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L’homme africain a-t-il le sens du sacrifice ?

Publié : le 13 novembre 2012 à 12:49 | Par | Catégorie: Analyses de l'actualité

Calixte BelayaSelon Calixte Beyala  romancière franco camerounaise,   les africains n’ont pas  d’esprit de sacrifice, et ils devraient eux même se libérer des régimes d’oppression comme l’a fait le peuple Tutsi sans attendre une quelconque aide de l’occident.

Calixte Beyala, connue dans les milieux littéraires et audiovisuels parisiens pour son activisme  en faveur d’une meilleure représentation des minorités visibles dans le paysage audiovisuel français ; s’illustre une fois de plus par ses prises de position fermes. Le 16 septembre 2012, invitée par la SAF TV pour une mise au point concernant les accusations portées contre elle de «  recel de fonds volés ou détournés et de blanchiment de capitaux pendant la crise postélectorale en Côte d’ivoire », elle n’a pas mâché ses mots pour dresser un réquisitoire contre le manque d’esprit sacrificiel qui serait une spécificité africaine.

En effet, Mme Beyala qui est aussi présidente du mouvement des africains français (MAF)  a d’abord critiqué les dirigeants africains francophones qui « manquent de dignité en voulant séduire la France et non leur peuple ». Aux peuples d’Afrique, elle leur reproche le manque d’esprit sacrificiel et de patriotisme. Elle rappelle que « la liberté s’arrache et qu’il appartient au peuple africain de se libérer lui-même ».

A cela, Elle exhorte les africains à « libérer l’Afrique non pas en parlant mais en agissant » et défend la thèse selon laquelle des nations ne peuvent jamais se bâtir sans esprit sacrificiel car selon la romancière « le sacrifice fait parti du processus de construction des nations ».

L’on peut reconnaitre à Mme Beyala le mérite d’inciter à une autocritique des africains par les africains et pour les africains. Le sens du sacrifice est nécessaire et important  dans le processus de création et de consolidation des nations. Cela me rappelle Ernest Renan qui écrivait dans « qu’est ce qu’une nation ? » que : « La nation, comme l’individu est l’aboutissant d’un long passé d’efforts de sacrifices. Une nation est une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore ».

Cependant, affirmer sans ambiguïtés que le manque d’esprit sacrificiel est une spécificité purement africaine ; prouve dans un premier cas  une méconnaissance de l’histoire des nations africaines ou  dans un second cas une amnésie sélective.

Ici le premier cas ne s’applique guère lorsqu’on connait l’engagement politique de Mme Beyala.

Quand on analyse l’évolution historique et politique des nations africaines, on peut affirmer que le sens du sacrifice n’est pas  l’apanage des autres peuples dont les africains sont privés. De plus, le manque d’esprit de sacrifice d’une catégorie de leaders africains et d’une frange de la population n’est pas l’essence même de la population africaine dans sa globalité.

Est-il nécessaire de rappeler qu’hier des leaders africains tels que Modibo Keïta, Thomas Sankara, Kwame Nkrumah et Patrice Lumumba se battaient pour l’indépendance des nations africaines ? Est-il nécessaire de rappeler que de 1915 à 1921, de nombreuses révoltes ouvrières s’organisèrent au Mali sous la direction des leaders tels que Diossé Traoré, Tiémoko Garan Kouyaté pour aboutir en 1946 par le vote par l’assemblée nationale à Paris de la fin du travail forcé des travailleurs africains dans les chantiers de grands travaux (chemin de fer Dakar-Niger) ? Est-il encore nécessaire de  rappeler que le 16 juin 1976 des écoliers de Soweto tombaient sous les balles de la police sud-africaine alors qu’ils manifestaient pacifiquement en scandant leur refus d’adopter l’Afrikaans, la langue de l’apartheid ? Hier, c’était Mme Victoire Ingabire chef de l’opposition rwandaise  qui était condamnée à 8 ans de prison ferme pour avoir voulu un combat sur le terrain de la démocratie.   Même en cas d’amnésie sélective, on ne peut pas oublier les martyrs de Marikana qui auront permis à leurs collègues de pouvoir enfin aider leurs familles en passant d’un salaire de 4000 rands mensuel( environ 400 euros) à 11 000 Rands ( environ 1200 euros). On pourra encore citer plusieurs exemples qui réfutent la thèse selon laquelle les africains n’ont pas d’esprit de sacrifice. La maxime qui dit que « tout le monde veut arriver à Dieu mais personne ne veut mourir »n’est pas une spécificité africaine.

