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Rwanda – fermeture de la BBC : l’indignation d’une jeune Rwandaise

Publié : le 28 octobre 2014 à 21:51 | Par | Catégorie: Actualité, Opinion

Article d’opinion soumis par Marie Umukunzi

Le 1er octobre 2014, la chaîne BBC Two diffusait le documentaire « Rwanda’s untold story », en français « l’histoire du Rwanda jamais contée » réalisé par la journaliste Jane Corbin.

stade_kigaliLa journaliste a rencontré diverses personnalités de la diaspora rwandaise actrices sur la scène politique rwandaise et durant le génocide de 1994 telles que Kayumba Nyamwasa, Théogène Rudasingwa, des citoyens ordinaires  témoins du génocide, des chercheurs ayant travaillé sur le Rwanda post-génocide tels que Filip Reyntiens, Allan Stam et Christian Davenport. Ces derniers ont été interrogé sur l’histoire officielle de la tragédie rwandaise selon laquelle l’actuel Président rwandais Paul Kagame serait le grand libérateur.

Les réactions contre le programme mais aussi pour soutenir la BBC  ne se sont pas fait attendre. En première ligne, l’association des rescapés du génocide «  IBUKA » qui a envoyé une lettre à la direction générale de la BBC demandant la suppression pure et simple du documentaire. Quelques jours après, le parlement rwandais demandait à l’autorité rwandaise de régulation le retrait des accréditations de la BBC. Vendredi dernier, l’autorité de régulation a officiellement suspendu sur tout le territoire rwandais tous les programmes de la BBC en kinyarwanda, la langue nationale.

En tant que jeune rwandaise, héritière de cette histoire tragique et qui sera amenée à construire le Rwanda de demain, je ne pouvais rester silencieuse face à ce qui ressemble une fois de plus à une répression non seulement contre un média qui ne fait que son travail mais surtout contre le peuple rwandais à qui on enlève le droit de réfléchir sur sa propre histoire et de penser tout simplement. En effet, penser, réfléchir suppose au préalable l’accès à une information objective et indépendante basée sur des faits.

Le rôle du journaliste étant d’apporter des faits qui permettent aux citoyens de débattre et de réfléchir.

A travers ce documentaire, la BBC le fait en rappelant qu’au Rwanda un génocide contre les Tutsis a bien eu lieu et lance la réflexion concernant le rôle joué avant, pendant et après ce génocide contre les Tutsis par l’actuel président rwandais autrefois dans la rébellion et aujourd’hui à la tête du Rwanda.

20 ans après le génocide, il n’a jamais été question dans l’histoire officielle d’évoquer un autre rôle qu’aurait pu jouer l’actuel président rwandais si ce n’est celui d’avoir mis fin au génocide contre les Tutsis. Remettre en question cette vérité officielle explique comment en quelques jours, la BBC qui était jusque-là considérée comme un média de référence au Rwanda est devenu non seulement persona non grata suite à la diffusion de ce documentaire mais aussi «  négationniste du génocide contre les Tutsis » selon les autorités rwandaises.

En 2013, lors de mon séjour au Rwanda (Lire: Echos du Rwanda ) j’ai pu constater à quel point les Rwandais étaient attachés à la BBC. Au Rwanda, grâce à ses programmes, la BBC a toujours joué un rôle social en suscitant le débat et la réflexion aussi bien chez le Rwandais éduqué que le Rwandais analphabète en zone rurale.

En effet, en fournissant une information objective et indépendante, qui plus est en kinyarwanda la langue nationale, la BBC a réussi à devenir un acteur clé de l’information au Rwanda. Tous les jours à partir de 18h30 dans les minibus circulant dans Kigali ville ou à destination de la province, les voyageurs écoutent religieusement le journal du soir mais également le programme «  URUNANA » qui suit ce journal.

Le programme «  URUNANA » qui est sous forme d’une pièce de théâtre traite depuis quelques années des thèmes qui préoccupent les Rwandais, tels que le sida, l’éducation, la sexualité ou encore le développement. Ce programme qui est en kinyarwanda est ainsi accessible à toute la population, notamment à la population illettrée présente dans les campagnes.

Par conséquent, au moment où la BBC est frappée d’une interdiction de diffusion de tous les programmes en kinyarwanda, il est de mon devoir en tant que jeune Rwandaise, auditrice de la radio d’exprimer ma solidarité avec la radio BBC car soutenir la BBC c’est aussi soutenir le droit pour les Rwandais d’accéder à une information objective et indépendante. En soutenant la BBC, je soutiens les quelques médias et journalistes rwandais qui tentent de faire simplement leur travail d’information.

