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Le Congrès National Rwandais (RNC) : l’histoire, la justice et la réhabilitation de ses leaders

Publié : le 28 octobre 2013 à 22:39 | Par | Catégorie: Actualité, Analyses de l'actualité

L’actualité politico-judiciaire récente nous conduit à tenter une meilleure compréhension de la situation politique de la formation politique d’opposition, RNC, dirigée par d’anciens hauts cadres du FPR (Front patriotique rwandais). 

Le leadership et son passé au sein du FPR

spec001pixLe noyau des dirigeants du RNC est en effet composé d’anciens hauts dignitaires du régime actuel à Kigali dont certains sont poursuivis pour les crimes qui auraient été commis sous leur autorité. C’est le cas du Général Nyamwasa , qui est sous le coup de mandats d’arrêt de trois pays (chronologiquement la France, l’Espagne et le Rwanda).

Il est poursuivi en France pour l’attentat d’avril 1994 qui a coûté la vie à deux chefs d’Etat burundais et rwandais, leurs accompagnateurs et l’équipage français. Il fait partie des neuf personnalités du régime rwandais contre lesquelles la justice française a lancé des mandats d’arrêt en 2006. Kayumba Nyamwasa figure par ailleurs sur la liste d’une quarantaine d’officiers rwandais suspectés par l’Espagne d’être responsables de la mort de plusieurs ressortissants espagnols.

À l’instar du Dr Théogène Rudasingwa (ancien secrétaire général du FPR, ancien chef de cabinet de Paul Kagame et actuellement Coordinateur du RNC), l’homme jadis le plus populaire au sein de l’armée du Front patriotique rwandais affirme détenir des informations impliquant le président Paul Kagame dans cet attentat et être prêt à les transmettre à la justice.

Les obstacles à la justice : le cas Nyamwasa et l’Afrique du Sud

Le général Kayumba Nyamwasa, ancien chef d’état-major a été depuis le jour de son exil en Afrique du Sud un élément de discordes diplomatiques, judiciaires voire de sécurité nationale depuis que le Rwanda aurait attenté à sa vie en 2010 en pleine ambiance de la coupe du monde.

Comme le révélait RFI le vendredi 18 octobre, depuis un an et demi, la justice française demande en vain à l’Afrique du Sud l’extradition du général dans le cadre de l’enquête sur l’attentat contre l’avion de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana. Contacté par Jambonews, Maître Meilhac, avocat de la famille Habyarimana, a déclaré que cette demande se heurte aux obstacles de plusieurs natures : tout d’abord il y a au moins trois mandats d’arrêt à son encontre, ensuite on ne peut pas le considérer comme simple témoin pour que les juges aillent l’entendre sur place car il est lui-même accusé. Enfin, il y a aussi des enjeux politico-diplomatiques qui peuvent être expliqués par la volonté de l’Afrique du Sud de rester « neutre » par rapport aux pays demandeurs et leurs intérêts respectifs. En plus de ces difficultés spécifiques, il faut rappeler que même entre des pays qui ont l’habitude de coopérer en matière judiciaire, les demandes d’extradition prennent de longues durées procédurales.

Maître Meilhac relativise aussi le crédit qu’il faut accorder aux témoignages de ces anciens du FPR et Nyamwasa en particulier pour ce qui concerne l’attentat qui a déclenché le génocide de 1994. Il aurait été lui-même au cœur de ce crime et aurait donc intérêt à noircir certaines vérités. Pour ce qui concerne son éventuelle arrivée en France, il est désormais question de rapports entre deux États où les juges n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre.

De la mouvance à l’opposition et la réhabilitation dans cette même opposition

Des hommes jadis piliers du système FPR, dont un ancien chef d’état-major, et ancien chef des renseignements, un ancien secrétaire général, un ancien procureur général et un ancien chef des renseignements extérieurs ont mis fin à leur collaboration avec le général Paul Kagame et ont été « contraints » à s’exiler.

Trouvant un désordre politique et l’absence d’une véritable opposition dans la diaspora rwandaise, ils ont pris l’avantage de leurs personnalités et des fonctions qu’ils occupaient pour s’imposer et se présenter comme des gens pouvant être l’alternative à Paul Kagame.

Cependant, ils peinent à se faire accepter comme des leaders dignes de confiance au regard de leur lourd passé au sein du FPR ; organisation dont ils ne mettent pas en cause les pratiques, préférant mettre toutes les critiques sur le compte d’un seul homme sans jamais soulever des problèmes de fond quant aux visées collectives du mouvement, ses manières et les crimes de dirigeants, dont beaucoup, ont été commis lorsqu’ils avaient encore de hautes responsabilités.

