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Rwanda: La diplomatie du Talion

Publié : le 14 avril 2014 à 14:47 | Par | Catégorie: Actualité

Plus connue sous l’adage « œil pour œil dent pour dent », la loi du Talion a régi le vivre ensemble au sein de différentes sociétés depuis l’antiquité.  A l’époque moderne cette loi a presqu’entièrement  disparu car considérée comme relevant plus de la vengeance privée que de la justice. Depuis quelques années,  la diplomatie rwandaise semble avoir fait renaitre cette loi, au point même d’en faire une règle gouvernant ses relations diplomatiques.  L’expulsion, au mois de mars 2014, de six diplomates sud-africains par le Rwanda en représailles à l’expulsion de quatre diplomates rwandais par l’Afrique du sud n’en étant qu’une des dernières illustrations. Retour sur les cinq principales manifestations de cette diplomatie particulière au cours de ces dernières années.
mushikiwabo

1) Les mandats d’arrêts français

Le 6 avril 1994, le Falcon 50 transportant  les Présidents Rwandais et Burundais est abattu alors qu’il est en phase d’atterrissage à Kigali. Cet attentat est le déclencheur du génocide contre la minorité tutsie durant lequel des centaines de milliers de Hutus seront également tués, non seulement par les milices anti-FPR qui massacraient les Tutsis mais aussi par le FPR qui envahissait le Rwanda et exterminait les Hutus qui avaient le malheur de se trouver sur son passage. Dans l’attentat, meurent également les trois membres de l’équipage, tous français. En août 1997, leurs familles déposent plainte en France.  Quelques mois plus tard, le juge antiterroriste français Jean Louis Bruguière est chargé de l’enquête visant à déterminer les responsables de cet attentat qui aura ensanglanté toute une nation.

Le 10 mars 2004, le journal Le Monde publie un article intitulé « Révélations sur l’attentat qui a déclenché le génocide rwandais »  dans lequel le journal affirme que le Juge a bouclé son instruction et en impute la responsabilité au Front Patriotique Rwandais du Général Kagame.

La réaction du Rwanda ne se fait pas attendre et le 1er août 2004, avant même la délivrance officielle des mandats d’arrêts, le gouvernement rwandais lance une commission, dont le nom ne laisse place à aucun doute sur ses résultats  « Commission nationale indépendante chargée de rassembler les éléments de preuve montrant l’implication de l’État français dans la préparation et l’exécution du génocide perpétré au Rwanda en 1994 ».Dans les médias, elle est surnommée la « Commission Mucyo », du nom de son Président.

Au mois de novembre 2006, le juge publie son ordonnance et décerne dans la foulée neuf mandats d’arrêt contre des proches de Paul Kagame, ce dernier étant préservé en raison de son immunité des chefs d’Etats, mais le Juge recommande au TPIR de le poursuivre.
La réaction du Rwanda ne se fait pas attendre, l’ambassadeur de France au Rwanda reçoit 24h pour quitter le pays et le reste du personnel à peine trois fois plus de temps. Kigali rompt ainsi ses relations diplomatiques avec Paris et le Lycée technique français à Kigali est fermé.

Pendant ce temps la commission Mucyo accélère ses travaux et en août 2008, elle publie un pavé de 331 pages accusant la France de complicité dans le génocide citant nommément 13 personnalités politiques françaises et 20 militaires. Dans la foulée le gouvernement rwandais annonce par la voix de Louise Mushikiwabo, alors Ministre de l’information que des mandats d’arrêt pourraient être décernés contre les responsables français.

La réponse du gouvernement rwandais aux mandats d’arrêts était « si vous vous permettez de lancer des mandats d’arrêts contre nos dirigeants, rien ne nous empêche de faire de même ».

2) L’affaire des comptes des Ambassades bloqués

En octobre 2011, Gaspard Gatera un citoyen rwandais réfugié en Belgique saisit la justice belge pour faire contraindre l’Etat rwandais à lui payer un montant de près de 200 000 euros qu’il estimait que l’Etat rwandais lui devait. La justice belge décide alors de saisir les comptes de l’Ambassade du Rwanda à Bruxelles. La réaction rwandaise ne se fait pas attendre, et par « réciprocité » le gouvernement rwandais saisit les comptes de l’Ambassade belge à Kigali.

