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Faiblesses d’accès au service d’eau potable en RDC : briser le paradoxe

Publié : le 2 juin 2013 à 19:05 | Par | Catégorie: Actualité

La République Démocratique du Congo (RDC) est véritablement un scandale hydrologique. Son fleuve mesurant 4700 km de longueur, est après le Nil le deuxième fleuve le plus long d’Afrique, ou encore le premier fleuve d’Afrique le plus important par son débit et le deuxième au monde après l’Amazone. Il mesure  un débit de 50 000 m3/seconde, avec un vaste bassin  de 3,80 millions de km². Et ce sans compter ses milliers de rivières et ses dizaines de lacs au potentiel économique tout aussi important. La RDC dispose, en plus, de nappes phréatiques facilement exploitables que l’on trouve dans les alluvions et les calcaires (Mova S., 2008)[1].

eau potable dans le KataangaCependant, elle connaît de sérieuses difficultés pour alimenter sa population en eau de qualité. En effet, seulement 26,9 % des congolais ont accès à l’eau potable en 2008 contre 30 % en 1995 et 80 % en 1980. De plus, le pays est classé 46ème sur 53 pays quant à l’accessibilité de l’eau potable en Afrique et un congolais consomme en moyenne 10 à 20 litres d’eau par jour alors qu’un américain en consomme 700 litres et un japonais 500 litres.

Plusieurs facteurs expliquent cette régression sans pareille dans l’offre des services d’eau à savoir : l’explosion démographique et ses corollaires ; une urbanisation galopante et hors de tout contrôle étatique ; le bas niveau d’investissement aussi bien dans les infrastructures que dans les réformes inhérentes au secteur d’eau et tant d’autres.

Ainsi, depuis le début de l’an 2000, la RDC s’est-elle engagée, dans le cadre des objectifs du millénaire pour le développement (OMD), à améliorer de façon durable les conditions d’accès à l’eau potable salubre avec pour objectif quantitatif de faire passer le taux de desserte en eau potable de 26,9 % en 2008 à 49 % en 2015 (initialement prévu à 71 %).

Sur deux ans d’échéance tous les scenarii, même les plus optimistes, portent à croire que le pays est loin d’atteindre l’objectif qu’il s’est assigné. Ainsi, ces lignes tentent-elles d’identifier quelques mesures pouvant aider le Gouvernement de la RDC à étendre, un tant soit peu, l’accès à l’eau potable salubre à la population congolaise.

Deux points centraux nous permettront d’éluder la question des solutions propices à ces problèmes hydriques. Le premier s’attache à faire un rapide état des lieux de la desserte en eau potable en RDC grâce à quelques statistiques et résultats d’enquêtes disponibles. Le second tente d’avancer quelques mesures -non exhaustives- qui peuvent être prises par le principal acteur du secteur d’eau à savoir le Gouvernement Congolais dans le but de rendre l’accès à l’eau potable universelle.

État des lieux

En dépit de l’absence de données fiables et pertinentes susceptibles d’éclairer les décisions du Gouvernement et rendre efficace ses interventions dans le secteur de l’eau ; les rares données statistiques disponibles provenant essentiellement des Rapports-pays des partenaires extérieurs de la RDC (PNUE, PNUD, Banque Mondiale, OMS, UNICEF, etc.) et des résultats d’enquêtes (EDS, MICS, 1-2-3, etc.) font ressortir les points forts ci-après :