On peut citer les tueries des civils dans les zones occupées par le FPR pendant la guerre 1990-1994, celles de Kibeho en 1995 , les massacres des réfugiés de la cathédrale de Byumba , les massacres des réfugiés rwandais en RDC ou encore ceux commis dans le nord du Rwanda en 1997-98 contre les populations civiles prises en otage entre deux feux.

L’influence du passé sur le présent

Ces responsables ont du mal à s’imposer comme leaders. C’est également le cas pour la plupart des personnes qui se sont impliquées dans la politique rwandaise par le passé. Cela aussi explique l’absence d’une classe politique expérimentée qui serait une alternative au FPR. En effet, presque tous les politiciens rwandais ont été impliqués de loin ou de près, et/ou de par les partis politiques auxquels ils étaient affiliés, dans la descente aux enfers du Rwanda.

Récemment encore, le 30 septembre dernier, lors d’une conférence tenue à Bruxelles, Dr Rudasingwa dénonçait le fait que le public de l’opposition demande sans cesse aux dirigeants du RNC de rendre des comptes de leur passé dans le FPR — bien qu’ils se soient excusés — alors que du côté des anciens responsables sous les règnes du MRND de Juvénal Habyarimana et du MDR de Grégoire Kayibanda le public ne demande rien. En même temps, faisons remarquer que ces derniers ne s’intéressent plus à la politique en voulant mener l’opposition.Ceci s’explique par le fait que la plupart de ceux qui avaient des responsabilités lors du génocide de 94 sont poursuivis par la justice ou ont été condamnés ; les autres ont pris leurs retraites. Quant à ceux qui sont encore actifs dans les partis politiques, ils sont aussi toujours confrontés à leurs actes politiques passés.

Promesses des révélations, rien que devant les juges

Ces anciens compagnons de l’homme fort rwandais disent en savoir beaucoup sur les crimes d’une personne, Paul Kagame – concernant l’attendant du 6 avril 1994 qui a déclenché le génocide — et promettent de ne délivrer le contenu qu’à la justice. Et pourtant le citoyen à qui ils passent leur temps à expliquer qu’il faut résister à la dictature a besoin de savoir la vérité sur son histoire. Pourquoi dès lors donner la priorité aux juges pour connaître des faits, qui, s’ils s’avèrent vrais, seraient hautement historiques ?

Même si Théogène Rudasingwa semble à présent vouloir emprunter une autre voie afin de faire connaître la vérité sur l’attentat de 1994, à savoir celle d’être soumis avec Paul Kagame à un détecteur de mensonges (test polygraphique) sous la supervision internationale, cela semble plutôt être une démarche difficilement réalisable.

L’enjeu : le choix entre l’opposition et le FPR

Le vrai dilemme qui se pose aux leaders du Congrès National Rwandais est celui de choisir leur camp. D’un côté, il y a le FPR qu’ils ont construit et servi avec dévouement, de l’autre côté il y a l’opposition qui dénonce le régime du FPR et ses crimes, et non celui et ceux d’un seul homme. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le public a du mal à faire confiance aux gens qui veulent parler pour lui mais sans dire ou penser tout à fait la même chose que lui. Pour la majorité des opposants, en effet, le FPR est une organisation criminelle alors que pour les leaders du RNC, c’est Kagame qui a détourné le FPR de ses bonnes intentions et de ses manières de faire d’où la défense qu’ils assurent à l’accuser. C’est aussi donc à cette question que ces responsables devront répondre clairement : celle de leurs rapports avec le FPR et de la perception dont ils s’en font.

Pacifique Habimana

Jambonews.net

 

 

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11 Commentaires à “Le Congrès National Rwandais (RNC) : l’histoire, la justice et la réhabilitation de ses leaders”

  1. MK dit :

    De la dissidence à l’opposition, des demi-vérités au faux fuyant… Comment faire confiance?

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  2. David Bushishi dit :

    Rudasingwa disait récemment l’autre jour lors de la conférence tenu conjointement par RNC-FDU-AMAHORO, que dans l’état de Kagame, c’était celui qui avait commis le plus de crimes qui se retrouvait général. Que donc c’était en fonction des crimes commis, qu’on montait les échelons. Faudrait alors qu’il nous explique comment ont t-il tous fait pour gravir les échelons du pouvoir et y rester pendant près de quinzaine d’années??? On est pas dupe, en politique les ennemis d’hier deviennent les amis d’aujourd’hui et vice-versa. Mais que chaque personne, chaque organisme qui rentrera en contact avec RNC sache qu’il est en contact avec des opportunistes et d’anciens agent exécutant pour les basses oeuvres de Kagame!

