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Rwanda, démocratie inachevée

Publié : le 28 janvier 2011 à 10:24 | Par | Catégorie: Opinion
Lors de la proclamation de la République, le 28 janvier 1961. Au centre, M. Kayibanda, président du parti parmehutu. A sa droite, M.V. Kayuku. A sa gauche, MM. D. Mbonyumutwa et B. Bicamumpaka. (Photo Infor Rwanda).

Lors de la proclamation de la République, le 28 janvier 1961. Au centre, M. Kayibanda, président du parti parmehutu. A sa droite, M.V. Kayuku. A sa gauche, MM. D. Mbonyumutwa et B. Bicamumpaka. (Photo Infor Rwanda).

« Longtemps, ils (les « citoyens ») peuvent se taire, longtemps, ils peuvent   plier sous le joug du pouvoir. Longtemps, ils peuvent se figer, tétanisés par la crainte des représailles qui pourraient individuellement les frapper. Mais une voix finit toujours par s’élever suffisamment haut pour indiquer que c’en est assez. Même, quand c’est la voix de la désespérance la plus complète, elle peut suffire pour indiquer à tous les silencieux qui n’en pensent pas moins, la voix de la liberté ».[1]

Certains me diront que le 28 janvier 1961, les voix se sont levées pour indiquer aux Rwandais, le chemin de la liberté.  Ces mêmes voix ont proclamé la République  qui par la suite fût avalisé par le peuple. Mais qu’a t-on fait de cette liberté, du chemin de la justice, de l’égalité, de la solidarité, du vivre ensemble? L’histoire nous en parle, l’actualité encore plus!

Aujourd’hui, nous rêvons plus que jamais d’une révolution! Une vraie révolution populaire sans intermédiaire. Un changement mené et porté par le peuple. En effet, nous seuls, connaissons notre vécu, nous seuls, pourrons nous sortir de l’impasse dans lequel nos dirigeants nous entraînent.

Il est évident que notre révolution n’est pas encore achevée! Mais, qu’attendons nous? Faut-il attendre Mohamed Bouaziz[2] pour que cela arrive? Je pense qu’en tant que citoyens rwandais, il est plus que temps de décider par nous même quel sera notre avenir. En plus, nous avons tout pour y parvenir. Pourquoi alors continuer à nous enfermer dans la doctrine de la balkanisation, dans des idéologies mensongères? Sommes-nous obligés de suivre un modèle prédéfini pour vivre ensemble, ou il nous appartient de l’inventer? Pourquoi faut-il qu’on décide toujours à notre place? Et ceux qui ont le pouvoir, se sont-ils posé au moins les questions essentielles, à savoir pour  qui et pour quoi, ils gouvernent?

Gouverne-t-on un peuple ou pour un peuple?

Pour ma part, on ne gouverne pas un peuple mais on reçoit une mission de ce dernier pour mener à bien la gestion du pays. Autrement dit, on ne dicte pas à un peuple ce qu’il doit faire mais, on lui demande ce qu’il serait mieux de faire pour améliorer son quotidien. C’est dans cet optique que le Congrès de Gitarama, s’est tenu, le 28 janvier 1961. Ce jour là, pour la première fois, les élus du peuple se sont mis d’accord sur un « projet révolutionnaire » à proposer au peuple. Ces élus avaient le souci de la participation du peuple à la gestion de leur état. Ce qui constitue d’ailleurs un des principes fondamentaux de la République. Je leur en suis reconnaissante! Mais, je me pose toujours la question de savoir ce que nous avons fait de ces initiatives louables.

En effet, avec un peu de recul, on se rend  compte que loin d’analyser les besoins du peuple, de soutenir leurs initiatives, d’améliorer leur quotidien, d’une manière ou d’une autre, nos dirigeants finissent par nous asservir jusqu’à nous réduire au silence.

Nous ne pouvons pas ignorer les efforts de nos prédécesseurs ainsi que les initiatives actuelles. Soutenons les, et si les voix commencent à s’élever, profitons de cette ultime occasion pour qu’au biais d’elles, nous achevions enfin notre révolution. Faisons en sorte qu’elles convergent pour rompre le silence qui règne autour du Rwanda. L’essentiel est d’y croire et de se donner les moyens d’y parvenir.

Eugénie Twizerimana
JamboNews.net


UYTTENDAELE M., Le 19 janvier 1969, le journal parlé, in La Libre Belgique n°19, pp 53 paru le 19 janvier 2011.

