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Des partis d’opposition rwandais s’unissent dans une coalition provocante

Publié : le 11 avril 2014 à 23:39 | Par | Catégorie: Actualité


Plusieurs partis d’opposition rwandais se sont récemment réunis à Bruxelles dans le but de créer un parti de coalition large qui s’opposera au parti au pouvoir au Rwanda, le Front patriotique rwandais (FPR). Le gouvernement rwandais refuse de reconnaître la coalition, quelques-uns des partis la composant ayant provoqué des remous. Bien que les détails n’aient pas encore été publiés, ce rassemblement marque une étape importante sur la scène politique du Rwanda.

twagiramungu

Faustin TWAGIRAMUNGU

Les derniers développements sur la scène politique rwandaise sont à l’origine d’un affolement  aussi bien dans la communauté rwandaise que dans la communauté internationale. Quatre partis d’opposition rwandais ont récemment annoncé leur intention de créer une large coalition afin de se présenter comme parti d’opposition contre le FPR, le parti au pouvoir dirigé par le président Paul Kagame. La ‘Coalition des partis politiques pour le changement’ (CDC) se compose du Parti socialiste (PS-Imberakuri), de la ‘Rwanda Dream Initiative’ (RDI-Rwanda Rwiza), de l’Union démocratique rwandaise (UDR), et des Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), rebelles opérant en République démocratique du Congo mais disant avoir déposé les armes. La plupart des critiques contre la coalition concerne l’inclusion des FDLR, groupe considéré par le gouvernement des États-Unis comme une organisation terroriste depuis 2005.

Le parti de la coalition a déjà été accueilli par le rejet du gouvernement rwandais qui refuse de la reconnaître comme un parti légitime. Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères, aurait déclaré que le Rwanda ne pouvait négocier avec des terroristes et averti que toute personne travaillant avec les FDLR aurait à faire face à de graves conséquences. Le point de vue adopté par le gouvernement détourne ainsi l’attention du problème que beaucoup de Rwandais tentent en permanence de porter à l’attention de la communauté internationale; à savoir que l’Etat marginalise et refuse toute reconnaissance aux partis d’opposition. Au contraire, le gouvernement peut rejeter et balayer l’opposition politique en déclarant que toute organisation associée avec les FDLR ne peut pas être prise au sérieux politiquement. À la lumière de cette réalité, et là où un gouvernement peut refuser de reconnaître un parti en le qualifiant de sympathisant de terroristes, il existe le danger qu’un autre parti soit, une nouvelle fois, simplement mis de côté.

Toutefois, avant que les critiques ne se concentrent sur la seule question de la liberté d’expression politique, ou plutôt de l’absence de celle-ci, il existe une autre question pressante qui ne peut être ignorée. En effet, après recherche, très peu d’informations venant du nouveau parti d’opposition même ont filtré. Une source a déclaré que le parti avait rédigé un manifeste, mais si celui-ci existe effectivement, il n’est certainement pas disponible sur Internet.  Par ailleurs, en déclarant qu’il existait quatre partis au sein de la coalition, ce terme semble être utilisé à la légère, d’autres sources ayant affirmé qu’il s’agissait en fait de l’union de deux partis. Plus de détails apparaîtront avec le temps, mais il est difficile d’oublier l’adage anglais qui dit que l’on devrait commencer comme l’on a l’intention de poursuivre

Mais en somme, le simple fait qu’un groupe de partis s’unisse dans l’intention de créer un Rwanda où la liberté d’expression politique est réelle doit être célébré. On estime qu’il faut 20 ans pour un pays touché par la guerre de redevenir économiquement, socialement et politiquement établi. Vingt ans après le conflit au Rwanda, il y a encore de sérieux problèmes à traiter et rectifier. La liberté politique est l’une de ces questions.

Vingt ans après le Génocide rwandais, les médias traditionnels parlent très peu du développement socio-politique du Rwanda. Le peu que l’on trouve dans les journaux crédibles prétendument indépendants parle de l’absence d’un regard hanté – en effet, les traces du choc sur les visages sont tenus de s’être estompées en vingt ans – avant de s’émerveiller sur la faune magnifique et de s’étonner de la platitude des route dans ce pays si vallonné. Le problème reste que tout parti qui se présente comme opposant au gouvernement de Kagame doit faire face à des défis institutionnalisées qui n’ont pas leur place dans une communauté internationale attachée à la liberté d’ expression et la démocratie, et l’avancée économique du Rwanda est de plus en plus rattrapée par les questions et préoccupations de plus en plus nombreuses contre le parti actuellement au pouvoir au Rwanda.

La création d’un parti de la coalition est un événement intéressant. Il sera également intéressant d’observer comment le parti traitera la question de la mémoire du génocide, notamment à l’occasion de ce 20e anniversaire du conflit rwandais. Jambonews continuera de suivre de près les développements à venir et vous tiendra informés.

Rosine Uwineza

Traduit de l’Anglais par Gisèle Uwayezu

www.jambonews.net

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