Le Rwanda qui est en train de se développer économiquement doit également amorcer un développement des ses institutions politiques et de sa société civile de sorte que quiconque puisse être protégé au lieu d’être victime de l’opprobre, c’est-à-dire être qualifié de «  négationniste du génocide contre les Tutsis »  pour le simple fait d’avoir osé écrire, chanter, filmer pour exprimer une idée, une opinion contraire à l’opinion officielle.

Je terminerai en rappelant les mots de Martin Niemöller qui s’appliquent très bien à ce qui est malheureusement en train de se passer dans mon pays et que la communauté internationale fait semblant de ne pas voir car elle a toujours le remord de son inaction pendant le génocide d’il y’a 20 ans.

Quand ils ont arrêté les opposants politiques comme Victoire Ingabire Umuhoza,
je n’ai rien dit.
Je n’étais pas opposante.

Quand ils ont commencé à arrêter les journalistes comme Agnès Uwimana Nkusi,
je n’ai rien dit.
Je n’étais pas journaliste.

Quand ils sont venus chercher les musiciens comme Kizito Mihigo,
je n’ai rien dit.
Je n’étais pas musicienne.

Et, puis un jour, ils ont suspendu la radio BBC qui a toujours fait partie de ma vie quotidienne comme celle de la plupart des Rwandais.

Et là, je ne pouvais plus rester silencieuse car je serais complice de cette répression contre le droit de penser.

Marie Umukunzi

Jambonews.net

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7 Commentaires à “Rwanda – fermeture de la BBC : l’indignation d’une jeune Rwandaise”

  1. Greg dit :

    Je propose a Paul Kagame d arreter la pratique de la langue anglaise et l expulsion des diplomates britanniques;-)
    On garde seulement le kinyarwanda ou on prend le chinois comme seconde langue ;-)

       5 likes

  2. Bertrand Loubard dit :

    Félicitations pour ce texte d’une grande sobriété et d’une retenue exemplaire.
    Il faut bien avouer qu’aux noms déjà cités, depuis longtemps, il faudrait en ajouter tant d’autres. D’abord tous ces Rwandais, anonymes, qui ont payé de leur vie, de leur liberté ou par l’exil leur volonté de raconter des faits et de citer des noms.
    Ensuite il y a tous ceux qui ont voulu exprimer leur intérêt pour les Rwandais et la tragédie qu’ils ont vécue. Parmi ceux-là, il y en a qui n’ont pu s’empêcher de se poser des questions de logique, les questions légitimes des critiques historiques. Ceux-là, sans donner de réponses aux nombreuses énigmes qui restent posées sur la genèse du Génocide au Rwanda, ont, du fait d’avoir osé réfléchir « tout haut », été victime d’une sorte d’Intifada qui leur a coûté la vie. Pour d’autres, innombrables, c’est la prison où ils sont oubliés ou portés disparus « dans des incendies » suspects. D’autre encore sont retrouvés noyés, étranglés, décapités célèbres ou inconnus. Certains ont échappé à cette Nouvelle Inquisition et ont choisi le statut de réfugié que l’exil leur a réservé. Mais même là, le nombre d’assassinats est abasourdissant, surtout qu’ils ne provoquent aucune (ou presque) réaction de la Communauté Internationale, Amie du Peuple Rwandais. Même là, les statuts HCR sont bafoués et servent de monnaie d’échange entre le « Pouvoir » de Kigali et ceux qui ont intérêt à le « caresser dans le sens du poil » (sic Kagamé).
    A côtés de tous ces Rwandais, il y a aussi tous ces étrangers qui ont cru qu’au Rwanda les « choses » avaient changé. La plupart ont été grandement déçus. Certains ont été quasiment horrifiés devant ce qu’ils ont découvert. Ceux qui ont osé s’exprimer sont « personna non grata ». Journalistes, Médecins, Avocats, Membres d’ONG, Diplomates…..
    Que dire quant on sait que Roméo Dallaire s’est lui-même posé la question : « …la campagne et le génocide n’avaient-ils pas été orchestrés pour un retour du Rwanda au statut quo d’avant 1959, époque à laquelle les Tutsi dirigeaient tout. Les extrémistes Hutus avaient-ils été plus dupes que je ne l’avais moi-même été ? »(p 588 J’ai serré la main du diable). Pourquoi, Dallaire, a-t-il tenté de se suicider ? Pourquoi sa ghostwriter Sian Cansfield (qui aurait, peut-être, écrit ces lignes) s’est elle, elle aussi, suicidée, Pourquoi Stefan Stec, un des héros de ‘ »Hôtel Rwanda » s’est-il, lui aussi, suicidé ? Et plus tôt dans l’histoire de plus en plus mystérieuse du Génocide, le suicide de François de Grossouvre. Et que penser de la mort « accidentelle » de Alysson Desforges dans le « crash » de Buffalo du Continental Flight 3407 où l’enquête de la NTSB a conclu, jusqu’à présent :  » the only absolute fact is that we do not know the cause of this accident ».
    Il faudrait se poser la question de savoir pourquoi tarde tant la sortie du film « Kinyarwanda » (Alrick Brown 2011) qui fait l’apologie de son héroïne : Rose Kabuye (elle-même n’est-elle pas tombée en disgrâce pour avoir tenté de « doubler » Kagamé lors de « son départ précipité » et son « arrestation » en l’Allemagne ?). Suivant Cassandra Freeman alias Rose Kabuye : « She is like the Martin Luther King Jr. of Rwanda. She is known for ending the genocide » (Sic). Il y a aussi « Hôtel Rwanda » que même Paul Rusesabagina, remet en question. Il faut aussi se souvenir des autres documentaires dont certains doivent fort probablement faire l’objet d’une approche critique : Winston Gilchrist, Teil, Vitchek, Verlinden, Stephen Smith, Mbeko, Vranckx (https://www.facebook.com/InHetSpoorVanRudiVranckx/posts/287867534655994), etc., etc. Mais aussit : « The Notorious Mr. Bout » (a 2014 documentary film by Tony Gerber and Maxim Pozdorovkin) de la 43’22 »à la 58’49 » (sur 1 h 23’40 »), sur les entraînements très particuliers des troupes rwandaises, avec des jeux de mots en russe !!! …..
    (https://www.youtube.com/watch?v=-T90eTFfSAo)

