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L’avortement en Afrique, cas du Rwanda

Publié : le 30 mars 2012 à 17:57 | Par | Catégorie: Opinion

Selon une étude de l’institut Guttmacher (Institut américaine spécialisée dans la  recherche sur la santé reproductive), 25 femmes sur 1000 ont recours à l’avortement chaque année, au Rwanda ; soit 60.000 avortements par an. Soulignons que ce taux est inférieur au taux de l’Afrique subsaharienne (31/1000) ou de l’Afrique de l’Est (36/1000) [1]

Foetus à 14 semaines, source: Haploscience

Foetus à 14 semaines, source: Haploscience

On estime  à plus de  4 millions par an le nombre d’avortements illégaux sur le continent africain [2], et 300.000 femmes en meurent chaque année.

L’avortement ou l’interruption volontaire de grossesse étant illégal au Rwanda, comme dans la plupart des pays d’Afrique, plus de 90% de ces avortements se font dans la clandestinité, et dans des conditions sanitaires inadéquates. Les conséquences pathologiques de ces derniers sont souvent à l’origine d’une consultation médicale ou gynécologique.

A l’heure actuelle, seuls  trois pays en Afrique ont légalisé l’avortement : L’Afrique du Sud, la Tunisie et le Cap-Vert. Dans la plupart des pays africains, la loi sur l’avortement date de la période coloniale. Néanmoins, elle a été révisée récemment pour la moitié des pays, pour autoriser notamment l’avortement dans certaines conditions (viol, inceste, atteinte grave à la vie de la mère…).

Notons que cette pratique est largement autorisée en Europe, moyennant conditions dans certains pays (Espagne, Pologne, Irlande, Luxembourg, Portugal, Malte, Royaume-Uni) et en Amérique du Nord, mais reste majoritairement interdite en Amérique latine.

La contraception

En effet, à l’heure où la société africaine se modernise de plus en plus pour ressembler à celle d’Europe, notamment en ce qui concerne les femmes (scolarisation massive des filles, carrière professionnelle et mariage tardive des femmes, sexualité de plus en plus précoce et en dehors du mariage), la question de la contraception et les grossesses non désirées qui n’en sont que des conséquences reste encore un sujet tabou.

Il suffit juste de  constater que les programmes d’éducation à la contraception s’adressent toujours aux femmes mariées, en vue de la limitation et l’espacement des naissances, mais jamais aux jeunes femmes ou aux adolescentes.

Les mères africaines, (rwandaises en particulier) n’ont pas encore le courage ou cette capacité d’admettre que leurs filles ont des rapports sexuels en dehors du mariage. Ceci tient en partie des contraintes d’ordre sociales et culturelles encore présentes, tant dans le conscient que dans l’inconscient collectif. Cependant, mieux vaut prévenir que guérir. Si les mères ne lèvent pas le voile pour défendre leur fille, qui le fera à leur place ?

Les raisons de l’avortement

La moitié des avortements a pour motif une grossesse non désirée. D’autres raisons sont évoquées, telles que les problèmes financiers du couple, le viol, l’inceste, les grossesses fort rapprochées, la carrière professionnelle, grossesse adultérine, etc.

Les conséquences de l’avortement 

Les conséquences d’un avortement clandestin sont nombreuses et dépendent souvent de l’agressivité des moyens utilisés ; à savoir que certaines femmes vont jusqu’à ingérer des produits toxiques, ou introduire des objets contondants (comme les débris de verre) dans leur utérus pour pouvoir évacuer le fœtus. Certaines femmes compromettent définitivement leur maternité, contractent des maladies ou en meurent (300.000 femmes par an sur le continent africain).

