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Retour sur l’attentat qui a fait basculer le Rwanda dans l’horreur

Publié : le 6 avril 2019 à 23:30 | Par | Catégorie: A la une, Analyses de l'actualité

Le 6 avril 1994, aux alentours de 20h30, l’avion transportant le Président du Rwanda Juvénal Habyarimana, son homologue burundais Cyprien Ntaryamira, 7 autres hauts cadres des régimes rwandais et burundais ainsi que trois français membres de l’équipage est abattu alors qu’il entamait sa descente sur Kigali. Dès les minutes qui suivent l’attentat, le Rwanda bascule dans l’horreur et durant 100 jours, le pays sera le théâtre des pires horreurs qui emporteront la vie de plus d’un million de citoyens rwandais et qui aura pour conséquences indirectes une déstabilisation de la région des grands lacs, dont les effets se font encore sentir aujourd’hui. En l’espace d’une décennie, plusieurs millions de citoyens essentiellement congolais, rwandais et burundais périront des conséquences directes et indirectes des nombreux conflits. Un quart de siècle après cet attentat, et malgré qu’un tribunal pénal international a été mis en place pour apporter des éclaircissements sur les événements survenus au Rwanda au cours de l’année 1994, le débat fait toujours rage au sujet de ses auteurs. Dans cet article, Jambonews fait le point sur les principaux éléments actuellement connus au sujet de cet attentat ayant fait basculer le destin de la région des grands lacs africains.

Contexte historique

Depuis le 1er octobre 1990 le Rwanda était dans une situation de guerre qui opposait l’armée régulière du pays, les Forces armées rwandaises (FAR), à la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR).

Durant la période du 1er octobre 1990 au 6 avril 1994, le Rwanda a été le théâtre de différents crimes dont des assassinats politiques, des crimes de guerre, ainsi que d’autres violations graves du droit international humanitaire (crimes contre l’humanité ou génocide) commis essentiellement contre les populations vivant au nord du Rwanda (les Hutu vivant dans ces régions, ainsi que certaines communautés tutsi comme les Bagogwe, un clan tutsi du nord du Rwanda presqu’entièrement décimé).[1]

Ces massacres au nord du pays ont poussé les habitants de ces régions à quitter leurs foyers pour se déplacer à l’intérieur du pays, au point que le 6 avril 1994, le Rwanda comptait un million de déplacés internes, soit un Rwandais sur sept, vivant pour la plupart dans le camp de déplacés de Nyacyonga aux abords de Kigali.

Durant cette période, des négociations pour sortir de cette guerre, qui faisait tant de victimes civiles, et parvenir à une paix durable négociée prenant en compte les intérêts de chaque citoyen rwandais, ont été entamées en Tanzanie où elles ont débouché sur un accord le 4 août 1993.

C’est dans ce climat que le 6 avril 1994 vers 20h30, alors qu’il revenait de Dar es Salam dans le cadre de l’application des accords de paix ainsi négociés (accords d’Arusha), l’avion qui transportait le président du Rwanda Juvénal Habyarimana et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira ainsi que plusieurs hautes personnalités des régimes rwandais et burundais de l’époque dont le général Déogratias Nsabimana, chef d’état-major des Forces armées rwandaises, a été abattu alors qu’il entamait sa descente sur Kigali. L’avion s’est écrasé dans la résidence du président du Rwanda, notamment sous les yeux de Jean-Luc, le fils du Président.

Dans les zones contrôlées par les FAR

Dès la nuit du 6 au 7 avril 1994 des barrages routiers sont mis en place dans les zones contrôlées par les forces gouvernementales de l’époque et dès la matinée du 7 avril, plusieurs politiciens de l’opposition au régime d’alors sont assassinés, dont la Première ministre Agathe Uwilingiyimana, pourtant gardée par des casques bleus dont 10 belges. Les casques bleus belges sont désarmés, avant d’être conduits dans un camp militaire à proximité où ils seront tués durant la même matinée par des blessés de guerre de l’armée rwandaise qui les accusent d’avoir abattu l’avion. Plusieurs autres opposants politiques, pour la grande majorité d’ethnie Hutu sont également assassinés durant la matinée du 7 avril 1994 par des militaires et des membres de la garde présidentielle de l’époque. Parmi eux, figurent notamment Fréderic Nzamurambaho, Ministre de l’Agriculture, tué en compagnie de plusieurs membres de sa famille[1], Faustin Rucogoza, Ministre de l’information, Joseph Kavaruganda, Président de la Cour Constitutionnelle ou encore Landoald Ndasingwa dît « Lando », assassiné en compagnie d’Hélène Pinsky son épouse canadienne et leurs deux enfants de quinze et dix-sept ans.

Durant la même matinée, toujours dans les zones contrôlées par les forces gouvernementales de l’époque, plusieurs civils belges sont tués, dont Paul Van Vynckt, tué « après vérification de son passeport » ainsi qu’Annie Roland, épouse de Jean Huss Mugwaneza, homme d’affaire Tutsi, qui seront tous deux lâchement assassinés par des militaires en compagnie dune dizaine d’autres membres de leur famille présents à leur domicile de Kicukiro (Kigali) ce matin-là.[2] Parmi leurs enfants présents ce jour-là, seul leur fils métis de 17 ans échappera par miracle au carnage de la famille.

Ces assassinats contre des civils s’étendent très rapidement, notamment au Centre Christus de Kigali, ou les pères Chrysologue Mahame, Patrick Gahizi, Innocent Rutagambwa, trois jésuites tutsis seront tués par des militaires au Centre Christus. Au total 19 personnes dont 5 prêtres diocésains et 9 jeunes filles seront tuées durant la matinée du 7 avril 1994 dans ce centre situé à Kigali.[3]

Progressivement, les massacres atteignent presque toutes les communes du pays et vont viser toute personne considérée à tort ou à raison comme complice du FPR, et plus particulièrement, tous les Tutsi du Rwanda sans aucune distinction de genre ou d’âge. C’est le début du génocide contre les Tutsis durant lequel on estime que près de 75% des Tutsis qui vivaient à l’intérieur du Rwanda sont exterminés, le plus souvent à l’arme blanche. Plusieurs centaines de milliers de Hutu seront également victimes des mêmes hordes, tantôt considérés comme complices du FPR, tantôt considérés comme opposants au régime en place, tantôt parce qu’ils « ressemblent » à des tutsis, tantôt encore victimes de crimes de droits communs dans un climat mortifère où règne la loi de la machette.

Dans les zones contrôlées par le FPR

Dès la nuit du 6 au 7 avril, le FPR lance une offensive générale sur le Rwanda (sur trois axes stratégiques)[4]. Des contingents (entre 600 et 3000 hommes) installés à Kigali dans le cadre des accords d’Arusha, sortent du bâtiment du CND où ils étaient logés et commencent les assassinats de plusieurs familles hutu habitant dans le quartier de Remera, se trouvant à proximité.[5]

Parmi ces familles assassinées dès les premières heures[6], figurent notamment celle de Marcel Munyangabe[7], tuée au cours de la matinée du 7 avril 1994 en compagnie de sa femme et plusieurs de ses enfants ainsi que la famille de Laurent Nubaha, commandant du camp Kigali, dont la femme et deux enfants mineurs seront tués le 8 avril 1994. C’est également durant ces premières heures après l’attentat et toujours dans le même quartier de Remera, que Claudien Habarushaka, l’ancien préfet de Kigali a été torturé à son domicile, avant d’être amené dans une maison près du stade Amahoro où il sera achevé par balles.[8][9]

Progressivement, d’autres massacres de civils à grande échelle seront signalés du coté FPR, au fur et à mesure que les zones tombent sous le contrôle de son armée et notamment dans la commune de Giti, réputée comme étant la seule commune du Rwanda où aucun Tutsi n’a été tué[10].

