FR | EN

RCA : Terreur contre les réfugiés rwandais à Bangui : les témoins se confient à Jambonews

Publié : le 22 avril 2014 à 21:02 | Par | Catégorie: Actualité

Le 20 févier dernier Oreste Hasingizwimana, réfugié rwandais qui vivait en République Centrafricaine (RCA) depuis plus de 15 ans fût abattu devant son magasin situé dans le centre de la capitale Bangui ( cfr article paru le 24 février)[i]. La thèse d’un incident isolé semblait évidente vu la situation sécuritaire précaire qui règne dans le pays, néanmoins quelques semaines après cet assassinat, les premiers éléments d’enquêtes menés par Jambonews révèlent une situation très saisissante : des hommes armés parlant essentiellement le Kinyarwanda et bien informés pourchassent et terrorisent les réfugiés rwandais, qui pourtant mènent une vie tranquille depuis des années en Centrafrique.

Soldat rwandais de la Misca

Soldat rwandais de la Misca

 « Tout cela a commencé en janvier dernier avec l’arrivée des soldats rwandais qui font partie de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (MISCA) », affirment les témoins interrogés.

Dans les coulisses des violences interreligieuses qui secouent la République Centrafricaine depuis plusieurs mois, il y a une autre guerre dont on parle peu, la terreur qui s’abat sur les quelques centaines des réfugiés rwandais résidant dans ce pays. Chaque journée apporte son lot d’informations en matière d’exactions que livre un escadron dont les liens avec le régime de Kigali deviennent de plus en plus évidents.

« Les tueurs viennent, ils enlèvent les gens. Ce sont uniquement des rwandais qui sont visés, ils appellent leurs victimes au téléphone pour savoir où ils sont », affirme un témoin rwandais travaillant pour l’Union européenne à Bangui, qui affirme avoir été visé à plusieurs reprises.

« Le 11 février entre 18h et 19h trois hommes à moto se sont présentés chez moi, mais je n’étais pas là, ils ont questionné l’employé de la maison. Ils sont revenus le 20 février, je n’étais pas là non plus, ils ont demandé à la domestique où j’étais, quand je rentre, où je passe, si je rentre à pied ou en voiture. D’après ceux qui les ont vus, ils étaient armés. Ne me trouvant pas à la maison, ils sont allés chez un autre compatriote qui lui non plus n’était pas chez lui. C’est après qu’ils se sont rendus chez Oreste 10 minutes plus tard, et ils l’ont abattu. Il est évident que j’étais moi aussi visé, j’étais certainement le premier sur la liste », témoigne le même témoin qui n’a pas souhaité que son identité soit dévoilée.

Selon un deuxième témoin interrogé, trois jours après la mort d’Oreste, un escadron de cinq personnes armées sur deux motos, a été vu roder autour du domicile du premier témoin.

De nombreux témoins interrogés par Jambonews affirment que ces groupes d’individus qui sèment la terreur au sein des réfugiés rwandais, sont en connivence avec les soldats rwandais de la MISCA arrivés en janvier dernier en Centrafrique dans le cadre d’une mission africaine de stabilisation.

Ntaganda Charles, personnage controversé.

Arrivé en Centrafrique il y a trois ans et se disant réfugié, un nommé Ntaganda Charles est pointé du doigt par de nombreux réfugiés et fortement soupçonné de faire partie des escadrons de la mort en Centrafrique, voire d’en être le chef. Pour rappel, ce dernier a été identifié par les témoins oculaires parmi le groupe d’individus qui a abattu Oreste Hasingizwimana le 20 février. Aujourd’hui Ntaganda qui est toujours en liberté se serait réfugié dans un quartier musulman appelé KM5. Selon les témoignages recueillis auprès de ceux qui le connaissent, il se serait rendu à plusieurs reprises sur la base abritant les soldats rwandais de la MISCA.

Ntaganda, dont la demande de statut de réfugié a été rejetée à deux reprises, sillonnait selon les témoins, dans les domiciles de tous les rwandais, qui lui donnaient à manger car il se disait en situation précaire. Après avoir su son rôle dans cette série de terreurs, les témoins disent que sa prétendue situation nécessiteuse n’était qu’un prétexte lui permettant de se rendre dans les domiciles de tous les rwandais et les espionner.

Lors de l’emprisonnement d’Oreste par les milices de la Seleka il y a quelques mois, Ntaganda qui disait avoir fui le régime de Kigali, aurait demandé que 5 million FCFA (10.000$) soient payés pour sa libération, en précisant que si la famille n’était pas capable de payer, il pouvait faire jouer ses relations à Kigali pour la libération d’Oreste. Les témoins affirment que Ntaganda connu pour ne pas avoir la langue dans sa poche, disait souvent avoir fait partie de « l’escadron que Kagame a envoyé tuer Kabila père », une mission qui aurait échouée.

