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Jeunesse rwandaise, jeunesse engagée ?

Publié : le 29 novembre 2012 à 9:49 | Par | Catégorie: Actualité

Le 10 novembre dernier, la jeune rwandaise Alice Muhirwa a été lauréate du prix  Jeunesse engagée  édition 2012. Ce prix à l’initiative de la section Canada du Réseau international des Femmes pour la Démocratie e la Paix (RifDP) est remis tous les ans à un jeune qui se distingue par son action et son engagement en faveur de la paix et de la démocratie. C’est lors de son l’activité annuelle « La relève engagée » avec, cette fois-ci, comme thème « Soyons maîtres de notre destin » que le prix a été remis à Alice Muhirwa.

Jambonews s’est entretenu avec  la lauréate. Elle nous explique les raisons de son engagement au Rwanda,  dresse un état des lieux sur  l’état actuel de la démocratie au Rwanda, et nous partage son point de vue sur la place de la jeunesse dans la construction du leadership de demain et ses espoirs pour le Rwanda.

Alice Muhirwa

Alice Muhirwa

  • Qui est Alice Muhirwa?

Je m’appelle Alice Muhirwa, j’ai 31 ans, je suis rwandaise, mère de deux enfants et trésorière du parti FDU-INKINGI.

  • Tu as été lauréate du prix  » Jeunesse engagée » décerné par le Réseau international des Femmes pour la Démocratie (RiFDP). Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Premièrement, je remercie le Réseau international des Femmes pour la Démocratie et la Paix pour ce prix, pour les activités et leur engagement  en faveur de la démocratie. Les mots ne suffisent pas pour exprimer ma gratitude. Ce prix est une reconnaissance pour les jeunes, un encouragement pour continuer à être engagé dans la résolution des problématiques du pays. Ça représente pour moi la reconnaissance du courage individuel ou collectif qui a un impact positif sur la communauté notamment en termes de « processus de démocratisation ». Je préfère parler de processus parce que ce n’est pas encore atteint. Nous avons encore beaucoup de choses à faire et des buts à atteindre.

  • Tu milites en faveur de la promotion de la femme rwandaise et tu es également engagée au sein du parti d’oppositionFDU-Inkingi au Rwanda; d’où te viens ce sens de l’engagement?

Cela me  vient de mes propres valeurs : confiance, excellence, intégrité et compassion. Je pense que la femme a la même capacité que l’homme à exceller dans n’importe quelle situation. Je milite pour l’émancipation de la femme et je compare le rôle de celle-ci à celui que joue l’élite dans le processus de développement et de transformation d’un pays. Le degré d’émancipation de la femme accélère ou freine l’atteinte des objectifs du millénaire en matière de développement.  La réussite des objectifs nationaux demeurera une utopie si les femmes elles-mêmes minimisent l’impact de leur rôle et s’il n’y a pas un changement des mœurs.

Mon engagement au sein des FDU-INKINGI va de pair avec mes convictions politiques. Je crois qu’un  pays dit développé est celui dont les valeurs mènent au bien-être collectif, chacun participe au progrès. J’accorde  une grande valeur  à la philosophie politique qui  vise à inclure l’égalité des chances, la liberté d’expression et la démocratie dans la volonté politique.

On ne peut pas dire qu’il y a la loi quand il n’y a pas de liberté d’expression ; quand   les gens ne peuvent pas exercer librement leur droit de vote, d’association, de manifestation et de critique de l’action gouvernementale et quand la justice est utilisée pour faire taire les voix divergentes.

  • Est-ce facile pour les jeunes de s’engager en politique au Rwanda ?

Comment serait-il facile pour les jeunes quand c’est déjà assez difficile pour leurs aînés ? L’opposition est confrontée à de sérieuses menaces : Un pays qui a peur de demander des comptes au président lorsque celui-ci change d’orientation politique, imaginez ce qu’il peut faire à un simple citoyen motivé par le changement.

Cette cause va bien au-delà de notre parti, nous avons des raisons de demander une ouverture de l’espace politique. L’expérience des autres pays démocratiques montre que le dialogue avec les  différents acteurs de la société et un débat politique libre permettent l’accomplissement de la vision de la nation et la prospérité. Autrement, Ce sont des conflits entre peuple, le sentiment et l’expression du rejet qui demeurent sans fin.