912 : La résolution de la Honte

Durant 3 mois, le Rwanda sera le théâtre de l’une des pages les plus sombres de l’histoire de l’humanité, sous le regard de la « communauté internationale» qui après avoir pourtant chanté à tue-tête « plus jamais ça» dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, assiste en spectatrice à une horreur qu’elle avait largement les moyens d’endiguer et d’arrêter. En 100 jours, on estime qu’environ 1,1 millions de rwandais ont été tués à concurrence de 600 000 tutsis, représentant les trois quarts de la population tutsie de l’intérieur du pays, 500 000 Hutu représentant un peu moins d’un dixième de la population Hutu du pays [11]ainsi qu’environ 10 000 twas, soit plus d’un tiers de la population twa du Rwanda de 1994[12].

L’Onu aurait pu endiguer ces tueries car dans le cadre des accords de paix d’Arusha, cette dernière avait envoyé une Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR) dotée d’une force de 2500 hommes, un chiffre conséquent pour un territoire aussi petit que le Rwanda d’autant plus qu’elle pouvait être rapidement renforcée.

Le 16 avril alors que les massacres battent leur plein, la Belgique qui s’est pourtant ingérée dans les affaires du Rwanda dès le début du 20èmesiècle sans que les Rwandais ne le demandent décide de retirer son contingent de 780 militaires suite à l’assassinat de ses 10 casques bleus. En coulisse, la Belgique pousse l’ONU à adopter une résolution de la Honte (résolution 912) réduisant l’effectif de la MINUAR de 2500 à 270 effectifs alors que les massacres se poursuivent et qu’on parle déjà de génocide en ce qui concerne les crimes visant les tutsis[13], l’abandon de la population rwandaise est total.

Le 4 juillet 1994, avec la prise de Kigali par le FPR et l’exode de plus de 2 millions de Hutu (près d’un Rwandais sur trois) qui fuient les exactions du FPR essentiellement dans le Zaïre voisin, sera le début d’un nouveau drame humanitaire et d’une déstabilisation de la région dont les conséquences se font encore vivement sentir aujourd’hui.

En ce 6 avril 2019, soit 25 ans jour pour jour après l’attentat contre l’avion présidentiel, aucune autorité internationalement reconnue n’a pris la responsabilité d’établir l’identité des coupables et/ou des commanditaires de cet attentat qui a plongé la région des Grands Lacs dans une décennie de crimes de masses, allant de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides.

Jambonews vous propose de revoir l’évolution des différentes thèses qui ont circulé à ce sujet.

Les premières thèses sur l’attentat, rapidement écartées :[14]

Dès le mois d’avril 1994, différentes thèses quant à l’auteur de l’attentat sont avancées par divers acteurs, et alimentées par les belligérants, par des services de renseignements étrangers (belge et français principalement), ainsi que par une multitude de publications sur le sujet.

Mobutu

Deux journaux belges ont avancé à la fin de l’année 1995 la thèse selon laquelle ce serait… Mobutu qui serait à l’origine de l’attentat sur base de documents des renseignements militaires belges datés d’avril 1994. Cette thèse étant invraisemblable, elle ne fera pas l’objet davantage de commentaires.

La thèse burundaise

Un moment, la piste burundaise a été avancée, au motif que six mois après l’assassinat de Melchior Ndadaye[15], ce serait le président du Burundi nouvellement élu, qui entendait poursuivre la reforme de l’armée entamée par son prédécesseur, qui était en réalité visé et non Habyarimana. Cette thèse a rapidement été écartée pour la simple raison que ce n’est qu’en dernière minute que le président Ntaryamira est monté dans cet avion. Il est en effet invraisemblable qu’un tel attentat puisse s’organiser en un si court laps de temps, d’autant plus sur un territoire étranger.

Les mercenaires ou militaires français

La thèse des mercenaires ou militaires français a également été évoquée. Elle était essentiellement basée sur les « révélations» de Collette Braeckman dans son livre « Rwanda, Histoire d’un génocide».[16]Selon la journaliste,  alors qu’elle était dans son bureau à Bruxelles « une méchante feuille de papier quadrillée, pliée huit fois et dissimulée dans une enveloppe de fortune, qui n’était qu’un papier maladroitement collé » lui a été transmise « par porteur» dans laquelle un prétendu « Thaddée», un « extrémiste de la CDR» qui, alors qu’il a le « bras droit arraché et sentant la mort approcher» aurait décidé d’écrire cette lettre car ayant dans ses vrais amis « deux Belges», il n’aurait pas supporté qu’on accuse ces derniers d’avoir commis l’attentat et aurait voulu dire la vérité. Selon ce document, l’attentat aurait été l’œuvre de membres de la CDR, dont lui-même et deux Français dans le but de « tester» l’ONU et également « déclencher le carnage».

Les opposants du Sud

La thèse d’opposants du Sud a également été avancée. Il convient en effet de rappeler qu’au-delà du clivage ethnique, le Rwanda était à l’époque miné par un clivage régional entre les Hutu eux-mêmes, entre ceux du Nord (Kiga) d’où était originaire le président Habyarimana, et ceux du Sud (Nduga). Des frustrations existaient au Sud du fait que le régime de l’époque était accusé de favoriser les personnes de la région du président et plus généralement les Hutu du nord du pays. Début avril 1994, des rumeurs d’un coup d’Etat orchestré par des personnalités du Sud sont propagées sur la Radio Television Libre des Milles Collines (RTLM) notamment suite à une réunion convoquée par Agathe Uwilingiyimana le 4 avril 1994 qui avait rassemblé essentiellement des militaires et politiciens du Sud et dans laquelle elle aurait exprimé son ras le bol de Habyarimana et son désir de le renverser.

C’est dans ce climat délétère de suspicion d’un coup d’Etat par ces personnalités que l’avion est abattu. Dès les heures qui suivent l’attentat,  plusieurs de ces personnalités sont assassinées essentiellement par la garde présidentielle.

Cette thèse n’a pas fait long feu car il parait invraisemblable que des personnalités politiques et militaires de haut rang, qui connaissaient l’exécrable climat qui régnait dans le pays à cette époque, n’aient pas pris plus de mesures quant à leur propre sécurité,  sans parler des moyens importants nécessaires pour commettre un tel attentat dont ils semblaient dépourvus.

Les Belges

La thèse des Belges a également été avancée. C’est cette rumeur qui fut d’ailleurs à l’origine de l’assassinat des dix casques bleus belges dès le 7 avril 1994. Selon cette thèse, ce sont des belges qui auraient abattu l’avion pour le compte du FPR. Cette rumeur a été alimentée par le fait que l’équipe du lieutenant Lotin, chargée d’escorter la Première ministre Agathe Uwilingiyimana le 7 avril, a été aperçue le 6 avril 1994 dans le parc de l’Akagera en compagnie d’officiers du FPR et que le soir même une jeep mitrailleuse de la MINUAR semblant correspondre à celle du lieutenant Lotin a été aperçue près du lieu supposé d’où les missiles seraient partis.

Cette thèse est également renforcée par le fait qu’en 1994, des militaires des FAR affirmaient avoir trouvé des militaires belges sur les lieux de l’attentat qu’ils auraient exécuté sur le champ. Les corps auraient ensuite été conduits  à l’hôpital de Kigali aux côtés des dépouilles des 10 casques bleus tués au camp Kigali. Cet élément est  conforté par le fait qu’après avoir compté les corps des casques bleus à la morgue, le général Dallaire a confié au colonel Marchal avoir compté entre 11 et 13 corps de casques. Selon Luc Marchal toutefois, commandant des casques bleus à Kigali, il y’aurait bien eu dix corps, l’approximation sur le nombre de corps de casques bleus belges présent à la morgue étant due aux conditions dans lesquelles le général Dallaire a été amené à les compter.[17]

Si cette thèse permet d’expliquer certaines zombres toujours présentes notamment des comportements étranges et à ce jour inexpliqués de l’équipe du lieutenant Lotin – la Mission parlementaire belge au sujet de la mission dans l’Akagera n’a pas donné d’explications sur une telle sortie non autorisée par la hiérarchie, dans un climat pourtant tendu, se contentant de donner l’étrange explication d’une mission plus « touristique qu’opérationnelle» – elle n’a pas été suivie par les juridictions qui se sont penchées dessus, faute de preuves suffisantes.

Les thèses retenues

Les deux grandes thèses qui ont dès lors le plus alimenté la controverse et qui suscitent encore aujourd’hui des tensions sont d’une part la thèse des extrémistes de l’ancien régime, et d’autre part la thèse des extrémistes du FPR.