Outre les conséquences physiques, il y a un autre problème, que même la légalisation de cette pratique en occident n’est pas arrivée à solutionner à l’heure actuelle ; celui du traumatisme de la mère, suite à l’avortement. Il faut savoir que derrière cet acte en apparence anodin, il y a deux vies brisées : celle de l’enfant, mais aussi celle de la mère. Une femme qui avorte, c’est une vie qui meurt en elle ; elle qui pourtant est faite pour donner la vie. Le deuil de la mère est à la hauteur de la perte, et elle le portera toute sa vie durant. Pour une femme il existe un avant et un après avortement. Il s’en suit souvent la dépression,  le deuil, la séparation du couple, ainsi que d’autres conséquences émotionnelles qui ne sont pas souvent prises en compte, car non visibles sur le corps.

C’est pourquoi avant de recourir à ce moyen drastique, il faudrait épuiser les moyens mis en place par la science afin de faire face à la libéralisation sexuelle (pour ne pas dire « sexocratie ») qui est un phénomène de la société dite « moderne ». Parmi ces moyens, la contraception reste un des moyens, ainsi que l’éducation sexuelle à toutes les personnes concernées.

Encore une fois, mieux vaut prévenir que guérir…car une femme ne guérit pas d’un avortement, elle apprend juste à vivre avec comme un parent ne guérit jamais de la perte de son enfant.

Clarisse Rugwiro

Jambonews.net

 

[1] http://www.guttmacher.org/media/nr/2012/03/26/index.html

[2] IRD Actualité scientifique fiche N° 298 Mai 2008

http://www.afrik.com/article9739.html

http://www.avortementivg.com/content/afrique/interruption-volontaire-de-grossesse-en-afrique-des-femmes-mariees-aussi

 

 

 

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8 Commentaires à “L’avortement en Afrique, cas du Rwanda”

  1. Régis dit :

    kuvanamo umwana ni ukwica umuntu kabisa ….

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  2. Gukuramo inda ku bushake ni ubwicanyi bw’inzirakarengane uhubwo nihakumirwe uburyo bwo kuzitwara.
    Ni ugukururira igihugu akaga.Abanyamadini nimuhaguruke murwane urwo rugamba kandi mu izina rya Yesu muzarutsinda.

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  3. Sethag80@yahoo.frs dit :

    Bonjour, pour moi, une fois l’IVG sera legalisee, sera une solution pour les enfants provenant des cas de viol. De meme si la viol a ete d’une personne proche comme des peres qui engrossent leurs enfants. Alos je soutiens la egalisation des avortement prouves non desires.

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  4. Perpétue Muramutse dit :

    Bonjour,
    Je vous partage mon point de vue.
    L’avortement est un sujet à la fois délicat et tabou mais qu’il faut accepter de débattre.
    La légalisation de l’avortement ne veut pas dire encouragement de l’avortement ou promotion de l’avortement.
    Attention à la confusion.
    Légalisation de l’avortement veut simplement dire permettre à toute femme qui en a besoin de pratiquer l’avortement dans la légalité avec des pratiques médicales adéquates afin de lui éviter à la fois des séquelles physiques parfois irréversibles comme la stérilité causées par des pratiques inadéquates et brutes ou alors des séquelles psychologiques par ce que la grossesse non désirée et l’enfant qui en résulte crée un fardeau psychologique parfois si important qu’il est néfaste à la fois pour la mère et l’enfant pour le reste de leur vie.

    L’histoire et les études faites à ce sujet montrent que de tout temps il y a eu des avortements qui occasionnent de toutes façons des pertes de vie de plusieurs femmes et de plusieurs fœtus . A notre époque on ne peut pas fermer les yeux sur un problème qui existe sans essayer de le résoudre ou du moins de chercher des alternatives.

    Dans le meilleur des mondes, il vaut mieux bien sûr privilégier l’éducation en rapport au comportement responsable et à la contraception ce qui réduit de façon considérable le besoin de procéder à un avortement puisque s’il n’y a pas grossesse forcément il n’y a pas avortement. Cependant les deux méthodes éducation et contraception ne couvriront pas tous les cas qui peuvent surgir dans la société et donc la femme risque toujours d’en porter le fardeau. Raison pour laquelle, la société moderne doit permettre à la femme d’être maîtresse de son corps et le cas échéant recourir à l’avortement dans des conditions médicales acceptables c’est cela la légalisation de l’avortement.