Au total, les comptes de l’Ambassade belge à Kigali seront saisis durant 18 mois, les comptes n’étant débloqués qu’en juin 2013, à la veille d’une visite du Ministre belge de la coopération au développement et ce quelques mois après que les comptes de l’Ambassade du Rwanda en Belgique aient été débloqués.

A nouveau, le Rwanda appliquait le principe de l’ «œil pour œil, dent pour dent » et la réponse au blocage des comptes pouvait se lire « si vous vous permettez de bloquer nos comptes, nous bloquons les vôtres ».

3) Le Mapping repport

Le 1er octobre 2010, 20 ans jour pour jour après l’attaque du Rwanda par le FPR, attaque ayant entrainé une déstabilisation régionale dont les conséquences se font ressentir encore aujourd’hui, le Haut-commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU publie un rapport sur les atrocités commises en RDC voisin au cours de la décennie 1993-2003.

Le rapport dont le Rwanda a tenté de faire bloquer la publication est très accablant envers ce dernier et accuse les troupes de l’AFDL/APR d’avoir commis des atrocités, dont des exterminations de réfugiés hutus au Congo, qui pourraient selon l’ONU, être qualifiés de Génocide, si prouvés devant un tribunal compétent.

Quelques jours après la publication du rapport, lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement, le numéro un rwandais s’exprime «  Ils vous entrainent dans la corruption et sans se soucier du fait que vous y êtes allés ensemble, ils vous tournent le dos et vous mettent sur le banc des accusés et eux ils deviennent vos  juges »

« Imaginez  une situation où vous allez dans la corruption avec quelqu’un et après, lui se retourne et fait votre procès (…)n’est-ce pas ironique ce que ceux avec qui vous avez été corrompus, soient ceux qui vous jugent ? » Lire la suite

Même si il ne cite pas nommément les anglo-saxons et en particulier les Etats-Unis, le timing du message le rend clair : si Paul Kagame doit un jour être jugé pour les crimes commis au Congo, il ne tombera pas seul et les véritables commanditaires qui sont ceux-là même qui voudraient le juger seront pointés du doigt.

4)L’affaire de l’avion de la SN Brussels bloqué

A l’automne 2005, un avion-cargo rwandais est saisi en Belgique au motif qu’il ne répond pas aux normes de sécurité.

Quelques jours après, le Père Guy Theunis est arrêté, et plusieurs commentateurs pensent que les deux événements sont liés.  Après coup, les deux affaires sembleront non liées, seul le hasard leur ayant donné une proximité temporelle.

C’est six mois après le blocage de l’avion-cargo rwandais à Bruxelles que lesreprésailles rwandaises arriveront : un avion airbus de la compagnie SN Brussels Airlines (SNBA) est bloqué à Kigali par les autorités rwandaises « pour enquête administrative ».

A nouveau la diplomatie du talion aura frappé, les autorités rwandaises bloquant un avion belge, quelques mois après le blocage d’un avion rwandais à Bruxelles.

5) L’affaire des diplomates expulsés

Le 3mars 2014, des hommes armés attaquent la résidence du Général Nyamwasa, un dissident du régime de Kigali devenu farouche opposant. C’est la troisième fois en quatre ans que le général échappe à une tentative d’assassinat, la première ayant eu lieu en juin 2010, en pleine coupe du monde. Le général s’en était sorti avec une balle dans le ventre.

Cette attaque intervient deux mois à peine après l’assassinat d’un autre dissident, le colonel Patrick Karegeya.  Trois jours après cette attaque, les autorités sud-africaines expulsent quatre diplomates rwandais et un burundais en affirmant avoir des preuves que les personnes expulsées sont impliquées dans l’attaque.

