FR | EN

Où va la RDC avec l’accord d’Addis-Abeba et la résolution 2098 ?

Publié : le 23 avril 2013 à 1:35 | Par | Catégorie: Analyses de l'actualité

Depuis le début de cette année 2013, les enjeux sécuritaires en RDC et plus particulièrement dans l’est, sont au centre de toutes les tractations. La signature de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, le 24 février dernier, a marqué, d’une certaine manière, le lancement de la nouvelle stratégie de communication du gouvernement congolais. Concernant l’accord-cadre, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende et le Ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda n’ont eu de cesse d’exposer le bien-fondé et l’ambition de l’accord qui, comme nombre de ses prédécesseurs, vise à rétablir la paix en RDC.

Pour rappel, onze chefs d’Etat africains ont signé, en présence de Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, un accord-cadre visant à instaurer la paix en RDC. Les signataires, notamment le Rwanda et l’Ouganda, se sont engagés alors à ne soutenir aucun groupe armé en RDC. L’accord décline aussi toute une série de recommandations que la RDC s’est engagée à suivre. Néanmoins, selon Lambert Mende, cet accord aurait la plus-value de mettre l’accent sur des « aspects extérieurs de cette conflictualité récurrente »[1]. Autrement dit, de souligner des responsabilités autres que celles du gouvernement, sous-entendant ainsi l’action du Rwanda et de l’Ouganda. Désireux de légitimer son action face à une opinion publique de plus en plus lasse de promesses continuellement renouvelées, le gouvernement a donc amorcé cette campagne « pédagogique » pour rassurer et redonner confiance au peuple congolais.

Cependant des inquiétudes apparaissent assez vite à la lecture de l’accord-cadre. En effet, même, s’il se réclame d’une approche globale incluant les différents pays de la région pour stabiliser RDC, il n’en reste pas moins « un nouvel accord» comme l’ont été les précédents se réclamant également d’une dynamique inclusive mais n’ayant, pour aucun d’eux donné de résultats réellement mesurables et ce, depuis plus d’une décennie. De plus, certaines voix se sont élevées dénonçant une mise sous tutelle de la RDC qui seule doit s’engager à se démocratiser et à se réconcilier avec les pays voisins[2]. A ajouter à cela, le fait qu’au jour d’aujourd’hui en RDC, plane sur toute nouvelle initiative, qu’elle soit régionale ou téléguidée par la communauté internationale, des soupçons d’un agenda caché.

Les Nations Unies au secours du gouvernement congolais

Pourtant, cette fois-ci, la communauté internationale par l’entremise du Conseil de sécurité, semble vouloir véritablement allier les paroles aux actes. Le 28 mars, le Conseil adopte la résolution 2098 qui vise à créer une brigade d’intervention avec un mandat offensif. De quoi alimenter davantage la rhétorique gouvernementale qui de la pédagogie du bien-fondé de l’accord d’Addis-Abeba est passée à une séance d’autocongratulation. En effet, Kinshasa estime que cette résolution n’est ni plus ni moins la matérialisation de l’efficacité de sa diplomatie et ne se prive de le relayer dans la presse comme en témoigne les différentes sorties des officiels[3]. En quelque sorte, les Nations-Unies sont venues porter secours au gouvernement congolais qui depuis les élections peine à convaincre ses citoyens. La mise en mouvements du Conseil de sécurité sur la situation au Congo donne alors de la substance aux discours du pouvoir en place mais l’attente de résultats reste grande.

Par ailleurs, le gouvernement, qui pour certains, s’évertue à défendre l’indéfendable, tenait des négociations avec le M23 à Kampala alors que, paradoxalement, ce même groupe est listé dans la résolution 2098 comme l’un des groupes armés à combattre. De quoi se demander quelle sera la portée réelle sur le terrain de la brigade d’intervention onusienne. L’imbroglio politico-militaire que constitue les réintégrations et désertions successives au sein de l’armée congolaise ne facilitera en rien l’action de la brigade d’intervention. Ensuite, l’idée de voir un contingent de 3069 hommes venant de pays étrangers (Afrique du Sud, Malawi et de Tanzanie) faire ce que l’armée congolaise n’est jamais parvenu à faire depuis plus de dix ans, sonne plutôt comme un aveu d’échec, et de la gestion militaire et du leadership du président Kabila qui est le chef des armées[4]. D’autres questions plus opérationnelles peuvent également être soulevées quant à la mise en action et à la collaboration des forces onusiennes et les FARDC. Le M23 ayant accueilli assez négativement la création de la brigade d’intervention s’est déjà lancé dans une campagne d’intimidation dans les médias et envers la population.