Le Tunisien, qui ‘est immolé en décembre et est à l’origine de la situation actuelle en Tunisie

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7 Commentaires à “Rwanda, démocratie inachevée”

  1. Rwembe dit :

    @Twizerimana
    Revolution et/ou democratie inachevees, je suis d’accord avec toi.
    Et pour achever cette revolution ou cette democratie, il faut des prealables. Nous Rwandais, devons avoir le courage de s’autocritiquer. Il me semble essentiel que le Rwandais s’eduque et change de maniere de penser. Le Rrwandais du 21e siecle doit apprendre a penser rwandais en non hutu ou tutsi, penser opportunites egales pour tous au lieu de passer par son Icyitso, penser rwandais et non Kiga ou Nduga, penser rwandais et non se mesurer au nez ou a l’accent, accepter l’autre pour ce qu’il est et sans prejuges…Nous rwandais du 21e siecle , avons besoin de nous impregner de ces principes elementaires d’education civique avant de parachever notre democratie et notre revolution.
    Rwembe

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    • Girubutwari dit :

      Je suis d’accord avec la réflexion d’Éugénie comme quoi nous n’avons rien appris des initiatives louables du Congrès de Gitarama du 28/01/1961. Au fait, qu’est ce qui est resté de ces initiatives ? massacres, exclusion, gucuranwa, inda ndende, trahison, exclusion, kwikubira, guhohotera, guhora undi ubwoko bwe, etc. Pourtant, nous parlons de démocratie tous les jours. En réalité, imbuto ya democratie bariya bakurambere bacu bateye yaheze mu gitaka, bitihi se yaguye ku rutare ibura igitaka, ifumbire n’amazi ntiyamera !!! Avons-nous compris la nature et l’essor même du concept de démocratie ? Je crois que non et que le peuple rwandais a besoin d’abord d’être éduqué et sensibilisé aux principes démocratiques duhereye ku ngirwa bategetsi bacu. Un examen de conscience s’adresse à chacun et chacune d’entre nous. Est-ce que hari démocratie iheza ? Iyo mwayibonye he ? Mwa Bahutu mwe iyo mwirirwa murira ngo abatutsi barabishe, ngo babagize ingaruzwamuheto naho abatutsi mukarira ayo kwarika ngo abahutu barabamaze none ngo mubonye ingoma mugiye kwihimura, mwibwira ko igihe abatwa bazegulira agatwe muzatanga ibihe bisobanuro ? Vous les avez exclus, vous les avez marginalisés, vous les avez anéantis. En somme, vous les avez « génocidés » par la pauvreté, mubaheza mu bujiji, en les massacrant, en les privant de tout droit élémentaire individuel. Ubwo se démocratie muririmba ibahe ? Mwibaze mwese rwose muzampe igisubizo. Birababaje cyane !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

      Girubutwari

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  2. Eric dit :

    Belle réflexion, Eugénie, je suis convaincu que tous les peuples finissent par se libère ça prend plus ou moins du temps tous dépend de la maturité du peuple.  » …une voix finit toujours par s’élever suffisamment haut pour indiquer que c’en est assez. Même, quand c’est la voix de la désespérance la plus complète… ». Oui mes frères africains, nous le savons, rien qu’en fouillant dans l’histoire nous avons tant de preuves. Les tunisiens viennent de nous en donne la preuve.

    La question est : sommes nous de cette génération qui est appelé à être libre ? qui choisira la liberté ? La liberté à tous prix ? Oui mes frères, c’est un choix courageux que le peuple Tunisien viens de faire. Bien sûr il y a eu des éléments favorisant cette révolution : le chômage, le niveau d’instruction des tunisiens, le coût cher de la vie et le bouquet final le choc provoqué par l’auto immolation de Mohamed Bouaziz (saura-t-il vraiment ce qu’il a déclenché).
    Mais il est important de souligner que quand le peuple décide d’être responsable de son destin, il n’y a plus rien qui peut l’arrêter. Là nos pauvres dictateurs ne feront plus le poids. Là notre démocratie va s’achever, cela nous le ferons ensemble sans distinction (pour appuyer ce que dit Rwembe). Les hommes de la premier révolutions nous ont légué un héritage (il vaut ce qu’il vaut, ils ont fait de leur mieux)! Nous quelle héritage laisserons-nous à nos enfants?
    D’accord Eugénie, on ne doit pas toujours décider pour nous, mais encore faut-il que l’on se montre à la hauteur de notre destin, plus responsable. Un enfant on le traitera toujours comme un enfant jusqu’à ce qu’il montre les compétence d’un adulte.

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  3. Judith dit :

    Oui à la révolution et la démocratie et faisons efforts pour unir tout le peuple rwandais mais, voyons un peu plus loin cette fois -ci pour ne pas tomber encore dans le piège de Satan car Satan est là jusqu’à son dernier jour ; et ses objectifs restent les mêmes: mensonges, haines,violences, terrorismes, emprisonnements,…….