Les extrémistes de l’ancien régime

Selon les défenseurs de la première thèse, des radicaux de l’ancien régime, membres de l’ « Akazu », un cercle proche du Président Habyarimana et essentiellement composé par dès membres de sa belle famille et emmené par le colonel Bagosora étaient mécontents des concessions faites par le président Habyarimana au FPR dans le cadre des accords d’Arusha (comme par exemple l’intégration des militaires du FPR dans l’armée nationale et la distribution des postes d’officiers à 50-50) et des privilèges qu’ils perdaient, et auraient envisagé l’« apocalypse» pour empêcher la mise en place de ces accords. Ils auraient planifié d’éliminer tous les Tutsi de l’intérieur du pays, et pour parvenir à leurs fins, auraient éliminé  le président Habyarimana et le général Déogratias Nsabimana qui auraient été des obstacles à leur macabre plan.

Cette est renforcée par le fait que des médias extrémistes favorables à l’ancien régime (RTLM et Kangura) avaient prédit l’assassinat de Habyarimana. En mars 1994 par exemple, le journal Kangura dont le rédacteur en chef était Hassan Ngeze publiait un article titré « Habyarimana mourra en mars 1994. »[18]

Cette thèse est également renforcée par le fait que dès le 6 avril au soir des barrages ont été mis en place dans Kigali et les massacres d’opposants politiques de premier plan ont eu lieu dès la matinée du 7 avril.[19]Cette thèse explique également comment les massacres à grande échelle de la population (les Tutsi et les Hutu considérés à tort ou à raison comme complices du FPR ou assimilés au faciès aux Tutsi) ont commencé en si peu de temps pour progressivement se commettre dans toutes les communes du pays (une seule commune, Giti, étant la seule non touchée).

Cette thèse est enfin renforcée par le fait que les 10 casques bleus belges ont été tués le 7 avril. Le motif de l’assassinat commandité par l’aile dure de l’ancien régime aurait alors été de pousser la MINUAR à se désengager du Rwanda afin de commettre le génocide.

Les extrémistes du FPR

Selon les défenseurs de la seconde thèse ce serait au contraire les extrémistes du FPR emmené par le Général Kagame qui auraient fait abattre l’avion. Le mobile avancé par ceux qui défendent cette thèse est le fait que ces extrémistes n’avaient en réalité jamais voulu des accords d’Arusha qui prévoyaient à terme la tenue d’élections au Rwanda. Pour eux, le FPR ayant l’antipathie d’une grande majorité de la population n’avait aucune chance de gagner des élections et ne pouvait dès lors que passer par la voie armée plutôt que démocratique pour prendre le pouvoir.

Les tenants de cette thèse ajoutent qu’il ne suffisait pas au FPR de prendre le pouvoir, encore fallait-il le conserver. De là vient le deuxième mobile du FPR qui, en assassinant le président et en lançant dès le lendemain une offensive générale sur le pays, s’assurait de prendre tout le pouvoir par la force, et ce malgré les conséquences que cela risquait d’entrainer sur les Tutsis de l’intérieur, à savoir des massacres commis contre la population tutsi de l’intérieur qui trop souvent dans l’histoire du Rwanda était prise pour cible à chaque fois qu’il y’avait une attaque sur le Rwanda menée depuis l’Ouganda par des exilés tutsis.

Les protagonistes de cette thèse prétendent que Paul Kagame et ses hommes, bien que eux-mêmes réfugiés tutsi, connaissaient ces conséquences et les auraient même recherchées et encouragées notamment en infiltrant les milices interahamwe afin d’encourager la violence et « contribuer énormément à ce qu’il y’ait un impact dans l’insécurité » qui était aussitôt condamnée par la radio Muhabura, la radio du FPR.

Selon les partisans de cette thèse, l’objectif final du FPR en cherchant à provoquer les chaos était de prendre le pouvoir par la force militaire en jetant le discrédit sur le camp adverse. L’objectif étant d’assoir par la suite ce pouvoir en se présentant comme une armée de « libération » ayant pris les armes pour mettre fin à un génocide commis contre les tutsis, stature qui aurait procuré une légitimité internationale au mouvement.

Cette thèse est renforcée par le fait que du point de vue de la logistique militaire, il est « impossible » de profiter d’un événement « soudain » comme l’attentat sur l’avion présidentiel pour lancer en seulement quelques heures une offensive militaire généralisée, sur plusieurs fronts, impliquant des milliers de soldats alors qu’une telle opération demande une minutieuse préparation.[20]

Cette thèse est également renforcée par le fait que dès le mois d’avril 1994 le FPR s’est opposé à toute intervention étrangère au Rwanda en demandant aux militaires étrangers de quitter le pays sous peine d’être considérés comme des forces combattantes.[21]Une intervention étrangère aurait pu endiguer ou arrêter les massacres, mais aussi accessoirement préserver le statut quo concernant les positions des belligérants. Le 30 avril 1994, le FPR a également fait du lobbying à New York afin de faire rejeter une intervention de l’ONU qui envisageait d’enfin envoyer rapidement une nouvelle force pour mettre fin aux massacres en cours.[22]

Quelle que soit la thèse privilégiée, cet attentat, qui a emporté la vie de deux chefs d’Etat en exercice n’est donc pas un « détail» de l’histoire du génocide, mais un élément majeur qui peut nous permettre de comprendre la mécanique de l’horreur.

Cet attentat ne justifie ou n’atténue toutefois en rien la responsabilité juridique, morale ou sociale de toute personne, qui dans les suites de cet attentat a incité ou participé aux massacres de personnes innocentes. Comme le rappelle Esthér Mujawayo, rescapée du génocide des tutsis, fondatrice d’ « Avega- agahozo » et auteure du livre « survivantes » « ce qu’on oublie toujours »  est que cet attentat« a causé la mort d’un million de personnes (…) tu t’imagines combien de gens sont devenus des tueurs à cause de ça, c’est ça aussi que je me suis demandée, combien de gens on a amené dans la tuerie, on leur crie « allez venger votre président, », « allez venger votre président » comme si c’était pas mon président aussi,(…) il était mon président aussi, à moins qu’on admette que le tutsi n’était pas citoyen du Rwanda, alors comment on vient se venger sur moi quand mon Président est mort ? »[23]

Les enquêtes réalisées :

Première enquête du TPIR : « l’assistance d’un gouvernement étranger »

Le 8 novembre 1994, face à l’horreur qui venait d’emporter plus d’un million de citoyens rwandais en l’espace de 100 jours, l’ONU, par la résolution 955 mettait en place un Tribunal pénal international chargé de juger « les personnes présumées responsables d’actes de génocide ou d’autres violations graves du droit international humanitaire commis sur le territoire du Rwanda et les citoyens rwandais présumés responsables de tels actes ou violations commis sur le territoire d’États voisins entre le 1er janvier et 31  décembre 1994 .»

Moins de deux ans plus tard, entre le 6 avril 1996 et le 1ermai 1997, une équipe d’enquêteurs du TPIR emmenée par l’enquêteur australien Michael Hourigan est envoyée au Rwanda par Louise Arbour, alors procureure du TPIR, pour enquêter sur les accusations formulées contre le Colonel Bagosora. Le TPIR s’apprêtait en effet à juger le Colonel Bagosora dont plusieurs sources affirmaient qu’il serait derrière l’attentat et l’équipe était chargée de recueillir des éléments en vue du procès à venir.  Toutefois, les informations que l’équipe recueille lors de son séjour au Rwanda pointent dans une toute autre direction. L’équipe rencontre trois personnes membres de l’appareil du nouveau régime militaire au pouvoir au Rwanda qui affirment avoir été membres d’un « Network » commando ayant abattu l’avion « avec l’assistance d’un gouvernement étranger. »  Ces sources pointent le Général Kagame comme étant le commanditaire de l’attentat et fournissent des détails sur le déroulement de l’attentat contenant « les noms, les rangs, et les rôles de chaque soldat impliqué. »[24] Ces trois affirment avoir des preuves matérielles de lerus affirmations et deux d’entres elles se disent prêtes à collaborer avec le TPIR « si leur sécurité est garantie ».

