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Les premiers pas du Rwanda sur les marchés financiers, ou l’ouverture de la boîte de Pandore ?

Publié : le 2 mai 2013 à 14:03 | Par | Catégorie: Analyses de l'actualité

3,5 milliards de dollars US pour 250 participants. S’il ne fallait retenir qu’une chose de la première émission de bons du trésor rwandais, ce sont bien ces chiffres astronomiques à l’échelle du pays des mille collines. Le gouvernement rwandais qui n’en attendait pas tant s’est saisi de l’occasion pour se féliciter et souligner que cette réussite était le fruit d’un travail de  longue haleine, un travail qu’il estime justement reconnu par la communauté internationale financière. Retour sur le premier emprunt obligataire de la République du Rwanda.

Un emprunt obligataire, pourquoi? Comment?

Depuis une dizaine d’années, le Rwanda est souvent cité comme un modèle de développement en Afrique. Les institutions financières internationales (FMI, Banque Mondiale, Banque Africaine de Développement…) et autres bailleurs de fonds internationaux mettent principalement en avant sa forte croissance – plus de 8% entre 2003 et 2011 d’après la Banque Mondiale –  et son usage efficace de la manne financière provenant de l’aide – 3ème pays africain le moins corrompu, 49ème mondial en 2011 d’après Transparency International-.

Cette bonne réputation lui assure des prêts importants et un traitement privilégié de la part de ces mêmes acteurs économiques internationaux. C’est ainsi qu’en 2005 le club de Paris – un groupe informel de pays créanciers – a annulé 100% de ses créances rwandaises soit 100 millions de dollars. C’est aussi sur ces mêmes fondements qu’environ 35% du budget 2012-2013 – environ 770 millions de dollars – est financé par des contributions externes.

Dernièrement, le gouvernement rwandais était en passe de réussir sa stratégie. Celle- ci consistait à rendre le budget national de moins en moins tributaire des ressources externes en profitant de l’aide internationale pour réaliser des investissements structurels afin de dynamiser la croissance et d’accroître les sources de revenus internes pour l’Etat.

Néanmoins, le rapport des Nations Unies sur le possible soutien du Rwanda à la rébellion dans l’est de la République Démocratique du Congo a changé la donne. En effet, sous la pression internationale, de nombreux pays ont suspendu leur financement du Rwanda. L’effet sur la réalisation des grands projets fut immédiat. Le «Kigali Convention Center» qui devait être inauguré au courant de l’année 2012 a pris un coup d’arrêt. Il en va de même pour certains projets de développement urbain présent dans le «Kigali Master Plan». Tous ces retards étant préjudiciables en terme d’image mais également financièrement, le gouvernement rwandais fut dans l’obligation de trouver de nouveaux moyens de financement.

Le fond «Agaciro» naît de cet impératif. Toutefois, il s’agit plus d’un outil de communication que d’un outil de planification stratégique. En effet, un Etat ne peut compter sur ses ressortissants pour s’acquitter de leur devoir fiscal et, en sus, participer à un système certes patriotique mais qui peut être perçu comme une double imposition. Le fait de recourir au marché financier est plus conforme aux standards étatiques habituels d’autant plus que le Rwanda bénéficie d’une bonne réputation économique.

C’est ainsi que le Rwanda a décidé de se lance dans la grande aventure de financement par le marché. Pour cela deux banques – BNP Paribas et Citibank- sont mandatées, elles conduiront l’opération d’emprunt. Concrètement le Rwanda annonce émettre des bons obligataires à échéance de mai 2023 et d’une valeur totale de 400 millions de dollars US (environ 300 millions d’euros) à un  taux de 6,875 %. Les agences de notation Standard and Poor’s et Fitch donnent la note de B avec une perspective stable à la dette rwandaise ce qui fait d’elle un placement spéculatif.  Les officiels rwandais, le gouverneur de la Banque Nationale du Rwanda et le ministre de l’Economie et des Finances en tête, se transforment en commerciaux et font la promotion de l’événement. Des investisseurs sont rencontrés aux quatres coins du globe. Boston, Frankfurt, London, Los Angeles, Munich, Hong Kong, New York et Singapore sont cités par le ministère de l’Economie et des Finances.

L’emprunt obligataire, une réussite et après?

Le gouvernement rwandais voulait recueillir 400 millions de dollars US, le marché était prêt à lui en donner 3,5 milliards soit plus de 50% du PIB national. Les experts prédisaient un taux d’intérêt entre 6,875 et 7%, le gouvernement rwandais a obtenu 6,625. Le succès est total.

Avec ces fonds, le gouvernement annonce que 80 millions vont servir à refinancer la dette commerciale de la compagnie aérienne RwandAir, 120 millions payeront la dette due pour le «Kigali Convention Center», 150 millions serviront à terminer la construction de ce même centre alors que 50 millions seront alloués à la construction d’une centrale hydro-électrique à la rivière Nyabarongo d’une capacité de 28 megawatts.