    Croyez-moi aucune femme ne veut avorter par plaisir et donc en combinant les trois avenues éducation, contraception accessible à toutes et légalisation de l’avortement, la société protégera mieux la femme et la mère.

    Il y a cette phrase et même tout le paragraphe, dans l’article qui m’interpelle :  » …. celui du traumatisme de la mère, suite à l’avortement. Il faut savoir que derrière cet acte en apparence anodin, il y a deux vies brisées….  »

    Justement l’acte de l’avortement n’est pas anodin et donc lorsqu’une femme décide d’avorter c’est qu’elle se trouve déjà en détresse. Que pensez-vous alors d’un cas où la grossesse serait le résultant d’un inceste ? Au lieu de deux vies brisées, il y aurait maintenant au moins quatre vies brisées. La femme qui donnera naissance à l’enfant de son père, son enfant sera donc son frère ou sa sœur selon le sexe, le grand-père sera à la fois le père de l’enfant, la grand-mère sera aussi la marâtre de l’enfant, la fille sera à la fois la concubine de sa mère et je ne parle pas des oncles qui sont en réalité des frères et sœurs de l’enfant né de cette inceste !!
    Pensez vous que pour cette femme la vie après l’accouchement ne sera pas une vie brisée. Ce sera un véritable cauchemar voir même un purgatoire puisque tout son environnement, à chaque jour pendant tout le reste de sa vie lui sera hostile !!! Je vous laisse continuer le scénario en vous invitant à penser que lorsqu’on parle d’avortement il y a justement plusieurs cas de figure qui méritent réflexion.
    Je ne terminerai pas sans saluer le courage de Clarisse Urugwiro d’avoir permis un débat sur le sujet. Merci et bon courage dans votre métier de journaliste qui est aussi un outil d’éducation populaire.

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    • Rugwiro dit :

      A Madame Perpetue Muramutse;
      Merci beaucoup pour votre commentaire constructif et pertinent sur l’article. Je suis d’accord avec vous sur de nombreux points.Mais si vous suivez le lien[2], vous remarquerez que les états africains ont déjà approuvé la loi , uniquement dans les cas précis de viol, inceste et risque sanitaire pour la mère. Ce qui me cause problème, c’est le fait d’utiliser l’avortement comme un moyen de contraception. En effet, après la légalisation, il reste le problème de la limite, qu’il est difficile à contrôler, notamment dans les pays industrialisés à l’heure actuelle.D’autant plus que l’hypersexualisation de la société favorise la hausse du nombre de grossesses non désirées.Ceci étant valable pour les pays africains aussi.
      Par ailleurs,je pense que le débat sur la légalisation de l’avortement en Afrique se situe d’abord sur d’autres points, à renforcer, comme l’éducation sexuelle et la contraception d’abord, et enfin, la légalisation de l’avortement.La société africaine en générale, et rwandaise particulièrement a tendance à passer sous silence les sujets comme la sexualité, chez les jeunes adultes et adolescents.Pourtant c’est un proverbe rwandais qui dit que  » Ibuye ryagaragaye ntiriba rikishe isuka »
      Bien à vous,
      Rugwiro

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  5. Girubutwari dit :