Michael Hourigan informe, confidentiellement Louise Arbour des résultats de son enquête depuis l’ambassade des Etats-Unis à Kigali et cette dernière l’invite à La Haye pour en débriefer. Au téléphone Louise Arbour semble « excitée » par l’information « qui recoupe une information qu’elle venait juste d’apprendre d’Alison Des Fordes la semaine précédente »[25].

Durant la semaine qui a suivi, l’enquêteur est contacté par des hauts fonctionnaires de l’ONU à Kigali, qui l’informent que sa présence est requise au siège du TPIY à La Haye en vue de rencontrer Louise Arbour au sujet de son enquête sur l’attentat. En organisant son transport il apprend que Kofi Annan, alors secrétaire général de l’ONU avait personnellement donné des consignes sur son déplacement.

Le jour d’après à la Haye, l’enquêteur rencontre Louise Arbour, et à sa grande surprise, l’attitude de la magistrate change complètement, elle se montre « agressive » et par moments incohérente. Elle dit à l’enquêteur australien que l’attentat ne fait pas partie du mandat du TPIR alors que c’est pourtant elle-même qui l’a mandaté pour mener l’enquête et que l’article 4 des statuts du TPIR évoque expressément les « actes de terrorisme » et que le mandat du TPIR inclut la date de l’attentat. L’enquêteur insiste et pointe ces incohérences, rappelle à la magistrate qu’ils avaient déjà personnellement parlé de cette enquête à plusieurs reprises et qu’à aucun moment elle n’avait exprimé le fait qu’une telle enquête ne faisait pas parti du mandat du TPIR. Il exprime ses inquiétudes concernant les informateurs qui avaient été « courageux » et « méritaient la protection des Nations Unies ».  Louise Harbour devient alors « Hostile » et l’enquêteur est contraint de s’exécuter et de remettre son mémo avec la consigne de ne plus évoquer cette enquête.  Par la suite, l’enquêteur dénoncera ultérieurement à plusieurs reprises cet épisode.[26] 

Deuxième enquête du TPIR : « les trois réunions de préparation »

Pendant la même période, le 9 janvier 1997, s’ouvre au TPIR le premier procès pour génocide, celui de Jean Paul Akayesu, ancien bourgmestre de Taba, qui sera la première personne condamnée pour génocide par le TPIR le 2 octobre 1998.

Même si les enquêteurs du TPIR s’intéressent dans un premier temps en priorité aux dignitaires de l’ancien régime accusés d’être responsables du génocide, ils se rendent compte au fur et à mesure de leurs investigations de l’ampleur des crimes commis par le Front Patriotique Rwandais durant la même période.

Conscients du caractère sensible des enquêtes sur les crimes du Front Patriotique Rwandais, notamment après que l’enquête sur l’attentat ait été bloquée en très haut lieu, le nom de Koffi Annan, alors secrétaire général de l’ONU, ayant été évoqué, les enquêteurs décident d’agir dans le plus grand secret.

Une équipe d’enquêteurs est créée en février 1999 à Kigali, par Bernard Muna, procureur adjoint au TPIR sur instruction de Louise Arbour. Etant donné que les enquêteurs sont au Rwanda officiellement pour enquêter uniquement sur le génocide des Tutsi (et plus particulièrement sur la responsabilité des dignitaires de l’ancien régime poursuivis pour cela), ils ont une certaine latitude d’enquête au Rwanda et c’est sous ce couvert que les investigations sont menées sur les crimes du FPR dans le plus grand secret « seule la hiérarchie de la division étant au courant de l’opération »[27].

C’est cette équipe qui documentera les « infiltrations des milices» par des équipes de « techniciens » appelés « CDR-commandos » chargées d’aller sur certaines barrières comme la barrière de Gatenga (Gikondo-Kigali) avec pour mission de « prendre part aux tueries et inciter les interahamwe à faire plus de massacres »[28]. Plusieurs de ces « techniciens » sont nommément identifiés par les enquêteurs du TPIR. C’est également cette équipe qui recensera les principaux sites de massacres commis contre les Hutu par l’Armée Patriotique Rwandaise durant cette période, un véritable catalogue d’horreurs.[29]

Même si cela ne fait plus partie de leur mandat, l’équipe « ne peut pas s’empêcher » de recueillir des témoignages et des informations sur l’attentat du 6 avril 1994. L’équipe parvient à la conclusion selon laquelle c’est le FPR qui en est le commanditaire et identifie nommément plusieurs exécutants et commanditaires de l’attentat parmi lesquels le général Paul kagame et le colonel Kayumba Nyamwasa qui auraient participé « aux trois réunions de planification de l’attaque contrel’avion »[30]. Les résultats de l’enquête sont communiqués au TPIR le 1er octobre 2003 dans un document ultra confidentiel, seulement divulgué en avril 2018 par la journaliste canadienne Judi Rever qui l’a reçu d’une lanceuse d’alerte (whistleblower). En octobre 2018, l’ensemble du document est publié par le magazine Marianne, de sorte qu’il est aujourd’hui dans le domaine public. Ce document identifiait déjà à l’époque une liste de 518 témoins potentiels qui pourraient comparaitre si des poursuites étaient effectivement engagées contre des membres de l’APR.

Le 11 août 1999, un nouveau procureur est nommé au TPIR en la personne de la suissesse Carla Del Ponte. Très rapidement, cette dernière évoque ces « enquêtes spéciales » notamment auprès des autorités rwandaises. Un bras de Fer s’engage immédiatement avec Kigali, qui aboutira au non renouvellement de son mandat ressemblant à un limogeage déguisé en 2003. C’est Kofi Annan, avec l’appui des Etats-Unis qui aura raison de la suissesse.[31]

La piste américaine « un plan préparé et qui a été appliqué »

Lorsque la première équipe d’enquêteurs du TPIR s’est rendue à Kigali en vue d’enquêter sur l’avion, les informations recueillies faisaient état d’un attentat commis par le FPR « avec l’assistance d’un gouvernement étranger. »[32]

Le nom de ce gouvernement n’a jamais été dévoilé par les enquêteurs mais très rapidement les soupçons s’orientent vers les Etats-Unis, en raison des moyens que ces derniers mettent pour bloquer toute enquête concernant l’attentat.

C’est sur la piste américaine que s’orientent également les interrogations de Luc Marchal, lorsqu’il repense aux événements dont il a été témoin et acteur dans ces premiers jours d’avril 1994. Nous reproduisons ci-dessous intégralement sa réponse à la question de Christophe Vincelet.

« Q: On affirme que, dans les coulisses de cette partie de l’Histoire du Rwanda, se trouvent les Etats-Unis. Qu’en pensez-vous?

L.M: Je suis arrivé à la même conclusion par le simple fait qu’il est impensable que, aujourd’hui, plus de neuf ans après l’attentat, on ne sache toujours pas qui l’a perpétré.Or, c’est cet attentat qui a tout déclenché. Si l’on fait l’hypothèse que ce sont les extrémistes hutus qui ont abattu l’avion, ou si l’on fait l’hypothèse que c’est le F.P.R., l’interprétation que l’on fait des événements est tout à fait différente. Dès lors, il est fondamental de savoir qui l’a perpétré. On commence maintenant, petit à petit, à en parler. Il y a quelques affaires à l’instruction au Tribunal d’Arusha mais elles ne concernent que des subalternes. Pourtant, plus personne ne met en doute la responsabilité de Kagame dans l’attentat. Mais il est toujours chef d’Etat et ce sont les Etats-Unis qui ont joué ce pion-là, pour toute une série de raisons, dont l’argument qu’avançaient les Français -et que je trouvais fallacieux à l’époque- qui était l’anglophonie. Mais c’est vérifié. Toute l’Afrique centrale est devenue anglophone et il y a eu manifestement une volonté hégémonique anglo-saxonne de mettre la main sur l’Afrique centrale et ses ressources. C’est un des éléments du drame ou du dossier dont peu de personnes veulent parler mais qui est fondamental. Comment expliquer que ni l’Australie ni la Nouvelle-Zélande n’avaient leur ambassade à Kigali du temps de Habyarimana. Par contre, quand le cessez-le-feu a été déclaré unilatéralement le 17 juillet 1994 par le F.P.R., le lendemain la Nouvelle-Zélande a ouvert une ambassade.