  • Le taux de desserte en eau potable est très faible. Il s’élève à 26,8 % en 2008 contre une moyenne continentale qui se situe à 58 % pour la même année.
  • Ces chiffres cachent des inégalités dans la distribution d’eau potable ; 91,6 % dans les villes contre 57,3 % dans les cités ; 31,1 % en milieu rural.
  • Moins de 1 % des surfaces (cultivées) sont qu’il est un fait que près de 70 % de la population congolaise vit dans le milieu rural et dépend largement de l’agriculture laquelle contribue à près de 50 % dans la formation du PIB et identifiée comme un instrument de lutte contre la pauvreté en milieu rural par l’amélioration de la productivité agricole et du revenu de la population.
  • Près de 10 % de la population rurale se trouve forcée de recourir aux eaux de surface avec toutes les conséquences que cela entraîne et ce suite à une détérioration rapide des points ruraux soit au moins un sur deux.
  • Le secteur congolais d’eau est marqué par un profond déséquilibre entre une offre d’eau qui s’atrophie de plus en plus face à une demande d’eau (domestique, rurale et industrielle) dynamique. Cela est attesté par le fait que sur la période 2007-2009, l’accès à l’eau potable a été étendu uniquement à 0,6 % de la population congolaise alors que celle-ci a connu une croissance démographique cumulée de 9 % sur la même période.
  • La sous-tarification de l’eau entraîne un fardeau économique d’au moins 0,4 % du PIB. Cette situation affaiblit financièrement la REGIDESO et partant, contribue à freiner l’élan de l’extension du service à la partie de la population non desservie par l’entreprise.
  • Les déficiences opérationnelles des services publics de l’eau y compris la sous-perception des recettes, les pertes dans la distribution et l’inefficacité dans l’organisation du travail coûte annuellement à la RDC un fardeau économique équivalent à 1 % de son PIB. Ces inefficacités entravent également l’extension des services. Non seulement, elles accaparent l’argent public, elles nuisent sérieusement aux performances des services publics (Banque Mondiale, 2010)[2]
  • Les dépenses publiques touchant à l’eau, l’hygiène et l’assainissement sont très marginales environ 1 dollar US par habitant équivalant à 0,6 % du PIB ou 2,3 %  de l’ensemble des dépenses publiques pour la période 2007-2009. Ce qui contraste, à bien d’égards, avec l’objectif d’amélioration de desserte en eau potable. Par contre, les ménages congolais dépensent annuellement environ 6 dollars US par habitant annuellement pour l’acquisition d’eau potable[3].
  • La forte incidence de la pauvreté au sein de la population congolaise (71,34 %) constitue un obstacle majeur à l’accessibilité des ménages pauvres à l’eau potable non gratuite.                                                                                                                 

Que faire ?

La simple lecture des statistiques ci-haut présentées renseigne que la situation de l’accès à l’eau potable en RDC est dérisoire et complexe contrastant avec les immenses potentialités hydrologiques dont elle dispose.

Cependant, bien que l’objectif soit de fournir un accès universel à l’eau courante, celui-ci, note la banque Mondiale (2010)[4], n’est pas toujours réalisable ni abordable à court terme. Ainsi, les solutions à envisager devraient-elles prendre en compte : la situation socio- économique de la RDC caractérisée par des moyens financiers modestes, une population en constante augmentation et en majorité rurale, une démographie et une urbanisation galopantes.  Les différents acteurs intervenant dans le secteur congolais de l’eau à savoir : le gouvernement, la REGIDESO, les partenaires extérieurs (Bailleurs et ONG) et enfin les ménages congolais dans une logique de gestion intégrée des ressources en eau. Ainsi, le gouvernement congolais de par son rôle monopolistique dans ce secteur peut envisager de prendre ces quelques mesures pour pallier à ces problèmes :

  1. accélérer l’adoption et la vulgarisation du code de l’eau[5] ;
  2. 2.      la mise en place des réformes institutionnelles des cadres législatifs et réglementaires pour accorder plus de place à l’initiative. En effet, elle s’est révélée à bien d’égard un instrument efficace pour l’amélioration de l’efficacité opérationnelle du secteur ;
  3. augmenter le volume (et l’efficacité) des dépenses budgétaires touchant au secteur de l’eau et susceptible de permettre de financer les infrastructures hydrauliques.
  4. aider la REGIDESO à améliorer par une réforme en profondeur  – non une simple transformation en société commerciale- conduisant à une amélioration de la gouvernance intérieure et à un contrôle plus strict de performance en vue de lui permettre  d’engranger des revenus perdus suite à une propension croissante de revente de l’eau entre voisins aussi bien dans le milieu urbain, périurbain que rural  et relever le défi de recouvrement des coûts, bien sûr, en tenant compte du faible pouvoir d’achat  ;
  5. améliorer les systèmes d’information sur la qualité de l’eau et la production des statistiques sans laquelle aucune planification n’est possible ;
  6. faire appel au secteur privé dans le cadre d’un partenariat public-privé. Des nombreuses études ont démontré que ce genre de partenariat peut constituer un instrument puissant pour l’amélioration de l’efficacité opérationnelle de l’entreprise ;
  7. mettre en place des institutions nationales pour la gestion de l’eau auxquels il faudrait donner les moyens de leur politique ;
  8. adopter une vision stratégique qui identifie clairement l’importance de l’eau dans la réduction de la pauvreté ;
  9. une gestion intégrée des ressources en eau qui promeuvent une allocation économiquement efficace de l’eau selon les différents secteurs de l’économie en y incluant les ressources humaines, financières, institutionnelles, humaines ;
  10. mettre l’accent sur des technologies adoptées et à faibles coûts telles que les bonnes fontaines et les forages tant en milieu rural qu’en milieu périurbain.