Ce qui est inquiétant avec cet emprunt c’est que 50% de son montant va servir à payer des dettes. Nul besoin d’être un expert en finances publiques pour voir le système périlleux qui risque de s’installer lorsque qu’un Etat s’endette pour se désendetter. Bien que le niveau de la dette publique rwandaise – 22% avant l’emprunt obligataire – n’ait pas atteint un seuil alarmant, la relative facilité à récolter des fonds via les marchés financiers pourrait devenir un engrenage dangereux pour un pays en pleine construction économique.

Aussi ce qui parait dommageable c’est de voir que l’investissement le plus pertinent est celui doté de la plus faible participation financière. Quand on sait que le Rwanda a une balance commerciale négative (importations supérieurs aux exportations) et que cela provient en partie de sa dépendance au pétrole, première source d’alimentation des centrales électriques, toute initiative visant à accroître l’usage des ressources propres ne peut qu’être saluée. Pourquoi ne pas multiplier ces initiatives étant donné qu’un bon emprunt est celui qui prépare l’avenir? Compte tenu des besoins du Rwanda en termes d’infrastructures primaires, quel est le lien entre ces dernières et l’emprunt?

M. Gatete, Ministre de l’Economie et des Finances, a déjà annoncé que le Rwanda se réserve le droit de retourner sur les marchés financiers lorsqu’il y aura d’autres projets qui le nécessitent. Après le goût délicieux d’un succès retentissant, gare à l’arrière-gout qui risque d’être amère tant cet emprunt semble remplacer un mal par un autre.

 

Boniface Duval
Jambonews.net

 

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8 Commentaires à “Les premiers pas du Rwanda sur les marchés financiers, ou l’ouverture de la boîte de Pandore ?”

  1. Hendrix dit :

    Les predateurs du Rwanda. Qu’est ce que vous attendez pour emettre vos commentaires ( Greg,Kiyovuman,Edouarda,Bagaza Muzo, Rasec etc…) ? Quand c’est du positive, vos gueules sont cousues. Apprenez quand meme a reconnaitre que Afande fait des bonnes choses dans le pays de mille collines. Cela prouve que c’est par jalousie que vous emettez vos esti de tabarnac des aboiements.

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  2. RASEC dit :

    Kagame recourt à un emprunt obligataire, nous apprend Jambo News.
    L’emprunt obligataire est une dette contractée par l’Etat Rwandais via les marchés financiers. Les prédateurs de la finance internationale grouillent sur le marché financier car c’est sur celle-ci qu’ils s’enrichissent en dormant.
    Il s’ensuit que les Rwandais devront rembourser le capital et les intérêts.
    Lees questions que tout Rwandais peut raisonnablement se poser sont les suivantes: Kagame contracte des dettes au nom de notre pays pourquoi et pour faire quoi et quelle est la nature des olbigations émises par le jeu des bons du trésor?
    D’une manière générale, un Etat recourt à l’emprunt obligaire lorsqu’il veut réaliser des grands investissements publics impératifs pour le pays.Quels sont les investissements publics que Kagame entend réaliser? Quels sont les effets de cette action sur l’ordinaire des Rwandais et le chômage des milliers de jeunes rwandais qualifiés et non qualifiés? Quels sont les entreprises rwandaises cotées en bourse? Si l’économie rwandaise se porte bien comme le prétend Kagame, pourquoi n-a-t-il pas cherché les cipitaux internes via les entreprises rwandaises et les ménages? Je subodore que dans un pays qui se porte bien économiquement, les menages et les entreprises sont aptes à acheter les obligations émises par le gouvernement avec le même taux d’intérêts. Il convient de rappeler que l’économié réelle est financée non pas par les marchés financiers mais par les banques commerciales par le jeu des crédits octroyés aux entreprises, seules créatrices d’emplois et partant de richesse dans tout Etat. Les missions du gouvernement est de créer les conditions favorables quant à la bonne santé des entreprises.
    Le constat est que les secteurs stratégiques tel que le secteur bancaire sur lesquels notre pays peut s’arc’bouter dans les périodes difficiles sont entre les mains des multinationales étrangères ou prédateurs ou charognards internationaux, sachant que celles-ci, en application des conventions conclues avec Kagame, leur associé, au nom du Rwanda, ne payent pratiquement pas d’impôts par rapport aux bénéfices réalisés. Quel est le taux d’IS( impôt sur les sociétés) pour les filiales des multinationales opérant au Rwanda? Quel est le taux de leur participation au développent économique et social de notre pys? Pour les lecteurs de Jambo News qui ne le savent, la majorité écrasante des banques qui grouillent dans notre pays sont des banques d’affaires.Or celles-ci n’ont pas pour vocation de financer l’économie rélle à savoir les TPE et PE( très petites entreprises et petites entreprises), grandes créatrices d’emplois et de richesse.Elles sont dédiées aux moyennes entreprises car au Rwanda il n’y a pas de grandes entreprises.Ils sont donc là pour gagner de l’argent et rapatrier tout ce qu’elles gagnent dans leurs pays d’origine par le jeu d’intégration fiscale. Dès lors, il n’est pas étonnant que Kagame recourt à l’emprunt obligataire et/ou à son fameux AGACIRO (racket des Rwandais) pour financer les besoins domestiques et les dépenses courantes. Quant à la note des agences de notation attribuée au Rwanda, personne ne peut les prendre au sérieux. Les Etats Européens aujourd’hui en faillite avaient, eux aussi, de très bonnes notes attribuées par ces mêmes agences et la Banque Mindiale. Dans les Rapports de la Banque Mondiale notamment, il est dit que le Rwandais connaît une croissance économique depuis 2003. Il n’est pas nécessaire d’avoir des connaissances en économie pour comprendre que, en l’espèce, la preuve d’une croissance économique est notamment la réduction significativie du chômage des actifs rwandais, la hausse du pouvoir d’achat des Rwandais, la réalisation des investissements publics en l’occurrence les système éducatif et de santé de qualité et des grandes infrastructures publiques, autonomie financière relative et donc moins de dépendance financière extérieure et les économies mises dans la cagnotte pour résister aux mauvais jours consécutifs aux effets cyliques négatifs de l’économie mondiale. Au regard de la situation économique et sociale de notre pays, où sont-ils partis les fruits générés par cette prétendue croissance économique continue depuis plusieurs années évoquée par la Banque Mondiale? Il me semble que celle-ci confond la croissance des portefeuilles des oligarques de la place avec le portefeuille de l’Etat Rwandais.
    En raison de la fermeture des robinets par les bienfaiteurs occidentaux, pour payer les soldats et les fonctionnaires, Kagame a recouru au racket des pauvres paysans et fonctionnaires rwandais qui ont du mal à boucler la fin du mois par le jeu du fameux « AGACIRO ». Par cet agissement Kagame a infirmé les dires de la Banque Mondiale et d’autres experts en propagande au profit du régime rwandais. Il me semble que le montant de cet emprunt obligataire est de loin inférieur à celui des avoirs des oligarques du régime rwandais planqués dans les banques occidentales et les paradis fiscaux. Au lieu d’hypthèquer l’avenir des générations rwandaises qui devront en tout état de cause rembourser la dette contractée par Kagame, il aurait été judicieux que ces oligarques aient le sens patriotique à savoir rapatrier leurs millions de dollars au Rwandais pour participer à l’effort national aux fins de résister aux effets négatifs de la coupure des miettes financières allouées au Rwanda par les bienfaiteurs occidentaux et montrer à ceux-ci que le Peuple Rwandais a le sens de l’honneur et de dignité et que leurs chantages sont par conséquent inopérants.
    Par ces millions de dollars qu’ils ont planqués à l’étranger, ces donneurs de leçon de patriotisme créent les emplois au profit des étrangers alors que nos jeunes diplômés d’universités sont cruellement frappés par le chômage et qu’au village ils ont même honte de dire qu’ils ont fait des études supérieures ou qu’ils ont tel ou tel diplôme.
    Ce genre d’événement est le propre des régimes despotiques.Il s’agit d’une mise en scène folklorique destinée aux étrangers et sûrement pas aux Rwandais.