  • Face aux arrestations quotidiennes d’opposants et de journalistes, est-ce que tu penses à arrêter ton combat ?

Nous n’arrêterons pas notre combat tant que l’objectif ne sera pas atteint, nous avons besoin de changement et nous agissons pour cela. Peu importe ce qui se passera, nous continuerons à lutter et nous atteindrons notre but. C’est le combat d’une génération, nous devons engager des actions responsables afin de transmettre un héritage positif aux générations futures. Personne n’est super puissant, personne n’a le droit d’opprimer les autres et personne n’est au-dessus de la  loi. Nous sommes tous égaux.

Nous avons été témoins des  actions engagées  par les  peuples des pays arabes pour amorcer les changements qu’ils voulaient. La démocratie  n’est jamais offerte ; elle ne demeure pas pour autant un rêve. La démocratie  apportera le changement. On ne peut pas emprisonner toute une nation.

  • Amnesty International et Human Rights Watch critiquent le Rwanda à cause de sa politique répressive contre l’opposition. Comment se manifeste cette répression au quotidien ?

Quand un pays dispose de plusieurs centres de détention illégaux et de services de renseignement à travers tout le territoire, on est en droit de se demander à quoi cela peut bien servir. C’est un arsenal répressif contre l’opposition au même titre que la chasse à l’homme, l’intimidation, le harcèlement, la détention, la torture, l’infiltration des partis d’opposition……même durant le procès de notre présidente, les co-accusés ont témoigné de ces détentions illégales, des interrogatoires sans assistance juridique.

Cet arsenal n’est pas seulement réservé à l’opposition ; il est utilisé contre les couches populaires qui essaient de survivre grâce au petit commerce de rue.

  • A quelles difficultés sont confrontées les militants et les sympathisants de l’opposition ?

Ils sont poursuivis dans le cadre d’une chasse à l’homme, intimidés, licenciés de leur travail, forcés à s’exiler, condamnés au silence, emprisonnés pour de longues années et battus.

  • Sur les campus, est ce que les étudiants parlent librement de politique ?

Si le parlement national ne peut pas exprimer librement  la  volonté du peuple, imaginez ce que ça peut être pour les étudiants sur les campus. Les murs des  toilettes  et les plateformes internet  restent les  seuls lieux où les étudiants s’expriment derrière des pseudonymes. Dans les universités, il n’y a jamais de débat politique même entre étudiants. Les seules discussions politiques encouragées sont celles qui sont favorables au parti actuellement au pouvoir (RPF/FPR).

  • Huit leaders d’opposition dont votre présidente Mme Victoire Ingabire sont détenus dans des prisons de haute sécurité. Dans quelles conditions sont-ils détenus ?

Je ne peux pas décrire  les conditions de détention de tous ces leaders ; ils ne sont pas seulement 8. Aujourd’hui, j’ai seulement le contact avec Mme Victoire Ingabire Umuhoza ; beaucoup d’autres leaders ont été transférés à la prison de Mpanga qui est à 4 heures de route de Kigali. L’objectif est toujours le même : isoler les leaders de la communauté et décourager les sympathisants d’aller les visiter et les soutenir.

Concernant Victoire, elle est détenue dans une cellule individuelle, elle n’a pas le droit de participer aux activités collectives telles que le sport, les réunions. Sa famille des Pays-Bas n’a jamais été autorisée à lui rendre visite depuis qu’elle est en détention.

  • En tant que trésorière du parti FDU, tu as fréquenté de manière quotidienne Victoire Ingabire, même depuis qu’elle est en prison, comment a t-elle accueilli sa condamnation? Comment vit-elle la situation depuis cette condamnation? Garde t-elle le moral? 

Elle est plus que jamais convaincue de la justesse de son combat. C’est une femme forte de caractère et elle garde toujours le même courage qu’elle avait en atterrissant à l’aéroport de Kigali en 2010. Ce procès a été saboté afin de la retirer de la scène politique. C’est parce qu’elle se sait innocente, qu’elle reste forte.

  • Récemment, le président du Sénégal Macky Sall déclarait: » Il faut absolument donner un statut à l’opposition et ses droits dans la république ». Penses-tu que cette idée est arrivée également dans la classe politique rwandaise ?