Mme Beyala conclue dans l’interview « qu’à des moments précis de l’histoire, tout le monde doit faire des sacrifices ; même donner sa vie» et elle cite comme exemple « le peuple Tutsi ». Elle affirme que « le peuple Tutsi nous avait donné un exemple entre 1994 et 1996. Ils étaient maltraités, avaient subi un génocide. Tous les tutsis du monde étaient obligés de donner le tiers de leur salaire comme don à la révolution. Ils l’ont tous fait ; enfants comme adultes ; vieux comme jeunes ; homme comme femme ; et Kagamé se battait au front».

De juillet 1994 à 1996, nul besoin de rappeler que le FPR de Paul Kagame avait déjà pris le pouvoir donc par conséquent il parait invraisemblable que les tutsis qu’elle cite aient donnés le tiers de leur salaire pour la révolution qu’elle situe de 1994 à 1996.Néanmoins, l’historien français Gérard Prunier qui a étudié la genèse du front patriotique rwandais rappelle que les réfugiés arrivés en Ouganda en 1959-1961  et leurs descendants  fuyant les massacres consécutifs à la révolution rwandaise ont toujours eu comme objectif ultime « le retour au pays et le renversement de la dictature »

Cela passera d’abord par la création d’organisations politiques telles que la RANU (Rwandese alliance for national unity) en 1979 qui se transformera en machine de guerre, connu sous le nom de RPF/FPR en décembre 1987. Pour atteindre son objectif, Gérard Prunier[i] souligne  que dans sa conquête du pouvoir,  le FPR a mobilisé les ressources économiques et le capital humain  de la diaspora tutsi établie à travers le monde ; que ce soit en termes d’argent ou d’hommes sur le front. En son temps, le FPR a su mobiliser ses ressources pour atteindre son but ; aujourd’hui des opposants politiques au régime fort de Kigali sont assassinés ou croupissent en prison et face à cela certains squandent «  S’il vous plait, libérez les prisonniers politiques ! »

Alexis Tocqueville quant à lui disait : « Les hommes ne sauraient jouir de la liberté politique sans l’acheter par quelques sacrifices, et ils ne s’en emparent jamais qu’avec beaucoup d’efforts. »

A bon entendeur !

Marie Umukunzi

Jambonews.net

 


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12 Commentaires à “L’homme africain a-t-il le sens du sacrifice ?”

  1. KIVU dit :

    Quelle ignorance de la part de cette dame! Le peuple Tutsis ne c’est pas libéré par sacrifice. Malgré le moyen économique et humain qu’ils ont mobilisé pour conquérir le pouvoir au Rwanda, le Tutsi (le FPR) avait perdu la guerre de début. Ni qu`était l’assistance des USA et le UK, l’aventure du FPR au Rwanda s’aurait une utopie. Sans oublier qu’il y avait des mercenaires érythréen et éthiopiens dans leur rang.

    Je pense que les africains – surtout ceux qui se veulent se prétend intellectuel en occident – devrais apprendre l’histoire des autres africains avant de faire des bobards sur des sujets qu’il ne méritent pas. Leur ignorance est au juste le mal qui le tue.

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    • kaasalbert dit :

      C’est vraiment dommage qu’une personne qui se dit « femme de culture et intellectuelle » d’Afrique
      en récurrence cette Callixte BEYALA soit dépourvue d’intelligence et de jugements élémentaires
      sur l’histoire africaine. Ce qu’elle a dit sur les tutsi du Rwanda montre qu’elle est complètement
      ignorante et sans bagage intellectuel et doit être considérée comme un tonneau vide qui ne fait du bruit
      lorsque elle parle.

      Kaas

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  2. kolomabele dit :

    Je suis d’accord avec Calixte Beyala.Sauf sur un point : l’éloge qu’elle fait des Tutsi. La guerre coûte cher. Les Africains sont en général pauvres et ne disposent pas des ressources pour financer une guerre. Toutes les guerres qui ont été menées en Afrique, des guerres d’indépendance aux guerres civiles, ont toujours eu un soutien extérieur à notre continent.