Les réfugiés dans le désarroi

Le premier témoin cité précédemment confirme avoir exposé ses inquiétudes au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) quand il a appris que les militaires rwandais feraient partie de la MISCA. Selon les informations recueillies auprès des proches d’Oreste, ce dernier aurait lui aussi avant sa mort, plusieurs lettres au HCR et aux autres instances centrafricaines et onusiennes, pour demander la protection car il se sentait menacé.

Les réfugiés rwandais en Centrafrique se disent plus inquiets d’autant plus que d’anciens réfugiés rentrés au Rwanda ont été identifiés parmi les militaires rwandais de la MISCA. Un des témoins confirme en avoir reconnu particulièrement trois, tous anciens réfugiés rwandais, du moins d’après ce qu’ils prétendaient, rentrés avant de revenir en tenue militaire de la MISCA. « Hassan est rentré il n’y a pas longtemps, en septembre 2013, et le voilà 5 mois après, en militaire », déclare ce témoin. Saddam qui fait partie du contingent rwandais affecté à la protection de la nouvelle présidente centrafricaine Samba-Panza, est même reconnaissable sur les photos dans les medias aux côtés de la chef d’Etat.

« Tout le monde est replié sur lui-même »

La petite communauté rwandaise en Centrafrique qui formait un groupe soudé avant l’arrivée des soldats rwandais de la MISCA en janvier dernier, vit une situation très dure comme l’affirment les quelques témoins qui ont accepté de répondre aux questions de Jambonews.
« On est terrorisé, tout le monde s’est replié sur lui-même, aux obsèques d’Oreste par exemple, il n’y avait qu’une poignée de Rwandais, les autres étaient des Centrafricains, on ne veut pas se faire remarquer », rapporte un témoin qui ne cache pas ses inquiétudes.

Ce repli sur soi-même explique le manque d’information sur ce qui se passe réellement, car personne ne sait rien sur personne, chacun essaye de rester le plus discret possible. Certains garderaient même leurs téléphones coupés, par peur de se faire repérer, d’autres encore auraient changé leur numéro. Pour preuve, l’équipe de Jambonews a eu des difficultés à interroger certains témoins potentiels.

« On ne sort pas n’importe comment, certains ont déménagé, et ceux qui ont les moyens ont déjà quitté la Centrafrique », déclare Jean, réfugié en Centrafrique depuis plus de 15ans.

Le premier témoin interrogé a expliqué à Jambonews ne pas comprendre pourquoi ils s’en prennent à lui, alors qu’il n’est mêlé à aucune activité politique. « Je ne faisais aucune activité politique, de temps en temps je faisais du social, mais la diaspora pro Kagame à Bangui dit que quand on n’est pas avec eux, on est contre eux ».

Tous les réfugiés rwandais joints en Centrafrique par Jambonews, affirment n’avoir jamais vécu directement une telle situation, malgré l’instabilité politique dans le pays depuis un quart de siècle, due à une répétition des coups d’Etat et des mutineries, et en ce moment une guerre interconfessionnelle. « Ça fait 20 ans qu’on vit dans ce pays, personne n’a jamais été directement menacé », affirme Jean. « Ils profitent du chaos en Centrafrique pour nous tuer », poursuit-il.

Le HCR qui doit gérer un afflux de réfugiés fuyant les conflits interconfessionnels dans le pays, semble porter peu d’attention aux nombreux appels de réfugiés rwandais qui réclament une protection particulière.

Jean Mitari
www.jambonews.net


[i] http://jambonews.net/actualites/20140224-rwanda-rca-un-refugie-rwandais-abattu-les-soldats-rwandais-dans-le-collimateur/

__________________________________

Profitez et partagez avec vos amis:
  • Facebook
  • Twitter
  • MySpace
  • email
  • LinkedIn

2 Commentaires à “RCA : Terreur contre les réfugiés rwandais à Bangui : les témoins se confient à Jambonews”

  1. Inkotanyi dit :

    Que ces rwandais rentrent au Rwanda, ils seront bien accueillis.. le Rwanda a fait savoir que e statut de réfugier n’est plus valable

       3 likes

  2. Gikongoro dit :

    ce n’est pas au Rwanda de décider qui doit être réfugie ou pas, pourquoi rentrer au Rwanda la prison à ciel ouverte ou vivre à l’exil ? même le plus idiot des idiots ne réfléchira pas sur le bon choix à faire

       3 likes

Laissez un commentaire