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RDC : Joseph Kabila, un silence assourdissant

Publié : le 6 septembre 2013 à 16:37 | Par | Catégorie: Analyses de l'actualité

Quoi de plus légitime qu’un chef d’Etat élu, qui rende régulièrement des comptes à ses compatriotes sur certaines de ses actions. Que ce soit pour passer en revue toutes les bonnes choses accomplies ou  pour revenir sur les ratés de certaines décisions, le tout dans  le but d’y remédier. C’est également une forme de participation et d’implication des citoyens à la gestion de la chose publique. Malheureusement, Joseph Kabila est passé maître dans l’art du silence…

www.kikayabinkarubi.net

« La parole est d’argent, mais le silence est d’or » dit-on. En politique, c’est souvent le contraire qui est présumé : « le silence serait d’argent et la parole d’or ». Plus encore dans un monde qui subit de profondes mutations avec les nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication. Imaginez que des obus tombent sur Bordeaux, et qu’à Paris, François Hollande reste de marbre. Imaginez que des obus tombent  sur Atlanta, New York et que le président Obama, comme si de rien n’était, reste plongé dans un mutisme ahurissant. On imagine aisément la détresse et la colère qui peuvent envahir  les habitants de Goma face à des obus qui pleuvent sur les toits de leurs maisons. Mais cette douleur est d’autant plus forte quand le chef d’état reste dans un profond silence comme si de rien n’était. Les populations des deux Kivus (Est du Congo) ne savent plus quels dieux invoquer et se sentent, sinon trahies, du moins abandonnées.

Retour aux élections de 2011.

Pour séduire de nouveau les électeurs de l’Est, le président Kabila part en campagne dans le Kivu où il prétend être le pacificateur. En effet, sa campagne avait des allures de tournée d’un général après une guerre. Ci et là, Joseph Kabila se vante d’avoir pacifié l’Est du Congo et d’avoir éradiqué les groupes armés qui entretiennent l’insécurité dans cette région depuis deux décennies. Le second mandat de Joseph Kabila devait donc se préoccuper de l’essor économique de la région, car les affres de la guerre pouvaient désormais être rangées dans les placards de l’histoire. La réalité et la complexité de la géopolitique du Kivu vont rattraper le  discours de campagne de Kabila. L’inattendu rapprochement entre la RDC et le Rwanda, fin 2008, n’a pas suffi à pacifier la région. Quelques opérations conjointes de l’armée congolaise et l’armée rwandaise contre les rebelles hutus des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) n’ont  pas ramené la paix au Kivu mais ont eu des conséquences humanitaires désastreuses. Le Congrès National Du Peuple (CNDP), ex-mouvement rebelle du seigneur de guerre Laurent Nkunda (refugié actuellement à Kigali) s’est un temps rallié à la majorité présidentielle en décembre 2010. Cette situation a caché pas mal les ratés de la  constitution d’une armée forte et régalienne avec l’intégration des ex-rebelles sans foi ni loi, hier encore sources de tous les maux des citoyens congolais.

La paix est-elle pour autant revenue dans les deux Kivus ? D’après International Crisis Group[1], officiers et militaires congolais issus de l’ex-rébellion « ont toujours continué à obéir à des chaînes de commandement parallèles ». La preuve en est qu’ils refusent leur permutation du Kivu pour une autre région. Contrairement au discours de campagne de Joseph Kabila en 2011 et malgré la promotion sociale des rebelles en intégrant une armée dont certains directement aux rangs de généraux, la réponse est non.

 

Une rébellion en cache une autre…

Moins d’un an après ces élections, les ex-alliés rebelles du CNDP, un temps convertis en politiciens républicains, ont sans doute profité de leurs entrées dans les hautes sphères d’un pouvoir incrédule à Kinshasa afin de bien préparer leur coup. Et nous revoilà à la case départ avec le Mouvement du 23 Mars (M23), les mêmes faits causant les mêmes effets : le territoire de Rutshuru est toujours sous la coupe autonome de rebelles. Depuis la création de ce mouvement, Goma vit à nouveau sous les oripeaux de crépitement de Kalashnikoff ou des cratères laissés par des obus insatiables.

Dans tout ça, où est le président ?

Aux abonnés absents, comme une tortue qui sort sa tête de sa carapace et la remet aussitôt qu’un danger est pressenti, Kabila s’est recroquevillé dans un silence qui a de quoi irriter. Il se réfugie derrière les propos, parfois dépouillés de tout sens,  du  très contesté porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga. Ce dernier est surtout connu pour ses diatribes envers l’opposition et ses sorties très médiatiques, qui ressemblent plus à des « one man shows », qu’à des verves fournissant des réponses aux préoccupations des Congolais. Comment se fait-il que le chef-lieu d’une grande province est harcelé de tout bord par des groupes armés, et ce, dans l’indifférence totale du Chef de l’Etat?

