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Rwanda – Culture: La déesse et le diable au Pays des mille collines (2e partie)

Publié : le 9 avril 2017 à 21:23 | Par | Catégorie: A la une, Culture

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Le diable resta silencieux au fond de la vallée sans que personne n’entende un cri ou un gémissement. Ce silence assourdissant continuait à faire craindre le pire, mais peu osèrent s’en réjouir de peur que le diable ne soupçonne la moindre réjouissance. Les gens chuchotaient plusieurs histoires, certaines plus insolites que d’autres. Certaines voulaient que seuls les rayons de la lune pénètrent dans la taverne du diable et que ce fût uniquement la nuit que le diable puisse avoir un regain d’énergie. Dans leur sommeil, les habitants des mille collines dormaient sans vraiment s’assoupir, restant aux aguets du moindre bredouillement.

On raconta même qu’une nuit, une femme qui n’arrivait pas à s’endormir depuis 3 jours et 3 nuits se leva, marcha sur les pointes des pieds, alla dans sa cuisine. Elle ouvrit le robinet et remplit un verre d’eau afin d’ingurgiter un somnifère. De peur de réveiller son cher et tendre époux, elle prit soin de n’allumer aucune lumière. Son mari, dans son sommeil cru que le diable était entré dans la maison. Il se leva pour le surprendre. Il saisit avec une rapidité d’un épervier, la silhouette qu’il voyait dans la pénombre. Avec courage et vigueur, il voulait l’anéantir à jamais.

yemLa femme, évidemment, cria, se débattit du mieux qu’elle put. La scène dura deux minutes avant que l’homme ne se rende compte que la silhouette qu’il étreignait, n’était pas celle du diable, mais celle de sa femme. La femme s’en tira avec quelques contusions au poignet gauche et des égratignures au coude droit. Elle en voulut légèrement à son mari.

Avant que le diable ne terrorise notre pays, marmonna la femme, tous les hommes du Pays des mille collines se disaient capables de combattre la plus féroce des bêtes sauvages. Certains allaient jusqu’à montrer leur gros torse poilu se vantant d’être des Zorro du vingt et unième siècle. Ils ne s’empêchaient pas, souvent, de se moquer des femmes, allant jusqu’à les qualifier de bonnes à pleurnicher. Et, en ricanant, elle ajouta : cette fois-ci, je me demande quel homme oserait encore prononcer pareille phrase !

Le mari gêné, n’eût d’autres choix que d’avaler sa salive en guise de l’expression de son désarroi. Aucune envie de rire ne traversa ni son cerveau ni ses lèvres ! Il retourna se coucher.

Le diable lui dans sa taverne eût un regain d’énergie petit à petit tout en se jurant d’arracher à nouveau le nuage.

Les villageois entendaient toujours la voix grandissante dans le nuage qui, sans embûche ni tergiversation, réaffirma sa détermination en ces termes :

« Le pays des mille collines doit retrouver paix et sérénité. Quand bien même mille malheurs lui ont causé une souffrance indéniable et incommensurable, je me dois, de consoler tous ses habitants et trouver pour chacun, je dis bien pour chacun, sans exception aucune, une demeure respectée et respectable. Qu’elle soit petite ou grande, chaque personne aura sa place aux Pays des mille collines et nul ne pourra la lui confisquer ».

La voix pénétra dans la taverne du diable. Le diable avait concocté une potion énergisante qu’il buvait chaque soir avant de s’endormir. Il venait ce soir — là d’avaler sa dernière dose. La voix dans le nuage fit alors comme un catalyseur et une détonation se fit entendre. On vit le diable se propulser telle une fusée polaire et, avec une force inouïe, il réussit à arracher le nuage du ciel. Il le tint fermement avec pieds et mains de façon à ce que le nuage ne puisse s’en échapper. Le diable voulut écraser le nuage pour le réduire en cendres, mais la déesse arriva à se dégager. Elle sortit habillée de sa plus belle tenue. Dans sa posture déconcertante, splendide, la déesse répéta les mots qu’elle avait toujours prononcés. Cette fois-ci la foule qui avait accouru, éblouie par la splendeur de la déesse applaudit avec enthousiasme et sans réserve son discours, oubliant le regard farouche du diable.

