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France-Rwanda : Comment Macron a parachuté Mushikiwabo à l’OIF

Publié : le 24 février 2019 à 12:10 | Par | Catégorie: A la une, Actualité, Analyses de l'actualité

Le 03 janvier 2019 Emmanuel Macron a souhaité les vœux de réussite à Louise Mushikiwabo via son compte Twitter . Elle venait de prendre ses fonctions de Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Cette attention particulière du président français, qui dans le même temps avait décidé d’annuler la tradition des cérémonies de vœux, à l’exception des vœux adressés aux armes, afin de consacrer son temps à la résolution de la crise des gilets jaunes (mouvement de révolte populaire en France) , s’explique du fait que la présence de Louise Mushikiwabo à la tête de la Francophonie est son œuvre. Jambonews revient sur la manière dont le Président Macron a catapulté Louise Mushikiwabo à la tête de la Francophonie, à la grande surprise de la première concernée, ainsi que de Paul kagame, son président.

La recherche d’une voix Africaine

Quand Emmanuel Macron est arrivé à l’Elysée le 14 mai 2017, dans ses prises de parole, il a affiché son intention de rompre avec le style de gouvernance de Francois Hollande. Pour la Francophonie, Emmanuel Macron va opter pour une candidature africaine à l’opposé du choix canadien de Francois Hollande. Un diplomate français a déclaré à Jeune Afrique « Depuis le départ, le président est convaincu que, si elle n’est pas portée par une voix africaine, la Francophonie ne sera plus pertinente. Mme Jean a d’énormes qualités, mais elle n’est pas perçue sur le continent comme une voix africaine». A la demande du président français les conseillers de l’Elysée vont rechercher une personnalité africaine pour succéder à Michaelle Jean. Angélique Kidjo, la chanteuse béninoise, Lionel Zinsou, le banquier et ancien Premier ministre du Bénin et Ahmedou Ould Abdallah, ancien ministre mauritanien des affaires étrangères ont été proposés sans faire l’unanimité. [2]

C’est Franck Paris [3], le conseiller Afrique du chef de l’État, qui a proposé à Emmanuel Macron le nom de Louise Mushikiwabo, qui était à ce moment la ministre rwandaise des affaires étrangères. La candidature rwandaise présentait de nombreux atouts. Il y avait les compétences personnelles de Louise Mushikiwabo, la possibilité pour la France de relancer les relations franco-rwandaises dans un contexte tendu ou le Rwanda accusait régulièrement la France de complicité dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 pendant que la justice française avait ouvert une instruction contre le président Paul Kagame et son entourage sur l’affaire de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana dans lequel trois Français ont perdu la vie. Depuis un non-lieu a été prononcé dans cette affaire. De plus Emmanuel Macron voulait donner l’impression d’ une politique de rupture de la Françafrique en soutenant un pays qui avait pris ses distances avec la France. L’entourage d’Emmanuel Macron avançait que « Soutenir une Rwandaise, c’est rompre avec la Françafrique » [2]. Enfin, face au bon bilan de Michaelle Jean en matière de parité, il fallait proposer une candidature féminine pour la continuité. [2]

Les manœuvres de l’Elysée pour séduire Paul Kagame

La première rencontre entre le président Emmanuel Macron et son homologue rwandais Paul Kagame a eu lieu le 18 Septembre 2017 [4]. Avant et après cette rencontre, des contacts seront effectués par des intermédiaires3 pour réchauffer les relations franco-rwandaises et à partir du premier trimestre 2018 pour évoquer la possibilité que la ministre rwandaise des affaires étrangères soit la candidate soutenue par la France pour le sommet de la Francophonie. Jeune Afrique [2][3] liste les intermédiaires parmi lesquels figurent notamment Rémi Maréchaux, le directeur Afrique et de l’Océan Indien au ministère français des affaires étrangères, Maurice Lévy, ancien président du directoire du groupe Publicis et soutien de la campagne électoral d’Emmanuel Macron et Mohammed V, le roi du Maroc. L’entourage du roi Mohamed V a confié à Jeune Afrique « C’est nous qui avons convaincu les Rwandais d’accepter l’offre française ». [2]
Toujours selon Jeune Afrique [2], c’est le 23 février 2018, lors du sommet sur le financement du G5 Sahel, que la diplomatie française a présenté son projet de candidature de Louise Mushikiwabo pour le poste de Secrétaire General de la Francophonie à Moussa Faki Mahamat, Tchadien et président de la Commission de l’Union africaine depuis Janvier 2017, et lui a demandé de soutenir le projet.