Comment se fait-il qu’aucun pays n’ait donné suite à la demande du générai Dallaire de renforcer la MINUAR? Comment se fait-il que l’on soit passé de 2500 hommes au départ à 250? Après, c’était le génocide… Puis une nouvelle résolution des Nations Unies, la MINUAR II mise en place et constituée de troupes… du Canada anglophone, de NouvelleZélande, d’Australie avec un appui logistique des Etats-Unis! C’est étonnant! Et ce n’est pas le fait du hasard. Il y a manifestement un plan qui était préparé et qui a été appliqué. Combien de fois en ai-je discuté avec le général Dallaire![33]

Il n’y avait rien à faire; j’avais l’impression d’être un pion que l’on déplace sur un échiquier. II y avait trop de choses qui se passaient et qu’on ne pouvait pas expliquer. Et nous, nous étions un peu les garants de la communauté internationale. Mais on se moquait de nous! On nous manipulait! En effet, on a profité de l’ONU pour endormir la région et, un jour, tout a explosé. Comment expliquer que le 8 avril, deux jours après l’attentat, l’ambassadeur des Etats-Unis soit venu me voir -la résidence de l’ambassadeur se trouvait à 35 mètres de mon quartier général- pour me dire: «Nous allons évacuer». Les Américains allaient évacuer! Je lui ai répondu qu’il n’y avait pas de raison de le faire. Il m’a répété: « Nous évacuons! Et nous prenons la route vers le Burundi ». Je lui répliquai que c’était très dangereux mais il m’a déclaré que 250 ou 450 Rangers -je ne me souviens plus du chiffre exact- étaient stationnés à Bujumbura et prêts à intervenir si besoin était. Comment se fait-il qu’ils étaient déjà là le 8 avril? Il y a manifestement une relation directe entre l’attentat et la localisation des Rangers à Bujumbura.

Tout cela, ce sont des éléments, des facettes qu’il faut avoir en tête et qui doivent faire prendre conscience que le dossier Rwanda n’est pas simple. Il y a tellement de paramètres dont on n’a toujours pas parlé, et qui ont joué un rôle réel dans les événements. Quand on les ignore, le problème peut sembler moins complexe mais cela aboutit à quelque chose qui est loin de la réalité. Je crois aussi que, grâce à l’approche scientifique, sur des points précis, petit à petit, nous pourrons avoir dans dix, vingt ou trente ans une analyse globale et juste des évènements de 1994 au Rwanda. »

La Justice française

Le 31 août 1997, Sylvie Minaberry, la fille de Jean-Pierre Minaberry, co-pilote de l’avion qui était de nationalité française (au même titre que les deux autres membres de l’équipage), porte plainte contre X avec constitution de partie civile à Paris pour que les assassins de son père soient poursuivis. Les familles des 11 autres victimes (rwandaises, burundaises et françaises) se joignent à la procédure.

Le dossier est confié à Jean-Louis Bruguière, l’un des juges anti-terroristes les plus réputés de France, accompagné du juge Jean-François Ricard. Le 17 novembre 2006, après avoir étudié les différentes thèses en présence, le juge délivre ses conclusions et lance des mandats d’arrêts contre 9 membres du FPR dont James Kabarebe (à ce moment-là chef d’Etat-Major de l’armée rwandaise) et Faustin Kayumba Nyamwasa (à ce moment-là ambassadeur du Rwanda en Inde) qui figurent aux première et deuxième place de la liste. Le juge conclut que le principal commanditaire de l’attentat est le général Paul Kagame. Celui-ci ne peut être poursuivi en raison de l’immunité que lui procure son statut de chef d’Etat en exercice, mais le juge appelle le TPIR à le poursuivre dans la mesure ou l’immunité des chefs d’Etats en exercice ne joue pas devant les juridictions pénales internationales.[34]

Suite à ces mandats d’arrêt, Kigali rompt immédiatement les relations diplomatiques avec la France[35], expulse l’ambassadeur de la France au Rwanda et demande la fermeture immédiate de toutes les institutions françaises au Rwanda.

Moins de 6 mois après l’émission de ces mandats d’arrêts, alors que le régime rwandais qui se présente comme le garant de la mémoire des victimes du génocide n’avait jamais jugé opportun d’enquêter sur l’attentat qui a déclenché le génocide, le gouvernement charge un « Comité indépendant d’experts» d’enquêter sur le crash du 6 avril 1994. Le rapport du comité, plus connu sous le nom du rapport « Mutsinzi», rend ses conclusions le 11 janvier 2010 et attribue la paternité de l’attentat à l’« akazu» (cercle proche de l’ancien président) et désigne nommément le colonel Bagosora comme étant la « chevilleouvrière» de l’attentat[36].

Durant la même période, Paul Kagame est interrogé sur l’attentat dans l’émission Hard Talk de la BBC. Dans un style qui lui est propre consistant à expliquer et justifier un crime qui lui est reproché mais sans aller jusqu’à le revendiquer clairement, il répond aux questions du journaliste : «J’ai été réfugié en dehors du Rwanda pendant 30 ans, j’avais le droit de me battre pour mes droits (…) Si j’étais mort dans le même processus, est-ce que ce juge serait en train de demander qui m’a tué ?» expliquant qu’il n’en a rien à faire de cet attentat. « Je n’étais pas responsable de la sécurité de Habyarimana et je m’en fous de sa mort, (…) j’avais le droit de combattre ce gouvernement qui m’a rendu réfugié durant toutes ces années, j’avais le droit de le combattre et ce juge veut venir me questionner ?»

L’expertise balistique française

Malgré les pressions diplomatiques et les lobbyings politico-médiatiques visant à torpiller l’enquête du juge Bruguière, le dossier français reste ouvert et deux nouveaux juges Marc Trevidic et Nathalie Poux succèdent à Jean-Louis Bruguière et Jean-François Ricard. Le 21 avril 2010, les nouveaux juges décident d’organiser une expertise pluridisciplinaire qui a pour mission de se rendre sur le terrain de l’attentat du 11 au 18 septembre 2010.

Dans la foulée, le régime de Kigali interdit aux parties civiles rwandaises et burundaises, dont certaines comme la famille Habyarimana sont pourtant, en plus d’être victimes, témoins oculaires des événements, de se rendre sur les lieux de l’expertise en violation de tous les principes judiciaires qui exigent qu’une expertise équitable doit se faire de manière contradictoire, c’est-à-dire en présence de toutes les parties concernées.

Malgré cette entorse aux règles fondamentales de procédure, l’expertise se poursuit et l’enjeu majeur de l’expertise sera de déterminer le lieu d’où sont partis les missiles.

Le 10 janvier 2012, dans la salle des criées du Tribunal de grande instance de Paris, après presque deux ans de travaux sur la question,  les experts livrent leurs conclusions sur les circonstances de l’attentat. La montagne accouche d’une souris « Le faisceau de points de cohérence qui se dégage des études que nous avons conduites nous permet de privilégier comme zone de tir la plus probable, le site de KANOMBE. Le fait que nous privilégions ces deux positions ne signifie pas que les missiles n’ont pas pu être techniquement mis en œuvre dans un périmètre un peu plus étendu. Nous considérons  qu’une zone étendue vers l’Est et le Sud, de l’ordre d’une centaine de mètres voire plus,  sous réserve d’avoir un terrain dégagé vers l’axe d’approche de l’avion, peut être prise en compte ».[37]

Au bout de deux ans de travaux scientifiques, les experts qui avaient pour mission de déterminer le lieu du Tir, ne parviennent donc qu’à dégager une « probabilité » sans exclure « une zone plus large » que celle ainsi déterminée. En outre, cette zone « probable » de tirs a été déterminée sur foi des témoignages des docteurs Pasuch et Daubresse, deux médecins militaires belges témoins des faits dont les témoignages récoltés dès les mois d’avril et 1994 seront au centre des analyses. Ces témoignages récoltés dans les jours suivant l’attentat désignaient la « direction Masaka » ou la « colline de Masaka » comme zone de tir, une position pourtant écartée par les experts notamment sur base des simulations faites en France par l’expert acoustique.[38]

Le « soulagement » de Kigali

Alors qu’il ne s’agit encore que des résultats d’une expertise qui doit encore être confrontée aux autres éléments du dossier et qui est encore susceptible de faire l’objet d’un appel, et même sans appel, les juges doivent se prononcer sur la crédibilité des conclusions de l’expertise, une conférence de presse est organisée par les avocats des parties civiles Léon Foster et Bernard Maingain pour annoncer « la fin de la manipulation». A Kigali on parle de « soulagement» et on affirme qu’une « page se tourne» laissant entendre que ce rapport apporterait des conclusions définitives sur la question.