Quel rôle pour le Rwanda ?

Enfin, le texte de la résolution stipule « l’engagement et la bonne foi des Etats signataires de l’accord-cadre d’Addis-Abeba ». Cet argument de bonne foi ne peut qu’inquiéter quand on sait que deux des Etats signataires sont nommément accusés dans un rapport d’un groupe d’experts onusiens de soutenir des groupes armés dans la région, ces mêmes groupes armés que la brigade a pour mandat d’éradiquer. De plus, selon le quotidien l’Avenir, le Rwanda et l’Ouganda se seraient déjà mis en mouvement. En effet, le journal fait état de 2800 militaires ougandais et 1200 rwandais qui auraient traversé la frontière pour porter main forte au M23 et contrecarrer  les FARDC et la brigade d’intervention. Sans pouvoir certifier ces informations, elles viennent s’ajouter au climat de suspicion actuel.

Et si aujourd’hui, le gouvernement congolais et les forces onusiennes semblent vouloir en découdre avec le M23, comme en témoigne les récentes déclarations des officiels[5], l’atmosphère n’en demeure pas moins peu rassurante à l’entame du déploiement onusien. Puis, la percée diplomatique de Kigali ne fait qu’éveiller les craintes congolaises quant à ses prochains mouvements. En effet, malgré les oppositions, le Rwanda a accédé, avec un vote de 148 voix sur 196, à un siège de membre non-permanent du Conseil de sécurité allant même jusqu’à s’asseoir, depuis le premier avril, sur le siège de la présidence tournante du Conseil. Certes les prérogatives de ce statut restent limitées mais savoir le Rwanda, qui pour beaucoup de Congolais est l’un des principaux protagonistes de la crise actuelle, à la tête de l’organe coercitif des Nations-Unies agite quelque peu la spéculation pour la suite des évènements.

Les scénarii potentiels

En définitive, l’accord-cadre d’Addis-Abeba couplé à la résolution 2098, malgré les réserves émises quant à leur application, restent des opportunités pour faire avancer la situation en RDC. Par contre, les autorités congolaises devront se donner les moyens pour que des résultats concrets puissent émerger et la collaboration entre FARDC et les forces onusiennes devra être des plus efficaces et d’une implacable transparence pour entamer un redressement effectif de la gestion sécuritaire en RDC.

Dans une dynamique de court terme, le gouvernement pourra aisément surfer sur la vague de la mise en action de la brigade d’intervention pour convaincre l’opinion de sa réactivité. Cependant à moyen terme, les premiers résultats sur le terrain seront déterminants et la clarification des relations avec le M23 seront aussi nécessaires.

Enfin à long terme, deux scénarii pourraient se profiler. Le premier, plus optimiste, verrait le gouvernement, conjointement aux actions militaires sur le terrain, s’activer par rapport aux nombreuses réformes attendues par les citoyens et surtout réaffirmer la souveraineté du Congo sur la totalité du territoire pour battre en brèche tout dessein de balkanisation du pays. L’initiative onusienne pourrait donc être un réel moteur de progrès pour la RDC à condition qu’il soit accompagné d’un agenda politique clair. Le deuxième scénario se veut plus pessimiste et, dans une certaine mesure, se place dans la lignée des feux de paille et effets d’annonce qui ont bordé la vie politique congolaise. On verrait alors le gouvernement ériger comme paravent l’action onusienne pour masquer une certaine apathie politique quant aux réformes structurelles du pays et de l’armée. Il s’engagerait dans une série d’annonces et de mesurettes pour défendre son bilan à l’approche des élections de 2016.

 

Michael Mutombo
Jambonews.net



Profitez et partagez avec vos amis:
  • Facebook
  • Twitter
  • MySpace
  • email
  • LinkedIn