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  3. Shabunda dit :

    [***]qu’ils gardent leur vérité car ces gens qui sont morts ne reviendront plus à la vie; L’Amerique est ses alliés ont déjà choisis le successeur du tyran de Kigali.

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  4. Fueille de chêne dit :

    Tous ces politiciens de pacotille qui veulent collaborer avec RNC, doivent savoir une et une seule chose: Kagame,Nyamwasa et sa clic,ont tous un même ADN. Je vais dire par là que si jamais Kagame venait à donner à tout ce monde, des garanties sérieuses quant à leur sécurité tout en acceptant de partager le pouvoir équitablement entre les différentes fractions tutsis(je peux me tromper mais je crois savoir que c’est le point fondamental de leur désaccord ),évidement il faut verser un peu de blé qui rentre du Congo sur leur compte cela va sans dire; eh ben, vous n’entendrez plus parler d’opposition de leur part! Ou alors si,ils ont vont doubler leurs efforts pour travailler avec vous dans le seul but de vous détruire.Et le hUTU se fera encore avoir comme jadis Kanyarengwe,Bizimungu ou comme se fera avoir bientôt le hUTU en chef Rucagu…Ne dit-on pas hutu un jour, hutu toujours?

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  5. Fueille de chêne dit :

    Cher journaliste,

    Je salue le courage et le dévouement dont vous faites preuve pour nous informer,cela vous honore.
    Cependant,je saisi mal pourquoi,s’agissant des crimes commis par le FPR sur les réfugiés hutus au congo(plus de 500 mille je vous rappelle) et lesquels crimes ont été qualifiés par un rapport de l’ONU de crimes de génocide,pourquoi donc les appeler de simple massacres?Chaque mot a son sens,en l’occurrence pour les victimes et rescapés qui veulent que justice leur soit rendue.

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  6. Bertrand Loubard dit :

    « Mettre tout » sur un seul homme, ou son proche entourage, pour pouvoir jouir soi-même d’une certaine impunité, c’est la logique du droit anglo-saxon : l’immunité contre la collaboration. La manifestation d’une « vérité officielle » chargeant le « mécanicien » du Chaos est une stratégie éprouvée pour écrire l’Histoire d’un Génocide. Mais cette vérité doit être tout juste édulcorée pour, d’une part, ménager les seconds couteaux dénonciateurs et surtout, d’autre part, brouiller les pistes menant aux véritables penseurs de la machination. Les Rudasingwa, Kayumba, Rujugiro, Karegeya, Gahima et Cie pourront-ils lâcher les noms de la bande d’architectes belgo-anglo-américano-canadienne à l’œuvre depuis bien avant octobre 1990 ? Non, puisque ce sont ces mêmes architectes qui pourraient devenir les avocats de leur amnistie. Les « âmes mortes » de Kagamé seront encore longtemps des atouts terrorisants dans son arsenal d’armes perverses !

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  7. mbazi dit :

    Le Rwanda est mort!

    Inventons un autre pays dans nos rêves…

    Le meilleur se trouve dans l’exil. Je parle à ceux qui se trouvent en Europe ou à l’outre-Atlantique.

    Et Kagamé et Kayumba….c’est choisir entre le peste ou la choléra!

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  8. Vindu Muka dit :

    Quelques extraits du livre de JMV NDAGIJIMANA, « Paul Kagame a sacrifié les Tutsi »aux éditions La Pagaie.

    « Alors, génocide ou pas génocide? Un seul ou plusieurs génocides? Doit-on être considéré comme un révisionniste lorsque sur base de témoignages probants et de rapports indiscutables on pointe du doigt les nombreux crimes de guerre, crimes contre l’humanité et actes de génocide commis par les extrémistes Tutsi du FPR? Sauf à me prouver que les Tutsi naissent plus égaux que les Hutu, je continuerai à traiter les uns et les autres sur le même pied d’égalité. Une fois de plus j’aimerais que les spécialistes du Rwanda m’expliquent pourquoi moi qui suis né de parents Hutu et Tutsi, il me serait interdit de défendre le droit à la vie des membres des deux communautés dont je suis issu? Et pourquoi je serai un révisionniste en défendant le droit à la vie des Hutu de mon pays comme je me suis battu contre le génocide de mes compatriotes Tutsi?