    Cette regrettable que Calixte Beyala,qui est une femme de grande culture ait une ignorance crasse de la situation qui prévaut dans la région des Grands Lacs africains depuis 22 ans. Apparemment elle ne lit pas l’abondante littérature qui traite du sujet.Parmi les auteurs qui ont noirci des nombreuses pages sur le drame qui se déroule en Afrique des Grands Lacs,il y a son compatriote et confrère Charles Onana.Les Tutsi,comme les autres chefs de guerre africains,ont bénéficié d’une aide extérieures.Eux,les opprimés d’hier(selon l’écrivaine journaliste franco-camérounaise) sont devenus à leur tour les oppresseurs d’aujourd’hui.

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    • edouarda dit :

      Pour ceux qui estiment que madame Beyala est une femme de grande culture, ils ne savent peut-être pas que cette femme a été accusée de plagiat à diverses reprises. Télérama l’a même qualifiée de « récidiviste de la kleptomanie littéraire ». Madame Beyala n’a pas trouvé mieux que de se déclarer « victime de persécutions et de haine raciale des journalistes de gauche ». Pourtant, a-t-elle effectivement été condamnée pour contrefaçon partielle par une tribunal parisien; jugement contre lequel est n’est pas allée en appel. Cette « anticolonialiste », arrivée à 17 ans en France et ayant trouvé un mari qui a voulu financer ses études – de même que l’état français – a été la maitresse de Michel Drucker a qui elle a réclamé pas moins de 200.000€ (pour en recevoir finalement 40.000€). Cette ‘africaniste’ a lancé un appel au dialogue entre Noirs et Juifs – dont on sait comment ces derniers ont trempé dans les « changements de régimes » en Afrique, et qui en même temps avait pris des positions pro Kadhafi, n’en est donc pas à sa première contradiction. Elle aime d’ailleurs bien s’attaquer à « une certaine France », tout en y habitant dans un loft bien luxueux. Ce n’est donc pas elle qui doit nous apprendre comment les Africains doivent faire des sacrifices !

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  3. Kanazi Jana dit :

    Cette femme Beyala aime beaucoup se mettre au devant de la scène, même quand elle ne maîtrise pas le dossier qu’elle est supposée défendre. Pour une prétendue intellectuelle de haut niveau, oser « louer » comme elle le dit ces « tutsis » qui d’après elle auraient sacrifié chacun 30 % de leurs revenus pour paraît-il se « libérer » de « l’oppression » qu’ils auraient été en train de subir, alorsque sûrement elle n’ignore pas ce que le Rwanda et toute la région d’Afrique Centrale sont devenus sous la dictature de ces « tutsis » (ce sont ses paroles) depuis 1994, c’est une honte ! De tel propos je les considère comme de la divagation pure et simple, ou alors l’ignorance mêlée du cynisme indescriptible, car outrageant l’essence même de l’honnêteté intellectuelle ! Ou alors Kagame sesentant maudit du reste de la communauté internationale à trouvé en Beyala une proie facile à qui il a donné comme a son habitude les « AMAKOTANYI » pour voir si elle pourrait l’aider à y changer quelque chose ! Eh bien c’est raté ! Au contraire ces mots de Beyala qui loue ces génies maîtres en massacres humains la renvoi à l’échelon la plus basse de la …… le lecteur pourra compléter lui-même. En tout cas on en aura vu de toutes les couleurs avec celle-ci !!!!! Elle aurait mieux fait de se taire ! Qu’elle demande alors à ces « tutsis » d’aller libérer le pays de Beyala le Caméroun du président Biya !

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  4. Sauf votre respect Mme Beyala,il n’existe pas de « peuple tutsi »,ils sont Rwandais au meme titre que les Hutus et les Twas.
    Un brin de recherche vous aurait evite le present embarras.
    Consultez vos freres Francais,ils vous temoigneront de l’esprit de sacrifice dont ont fait preuve les tirailleurs Senegalais.
    Soumis a l’esclavage pendant des siecles,au lieu de s’incliner comme l’ont fait nos freres Autochtones d’Amerique,nous avons encore la temerite de relever la tete malgre les humiliations subies et les confusions semees dans nos tetes par les colonisateurs.
    Nous avons conquis notre independance au prix du sang,et nous continueront notre lutte jusqu’a ce qu’elle soit totale.
    Certains de nos presidents constituent un obstacle a cette fin,mais ils ne sont pas eternels.
    L’erreur est humaine,on apprend toujours pour faire des meilleurs jugements,meme quand on a un degre d’intelligence comme la votre.
    We love you,dont give up.