4 Commentaires à “Où va la RDC avec l’accord d’Addis-Abeba et la résolution 2098 ?”

  1. Bertrand Loubard dit :

    L’effroyable vérité de ce qui s’est réellement passé dans la Région des Grands Lacs Africains à partir dès avant le 01/10/90 et de ce qui s’y passe encore actuellement ne sera pas connue avant longtemps. Combien de temps avait-il fallut pour que l’on apprenne la culpabilité de Staline à propos de la purge de 1937, de Katyn, des répressions et des goulags ? 70 ans ! Combien de temps a-t-il fallut pour que Pinochet soit inculpé à propos de ses caravanes de la mort, de l’opération Condor, de l’opération Colombo et de Villa Grimaldi ? 35 ans et il ne sera même pas condamné « posthume » pour l' »assassinat » d’Allende. Que dire du « deal » passé, au procès de Tokyo, entre les Alliés et les Japonais à propos de la Corée ? Et puis il y aussi touis les « quid à propos » des Lumumba, Kennedy, Martin Luther King, Dag Hammarkjöld, Tschombe, Ndadaye, Kadhafi, Ben Laden et des millions de Hutus et de Tutsi modérés ? Toutes questions sans encore de réponses. Il faudra attendre que les systèmes, les initiateurs, les promoteurs, les acteurs et complices passifs de cette indicible réalité aient « disparus ». Il faudra aussi que les mouvances socio – culturelles, politiques, économiques, financières et médiatiques aient quitté la scène sur laquelle elles gesticulent comme des marionnettes synchroniquement manipulées. Il faudra que les lobbyistes et autres tschi-tschi boys de service fassent leur « coming out »….Il faudra que progressivement la prose des médias concernant « The man who dreamed the rebirth of the Rwanda, the man for whom bands of angels will sing in heaven…. » (pour paraphraser Stephen Kinzer in « A thousand Hills ») adopte un ton nouveau . Il sera alors opportun pour les experts des médias de constater le virage autoritaire, de dénoncer la dérive totalitaire. Il faudra trouver de nouvelles images d’Epinal qui feront oublier qu’il faut de temps en temps brûler ce qu’on a adoré et adorer celui qui sera bientôt le sauveur à adorer. Il sera temps de défendre une nouvelle vérité sur celui qui aura été désigné comme le nouveau rédempteur conforme à ce qu’on attend de lui…..et cela jusqu’à la prochaine fois où on pourra dire avec recueillement « plus jamais ça », mais toujours plus de « Droits de l’Homme » (blanc, riche et en bonne santé) au prix d’un sang qui, s’il est évoqué, souillera la mémoires des martyrs des nouveaux vainqueurs et qui sera donc destiné à être maquillé.

       2 likes

  2. TUKUMOMBO dit :

    Lorsque un handicapé physique à une branche d’arbre dans sa main, ce que quelqu’un du haut de l’arbre le lui avait envoyé. Les thèses mensongères des extrémistes tutsi de la région de grand lac trouve échos favorable à l’occident ,dont les Usa en tête et alliés, dont les Congolais doivent encore s’attendre au métamorphose des rébellions fabriquées par le génie Kagamé sous la bénédiction des démocraties occidentales , civilisatrices, chrétiennes, droit de l’homme et que sais-je encore. bref ils ont les droit divins sur nous. c’est eux qui décide si à l’est du Congo si la population doit passer telle période en brousse alors leurs mains noire de l’armée Rwandaise sous couvert du M23 déclenche les hostilités, franchement c’est trop, trop, trop parfois faut-il se demande si notre destin nous appartient? ou bien faut-il adopter les méthodes des autres opprimés de cette terre qui se sont pris en charge afin de défendre leur vie?

       3 likes

    • la brigade d,intervation onusienne branche tanzanie est arrivee a goma depuis mardi le 7 mai.leur travail ce de faire des armees le M23 premiere position,le M23 ce sont dit a une lettre a dressee a l,etat tanzanien qui,ils vont tuee tous les tanzaniens.on va assistee a une guerre entre tanzanie et le rwanda le depart de paul kagame est proche car l,armee tanzanienne va defiler sur kigali,comme il aviat fais a Idi AMINE dada.

         0 likes

  3. NKIERE DANNY dit :

    Quand à mon commentaire je dirai que la brigade d’intervention d’intervention doit être neutre et que l’ONU doit mener la conduite de ces opérations pour plus de garantie.en effet l’accord-cadre n’est qu’ une volonté des Etats ou des expressions mises sur papiers, il faut une réalisation donc l’application de cet accord par les Etats signataires. cela requiert la bonne foi des Etats membres. de l’autre coté le Rwanda est tenu à mettre fin aux hostilités dont on le soupçonne de complice! il doit en outre chercher à résoudre le problème au lieu d’attendre la main de force.notre gouvernement(RDC)doit aussi poursuivre les négociations avec des Etats membres des grands lacs en vue de rechercher la solution et surtout renforcer la coopération avec ceux ci et l’ONU. toute fois la RDC ne doit pas continuer à rever cette fois ci, elle doit se pencher sur la brigade d’intervention neutre pour apporter la solution.

       0 likes

Laissez un commentaire