Les tractations d’Emmanuel Macron vues de Kigali

Le 03 novembre 2018, lors de la cérémonie pour célébrer la Francophonie et dire au revoir à Louise Mushikiwabo à Kigali, Paul Kagame a pris la parole en Kinyarwanda et a raconté aux convives la difficulté d’avoir dû œuvrer en français pour l’élection de Louise Mushikiwabo : « J’ai dû raconter son CV et parcours en Français, une fois élue, j’ai dû remercier ceux qui l’ont élu en français ». Par la suite il a remercié les invités, les corps diplomatiques présents et ses homologues africains, membres ou non membres de l’OIF, sans eux la nomination de Louise Mushikiwabo n’aurait pas été possible. Il a remercié Moussa Faki Mahamat en particulier et a raconté aux invités l’histoire de la candidature de Louise Mushikiwabo. « Quand on m’a dit que l’on avait souhaité que Louise Mushikiwabo devienne la Secrétaire Général de la Francophonie, …, quand les gens m’ont dit qu’ils voulaient la ministre des affaires étrangères de mon pays, Louise Mushikiwabo « pouvez-vous nous la donner pour que nous faisions d’elle notre candidate, cela passera par des élections comme c’est de coutume, elle sera notre prochaine Secrétaire Général de la Francophonie, elle a toutes ses chances » ». Paul Kagame a continué en soulignant sa surprise et son incompréhension pour cette demande. « Au début j’avais du mal à comprendre, je ne comprenais pas ni la raison, ni comment cela était arrivé. Mais j’ai essayé de comprendre le pourquoi du comment, et j’ai commencé à comprendre la raison et j’ai compris que c’était positif ».

Quand Paul Kagame dénigrait la Francophonie

Pour comprendre l’étonnement de Paul Kagame, il faut remonter en 2006, pour savoir ce qu’il pensait jusqu’à lors de la Francophonie. C’était fin novembre 2006, Paul Kagame lors d’une conférence de presse répondait à la question d’un journaliste qui s’interrogeait sur les conséquences d’une exclusion potentielle du Rwanda de la Francophonie. C’était à la suite de rupture des relations diplomatiques entre le Rwanda et la France après l’émission de neuf mandats d’arrêt contre les proches de Paul Kagame par le Juge Jean-Louis Bruguière. « Pour ma part, ma langue est l’africain. Tout ce qui est Francophonie, rien de bon n’y sort, je n’y perds pas mon temps. Si elle avait une utilité, j’en serais content. Cela m’est égal que la Francophonie ferme ses portes ou qu’elle continue ». Et en décembre 2014, il avait réitéré devant plus de 500 jeunes rwandais lors de la conférence «Beyond This Moment » en décrivant le sommet de la Francophonie comme « une réunion – à laquelle j’étais supposé assister mais j’y ne suis pas allé – des gens qui parlent la même langue, pendant laquelle l’un des dirigeants [N.D.LR Francois Hollande] effrayait la majorité des autres dirigeants [N.D.LR les présidents africains] en leur pointant du doigt et aussi triste que cela puisse apparaitre ils applaudissaient … cela m’a rendu malade, j’ai senti un nœud à l’estomac … absolument … comment pouvons-nous être les dirigeants qui acceptent cela? »

Le pari gagnant-gagnant de Paul Kagame

Dans la suite de son discours, Paul Kagame a dit avoir hésité à se passer des services d’une ministre compétente sur son poste, pour l’envoyer au service des autres. Il a aussi envisagé la possibilité qu’elle ne soit pas élue et comment surmonter cette difficulté. Il a aussi sollicité l’avis de Louise Mushikiwabo : « il y a des gens qui veulent de toi comme leur candidate pour devenir la Secrétaire General de l’OIF, ils voient en toi une bonne candidate, qu’en dis-tu ? Je ne peux pas donner mon accord sans ton autorisation». Louise Mushikiwabo a été surprise et dans un premier temps a dit ne pas voir le lien entre elle et cette idée de candidature. Paul Kagame lui a demandé d’y réfléchir pendant quelques jours avant de répondre définitivement.

Pour lever les doutes, Paul Kagame a dit s’être entretenu avec Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine, qui était déjà informé de la volonté de la France de faire de Louise Mushikiwabo sa candidate pour la Francophonie. Kagame se confiait alors à Moussa Faki et lui a demandé des conseils. Ce dernier a rassuré et a éclairci la lanterne de Paul kagame. Une fois le président rwandais convaincu, il ne restait que l’accord de Louise Mushikiwabo, qui a fini par le donner. Paul Kagame a expliqué avoir compris que la candidature de Louise Mushikiwabo sera une aubaine pour le Rwanda, dans la mesure où le retour attendu sera au-delà du poste du secrétariat général de la Francophonie. Cela allait accroitre les bonnes relations entre les pays francophone et la France elle-même. « Soit Louise Mushikiwabo est désignée et je serais très content ou elle n’est pas désignée et je serai très content de la garder dans mon gouvernement, il n’y avait rien à perdre ».

