait également été mentionné. Toutefois, étant donné que la maison se trouve « près du rond-point Kimihurura, entre le C.N.D. et l’hôtel Méridien »,  le Professeur Belge supposait qu’ils avaient été tués par le FPR, « qui contrôlait cet endroit au moment du triple assassinat ».

Pour quelles raisons ces ressortissants français ont-ils été assassinés ? Cet assassinat a-t-il un lien avec l’attentat ? Pourquoi les autorités françaises ont-elles jeté le trouble sur les circonstances de leur assassinat ? Voici d’autres questions auxquelles devront répondre les Juges Trevidic et Poux dans leur enquête visant à faire la lumière sur l’attentat ayant fait basculer le Rwanda dans l’horreur. .

Pacifique Habimana

Jambonews

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4 Commentaires à “Nouvelles « révélations » de Libération sur le Rwanda : « une pure intoxication » selon Maître Meilhac”

  1. Rwemalika Théoneste dit :

    Monsieur Pacifique Habimana,

    Je comprends parfaitement l’objet de votre article ; c’est de bonne guerre. Mais il est bien évident que ce dossier vous dépasse. Le problème, cher ami, est que toutes les parties ont maintenant accès au dossier. Et je ne serais pas étonné si les révélations de Libération n’étaient même qu’une goutte d‘eau dans un océan de découvertes bien plus explosives.

    Je m’amuse d’ailleurs de voir tous ceux qui, hier, encensaient l’instruction française alors aux commandes de Jean-Louis Bruguière, crient aujourd’hui, désespérés, à la manipulation et à la corruption de cette même instruction française ! Je les comprends également car la plupart d’entre eux ont certainement été informés du contenu du dossier.

    Cette enquête, en fait, met mal à l’aise deux parties. Il y a d’abord la famille Habyarimana, qui va bientôt se demander s’il faut continuer un déni, certes politiquement profitable, mais judiciairement et financièrement sans issue ; ou bien elle va se demander s’il ne faudrait pas plutôt être réaliste et s’attaquer à l’Etat français. Mais dans ce dernier cas, la justice française aurait quand-même un argument-chantage qui complique le dilemme : Agathe Habyarimana elle-même !

    La deuxième partie qui peut se faire du souci est… le juge Marc Trévidic et sa collègue Nathalie Poux! Ceux qui ont vu le film français « I comme Icare » (1979) d’Henri Verneuil (avec Yves Montand) comprendront qu’il est très dangereux de s’approcher du soleil… et de sa fenêtre ! Pour ceux qui veulent revoir cet excellent film, cliquez ici : http://www.youtube.com/watch?v=iyDzZoyOJzY.

    Bonne soirée.

    Rwemalika Théoneste

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    • edouarda dit :

      Mr Rwemalika. Restons aux faits. En quoi la mort antidatée des 3 Français, serait-elle une preuve de l’implication de la France dans le génocide rwandais ? Il est certain que la France n’a pas dévoilé tout et cela depuis longtemps. Diplomatie occidentale oblige; vous êtes bien placé pour le savoir. Si les 3 Français fournissaient des renseignements et avaient – comme certains disent – capté le message du FPR et ou Américains « target hit », il est certain que leur vie était en danger. Ceux qui ont abattu l’avion, avaient alors toutes les raisons de tuer ces ‘espions’. La zone où ils vivaient et circulaient, était déjà contrôlée par des éléments du FPR et il demeure donc plus que probable que ces Français aient été tués par le FPR. Les FAR n’avaient aucune raison de le faire sauf s’ils ont vraiment été tués par balles égarées (mais le dernier contact téléphonique laisse supposer le contraire). Le reste, c’est de la spéculation. Leurs assassins, ont-ils révélé l’endroit où ils étaient enterrés en échange d’une promesse de silence ? Craignait-on de mettre en danger d’autres vies, en révélant leur mort tout de suite ? Y avait-il d’autres ‘otages’ ? D’autres blancs sont morts à ce moment tragique au Rwanda, sans qu’on ait trouvé leurs véritables assassins (mais fait condamner des ‘responsables’). Malagardis fait référence à Bagosora, toujours comme « le cerveau du génocide » or qu’il a été disculpé de cette accusation par le TPIR et on peut donc conclure que cette journaliste est tout sauf correcte et respectueuse de la déontologie journalistique. Ce qui est un fait bien établi, c’est que les évènements de cette époque au Rwanda sont la suite d’un lobbying de certains éléments tutsis, principalement de l’Ouganda mais aussi du Burundi et du Rwanda. Comme le tout a été présenté sous la sauce démocratique, certains hutus y ont adhéré également. La France a elle-même été l’instigateur – dans la pratique – de ces changements avec les accords de la Baule. Une fois les ‘pourparlers’ lancés, les changements réalisés, le gouvernement Habyarimana fragilisé par les changements politiques, le FPR en a profité pour accéler les attaques armées. Certains ont compris trop tard que le but n’était nullement une démocratisation mais ils étaient déjà pris au piège. Les réseau anglo-saxon en a profité pour gagner du terrain (que les Français ont perdu). Les Belges, perfents défenseurs d’un transatlantisme (et des promesses au niveau de l’OTAN) ont changé radicalement leur appui. Les Rwandais, pays pris au piège, a finalement perdu la guerre avec une perte humaine énorme et un pays dévasté par celui qui s’appellera ultérieurement leur libérateur. Ceci sont des faits ! Le reste, ce n’est que de la spéculation, des ‘petites révélations’ qui doivent nous faire oublier les grandes lignes, des insinuations et des conclusions hâtives du genre qu’on nous a déjà présentés régulièrement pour dévier l’attention de la toute grande vérité: le FPR n’avait aucune raison de prendre les armes, il était déjà fortement appuyé déjà par leurs alliés. Les extrémistes tutsis craignaient par contre de ne pas gagner les élections puisqu’il avait vu que le Burundi avait un an avant pour la première fois depuis son indépendance – et grâce aux élections démocratiques (one man one vote) – élu un président hutu. La disparition de 2 présidents hutus en 1994 ne pouvait que bénéficier aux extrémistes tutsis au-delà les frontières (qui avaient déjà tué le président Ndadaye, rappelons-le). L’histoire de la veuve Habyarimana est d’un cynisme incroyable et démontre à quoi peut mener une mentalité de diffamation, de médisance, de créer des faux bruits afin de raconter tout et n’importe quoi. Il est un fait que tout ce qui pouvait empêcher le FPR de gagner la guerre, d’établir son pouvoir, devait disparaître (les disparitions, les assassinats, la ségrégation actuelle de l’ethnie hutue en sont des exemples). Tout ce qui peut empêcher le FPR d’exploiter le Congo, devra disparaître. Tout obstacle à Kagame, doit disparaître ou être enfermé; c’est sa politique. Il y a assez de preuves .. La vie humaine n’a aucune importance pour ‘ces maîtres d’Afrique’ qui ont des positions-clefs au sein de l’UA et autres organisations. Les Européens, comme madame Braeckman, Malagardis et autres groupies, ne font que répéter ce que ces ‘maîtres’ leur soufflent. Leurs révélations sont des fois tellement grotesques qu’on se croirait dans un roman policier bon marché. Mais comme ‘la politique’ les appuye, elles peuvent écrire tout et n’importe quoi jusqu’à parler des « blancs qui semblaient être des Français à cause d’un port de béret » (rien de plus !). Je peux seulement espérer que les familles de ces victimes françaises ne se feront pas manipuler par les bourreaux des leurs qui ne peuvent plus parler. Ce serait vraiment trop cynique.