Normalement dans un pays, l’opposition est une force par son essence. Le rôle des partis d’opposition est d’engager un mouvement. Lorsque des gens pensent de la même manière, il est très facile d’échouer mais différents points de vue permettent d’obtenir différentes objections, stratégies et différentes approches de gestion qui maximisent les possibilités de réussite. Avoir une culture de la similarité et de l’homogénéité est le plus court chemin vers l’échec. La diversité et la pluralité d’opinions constituent des fondations solides d’un pays.

La faiblesse de beaucoup de leaders africains est de considérer l’opposition comme un ennemi du pays, de se définir comme patriotes parce qu’ils ont conquis le pouvoir par les armes et de penser que la démocratie n’aurait pas une valeur importante comme l’économie et le bien-être des citoyens.

  • Penses-tu que les Rwandais sont prêts et aspirent au changement ? 

Bien-sûr qu’ils aspirent au changement et nous sommes venus répondre à leur volonté. Nous voulons mettre fin à ce sentiment de peur, à l’autocensure de la population. La population a besoin de s’exprimer, de participer au processus de décision, d’être informée de leurs droits et de pouvoir demander des comptes. Récemment, il y a eu une évaluation des différentes  agences gouvernementales et on a découvert qu’une quantité importante de fonds avait  été mal gérée ou juste détournée mais justice n’a pas encore été faite et ce sont les Rwandais qui devront payer par le biais de la hausse des impôts. Les gens veulent du changement, ils veulent des leaders responsables et crédibles dans la gestion des biens de l’Etat, les relations internationales et l’implication des citoyens dans le développement de leur pays.

  • Le 19 octobre 2012, Paul Kagame exhortait les jeunes rwandais à « être les leaders d’aujourd’hui, viser haut et prendre le contrôle de leur destin ». Est-ce que le cadre politique actuel permet aux jeunes rwandais d’être maitres de leur destin politique et d’être des leaders du changement politique ? 

Bien-sûr que non ! L’absence de liberté d’expression et la fermeture de l’espace politique expliquent cette incapacité des jeunes rwandais à être maîtres de leur destin politique et être des leaders du changement. La seule manière de travailler ici est d’épouser les idées véhiculées par les chaînes d’informations qui sont toutes contrôlées par le Front Patriotique Rwandais. S’l y avait des sites d’information libres comme ils le prétendent, le système politique rwandais ne serait pas comparable à celui qui prévaut à Singapour. C’est le principe  de Lee Kua yew (le développement d’abord) qui domine. Cela se traduit par le fait qu’une poignée d’individus décide du bien-être des millions d’individus.

C’est bien d’avoir et de mettre en place une vision mais c’est également important que les citoyens sachent le bien-fondé de cette vision. Il faut également créer un environnement favorable, permettant aux citoyens d’accomplir cette vision ; c’est le rôle d’un leader innovant. On ne dirige pas un peuple à l’aveugle en espérant une réussite au final ; c’est ce qui a fait l’échec de certains pays à atteindre leur vision ou à maintenir le cap sans changer de direction, de stratégie.

Normalement, la vision d’un pays ne devrait pas changer au rythme des élections présidentielles, mais ici en Afrique chaque présidence apporte sa propre vision. Au final, il n’y a pas de cohérence et on se retrouve au bout de dix ans à tourner en rond.

Je pense que la vision d’un pays devrait figurer dans les chapitres de la constitution, elle serait inchangeable parce qu’elle aurait été votée par les citoyens. Le parlement doit évaluer le mandat de l’exécutif en se basant sur la vision. Ici, le leadership de l’exécutif façonne la vision, définit et évalue les mandats.  Un bon leadership donne de la valeur à chaque détail de la volonté du citoyen

  • As-tu un dernier mot à adresser à la jeunesse rwandaise de l’étranger ? 

Merci à tous ceux qui s’engagent pour le Rwanda et qui agissent pour le changement qu’ils veulent voir. J’encourage ceux qui hésitent encore à chercher dans quels domaines ils excellent et à utiliser leurs compétences pour s’impliquer dans la recherche de solutions pour le développement du pays. Nous sommes une force dynamique avec différents talents ; nous sommes responsables de ce qui se passe maintenant et nous devrons assumer cet héritage. Agissons de sorte que nos actions reflètent nos idéaux pour un héritage démocratique réussi.

