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Rwanda : Rubavu, la carte de mutuelle obligatoire pour tous

Publié : le 6 mars 2013 à 17:47 | Par | Catégorie: Analyses de l'actualité

La carte de mutuelle pose problème à de nombreux Rwandais et en particulier aux habitants de Rubavu . Celui qui ne l’a pas ou n’a pas encore payé le montant de la carte peut être arrêté par les forces de l’ordre (Local defense forces) qui le contraignent à la payer.

 Mardi 26 février 2013, un habitant de Rubavu a témoigné anonymement sous les ondes de BBC Gahuza de la rafle de nombreuses personnes parmi lesquelles un de ses proches qui a été arrêté au travail car il n’avait pas pris sa carte de mutuelle. La descente de police a donné lieu à de nombreuses détentions à la station de police de Kanama. Intérrogé sur cette rafle, il déclare: 

«  Hier, vers 11h30, la police, la Local defense force et les autorités de la province et du district sont descendus à Mahoko situé dans le secteur de Kanama, district de Rubavu pour vérifier les cartes de mutuelle des habitants. Ils ont commencé au marché de Mahoko ; ils demandaient aux villageois de présenter leurs cartes de mutuelle et quand ces derniers ne l’avaient pas, ils étaient conduits à la station de police de Kanama. C’est dans ce cadre que mon frère a été arrêté, il avait oublié sa carte à la maison et les autorités lui ont rappelé qu’il est obligatoire d’avoir toujours sur soi sa carte de mutuelle. Mais cela n’a pas toujours été ainsi. En effet, grâce aux diverses campagnes de sensibilisation, les Rwandais, même dans les campagnes, ont compris la nécessité d’avoir une mutuelle de santé mais n’ont jamais été avertis qu’adhérer à une mutuelle était devenu une obligation passible de sanctions comme ce fut le cas aujourd’hui. Aujourd’hui, aucun villageois ne pouvait entrer au marché sans présenter sa carte de mutuelle. En route, on demandait aux gens de présenter leur carte de mutuelle; dans le cas contraire, ces derniers étaient conduits à la station de police. A la station de police de Kanama, on pouvait trouver de vieux messieurs, de dames très âgées et de jeunes gens arrêtés parce qu’ils n’avaient pas de mutuelle.
Avant les villageois pouvaient acheter une carte de mutuelle pour se soigner mais ce n’était pas une obligation, mais maintenant les villageois doivent toujours porter sur eux leur carte de mutuelle au même titre que les papiers d’identité. Parmi ces gens, il y’en a qui n’ont effectivement pas acheté de carte de mutuelle et il y en a qui en ont souscrit une mais qui n’ont pas encore d’argent pour la régler. Les autorités eux considèrent qu’on doit avoir une mutuelle quelque soit la raison. Avant la mutuelle coûtait 1 000 FRW (2$) par personne mais la loi a changé et elle coûte maintenant 3 000 FRW par personne et est valable pour 6 mois.

Beaucoup de villageois ne peuvent pas avoir ces 3 000 FRW et par conséquent se retrouvent sans mutuelle. Les autorités devraient encourager progressivement les villageois à adhérer aux mutuelles en prenant en compte le facteur pauvreté. Au lieu de cela, ils emploient la force et instrumentalisent la loi pour contraindre les villageois. En effet, aucune annonce radio ni d’annonce de quartier n’a fait référence au caractère obligatoire de posséder une carte de mutuelle. Cependant, les autorités de cellules, de secteurs et de districts ruraux utilisent la force en justifiant que la possession d’une carte de mutuelle est obligatoire. C’est honteux de voir un villageois arrêté parce qu’il n’a pas de mutuelle ».

Le Maire de Rubavu Sheikh Hassan Bahame a déclaré pour sa part que ces allégations étaient fausses et sans fondement.

Une situation qui existe depuis 2008

Cependant, il semble que ce cas ne soit pas isolé. En effet, en 2008 le journaliste de Syfia Fulgence Niyonagize rapportait que dans de nombreux districts comme Huye et Musanze, les autorités infligeaient de nombreuses sanctions aux habitants qui ne pouvaient pas présenter leur carte de mutuelle qui était devenue obligatoire pour bénéficier de nombreux services.
Ceux qui n’avaient pas de carte de mutuelle ne pouvaient pas accéder au marché, ni aux services de l’administration. Les grandes assemblées faisait l’objet d’opération de contrôle. Lors des contrôles, un percepteur était présent et le vendeur qui ne possédait pas de carte de mutuelle se trouvait dans l’obligation de vendre sa marchandise de plus de 1 000 FRW et de payer sur le champ sa cotisation.

Egalement en 2008, on assistait déjà au phénomène de “marchés-marathons” qui sont des marchés où les vendeurs courent à la vue d’un agent de la défense locale. Il citait également le cas du secrétaire exécutif du secteur Ruhashya au sud qui avait ordonné la vérification des cartes de mutuelles des fidèles venant à la messe.

Un contrat de performance entre les autorités locales et le Président

L’obligation d’adhésion à une mutuelle de santé est une des mesures des contrats de performance qui ont été signés entre les autorités locales et le Président de la république dont la volonté clairement affichée est que toute la population rwandaise soit couverte par une assurance médicale. Dans ce contrat, les maires s’engagent à mettre en application tous les objectifs du gouvernement. En 2011, le site d’actualité Slate Afrique rapportait qu’un contrôle strict dans tout le pays accompagnant cet acte et l’échec de la réalisation de ces objectifs menait à une démission forcée. La compétition des élus locaux était à ce moment féroce et poussait certains maires à utiliser les moyens forts pour y arriver. On enregistrait notamment la mise en place d’amendes très élevées allant jusqu’à l’emprisonnement abusif pour ceux qui ne veulent pas respecter la loi.

Manque de ressources

De plus en plus de personnes sont dépourvus d’assurance médicale en raison du manque de ressources financières.. En 2006, le ministère de la santé diminuait de 25 000 le nombre de personnes indigentes dont il assurait la prise en charge. Ce chiffre est tombé à 21 000 en 2008.

Ceux qui sont considérés comme les plus pauvres des pauvres sont ceux qui n’ont ni emploi, ni bétail, ni terre. De plus le Conseil du village désigne les plus démunis en évaluant les terres, les chèvres, les bicyclettes ou les radios. Le Conseil regarde aussi si le toit de la maison est fait de paille ou de tôle.

Les villageois ont compris les bienfaits de se doter d’une mutuelle mais le principal frein à l’adhésion ne réside pas dans le manque de volonté mais plutôt dans la pauvreté galopante qui frappe de plein fouet les zones rurales. Le coût de la mutuelle de santé représente une charge importante pour certaines familles et le tarif unique, que ce soit pour les riches ou les pauvres, est souvent mal vécu. En 2010,  Dr Binagwaho du ministère de la santé affirmait «  il est totalement insensé que ma mère paie le même montant que la femme qui nettoie sa maison ».

En définitive, face à l’accroissement de la pauvreté en zone rurale, réinventer un modèle qui soit davantage en adéquation avec les problématiques locales est devenu le défi auquel sont confrontées les autorités locales et centrales.

Marie Umukunzi
Jambonews.net

http://www.bbc.co.uk/gahuza/audio_console.shtml?programme=glak1830 à partir de 13:00 minutes

http://www.courrierinternational.com/article/2010/07/08/assurance-maladie-un-bilan-globalement-tres-positif

http://www.syfia-grands-lacs.info/index.php5?view=articles&action=voir&idArticle=962


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