On vit une flamme rouge sortir de la bouche du diable pendant qu’il s’agitait à mettre à genoux la déesse. Celle-ci, toujours digne refusa de se mettre à genoux, obligeant le diable à s’activer de toutes ses forces. Il n’entendait pas céder à celle que lui appelait, la voix de la discorde.

Il réussit à agenouiller la déesse qui se releva aussitôt, se mit accroupie et affirma que jamais au grand jamais, elle ne se mettrait à genoux devant le diable. Les habitants crièrent si fort que le diable fut obligé de lâcher prise se contenta de la maintenir dans cette position accroupie.

De par le monde l’histoire du diable des Pays des mille collines fut racontée. Des nouvelles de la déesse maltraitée par le diable émurent plus d’un. Un homme, d’un pays lointain, traversa deux océans pour secourir la déesse. Il fit un appel solennel aux hommes et aux femmes du monde entier en affirmant que : « Quelle que soit la force de ce diable, il ne peut être plus fort que nous tous unis. Il serait indécent, voire inhumain, ajoutait — il dans son cri d’alarme, de laisser cette déesse se faire déchiqueter par le diable ». Il rassurait ceux qui l’écoutaient, qu’il portait un habit capable de démêler tous les imbroglios du monde et que donc le diable ne lui résisterait pas. Son appel fut entendu et plusieurs lui assurèrent de leur soutien.

Arrivé au Pays des mille collines, il revendiqua de par le droit que lui conférait son habit, la possibilité de rencontrer la déesse. Il fit parvenir au diable, par les garde-corps ou disons les garde-diable, un message écrit de sa plume de loi.

Le diable lui ne l’entendait pas de cette oreille, il prit le message, le piétina de son pied gauche, en serrant solidement ses fesses. Il le réduisit en miettes de papier. Il vociféra que cet habit que tout le monde respectait ne l’impressionnait guère. Il ne perdit aucune minute à se préoccuper de ce message et au contraire il se mit aussitôt à concocter un plan minutieux pour savoir comment il arracherait cet habit au pouvoir magique. Il jura que l’habit finira dans les immondices et que cet homme, qui se dit capable de résoudre tous les imbroglios, en aurait un qui lui resterait à jamais en travers de la gorge. À ce moment — là le diable ressemblait à un forcené enragé.

11971209761149130370johnny_automatic_pointing_devil.svg.hiBeaucoup croyaient que cet habit était réellement magique et intouchable. Certains avaient même affirmé qu’il était sacré et que le diable n’oserait pas y toucher. Le diable fabriqua une fourche à trois têtes et d’un seul coup sec arracha l’habit de cet homme venu de loin. Il obligea l’homme de loi à se vêtir d’un piètre vêtement destiné aux hommes et femmes reniés par la société comme symbole d’un châtiment exemplaire.

Après cette sale besogne, le diable prit la peine de répondre au message de l’homme venu de loin. Il lui fit parvenir à son tour un parchemin par ses garde-diables. On pouvait y lire ce qui suit :

« Vous avez demandé à rencontrer la déesse ? Eh ! bien oui je vous y autorise. Vous serez non seulement côte à côte, mais aussi vous porterez un habit semblable vous caractérisant comme des révoltés de la société. Ainsi vous saurez, une fois pour toutes, et, je vous conseille de l’inscrire dans vos méninges que quiconque voudra me défier, qu’il soit homme ou femme, si la chance de rester en vie lui sourit, sera rangé dans un tiroir cadenassé comme on range un objet sans grande valeur dans le grenier »

L’homme venu de loin se retrouva ainsi emprisonné au Pays des mille collines. La déesse aussi.

Une chance s’ouvrit cependant, pour l’homme venu de loin. Les gens de son pays le réclamèrent à tue-tête jusqu’à ce que le diable soit obligé de céder et de le renvoyer sur la terre de ses ancêtres. Quant à la déesse, son sort resta préoccupant. Elle qui croyait revenir sur la terre de ses ancêtres, le diable la confina entre 4 murs de briques dures aux Pays des mille Collines.

Ce pays dont je vous parle, c’est mon pays.

Qui donc parmi vous, je vous le demande, détient la fameuse formule magique « Sésame ouvre-toi ! » ? Je pourrai alors espérer qu’un jour, au pays des mille collines, les portes des 4 murs de briques s’ouvriront, telles les portes de la caverne d’Ali Baba, donnant ainsi l’espoir à la liberté.

Texte de Perpétue Muramutse

Laval le 06 janvier 2016

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