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La Sûreté belge évoque la crispation du régime rwandais

La Sûreté belge évoque la crispation du régime rwandais

Dans son rapport annuel publié ce mercredi le 21 novembre 2012, les services de renseignements belges reviennent sur l’état désastreux de la démocratie au Rwanda et mettent tout particulièrement l’accent sur la crispation du régime de Kigali, dont le cercle autour du Général Paul Kagame se rétrécit de plus en plus.

Paul Kagame

Paul Kagame

La quatrième édition du rapport annuel du service civil de renseignement belge a été publiée et présentée à la presse ce mercredi 21 novembre par la Ministre de la justice Annemie Turtelboom. Ce volumineux document de 111 pages qui reprend les différentes activités de la Sûreté de l’Etat pour l’année 2011, est consacré en grande partie sur les faits et sur l’évolution du terrorisme islamiste dans le monde et en Belgique en dix ans. Néanmoins, dans ce rapport quelques pages sont consacrées au Rwanda, et tout particulièrement à l’état désastreux de la démocratie dans ce pays dirigé d’une main de fer par Général Paul Kagame après l’avoir militairement conquis en 1994.

 « Le régime rwandais “se crispe” et le cercle  des proches autour du président Paul Kagame se rétrécit de plus en plus » pouvons nous lire dans ce rapport à la page 73. Le rapport revient sur la réorganisation l’année dernière des services de renseignement et de l’armée, les deux services qui restent avec la garde présidentielle les pierres angulaires du régime de Kigali. En effet, l’année 2011 au Rwanda a été marquée par des remaniements et réhabilitations à la tête des principaux services de renseignements et dans l’armée. Cette chaise musicale qui a vu les plus dures du régime de Kigali comme les généraux Dan Munyuza et Karenzi Karake sous le coup de mandats d’arrêts internationaux confiées des hautes responsabilités dans l’armée et dans les renseignements, a été perçue comme un durcissement du régime qui venait d’être fragilisé par les élections de 2010, critiquée  par la communauté internationale pour cause de la répression sanglante qui a été menée à cette occasion contre l’opposition et les médis indépendants. Cette chaise musicale a été sentie aussi, comme la volonté du régime qui cherchait à contenir la peur à son camp et reprendre la main, suite à la fuite du général Faustin Kayumba ancien chef d’état-major qui était apprécié dans l’armée.

 Les renseignements belges reviennent également dans leur rapport, sur la formation d’un nouveau gouvernement et la nomination d’un nouveau premier ministre, Pierre-Damien Habumuremyi. Le rapport consacre néanmoins plusieurs lignes sur la censure et la répression contre les médias.  « Les médias sont de plus en plus bridés. En  2011, les canaux de presse indépendants  ont été de plus en plus interdits et la vie de  leurs journalistes est rendue difficile » annonce le rapport.

 D’autre part, le rapport de la Sureté belge n’a pas manqué d’évoquer l’anéantissement de toute opposition politique au Rwanda. « L’opposition politique intérieure n’existe pas  et tous les leaders politiques importants se  trouvent en prison ou ont fui vers l’étranger », souligne le rapport en évoquant l’exemple de Victoire Umuhoza Ingabire qui vient d’écoper 8 ans de prison, Déogratias Mushayidi qui a été condamné à la perpétuité et qui  a refusé de demander « pardon » pour être  libéré, Bernard Ntaganda président du « Parti  Social Imberakuri».

 Pour la sureté belge, une véritable opposition rwandaise se trouve à  l’étranger, notamment en Belgique qui est « une de ses bases principales », mais aussi en Pays-Bas, la France et même certains pays scandinaves qui abritent « une opposition rwandaise de plus en plus active ».

Les dissensions dans l’opposition rwandaise à l’étranger ont aussi interpellé les renseignements belges. Ainsi, la scission des FDU-Inkingi (Forces Démocratiques Unifiées), le parti de Victoire Ingabire en 2011 a été cité. On note également dans le rapport, une monte en puissance d’un nouveau parti le Rwanda National Congress (RNC), un mouvement d’opposition créé par « 4 Tutsis qui faisaient partie du cercle restreint du « Front Patriotique Rwandais » (FPR) et de Paul Kagame et  qui ont fui le pays », et cherche à nouer des alliances avec d’autres partis d’opposition basés à l’étranger. Des nombreuses conférences que ce parti a organisé dans plusieurs capitales européennes en 2011, ont engendré des tensions diplomatiques avec Kigali, souligne le rapport.

 Le rapport des renseignements belge revient enfin sur la nomination d’un nouvel ambassadeur rwandais à Bruxelles, notamment Robert Masozera, entré en fonction en 2011, et qui cherche à amadouer les opposants et la diaspora rwandais, en les offrant un voyage au Rwanda « aux frais du régime », dans le cadre d’un programme connu sous le nom de «Come and See». Ce programme consisterait selon le rapport des renseignements belges, à offrir un voyages aux opposants et membres de la diaspora, surtout ceux qui sont réfugiés, d’aller voir l’état actuel du Rwanda, et se rendre compte que le pays n’est plus la même que lors qu’ils y ont quitté. Nous rappelons que ce programme a frôlé la polémique en février dernier, quand Ernest Gakwaya connu sous le surnom de Camarade, recherché par la justice rwandaise parce que soupçonnée de « crime de guerre et génocide », a pu bénéficier de ce voyage, et s’est rendu au Rwanda et y rencontré des hauts dirigeants dont Paul Kagame. Cet événement a suscité la colère des rescapes tutsie du génocide ressemblé dans l’organisation Ibuka.

 Si le rapport des services des renseignements belges n’annonce rien qui n’est pas connu sur la situation politique au Rwanda, il a au moins les mérites de montrer que le régime de Kigali, réputé pour ses dérives autoritaires, est surveillé de près par les services secrets occidentaux, notamment la Belgique, ancienne puissance coloniale, et un des principaux bailleurs de fonds du Rwanda.

 En Belgique le rôle de la Sûreté de l’Etat est d’abord préventif, au niveau interne, elle informe les autorités compétentes des dangers que peuvent présenter pour la société les organisations sectaires nuisibles, et assure la coordination de  la lutte contre ces organisations et contribue dans ce cadre à  l’échange d’informations. Au niveau externe, la Sûreté  belge est plus informée sur certains pays que d’autres, c’est le cas du Rwanda, le Congo et le Burundi, des anciennes colonies et pays avec qui la Belgique entretient des relations bilatérales fortes. Qui plus est, elle  abrite également une forte communauté des citoyens originaires de ces pays.

 Jean Mitari

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