La campagne de Louise Mushikiwabo depuis l’Elysée

Le 15 octobre 2018, Jambonews a publié l’article la Francophonie : le triomphe de la Françafrique ? Dans cet article nous avions déjà souligné comment les présidents africains n’avaient pas apprécié que la France leur impose une candidate. Jeune Afrique2 complète avec les propos d’un ministre d’affaires étrangères d’un pays africain « Annoncer la candidature d’une Africaine depuis l’Élysée, cela nous a gênés. Heureusement que nous l’avons ensuite validée ».

Aussi Jeune Afrique[3] dévoile les conseillers d’Emmanuel Macron qui ont mené la campagne de Louise Mushikiwabo. Un conseiller de l’Elysée va agir pour obtenir l’adhésion du Canada, le conseiller Afrique d’Emmanuel Macron et le directeur Afrique au ministère français des affaires étrangères vont se charger de l’Afrique Francophone et la partie opérationnelle pour l’Afrique sera confiée au Conseil Présidentiel pour l’Afrique d’Emmanuel Macron à l’instar de la Cellule africaine de l’Elysée des anciens présidents français.

Prise des fonctions

Louise Mushikiwabo a pris ses fonctions depuis le 03 janvier 2019, une de ses mission est de « Promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’Homme ». Sur cette partie elle a pris la parole publiquement à deux reprises. La première fois pour saluer la tenue de la réunion de haut niveau de l’Union Africaine sur les élections en République Démocratique du Congo, convoquée le 17 janvier par Paul Kagame à Addis-Abeba et la deuxième fois pour saluer la signature de l’Accord de paix pour la République Centrafricaine le 06 février 2019.

Le 08 février 2019, la leader de l’opposition rwandaise Victoire Ingabire a fait appel à elle pour qu’elle fasse la promotion des droits de l’Homme au Rwanda notamment en demandant aux autorités rwandaise de donner des nouvelles de Boniface Twagirimana, le vice-président de son parti, qui a disparu d’une prison haute sécurité depuis trois mois. « Nous nous inquiétons parce que, depuis sa disparition, son épouse a déposé une lettre auprès du bureau des investigations, et moi-même j’ai parlé directement avec les autorités du bureau d’investigations » déclare Victore Ingabire à RFI [5]

Le pari déjà perdu d’Emmanuel Macron

Le 12 octobre 2018, Emmanuel Macron, interrogé par RFI et France 24 sur les cas de violation des droit de l’Homme, les disparus politiques et la présence des prisonniers politique au Rwanda, a répondu qu’il misait sur la nomination de Louise Mushikiwabo pour impulser un changement au Rwanda. « Je fais le pari que ce sera le contraire… je ne fais pas partie de celles et ceux qui pensent qu’il faut ….faire des mauvais compromis sur les sujets des droits de l’homme. Par contre, je suis convaincu que par une exigence de tous, par une pression des pairs, ce qu’on a fait sur plusieurs cas très concrets ces derniers mois, on peut obtenir des résultats. Et je crois que le visage que le Rwanda est en train de montrer, c’est celui aussi d’un changement et d’une transformation. »

Depuis janvier 2019, plusieurs cas de violations des droits de l’Homme au Rwanda viennent s’ajouter à ceux de Boniface Twagirimana, du journaliste en prison Phocas Ndayizera et des nombreux prisonniers politiques comme Deo Mushayidi. Notamment, aux alentours du 24 janvier 2019, au moins trois prisonniers ont été abattus par les autorités pénitentiaires quand ils essayaient de s’échapper de la prison de Huye, situé dans la province du Sud au Rwanda. Les autres prisonniers ont raconté à la Voix de l’Amérique qu’ils fuyaient la faim.

Aussi le 01 février 2019 [6] un professeur Jean Bosco Rukundo a été abattu par un policier quand il essayait de s’échapper du pick-up de la police qui l’amenait en prison. Il venait de montrer où il avait caché les ordinateurs qu’il avait volé.