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  2. JCM dit :

    C’est incroyable que maintenant vous osez dire que c’est le FPR qui manipule maintenant les médias français afin que ceux-ci publie de l’intoxe comme vous le dites… franchement trouvez d’autres arguments. valable.

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    • RASEC dit :

      Il faut préciser les faits tels qu’ils sont.
      1- L’auteur des pseudos révélations n’est autre que Madama Maria Malagardis, journaliste chez Libération.
      Or, cette dame est connue comme experte dans la diffusion à grande échelle des fabulations et galimatias amphigouriques en tous genres. Il convient de rappeler que c’est Madama Maria Malagardis qui a a propagé par le biais de son journal Libération les dires selon lequels le jugeTrévidic a trouvé « un élément nouveau, à savoir le camp militaire de Kanombe, lieu exact de tirs des missiles qui ont abattu l’avion du président Habyalimana. Et selon elle, « cet élément anéantit totalement l’ordonnance de soi communiqué du Juge Bruguière ».Or, ni dans le rapport d’expertise ballistique effectuée en France et nullement au Rwanda sous la direction du juge Trévidic ni dans aucun autre, le camp militaire de Kanombe n’est mentionné nulle part comme lieu exact de tirs des missiles.
      En réalité, par ses affirmations fantaisistes qui n’honorent pas Libération, elle voulait prouver que le président Habyalimana a été tué par les gens de son camp en particulier Bagosora et nullement par le FPR.
      Le combre pour elle est que Docteur Rusasingwa a très vite démoli ses affirmations.
      Poursuivant le même objectif pour des intérêts obscurs, ell a récidivé par ses soi disant révélations relativement à l’assassinat des citoyens français. Ceux qui l’ont écouté sur RFI ont pu constater que comme dans le cas précédent, elle voulait prouver que c’est Bagosora et partant les Hutu « ultra-durs »qui ont assassiné les citoyens français et nullement les soldats du FPR.
      Ce qui est impensable pour une personne dite journaliste, les éléments évoqués dans son artcile à savoir les faux cerificats de décès des gendarmes français sont connus depuis 1998. Le père Guy Théunis en parle dans son livre, au TPIR , ils ont fait l’objet d’un débat public contradictoire d’une part et aucune charge n’a été retenue par les Juges du TPIR contre Bagosora quant à la planification et l’exécution du génocide des tutis et encore moins à l’assassinat des citoyens français d’autre part.
      Il a été condamné pour n’avoir rien fait les 6 et 7 avril 1994 pour sauver les Tutsi , selon les juges du TPIR, le tout en sa qualité de Directeur de Cabinet du Ministre de la défense. Pour le TPIR, il a commis le génocide contre les Tutsi par omission.
      Il s’ensuit que la décision négative du TPIR contre Bagosora est purement politique.Et par leurs jérémiades sur celui-ci, Madame Malagardis et Monsieur de Saint Expéry ne l’ont manifstement pas lue alors qu’elle est sur la Toile.
      2- Ceux qui ont regardé les télévisions françaises ont pu constater que son confrère de Saint Expéry s’est précipité aux télévisions de son pays pour confirmer le soi disant bien-fondé des pseudos révélations de Malagardis.
      Or comme celle-ci, ce Monsieur est un expert dans les divagations relativement au drame rwandais.
      Alors qu’il est présenté dans son pays par certains journalistes comme expert et/ou prétend l’être, ce « journaliste » a refusé un débat public avec les vrais experts du Rwanda et les journalistes sérieux qui ont travaillé sur les massacres qui ont été commis au Rwanda depuis 1990 et en RDC.
      Au vu de leurs dires dont le but est exclusivement de se faire de la publicité et d’oeuvrer pour le régime des autocrates et kleptocrates de Kigali, aucun Rwandais ne peut les prendre au sérieux et corrélativement les affirmations de Malagardis doivent subir le même sort.

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