L’extension de l’offre des services publics en eau potable peut être fortement améliorée grâce à la mise en œuvre effective de ces quelques mesures.

 

Benedict konso Mulali

Darly kambamba

 

Université de Kinshasa

Département d’Economie



[1] Mova S. (2008), « Praxis internationale pour une gestion stratégique de l’eau », Dounia, Kinshasa-Bruxelles-Paris, L’Harmattan, pp. 43-64.

[2] Banerjee S. G. et al. «  Alimentation en eau : les objectifs seront-ils atteints in Banque Mondiale (2010), Infrastructures africaines : une transformation impérative,               Nouveaux Horizons

[3] Pour plus de détails, consulter utilement Lwanga, Charles Mbutamuntu, Marie-Jeanne N. Offosse, Septembre 2012. Analyse du Financement de l’Eau, l’Hygiene et l’Assainissement en RDC 2007-2009. Bethesda, MD: Projet « Systèmes de Santé 20/20 », Abt Associates Inc.

[4][4] Op. cit.

[5] Alors que nous bouclons cette étude, il nous revient que ce projet de loi se trouve en discussion au Parlement.

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2 Commentaires à “Faiblesses d’accès au service d’eau potable en RDC : briser le paradoxe”

  1. Vindu Muka dit :

    Faiblesses d’accès au service d’eau potable en RDC : briser le paradoxe ?

    La République Démocratique du Congo est non seulement un scandale hydrologique, elle est un scandale sur tout et tout court. Elle est un scandale humain et intellectuel car, comme si souffrant tous d’une amnésie collective, votre beau sujet universitaire se permet la volontaire ou l’involontaire outrecuidance d’omettre de poser la question essentielle, celle de savoir si l’Etat existait réellement dans ce pays. Vous faites un raisonnement par l’absurde pendant que vous connaissez déjà la réponse, qui est en vous, qui est en nous tous congolais, « digne » de porter cette nationalité. Votre analyse, exacte pour des experts aveugles ou illuminés, devrait-elle être intégrée dans une perspective de reconstruction d’un Etat dictatorial ou démocratique existant mais qui aurait failli et dans lequel ses fils véritables et reconnus auraient eu, depuis le départ de Mobutu, une quelconque influence ou une quelconque assise sur ce qui est des fonctions régaliennes d’un « pays véritable » ou d’un Etat bien posé sur des fondements institutionnels à reconnaître par tous ses administrés ou citoyens ou, êtes-vous bien au courant, vous, étudiants ou professeurs de ce qui nous reste d’université dans ce pays, QUE C’EST UNE IMPOSTURE servant les intérêts d’une nébuleuse internationale sans foi ni loi, aux crocs jamais égalés ainsi que ceux d’un petit état voisin criminel et raciste, lequel ne lésine pas sur les moyens pour s’adonner allègrement à des massacres d’envergure et à des génocides pour lesquels Hitler et Polpot passeraient pour des bouts de chou gentils et inoffensifs à prendre en exemple dans les cours de pédiatrie et de psychanalyse infantile de Françoise Dolto?

    Briser le paradoxe ?

    C’est nous le paradoxe, peuple congolais, peuple dont les jeunes, les étudiants, les universitaires, les intellectuels persistent à se morfondre dans la rêvasserie en lieu et place de prendre les taureaux par les cornes, en lieu et place d’être cet ouragan de l’histoire devant lequel rien ne peut résister, fruits mûrs ou pas mûrs finissant par tomber et par être emportés vers des poubelles d’incinération ou vers des oubliettes sans retour.

    Que faire ?

    Il faut briser notre paradoxe, notre paradoxe global, la simple lecture des statistiques ne suffisant plus, votre analyse gardée au frais, comme ces printemps nord-africains, levons-nous d’abord et libérons notre pays en faisant tomber le régime de l’imposture qui y sévit.

    Ce n’est qu’ainsi que nous bâtirons le scandale le plus positif de l’Histoire, celui de notre développement, celui de notre démocratie, celui de notre liberté, celui de notre culture. Nous le devons à nos enfants, c’est le moment d’y aller!

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