 

Par Costance Mutimukeye

 

[1] https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/1080935802958503943?s=19
[2] https://www.jeuneafrique.com/mag/640574/politique/francophonie-pourquoi-macron-a-choisi-lerwanda/
[3] https://www.jeuneafrique.com/mag/649952/politique/francophonie-le-lobbying-de-lelysee-pourfaire-triompher-louise-mushikiwabo/
[4] https://www.jeuneafrique.com/475553/politique/france-rwanda-emmanuel-macron-et-paul-kagame-se-sont-entretenus-a-new-york/
[5] http://www.rfi.fr/afrique/20190208-disparition-boniface-twagirimana-rwanda-son-parti-appel-louise-mushikiwabo
[6] http://igihe.com/amakuru/u-rwanda/article/nyamagabe-umwarimu-wakekwagaho-kwiba-mudasobwa-yarashwe-ashaka-gutoroka

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2 Commentaires à “France-Rwanda : Comment Macron a parachuté Mushikiwabo à l’OIF”

  1. CESAR dit :

    La question n’est pas savoir qui a assassiné Gatabazi Félicien.
    Ses assassins sont notoirement connus ici au Rwanda. Par ailleurs, Professeur André Guichaoua de l’Université de Paris 1 a fait des recherches crédibles sur l’assassinat non seulement de Gatabazi Félicien mais également sur celui de Gapyisi Emmanuel. Il a expressément indiqué nommément les assassins. Leurs noms sur la toile. L’assassin en chef est Kagame. Celui-ci n’a jamais contesté les révélations de Guichaoua. Il en est de même des assassins nommément désignés et encore mois des excroissances du régime Kagame opérant en France.
    Gatabazi et Gapyisi n’étaient pas n’importe qui. Le premier était ingénieur civil, Ministre, apprécié par ses collaborateurs et le Président Habyarimana même s’ils n’étaient pas du même parti. Il était Secrétaire Exécutif du PSD. Il était présidentiable. Il était patriote et avait une haute idée de la Nation et de l’intérêt général. Il a été assassiné parce qu’il était Hutu et opposé à la prise du pouvoir par la force au Rwanda par Kagame, le tout après les déclarations de celui-ci lors de l’interview accordé au Monitor Ougandais du 26 février au 03 mars 1993 publié dans le journal Monitor Ougandais. Dans cette interview, Kagame précise clairement sa détermination de prendre le pouvoir par la force et changer le régime et conséquemment les institutions et mettre en place un nouveau régime purement FPR.
    Son assassinat a eu des conséquence graves relativement aux relations entre les Bahutu et les Batutsi sur l’ensemble du Rwanda, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest.
    La question posée est, à mon sens, la suivante :
    Les assassins Gatabazi Félicien sont notoirement connus, au surplus, ils sont nommément et notoirement connus des Rwandais et les prédicateurs du respect des droits de l’homme.
    Pourquoi les membres des familles des victimes ne les actionnent-ils pas devant les tribunaux des Etats dits démocratiques dans lesquels ils vivent ?
    S’ils ont agi judiciairement agi et que les tribunaux de ces Etats sont restés passifs, au regard des conséquences d’une extrême gravité de l’assassinat du Ministre Gatabazi dont les massacres des Batutsi sur l’ensemble du Rwanda, pourquoi les membres de sa famille ne se sont-ils pas adressés aux ONG de défense des droits de l’homme telles que l’Amnesty International, la Commission des droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies, la FIDH, HRW américaine pour les épauler dans leurs démarches ?
    Parle c’est bon, agir c’est encore mieux. Ce qui compte c’est le résultat de l’action.
    Quant à Gapyisi, il était ingénieur civil, patriote. Il était Vice-Président du parti MDR et présidentiable. Il était apprécié par des Rwandais d’une part et par le Président de la République. Il a été tué parce qu’il était Hutu et opposé à la prise du pouvoir par la force par Kagame. Comme des millions de Rwandais, à l’instar de Gatabazi, après l’interview sus-citée, il a bien compris que l’objectif de celui-ci est de prendre le pouvoir par la force au Rwanda et mettre conséquemment en place un nouveau régime avec de nouvelles institutions purement FPR. Son assassinat a eu des conséquences d’une extrême gravité dont les massacres des Batutsi sur l’ensemble du pays d’une part et l’émiettement de son parti MDR en plusieurs factions d’autre part. Ses assassins sont connus des Rwandais. L’assassin en chef est Kagame.
    Question : les membres de sa famille résidant à l’étranger, ont-ils porté plainte contre les assassins nommément désignés dans l’article du Professeur Guichaoua ? Dans l’affirmative, si les tribunaux de ces Etats sont restés passifs ont-ils demandé aux ONG ci-dessus citées par les épauler dans les démarches judiciaires ?
    Il me semble que l’action est plus opérante que le discours. Plus on agit, plus on est ou on sera écouté et soutenu, plus on parle, moins on est ou on sera écouté et soutenu.

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  2. CESAR dit :

    Commentaire à ne pas publié car sans rapport avec l’article ci-dessus. Mon commentaire porte sur les liquidations physiques de Gatabazi et de Gapyisi ou la décapitation de l’opposition par Kagam, acte préalablement impératives pour s’emparer du pouvoir par la force au Rwanda.

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