Plusieurs médias francophones emboitent le pas au FPR avec des unes hallucinantes. Le journal Libération va jusqu’à traiter les résultats d’« irréfutables »  dans son édition du jour, expliquant que ce rapport « pulvérise, après dix-huit ans, les thèses négationnistes», Le Monde est à peine plus nuancé et déclare « le camp Kagame innocenté » et pour le Figaro « la vérité éclate enfin».[39]

Pendant ce temps, l’enquête continue naturellement car ce rapport n’est qu’une étape parmi d’autres et plusieurs anciens hauts cadres du FPR ou de soldats affirmant avoir participé à une des étapes de l’attentat défilent dans les médias ou devant la justice française pour accuser le FPR dont ils faisaient partie d’avoir abattu l’avion.

Parmi les révélations les plus retentissantes, figurent celles de Théogène Rudasingwa ancien secrétaire général du FPR et ancien directeur de cabinet de Paul Kagame aujourd’hui en exil aux Etats-Unis qui le 1eroctobre 2011, publie une « confession » via sa page facebook « la vérité doit être dite. Paul kagame, alors commandant de l’Armée Patriotique Rwandaise, la branche armée du Front Patriotique Rwandais est personnellement responsable d’avoir abattu l’avion. En juillet 1994, Paul Kagame me l’a personnellement confié » écrit-il avant d’exprimer ses « profonds regrets » et demander pardon aux familles des victimes au titre de la« responsabilité collective ».   Thèogene Rudasingwa a par la suite été entendu par la justice française.

Posted by Theogene Rudasingwa on Friday, September 30, 2011

Parmi les autres révélations retentissantes figurent celle de Patrick Karegeya, ancien chef des services de renseignement extérieur du Rwanda et autrefois considéré comme le bras droit de Paul Kagame. En juillet 2013, au micro de RFI, ce dernier a publiquement accusé le FPR d’être derrière cet attentat affirmant avoir des « preuves » de ses affirmations qu’il se dit prêt à livrer la justice si les juges français l’approchent affirme t’il « nous leur dirons ce que nous savons. Mais on ne peut pas leur forcer la main. »[40] Le 1erjanvier 2014, moins de six mois après cette interview, le corps sans vie de Patrick Karegeya était retrouvé dans un hôtel de Johannesburg avec des traces d’étranglement. Le 12 janvier 2014, quelques jours après cet assassinat, Paul Kagame en allusion à la mort de Patrick Karegeya tenait ces propos dans le cadre d’un petit déjeuner de prière « Quiconque trahit notre cause ou souhaite du mal à notre peuple deviendra une victime. Il reste seulement à savoir comment il deviendra une victime. »[41]

Parmi les autres accusateurs sortis du bois, figure le Colonel Kayumba Nyamwasa lui-même accusé par le juge Bruguière d’être un des responsables de l’attentat. Dans plusieurs interviews publiques, ce dernier a affirmé que le FPR était derrière l’attentat tout en niant sa propre implication. Il a à plusieurs reprises affirmé qu’il était prêt à coopérer la justice française.[42]  Depuis le mois de juin 2010, ce dernier a fait l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat en Afrique du Sud, déclarant au magasine MO être visé en raison de ce qu’il sait « Kagame sait qu’il sera condamné quand nous témoignerons contre lui. C’est pour cela qu’il veut nous tuer .»[43]

Plusieurs autres anciens membres du FPR, comme Jean Marie Micombero qui prétend avoir « assisté à la préparation de l’attentat »[44] ou encore James Munyandida, qui prétend avoir fait partie d’une équipe de 10 hommes chargée de garder et charger les missiles, livrent également leurs témoignages à la justice française.

En juillet 2014, le nom d’Emile Gafirita un jeune qui avait rejoint l’APR au début des années 90 en tant qu’enfant soldat fait son apparition dans le dossier. Ce dernier avait également été garde du corps de Paul Kagame[45] le témoignage qu’il souhaitait livrer à la justice française « allait donc peut-être permettre de faire avancer l’enquête »avancent certains experts.[46] Il était prévu qu’il se rende en France pour le témoignage et le Juge Trevidic a communiqué son nom aux parties alors qu’il était toujours à Nairobi. Le 13 novembre 2014, la veille de son départ pour Paris et quelques jours après que Maître Léon Lev Foster, l’avocat des militaires de l’APR accusés ait communiqué le nom du témoin à ses clients, Emile Gafirita a été enlevé en pleine rue dans la capitale kenyane.[47] A ce jour, il n’est plus jamais réapparu.[48]

En octobre 2016, les nouveaux juges en charge de l’affaire annoncent leur intention de rouvrir le dossier notamment pour entendre Kayumba Nyamwasa. La réaction de Paul Kagame ne se fait pas attendre, il menace de rompre à nouveau les relations diplomatiques avec la France[49] et le Colonel Nyamwasa, témoin pourtant clef ne sera jamais entendu.

La Francophonie

En 2017, Emmanuel Macron envoie des émissaires à Kigali pour signifier à Paul Kagame qu’il aimerait que Louise Mushikiwabo, alors ministre des Affaires étrangères du Rwanda, devienne secrétaire générale de la Francophonie. Paul Kagame est au départ très sceptique, mais il accepte finalement après avoir demandé son avis à une Louise Mushikiwabo elle-même surprise de la proposition. Le 23 mai 2018, la candidature « africaine» de Mushikiwabo est ainsi annoncée à l’Elysée par Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse commune avec Paul Kagame.[50]

Le lien avec l’attentat ? Le 11 octobre 2018, à Erevan, premier jour du sommet de la Francophonie qui doit désigner Mushikiwabo comme secrétaire générale, le procureur rend son réquisitoire dans l’affaire aux fins de non-lieu au motif qu’il n’y aurait pas de « charges suffisantes» pour poursuivre les accusés.[51]

En décembre 2018, les juges d’instruction ont suivi le parquet.[52]

Les parties civiles ont formulé un appel contre le jugement.

La justice espagnole

En 2000, alors que commençait l’enquête française, des familles de religieux et humanitaires espagnols tués par le FPR saisissent la justice de leur pays qui n’a jamais été impliqué dans les affaires rwandaises. A ces familles se joignent plusieurs familles rwandaises victimes du FPR qui n’ont aucun tribunal pour écouter leur peine, en ce compris le TPIR pourtant mis en place pour cela.

L’enquête est confiée au juge Fernando Andreu Merelles qui, le 6 février 2008, délivre 40 mandats d’arrêts pour actes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre contre 40 hauts gradés de l’APR.

Sur l’attentat, il parvient aux mêmes conclusions que les enquêteurs du TPIR et de la justice française et ajoute ce chef d’accusation à l’encontre de certains militaires. Il précise que c’est Paul Kagame qui en a donné l’ordre, mais à l’instar du juge Bruguière, il ne peut pas le poursuivre en raison de l’immunité des chefs d’état.[53]

La note de la DGSE

Le mercredi 6 février 2019,  « Médiapart » et Radio France publient une note de la DGSE, les services de renseignement français qui « désigne deux extrémistes du régime, les colonels Théoneste Bagosora, ancien directeur de cabinet du ministre de la Défense, et Laurent Serubuga, ancien chef d’Etat-major des Forces armées rwandaises (FAR), comme les principaux commanditaires de l’attentat du 6 avril 1994. »

La note fait rapidement le tour des principaux médias francophones et est présentée, comme une note contentant des « révélations sur les mensonges de la France »[54] ou encore des  « révélations embarrassantes »[55]  montrant « clairement » que le Président Habyarimana a été assassiné par son propre parti. Les principaux médias francophones disent ou laissent ainsi sous entendre, que cette note serait une pièce d’archive décisive qui renverserait la perspective de ce qu’on sait aujourd’hui sur cet attentat.