    Quand un État décide d’adopter une loi, c’est qu’il y a un problème que cette loi permettrait de résoudre: limiter les conséquences fâcheuses et/ou fatales qui résultent des avortements clandestins. Le recours à l’avortement n’est pas la meilleure solution compte tenu des ravages traumatiques que subit la mère après l’avortement (voir l’article ci-dessus) ? Il constitue probablemnt une proposition de solution la plus facile de la part de nos États. N’oublions pas cependant que facilité rime souvent avec lâcheté. Il convient de trouver d’abord où se trouve le noeud du problème avant de s’y attaquer et de trouver les véritables solutions. Faut-il vraiment soigner les symptômes d’une maladie au lieu de s’attaquer plutôt à ses causes ?
    Je tiens d’abord à souligner que je ne suis pas de ceux qui croient que l’avortement est un droit pour toute femme qui le souhaiterait car nulle personne n’a le droit d’atteinte à la vie humaine qui est en soi divinement sacrée. Ainsi, les femmes (au sens large) enceintes n’ont absolument pas droit de vie ou de mort sur les bébés qu’elles portent.
    En ce qui concerne le Rwanda, cherchons d’abord où se trouve l’erreur avant de passer à une loi qui concernerait uniquement les cas d’inceste, de viol ou quand la santé de la mère serait en danger.
    Question: Pourquoi une fille accidentellement enceinte cherche-t-elle à avorter en cachette ?
    Réponse: Je ne parlerai pas d’une femme mariée qui s’adonne à ce genre de manoeuvre puisque cela n’existe pratiquement pas dans la réalité rwandaise étanbt donné qu’elle est protégée par son mariage. Elle portera son bébé en bonne et dûe forme jusqu’à l’accouchement ? Est-ce que les noms comme « Jyamubandi » vous disent quelque chose ? « Abana b’abaturanyi barasa », est-ce que ça vous dit quelque chose ? Les mauvaises langues en parlent juste un peu, d’ailleurs à voix basse en murmurant et puis … on n’en passe.
    Il n’en est pas de même pour la jeune fille rwandaise. Elle est très surveillée et jugée très sévèrement. Quand une fille tombe accidentellement enceinte, c’est la honte d’abord pour sa mère et pour sa famille ensuite. Elles est la risée de tout le monde, de tout le voisinage, de toute la société. Rejetée, marginalisée,sa vie est complètement gâchée, elle ne vaut plus rien. Très rarement sinon jamais, elle sera demandée en mariage par un jeune homme de son âge. Nagira amahirwe azabona umugabo wapfakaye cyangwa se wananiwe n’urushako. Ngibyo iby’umukobwa watwariye inda iwabo. Comment voulez-vous que dans de telles circonstances, la fille qui se retrouve par accident enceinte ne cherche pas à avorter en cachette? Et elle vit tout ce calvaire pendant que le monsieur qui l’a mise enceinte ne se soucie de quoi que ce soit.
    Un autre phénomène qui ronge la société rwandaie urbaine (surtout à Kigali): « UTUNYOGWE », « UDUTEJA » (pour parler des jeunes adolescentes mineures) est-ce que ces termes vous disent quelquechose ? Vous devez probablement les avoir entendu plusieurs de la bouche des hommes de plus de 40 ans. « Des relations sexuelles avec de petites filles mineures seraient un remède contre le Sida »! On entend de telles propos dans nos villes et sans scrupules. C’est très grave !!!
    Proposition de solution:
    – Le gouvernement devrait initier des programmes d’éducation populaire et de sensibilisation de la population pour une évolution des mentalités. Pourquoi, une fille qui se retrouve accidentellement enceinte devrait être traitée si injustement par la société ? Ça n’a vraiment pas de sens au 21 ème siècle !!!
    – Le ministère de l’éducation doit inclure dans son programme d’enseignement secondaire des cours d’éducation sur la sexualité
    – Le gouvernement doit prendre des mesures et/ou des lois répressives visant à protéger des jeunes filles mineures contre tout prédateur sexuel qui essaie de posséder ces enfants par toute sorte de tromperies et de ruse (petits cadeaux, argent, cellulaire, etc)

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  6. la congolaise dit :

    c’est normale et c’est une bonne solution. car le Rwanda doit savoir qu’il n’aura aucun espace du territoire congolais. donc il doit gérer les naissances car d’ici là, les gens risquent de vivre comme des sardines dans des boites

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  7. François Gilles dit :

    L’avortement apporte une très grande souffrance à la mère qui se souviendra toujours de l’enfant qu’elle a laissé tué. Elle devra, avec de l’aide, apprendre à se pardonner.

    L’avortement n’est pas une solution.

    Ne faudrait-il pas plutôt faire en sorte qu’une jeune fille enceinte ne soit pas jugée par son entourage, mais qu’elle reçoive l’appui de sa famille et de ses amis dans ces moments difficiles?

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