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  5. Muntu dit :

    Les propos de cette dame démontre clairement que le grand problème pour les peuples africains c’est bien l’ignorance autant des illétrés que des grands intellectuels. Toute la verité sur le drame africain est bien documentée dans la littérature; mais les africains ne lisent pas malheureusement. Le peuple Tutsi n’existe pas, mais plutôt le peuple rwandais ayant comme composante Twa, Hutu et Tutsi.
    Pire encore, les tutsi n’ont pas changé de régime au Rwanda; mais plutôt le flot anglo-américano-Islarien (cfr P. Péan: Carnages: Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique).

    Il est vrai que les africains doivent s’unir pour changer la donne; pour qu’enfin la succession des pouvoirs s’opèrent selon la volonté des peuples africains et non des grandes puissances.

    Qui vivra, verra!

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  6. patience dit :

    Bravo à Marie pour cet excellent article, il est claire que le peuple africain, comme tous les peuples qui se sont libéré ou vont le faire, a les germes de l’esprit de sacrifice, les exemple existent. Fautes des bons dirigeant le peuple s’égarer. Mais le temps viendra et il est déjà là où au sein des peuples africains naitra les vrais leaders, qui ravivera l’esprit combatif des peuples africains. En attendant apprenons et informons nous.

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  7. Nestor dit :

    Quelle honte !!!! Le peuple tutsi… ça existe où, diable ????? Sacrifice… quand on lèche l’occident pour faire massacrer les siens ??? Que font les bases militaires américains actuellement au Rwanda. N’est ce pas pour rassurer le régime voyoucrate kagaméen ???

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  8. Kiyovuman dit :

    Entièrement d’accord avec vous pour dire que cette femme a divagué et que manifestement elle ne connaît rien des réalités de la région des grands lacs, mais que vous le vouliez les tutsi sont un peuple, un peuple différent des hutus même si avec les siècles de cohabitation, et les métissages le peuple s’est unifié sous la nation rwandaise. Nation rwandaise qui est une création tutsie, je vais pas vous rappeler les 5 siècles de domination de la monarchie tutsie…

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  9. sole dit :

    madame Calixthe Beyala je vous conseille fortement d’écouter en boucles la chanson « man in the mirror » de Michael Jackson, elle est pleine de sagesse qui vous sera utile…particulièrement ce passage « If You Wanna Make The World A Better Place
    Take A Look At Yourself, And Then Make A Change » autrement dit si vous voulez améliorer le monde,regardez vous et faites le »en commençant par vous même ». mais quand je vous regarde Mme Beyala je ne vois qu’une pathétique image d’une évoluée imbue d’elle même,noyée dans son complexe de supériorité face à ses frères et soeurs noirs d’Afrique. Sachez que vous n’arriverez à rien en restant à Paris dans vos beaux meubles!!! regardez vous dans le miroir Mme Beyala,faites un geste héroique qui démontre votre capacité à vous sacrifier,rentrez vivre chez vous au Cameroun et battez vous sur place pour l’amélioration de votre pays!!! parlez des choses que vous maitrisez cela vous évitera d’être ridicule!!!!! continuez à palabrer à Paris sur l’Afrique….c’est trop facile et c’est du temps perdu !!!!

       1 likes

  10. Afro dit :

    Vos réactions envers la soeur Calixthe sont ridicules et c’est justement cela qui nous tue.

    Au lieu de soutenir les notres quelques soient leurs defauts (car le linge sale se lave en famille), vous voila entrain de déverser vos echecs patents, concomittants au fait que vous-memes ne faites rien pour vous en sortir et croyez que tout tombera du ciel (sic).

    Quand même: si vous croyez que c’est grace au mythe de Sysiphe que vous allez réussir, vous avez tiré à terre.

    Dejaà que tout ce qui se decide chez vous se fait à l’Extérieur du Continent (ONU, CPI, Loges Maconniques, FrancAfrique etc…), au lieu de soutenir celle qui , justement depuis là ou elle se trouve, continue de se battre pour peser et faire infléchir les choses venant de l’Exterieur afin de permettre au Continent de se liberer et donc de liberer toutes les energies pour avancer, vous passez votre temps à tout détruire.

    finalement, ce qui vous arrive vous le méritez bien: continuez d’admirer autrui au détriment des votres, vous n’avez pas fini d’essayer de remonter le rocher qui vous tombe sur la tete en permanence.

    Or la solution vient aussi de là ou Calixthe se bat.

    A bons entendeurs.

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