Pourtant, la lecture du contenu de cette note lui donne une portée plus modeste et soulève de nombreuses interrogations sur le traitement médiatique dont elle a fait l’objet.

Cette note, datée du 22 septembre 1994 est comme l’indique son titre, une « hypothèse du service surles responsabilités de l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana » , une hypothèse comme il y’en a eu près d’une dizaines d’autres.[56]

Dans la deuxième phrase de la note la DGSE indique les éléments sur lesquels se fonde son hypothèse à savoir « les témoignages d’une personnalité hutu modérée » qu’elle ne nomme pas,et« qui tendrait à désigner les colonels Bagosora et Serubuga comme les principaux commanditaires de l’attentat du 6 avril 1994».

En d’autres termes une note, contenant une hypothèse basée sur les témoignages d’une personnalité non nommée viendrait contrebalancer 20 ans de travail d’enquête judiciaire faite par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, la justice française et la justice espagnole.

Le contenu même de la note a aussi de quoi surprendre. Pour exemple, l’attentat du 6 avril est attribué à des personnalités membres d’un certain « réseau Zéro» parmi lesquelles figurent le colonel Elie Sagatwa, beau-frère du président Habyarimana qui a été tué dans l’attentat du 6 avril 1994 ou encore Boniface Rucagu qui vit aujourd’hui à Kigali d’où il est facilement reconnaissable de par ses chemises à l’effigie de Paul Kagame qu’il arbore fièrement dans les rues de Kigali. L’un des principaux planificateurs du génocide pourrait-il ainsi se trouver en toute liberté à Kigali sans être inquiété ?

Kigali, Kampala, Nairobi, Johannesburg : l’assassinat de témoins

Tout au long des 25 dernières années plusieurs assassinats supposément en lien avec l’attentat ont été au commis au Rwanda ou dans des pays étrangers. Dans le chapitre consacré aux nouveaux témoins, nous avons évoqué l’assassinat de Patrick Karegeya à Johannesburg le 31 décembre 2013 ou encore le kidnapping d’Emile Gafirita à Nairobi le 13 novembre 2014.

Bien avant eux, plusieurs autres témoins de l’attentat ont été assassinés au Rwanda et à l’étranger. Parmi eux figurent Christophe Kayitare, un civil qui aurait été stationné à la tour de control pour signaler l’arrivée de l’avion. Après la guerre, il a été tué « afin de ne pas devenir témoin»[57], en 1996, c’est Théoneste Lizinde autrefois proche de Habyarimana avant de tomber en disgrâce et rejoindre le FPR qui avait été assassiné à Nairobi en 1996 en raison des informations qu’il aurait détenu sur l’attentat. En 2007, c’est Eric Léandre Ndayire, qui a été assassiné après avoir été enlevé en Ouganda deux ans après avoir témoigné auprès de la justice française.[58]

La disparition d’Augustin Cyiza, Président de la Cour de cassation et vice-président de la cour suprême du Rwanda de 1995 à 1999 pourrait également être en lien avec l’attentat.

Selon le témoignage d’Andre Guichaoua devant la justice française,  corroboré par les témoignages des deux co-enqueteurs du magistrat, Augustin Cyiza avait entamé au cours de l’année 1999 une enquête « relative à différents aspects du drame rwandais dont faisait partie l’assassinat du Président Habyarimana[59] »

En 2002, ce dernier informe André Guichaoua des résultats de son enquête au cours de laquelle il aurait identifié le tireur du missile ayant abattu l’avion en la personne du lieutenant Nziza. [60]

Quelques mois plus tard, en date du 23 avril 2013, alors qu’il était entré en contact avec le Tribunal pénal international pour le Rwanda, Augustin Cyiza est enlevé à un arrêt de bus sur l’axe routier Kimihurura-Remera au centre de Kigali. Il n’est plus jamais réapparu depuis.[61]

Ruhumuza Mbonyumutwa

Jambonews.net

 

[1]Pour un aperçu plus complet des crimes commis durant cette période, voyez l’article « Rwanda : de quels crimes les Hutus et les Tutsis ont-ils été victimes » du 3 octobre 2017, http://www.jambonews.net/actualites/20171003-rwanda-de-quels-crimes-les-hutus-et-les-tutsis-ont-ils-ete-victimes-2/

[2]Témoignage de Frédéric Nzamurambaho dans « Rwanda, 6 avril 1994 : les premières violences », RFI du 6 avril 2014.  http://www.rfi.fr/afrique/20140406-genocide-rwanda-6-avril-1994-premieres-violences-nzamurambaho

[3]Les victimes belges du génocide rwandais, DHnet du 30 mars 2014.

[4]« Diocésains parmi les personnes assassinées au Centre Christus à Kigali », portail catholique suisse du 8 avril 1994, https://www.cath.ch/newsf/rwanda-trois-jesuites-rwandais-et-cinq-pretres-080494/.

[5]Témoignage de Luc Marchal, chef des casques à Kigali, http://www.jambonews.net/actualites/20110108-rwanda-1994-le-point-de-vue-de-luc-marchal/

[6]Lire à ce sujet F. Reyntjens, le Génocide des tutsis au Rwanda, Que sais-je, Presses Universitaires de France, p . 78.

[7]Voir à ce sujet le portrait de Nadine Claire Kasinge dont le père la mère, le frère et les trois sœurs ont été assassinés durant la nuit du 6 au 7 avril 1994 : http://www.musabyimana.net/20161127-qui-est-nadine-claire-kansinge-une-dame-qui-a-linstar-de-victoire-ingabire-veut-defier-le-president-paul-kagame/

[8]http://www.rwandavictimesoubliees.com/fr/victimes/munyangabe-marcel

[9]Les mots de Vénantie Mukarwego clôturent le livre de la journaliste canadienne Judi Rever « In praise of blood, the crimes of the Rwandan Patriotic Front », Random House Canada, p. 233. «  We cannot say Claudien was assassinated by the RPF”, his widow told me. There is no tribunal willing to prosecute his murder. We were not allowed to go to gacaca, Rwanda’s traditional courts. There has been no memorial. We can’t properly mourn his death. We don’t know what happened to his body, whether he was dumped in a mass grave, taken by the wind or eaten by dogs. We can’t purge our emotions. We have to pretend that nothing is wrong. But I will never accept it. »; Voir également le témoignage de Jean-Luc, son fils dans « Les Bruxellois commémorent le génocide rwandais », Bruzz du 5 avril 2019, https://www.bruzz.be/fr/videoreeks/vrijdag-5-april-2019/video-les-bruxellois-commemorent-le-genocide-rwandais?fbclid=IwAR2tWo-DE3-h8i0xLVtAzEkAtADjQCRtaEw8IszFRKubSmneDhs8pyL0l70.

[10]« Giti, à l’écart du génocide mais pas des représailles », Libération du 27 février 1996. https://www.liberation.fr/evenement/1996/02/27/giti-a-l-ecart-du-genocide-mais-pas-des-represailles_161805

[11]F. Reyntjens, “Estimation du nombre de personnes tuées au Rwanda en 1994” http://www.ua.ac.be/objs/00110970.pdf.

[12]https://minorityrights.org/minorities/twa-2/

[13]Le Rwanda meurt, l’ONU laisse 270 hommes, Lesoir dès 23 et 24 avril 1994.

[14]Pour plus d’informations sur les différentes thèses avancées, voyez Assemblée nationale de la République française, Mission d’information sur le Rwanda, 1998  ainsi que Sénat de Belgique, Commission d’enquête parlementaire concernant les événements du Rwanda, 6 décembre 1997.

[15]http://www.jambonews.net/actualites/20111025-burundi-commemoration-du-18eme-anniversaire-de-l’assassinat-de-ndadaye/

[16]Paris, Fayard, 1994.