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    • Kiyovuman dit :

      Parfait résumé de la situation ! Que dire de plus ?

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    • Rukundo dit :

      RASEC pour une fois je suis dans l »ensemble d’accord avec toi. Tout dépendra ensuite de la gestion du pays, et si le Rwanda continuera à emprunter à des taux bas, l’avantage du Rwanda c’est que sa dette publique est peu élevé , contrairement au pays de l’UE, qui ont eu surtt une gestion calamiteuse, qui ont vécu à crédit ou sur la bulle immobilière et pour certains n’ont pas fait de réformes.

      D’autres pays d’Afrique vont avoir recours aux eurobonds de toute façon, la gestion rigoureuse de leur économie dépendra de leur succès.

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  3. Rukundo dit :

    , EDIT : l’avantage du Rwanda c’est que sa dette publique est peu élevé et que la gestion de l’économie est rigoureuse. Si le pays garde son sérieux budgétaire, il rencontrera peu de problèmes.

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    • RASEC dit :

      Le génie du Peuple Rwandais, transmis de génération en génération, est sa capacité d’organisation et celle d’assumer seul son destin ou de se prendre en charge. Il l’a toujours prouvé tout au long de son histoire, le tout nonobstant les hauts et les bas qui ont jalonné celle-ci. C’est ce qui, à mes yeux, explique l’endettement faible de notre pays comparativement à d’autres pays africains en l’occurrence. Mais sur ce point, il n’y a rien de vouveau car sous les gouvernements précédents c’est-à-dire de la première et la deuxième République, le Rwanda était toujours le pays africain le moins endetté.
      Si l’emprunt obligataire lancé par Kagame est destiné à améliorer l’ordinaire des Rwandais d’une part et à réduire significativement la dépendance financière extérieure d’autre part, son action doit être saluée à tous les égards.
      Le Peuple Rwandais attend des résultats.

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      • Nick dit :

        Quelle comparaison!!! première république, deuxième république, troisièmement république!!!un bref passage par Kigali te permettra de comprendre qu’il n y a pas foto surtout quand tu compares les objectifs et défis de trois républiques.

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  4. nyakubahwa dit :

    Racek, you’re making strong points and also you have a very good command of the French language. Your response 2 this article is devoid of emotions, hence why it is factually-based.

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