Tout se passe comme si la misère des populations du Kivu, otages des appétits d’orgue de forces extérieures, n’était pas un désastre national. Les habitants de Goma et du Kivu en général sont doublement meurtris car la guerre n’est pas seulement militaire avec ses supplices mais elle est aussi psychologique. Et quoi de plus qu’un discours à chaud de celui qui est censé garantir l’intégrité de l’Etat pour remonter le moral en berne de toute une population ? Du soldat courageux, qui a une solde de 50 dollars, mais qui va malgré tout au front, pour redorer l’emblème d’or de sa patrie au citoyen lambda, en quête de paix et de stabilité socio-économique, en passant par des investisseurs gourmets de la richesse minière du Kivu, nul ne doute que le discours du chef de l’Etat aurait un effet tranquillisant. Chaque fois qu’une bombe ou des coups de feu parasitent Goma, une simple démonstration du leadership congolais aurait suffi pour reconstruire une atmosphère d’espoir et de confiance pour les populations de l’est…

De ce point de vue, le silence du président Kabila peut être révélateur de deux aspects. Soit il est conscient de l’échec cuisant de sa politique militaire, soit il connaît à priori, les tenants et aboutissants de l’enfer kivutien et en serait alors un des « complices » comme aiment à le dire ses détracteurs. Sans oublier que le plus grand vice du silence est que sa compréhension est sujette à l’intellect de tout un chacun…

 

Cynthia Bashizi

Jambonews.net


[1] L’International Crisis Group est une organisation non gouvernementale, indépendante et à but non lucratif, qui œuvre pour la prévention et la résolution des conflits armés.

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8 Commentaires à “RDC : Joseph Kabila, un silence assourdissant”

  1. Serge dit :

    C.est la preuve que Joseph Kabila est le President qui a une mission contre la Rdc et son peuple.Car telle attitude d’un Chef de l’Etat n’a pas d’explications partout au monde.

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  2. Serge dit :

    Ok

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  3. kolomabele dit :

    Comment peut-on expliquer le silence assourdissant et légendaire de Joseph Kabila face au drame qui se déroule au Congo? Est-ce une démission ou une complicité avec ces tueurs tutsi? Dans l’un ou l’autre cas, c’est très grave. Dans les deux, c’est encore plus grave.

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  4. La conscience dit :

    Le jour même où cet article était posté, Joseph Kabila prononcait un discours abordant la plupart de problèmes soulevés. Dans le passé, il s’était dit « esclave de sa parole et mâître de son silence » et encore « si vous ne croyait pas à ma parole, croyez au moins à mes actes » citant les Ecritures.
    Les Chefs d’Etat occidentaux s’expriment presque chaque jour, avant et après chaque evenement. On atteint comme une overdose. Des dirigeants africains comme Dos Santos, Paul Biya et Joseph Kabila sont avares de parole. Il y a peut-être un juste milieur!
    En réalité, peu importe si on parle beaucoup ou peu, pourvu qu’on pose les actes qu’il faut.

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  5. Amani dit :

    Tout le monde connais que c’est un rwandais.

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  6. Vindu Muka dit :

    Hyppo Kanambe alias Joseph Kabila est le seul commandant suprême d’une armée au monde que l’on ne voit jamais au front, ne fût-ce que pour rendre visite à ses propres troupes qu’il a engagées dans une guerre contre des « ennemis extérieurs » le matin lesquels redeviennent des « rebelles congolais » ou « mutins de la même armée » la nuit venue.

    La RDC d’Hyppo Kanambe reste le seul pays au monde où, le soutien de la population à sa propre armée engagée dans une guerre contre des envahisseurs extérieurs est passible de peine d’emprisonnement. Un député qui a soutenu l’armée de son propre pays, pour cette raison bien précise, a été accusé de haute trahison malgré l’immunité parlementaire dont il dispose, il faut le faire! En guise de distraction, on organise une « concertation nationale » retardée, par ailleurs par la visite de l’organisateur chez l’agresseur de son « propre pays ».

    Pendant que Kagame, le monarque absolu du Tutsiland, s’active dans le monde entier pour asseoir le plus gros mensonge de l’Histoire, Hyppo Kanambe alias Jo Kabila ne bouge même pas son petit doigt pour essayer de rétablir la vérité et rallier à cette cause tous les pays ou organismes internationaux victimes de la fourberie de Paulo le Hitler de Mille Collines.

    Le silence est de sang chez le trio KKK, cela permet d’assassiner et de fomenter des génocides sans qu’aucun mot ne soit dans les médias du monde. Ce silence criminel a pour rôle d’attirer tous les investisseurs du CAC40 à venir se servir à vils prix en matières premières de l’Est de la RDC dans la grande braderie de Kigali.

    Tu auras beau indiquer aux congolais où se trouve la lune actuellement,ils prendront certainement la direction opposée. Le trio KKK réussit l’exploit d’attirer les mouches avec du vinaigre, en RDC bien évidemment.

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  7. Vous vous souvenez du massacre de Al-Houla ? Il avait été rapidement attribué aux militaires syriens et au Gouvernement de Bachar al-Assad. Mais, au fil des jours, la vérité avait triomphé. Mais, la presse « mainstream » a toujours refusé de faire son méa-culpa. Qu’à cela ne tienne, le terroriste Muhiddin Mahmoud Shehab, que le Gouvernement syrien recherchait après ce massacre, a été arrêté par les services secrets libanais. Il se serait échappé de Qusseir, pour se réfugier au Liban. Une très bonne nouvelle, en espérant qu’il sera extradé vers la Syrie pour $être jugé.

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