       1 likes

  3. John dit :

    Bonjour,

    Notez que l’émission sera rédiffusée par BBC TWO ce vendredi 31 Oct 2014 à 00:20 (heure uk)

    http://www.bbc.co.uk/programmes/b04kk03t

    Merci

       0 likes

  4. greg dit :

    Si l’émission est rediffusée, alors le Rwanda sortira du Commonwealth ;-)

       0 likes

  5. fanche dit :

    salut a tous

    que pouvons nous contre le pouvoir des multinationales? grosso modo rien donc tant que le chien libre fpr agira aux demandes de ses maîtres sans contradictions et bien rien ne changera . regardez les mesures prises en interne pour changer soi disant la dette de certains GROS D’Europe et résultat le théâtre de la plaisanterie. Plus on joue avec les peuples plus on en rigole et le manipule noir blancs jaunes ou beurs du moment que ça rapporte. Moi je suis pour l’arrêt d’un téléphone portable ,ya plus de 10 ans j’en avais pas besoin alors ca vaut le coup de sauver des vies non? désolé je suis un pauvre citoyen de daube alors on s’en fout

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  6. Bulikoko dit :

    Qu’on laisse le Rwanda un peu en Paix avec son président Svp. Toute les fautes attribuées à Mr Paul Kagamé de l’exil jusqu’au pouvoir à Kigali est au de là…….de la volonté de Kagamé. c’est Paris, Washington, Londres. où Kagamé a t-il trouvé l’argent pour équipés les FPR en 1994 ? Africains à quand la maturité???????????????????????????????????????????????????

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  7. Akazaza dit :

    Ma déception ou « veritas odium …. »,

    Les réactions du régime contre ce documentaire étaient plus ou moins prévisibles.
    Par contre, là où ça devient très decevant, c’est quand on se contente d’une simple réplique
    devenue comme un refrain dès qu’un propos tant soit peu critique est émis : négationiste, complicité de génocide.
    Pour enrichir le débat et permettre à ceux qui cherchent à comprendre d’avoir des éléments de réflexion,
    il aurait été plus indiqué de montrer là où la journaliste a péché ou « désinformé ». Inconsciemment sans doute,
    le régime a donné raison à la journaliste en interdisant les émissions de la BBC.
    Ce ne sont pas les anciens Romains qui me contrediraient puisqu’ils affirmaient :
    « Veritas odium parit, obsequium amicos » : la vérité engendre la haine, la complaisance l’amitié.
    Qui vivra verra.

    Akazaza M.

       0 likes

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