 

On se souvient de la lettre à la jeunesse où l’écrivain français Emile Zola lança un appel qui resta célèbre : « ô jeunesse, jeunesse ! Je t’en supplie, songe à la grande besogne qui t’attend. Tu es l’ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d’équité posés par le siècle finissant ».

 

Marie Umukunzi
Jambonews.net

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9 Commentaires à “Jeunesse rwandaise, jeunesse engagée ?”

  1. karinganire dit :

    Ariko kuki mugirango abantu ni ibicucu,
    ubushize mwagihaye umwuzukuru wa Mbonnyumutwa,none mugihaye uwa Gitera?
    ejo muzagiha uwa Bagosora na Mugesera ngo demokarsiiiii
    Never and Never……..
    Izo nterahamwe zizajye muri Congo niho benewazo bari,Naho hano demokarasi irahari

       4 likes

    • inaya dit :

      @ Karinganire: ariko se icyibazo cyawe ni kiye? Iki gutera umujinya ni famille akomoka mwo ou nuko ibyo avuga n’ukuri, ni real situation of the Rwandan Society ?

         1 likes

  2. Pauline dit :

    je vos le jure;
    Ces jeunnes gens meritent meme plus,

       2 likes

  3. laura dit :

    humura na bene kagame nibitwara nk’abademocrate tuzakibaha!
    igukuri nibyo ukora your person si where you are coming from.

       2 likes

  4. Franck dit :

    Alice, Je suis impressionné par tes réponses même si je ne partage pas les opinions politiques courantes de ton parti. Je crois et j’espère qu’au fond de toi, tu es vraiment positive. C’est rare, des personnes politiques qui ne versent pas d’emblée dans ce qui divise la nation. Les problèmes que tu évoques au pays sont réelles et il faut être aveugle pour ne pas les constater. Néanmoins, apporter les solutions et les justes est le plus important. ça fait déjà plus de 50 ans que nos ainés ont essayé, chacun à son tour et sans résultats. J’espère que ton discours n’est pas celle de l’opposante qui est toujours bien angélique au départ, mais au finish, quand on passe dans le camp du pouvoir, on sait plus retrouver la personne bien intentionnée de l’entant. je te souhaite un bon parcours politique. prends soin de toi

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    • andre musonera dit :

      houra……….hutu power!
      vous les gens n ont pas autres choses a dire, vous savez que tuer les gens seulement……c est pour cela que vous pretendais combatre pour la democratie mais votre face reelle est de venir au pouvoir et terminer ce que les autre ont laissee en 1994.vous n avez aucun autre programe.A propos de Mme Ingabire, heureusement que nous,nous preferons mettre les gens en prison au lieu de les tuers comme vous………..imaginez avant 1994,un tutsi qui rentre au rwanda et qui demande de lui montrer les tombeau des tutsis? il ya seulement 18 ans que vous avez commi le pur genocide au monde! n oubliez pas 1959,1965,1973,1990,1992…………..

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  5. louis kamanzi dit :

    je trouve mieux si tu te fasseelir comme parlementaire ,
    beacoup des jeunes gensdesirent te voir initier le changment.

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  6. rudasingwa dit :

    Vous les hutu, vous vous trompez jamais vous ne reprendrez le pouvoir. C’est fini pour vous! Vous ne vous entendez pas d’abord, vous ne savez pas comment prendre la décision, vous êtes là pour parloter et c’est tout!

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  7. Ilibagiza Annie-Solange dit :

    Je voudrais adresser mes félicitations à Alice et l’ encourager à poursuivre son combat pour la démocratie; la seule valeur qui est source de la paix, la justice et le développement.

    Permettez-moi de répéter ses paroles que je trouve indiscutable :
     » Personne n’est super puissant, personne n’a le droit d’opprimer les autres et personne n’est au-dessus de la loi. Nous sommes tous égaux. »

    Et j’ajouterai :
     » Les rwandais ont assez d’être dirigés par des voleurs, criminels et des sans scrupules. Kagame étant le pire de ce que les rwandais auront eu comme dirigeants »

       1 likes

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