[17]Christophe Vincelet,  « La mort des dix casques bleus belges à Kigali ou le belgocentrisme dans la crise rwandaise Editions », L’Harmattan Paris, 2004,  « Entretien avec le colonel Luc Marchal, commandant du secteur Kigali de la MINUAR de 1993 à avril 1994, ancien Chef d’état-major du commandement Territorial Interforces »https://francegenocidetutsi.org/LucMarchalChristopheVincelet.pdf.

[18]Cour d’appel de Paris, Parquet du Tribunal de grande instance de Paris, réquisitoire définitif aux fins de non-lieu, n° 2113/00/13, 11 octobre 2018, p. 30.

[19]Voir supra, « Premières heures dans les zones contrôlées par les FAR ».

[20]Voyez à ce sujet le témoigne vidéo du Colonel Marchal dans “Rwanda-1994 : Le point de vue de Luc Marchal », jambonews du 8 janvier 2011, http://www.jambonews.net/actualites/20110108-rwanda-1994-le-point-de-vue-de-luc-marchal/.

[21]Ibid.

[22]Cette délégation était conduite par Claude Dusaidi et Gérald Gahima. Voir à ce sujet, le témoignage de Théogène Rudasingwa, secrétaire général du FPR en 1994 http://www.france-turquoise.com/wp-content/uploads/2016/09/NON-À-L.pdfou encore le témoignage de Gérald Gahima, dans « Rwanda : Le point de vue de Gerald Gahima », Jambonews du 28 décembre 2010. http://www.jambonews.net/actualites/20101228-rwanda-le-point-de-vue-de-gerald-gahima/

[23]Rapport Trevidic, les rwandais de France s’expriment, (minute 4) https://www.youtube.com/watch?v=NQfcBm5Tr3Y&t=381s

[24]International Criminal Tribunal for Rwanda (ICTR) National Team Inquiry, Internal memorandum, (rapport Hourigan) http://jambonews.net/wp-content/uploads/2010/09/rapport-hourigan.pdf

 

[25]Affidavit de Michael Hourigan, p. 3. http://jambonews.net/wp-content/uploads/2010/09/rapport-hourigan.pdf

[26]Ibid.

[27]International Criminal Tribunal for Rwanda (ICTR), General report on the Special Investigations concerning the crimes committed by the Rwandan Patriotic Army (RPA) during 1994, 1 October 2013, p. 1. http://www.jambonews.net/wp-content/uploads/2019/02/Document_TPIR_2003.pdf

[28]Ibid. p. 25.

[29]Voyez notamment à ce sujet, le dossier du magasine Marianne du 28 septembre 2018 “ Exclusif – Rwanda : le document top secret qui accuse le régime de Kagamé » https://www.marianne.net/monde/exclusif-rwanda-le-document-top-secret-qui-accuse-le-regime-de-kagame

[30]International Criminal Tribunal for Rwanda (ICTR), General report on the Special Investigations concerning the crimes committed by the Rwandan Patriotic Army (RPA) during 1994, 1 October 2013, p. 1. http://www.jambonews.net/wp-content/uploads/2019/02/Document_TPIR_2003.pdf, p . 21.

[31]Del Ponte : le piège Rwandais, https://pages.rts.ch/emissions/temps-present/justice-criminalite/1284904-del-ponte-le-piege-rwandais.html

[32]Voy. Supra : Première enquête du TPIR : « l’assistance d’un gouvernement étranger »

[33]C’est nous qui soulignons

[34]Tribunal de grande instance de Paris, ordonnance de soit-communiqué, délivrance de mandats d’arrêts internationaux, par le juge J.-L. Bruguière, Paris, 17 novembre 2006, http://jambonews.net/wp-content/uploads/2010/09/rwanda-rapport-bruguiere.pdf.

[35]« Kigali rompt ses relations diplomatiques avec Paris », Le Monde du 25 novembre 2006.

[36]République du Rwanda, Rapport d’enquête sur les causes, les circonstances et les responsabilités de l’attentat du 06/04/1994 contre l’avion présidentiel rwandais Falcon 50 Ni 9XR-NN, http://mutsinzireport.com/?page_id=47

[37]Cour d’appel de Paris, Tribunal de Grande Instance de Paris, Rapport d’expertise, destruction en vol du Falcon 50 Kigali (Rwanda), 5 janvier 2012, p. 313.

[38]Massimo Pasuch se trouvait dans son domicile situé dans le camp de Kanombe le soir du 6 avril 1994 et avait été entendu dès mai 1994. Il avait affirmé que, d’après ce qu’il avait vu  « le tir lui semblait venir de (…) direction de Masaka». Daniel Daubresse se trouvait également au domicile du docteur Pasuch et, fût entendu dès le 13 avril 1994, il avait estimé sur base de ce qu’il avait vu que les tirs provenaient « (…) soit directement depuis cette colline [de Masaka], soit dans la zone entre lui-même [Kanombe] et cette colline [Masaka]», Cour d’appel de Paris, Parquet du Tribunal de grande instance de Paris, réquisitoire définitif aux fins de non-lieu, n° 2113/00/13, 11 octobre 2018.

 

[39]« Génocide rwandais : le rapport qui divise », TV5Monde du 13 janvier 2012.

[40]Patrick Karegeya : «Nous savons d’où les missiles sont partis», RFI du 9 juillet 2013.

[41]« Rwanda : les 10 discours glaçants de Paul Kagame », http://www.jambonews.net/actualites/20190322-rwanda-les-10-discours-glacants-de-paul-kagame/.

[42]Attentat Habyarimana: l’enquête française relancée par un dissident rwandais qui accuse Kagame, la libre du 7 octobre 2016.

[43]« Nous avons lutté pendant des années contre un dictateur et nous avons mis au pouvoir un tyran », mo du 19 mars 2012.

[44]Rwanda: «J’ai assisté à la préparation de l’attentat qui a déclenché le génocide», Marianne du 31 mars 2014.

[45]Judi Rever, o.c.,p. 185.

[46]Emile Gafirita abandonné à des assassins : inconséquence ou affaire d’Etat dans le bras de fer entre la France et le Rwanda ?, http://bernardlugan.blogspot.com/2016/12/emile-gafirita-abandonne-des-assassins.html

[47]Judi Rever, o.c., p. 186. ,

[48]Rwanda – Me Cantier : « J’ignore qui a enlevé Émile Gafirita » https://www.jeuneafrique.com/38357/politique/rwanda-me-cantier-j-ignore-qui-a-enlev-mile-gafirita/

[49]Rwanda : le président Kagame menace la France d’une nouvelle rupture diplomatique, France 24 du 11 octobre 2016.

[50]France-Rwanda : Comment Macron a parachuté Mushikiwabo à l’OIF, Jambonews du 24 février 2019.

[51]Cour d’appel de Paris, Parquet du Tribunal de grande instance de Paris, réquisitoire définitif aux fins de non-lieu, n° 2113/00/13, 11 octobre 2018.

[52]Affaire Habyarimana: non-lieu en France pour sept proches de Kagame, RFI du 26 décembre 2018.

[53]“Un juge espagnol émet 40 mandats d’arrêt contre les chefs de l’armée rwandaise » Le monde 7 février 2008.

[54]Sherpa « Génocide au Rwanda: révélations sur les mensonges de la France – Médiapart et Radio France », 7 février 2019.

[55]« Génocide rwandais: l’embarrassante note de la DGSE », l’express du 06 février 2019.

[56]Voy. Supra, “les différentes thèses”

[57]Judi Rever, o.c., p. 189.

[58]« Attentat contre Habyarimana et génocide rwandais : déconstruction d’une conspiration », Marianne du 5 avril 2019.

[59]Témoignage de Noel Twagiramungu, Cour d’appel de Paris, Parquet du Tribunal de grande instance de Paris, réquisitoire définitif aux fins de non-lieu, n° 2113/00/13, 11 octobre 2018, p. 51.

[60]Ibid.

[61]« La disparition du haut magistrat Augustin Cyiza: sa famille porte plainte », The Rwandan, 11 avril 2013.

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