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    • Boni dit :

      Bonjour,

      Eugénie et les autres ! Au Rwanda , il y a un vrai problème et qui bloque depuis 50 ans déjà la percée vers une véritable société libre et démocratique : c’est l’absence d’une révolution mentale et une de prise de conscience que l’avoir et le pouvoir ça se partage entre les composantes d’une république en plaçant le peuple et ses préoccupations : économique, sociale, juridique … au sommet et au coeur de tous les autres intérêts personnels et partisans , cela pour rendre possible le vivre ensemble dans le respect des vies et dignités humaines des uns et des autres dans un Etat Rwandais qui est à Tous , et où tous sont égaux et complémentaires …La première révolution elle est mentale et de conscience qu ‘un Pays ne doit pas être comme une entreprise familiale ou ethnique, clanique, car tout d’abord bien que’il fallait mettre fin à l’Aristocratie de la monarchie rwandaise de l’époque par une manifestation collective réclamant les changements pour l’égalité dans  » l’avoir et le pouvoir  » mais ce qui a rendu cette révolution et démocratie qui fonde sa base juridique constituante dans la proclamation de la naissance de la République Rwandaise le 28 janvier 1961 par un parti politique avec une connotation ethnique « le Parmehutu » …Déjà ,à partir de là ,c’est l’origine de l’exclusion d’une partie du peuple rwandais , les Tutsis et les Twas , au lieu de rassembler tous les Rwandais sans violence , ni discrimination, et entrer tous dans une nouveau Rwanda ,libre et indépendant : la République r Rwandaise , au lieu d’une République Hutu et qu’avec le temps on s’est aperçu que même entre les Hutu il y aura des discriminations et clivages régionaux , conflit entre Kiga et Nduga … conduisant au coup d’état de Habyarimana 5 juillet 1973 jusqu’aux crises profondes que le peuple traverse encore aujourd’hui…
      Le chemin pour la démocratie et les libertés est encore long pour le peuple rwandais par le poids de l’idéologie aveugle et non réaliste du passé tragique où tous sont victimes et coupables des conséquences politiques de l’absence de choix collectif et libre de la forme de régime politique qui correspondait aux aspirations de tous les rwandais en ce 28 janvier 1961 et non d’un groupe, d’une ethnie, d’un parti politique , d’un clan après l’abolition violente et tragique de régime monarchique en 1959… Ce que vit le peuple rwandais aujourd’hui est la conséquence des décisions et comportements politiques de ce 28 janvier 1961 et des régimes et dirigeants successifs avec des présidents de la République Monarques et loin de tous les citoyens Rwandais ,mais très proche de son ethnie, son parti, son clan…

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  4. edouarda dit :

    Je suis partiellement d’accord avec Judith quoique je ne parlerai pas de Satan. L’idéal serait effectivement qu’il n’y ait plus de considérations d’appartenance ethnique et que le tout le monde ait des chances égales. Mais cela ne vient pas en le ‘souhaitant’. L’histoire nous a prouvée que l’égalité des groupes ethniques, politiques et réligieux s’obtient toujours par un combat politique, médiatique – parfois malheureusement armé – et surtout à la suite de pressions des différents groupes. Sans l’ANC, l’apartheid n’aurait jamais été supprimé en Afrique-du-Sud, Sans les Martin Luther King mais également Malcolm X, les noirs aux Etats-Unis seront toujours discriminés comme avant (et le combat ne finit d’ailleurs jamais; il faut rester vigilant). La meilleure garantie d’un traitement égal est à mon avis plutôt reconnaître les différentes composantes d’une société sans toutefois considérer que l’un est mieux que l’autre. Se mettre autour de la table et négocier en essayant de trouver un compromis est alors une étape suivante. Les uns et les autres se sentiront alors écoutés, représentés, sécurisés même et ensuite on peut discuter, négocier pour enfin contruire ensemble le pays. Mon avis personnel est qu’en 1994, certains y ont cru mais ils ont été naïfs – et pour cela considérés par certains même comme des traîtres – et ils n’ont pas vu – ou trop tard – que d’autres avaient un tout autre programme. Quand ils l’ont compris, c’était déjà trop tard et la violence s’était déjà installée ce qui a vraiment ravagé le pays. On a beau à souhaiter la démocratie, quand « l’adversaire » a un autre programme et ne respecte pas les règles démocratiques, il ne suffit pas de « souhaiter l’égalité de tous » (malheureusement). L’Union nationale n’est alors qu’un vague souhait qui n’a pas de racines profondes et surtout aucune chance de réussite. C’est ce qui s’est passé et se passe toujours au Rwanda. Espérons que l’opposition naissante tiendra compte des erreurs du passé.

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  5. Kaje dit :

    Vous restez toujours nostalgiques des jacqueries de 1959, que vous continuez à appeler révolution. C’est pour cela que vous ne voyez rien de positif dans tout ce que le Rwanda fait. Je suis d’accord avec vous que le développement est un pas qu’on doit marquer chaque jour, mais dire que l’idéal de révolution était celle de 1959, c’est être trop partisans. Quelle révolution peut-elle sortir des idées sectaristes et partisanes comme celles qui caractérisaient les politiciens de la premiere république? Démocratie iza buhoro, kandi ntihagire abantu ntibayitere umugongo. Bonne journée.

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