    La définition du génocide n’a pas été faite en pensant aux Hutu ou aux Tutsi du Rwanda. »
     » En la matière, la responsabilité demeure, sauf preuve contraire, individuelle. Il est donc malvenu de déclarer que « les Hutu majoritaires ont tué les Tutsi minoritaires » comme ne cesse de le répéter Bernard Kouchner. Il s’agit d’une globalisation fausse, injuste et par conséquent inacceptable. »

    « L’assassinat du président Juvénal Habyarimana ne peut être un prétexte pour justifier la sauvagerie qui s’est abattue sur les populations Tutsi. Force est néanmoins de reconnaître qu’il en fut l’élément déclencheur. »

    « Pour ma mère et beaucoup d’autres Tutsi, le président Habyarimana était une sorte de protecteur, une digue, un mur de soutènement qui les protégeait contre la volonté destructrice des extrémistes. De fait depuis la prise du pouvoir par le général Habyarimana jusqu’à l’invasion du Rwanda par les troupes du FPR, le Tutsi du Rwanda ont été à l’abri des turbulences politiques qui étaient leur lot quotidien entre 1959 et 1973. »

    « La vérité doit être dite au sujet de cet homme qui n’était pas le diable que ses ennemis ont décrit. En particulier en matière de relations interethniques bien au contraire. Pendant les 17 ans qu’a duré son régime, pas un seul Tutsi n’a été victime d’une quelconque violence politique. Au contraire, de 1973 à 1990, Habyarimana s’est battu au couteau pour protéger les Tutsi contre les faucons du régime qui menaçaient de les mettre au pas à la première occasion. Il a fallu qu’il soit affaibli par la guerre pour que les querelles interethniques refassent surface. Je mets au défi les spécialistes autoproclamés des questions rwandaises de me citer le nom d’un seul Tutsi ayant été victime de harcèlement, emprisonné ou assassiné au Rwanda pour des raisons politiques entre le 5 juillet 1973 et le 1er octobre 1990.

    …Bien plus, les extrémistes Hutu ont toujours accusé le président Habyarimana de surprotéger les Tutsi, voire d’avoir livré le pays à la minorité tutsi.

    …Le tsunami de la haine ethnique longtemps contenue par le président Hutu s’abattit alors sur le Rwanda, sur les Tutsi en particulier. Même au sein de l’opposition intérieure, personne n’aurait jamais souhaité la mort tragique et brusque du président Habyarimana. Tout le monde savait que malgré ses défauts et ses faiblesses, cet homme était un obsédé de l’équilibre interethnique, de la paix et de la stabilité.

    Tout le monde savait que la disparition de Habyarimana pouvait être source de troubles. Kagame en avait été prévenu par les leaders politiques et les hommes d’affaires Tutsi de l’intérieur dont le plus connu était l’entrepreneur Charles Shamukiga. Au nom des autres Tutsi, celui-ci a fait parvenir plusieurs messages à Paul Kagame, le suppliant d’éviter tous actes susceptibles d’affaiblir davantage le président confronté aux extrémistes. Le chef du FPR n’en a eu cure. Il a choisi la solution finale. On connaît la suite. 800 000 morts en trois mois. Il est quasi certain que du vivant de Habyarimana, un tel génocide aurait été impossible. Cet homme a dirigé le Rwanda sans partage pendant 17 ans. S’il avait nourri quelque haine que ce soit envers les Tutsi, il n’aurait pas attendu d’être assassiné pour décréter leur extermination.

    Poser cette question, c’est y répondre. Habyarimana n’a ni voulu ni planifié le génocide des Tutsi. Au contraire, celui qui a ourdi l’assassinat du président a du même coup délibérément provoqué la colère et la haine folle ayant déclenché le plus grand génocide de la fin du 20ème siècle. De ce fait l’auteur de cet assassinat porte autant de responsabilité que ceux qui sont tombés dans ce piège infernal en massacrant des milliers d’innocents.

    … Le président et toutes ls personnes assassinées avec lui ont été les premières victimes du génocide rwandais.
    … Mais il faut que l’on cesse de lui faire porter la responsabilité des crimes commis par des personnes identifiables, immédiatement ou longtemps après son assassinat par Paul Kagame.

    … Paul Kagame n’est pas le représentant des rescapés du génocide contrairement à ce qu’il prétend. Il n’est pas non plus le héros que certaines chancelleries voudraient qu’il soit. Il est l’un des principaux responsables de la mort de millions de rwandais, Tutsi , Hutu, Twa et citoyens congolais depuis le déclenchement de la guerre par le FPR en 1990. »

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  9. highlanderlandu dit :

    @vindu muka

    Vous avez tout dit!
    Merci pour cette vérité et votre façon de la dire.
    Paix aux ames des victimes Tutsis, Hutus et Congolais de la folie de Kagame.

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  10. NSABIMANA Juvens dit :

    Hi,I told u in mai 2014 that we’re ready to do everything that our country can be free from that dictature,so
    I’m also ready to join the army even whatever I can do so If you need youth to start doing something for our liberation
    please let us know thx.

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