La réaction ne se fait pas attendre et quelques heures après, sur le réseau social twitter, Louise Mushikiwabo,ministre des Affaires étrangères, annonce que le Rwanda a expulsé six diplomates sud-africains « par réciprocité » en ajoutant que le Rwanda «était préoccupé par le fait que l’Afrique du Sud abrite des dissidents responsables d’attaques terroristes au Rwanda ».

 

Ruhumuza Mbonyumutwa

www.jambonews.net

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5 Commentaires à “Rwanda: La diplomatie du Talion”

  1. Kalissa dit :

    Je suis loin d’être un fan du régime de Kigali, mais par là ils prouvent qu’ils ont le sens de l’honneur, pourquoi les occidentaux se permettent-ils des choses que les africains ne pourraient pas ?
    En plus ces donneurs de leçons sont les artisans de tous les malheurs d’Afrique et faudrait rien faire ?

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  2. RASEC dit :

    Mushikiwabo est devenue la Gasuku de Kagame. Le combre pour elle est que son maître a toujours trahi ses Gasuku.
    En effet, le monde entier a entendu et vu Mushikiwabo affirmer qu’il n’y a aucun soldat rwandais sur le sol Congolais. Quelques heures plus tard, son maître a affirmé le contraire.La parole de ce dernier faisant foi. Dans ses divagations relativement au prétendu génocide des Tutsi imputé aux soldats français, Mushikiwabo a soutenur le contraire lors de son voyage en France il y a deux ans.Elle a affirmé que les accusations de la France portent uniquement sur la passivité des soldats français face aux massacres des Tutsi et non sur les crimes contre les Tutsi qu’ils auraient commis. C’est-à-dire que les soldats français n’ont pas été dligents pour sauver les Tutsi de Kibuye. Le manque de diligence n’est pas un crime. Si tel était le cas, Kagame serait le premier à être renvoyé à la barre pour non assistance des siens en danger alors qu’il avait de milliers d’hommes à Kigali et ailleurs lourdement armés aptes à sauver des milliers de Tutsi. Que celui qui connaît un Tutsi qui a été sauvé par Kagame dise son nom.
    Par ailleurs, Kagame a fait fusiller les soldats de son armée qui ont tente de sauver leurs parents dont la mort était certaine. Les témoins existent et ils parleront le moment venu. Pour Kagame ses soldats avaient pour mission de combattres les FAR afin de lui permettre de réaliser son objectif à savoir prendre le pouvoir apar la force et l’exercer sans partage dans le délai fixé et nullement pour sauver les Tutsi. La vie des Tutsi n’avait aucune importance pour lui. Elle n’était même pas accessoire ou superfétatoire.
    En allant sauver leurs parents, ces soldats ont violé la loi Kagame. Ils devaient dès lors subir un châtiment exemplaire à savoir la mort et ainsi dissuader tous ceux qui tenteront de les imiter. Les faits étant têtus, Kagame répondra de ses actes soit devant la justice, soit devant son créateur. C’est donc une question de temps.

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    • Hendrix dit :

      @RASEC,

      Tu est le seul au monde a dire le contraire. D’apres toi, qui a arreter le genocide au Rwanda et pour ainsi delivrer les Tutsis encore vivants ? Les casques bleues ? L’Operation Turquoise ? Les Far ? L’Union Africaine ? Ne me dit pas que tu ne connais pas la reponse,

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      • RASEC dit :

        Hendrix, il me semble que vous reproduisez le slogan officiel selon lequel Kagame a libéré les Tutsi mais sans préciser contre qui, quoi, pourquoi et comment.Je vous défie de préciser les noms des Tutsi qu’il a sauvés, les lieux et dates. Par ailleurs, si vous êtes Rwandais, ce qui serait surprenant, vous êtes sans savoir que les escadrons de la mort de Kagame ont massacré des dizaines de Tutsi de Kabatwa , commune Mutura , préfecture Gisenyi, que le 01/05/1994, les soldats du FPR sous le commandement de Kagame ont bombardé intensément l’Eglise Sainte Famille à Kigali où des centaines de Tutsi, femmes, enfants et hommes de tous âges avaient trouvé refuge et rares sont des Tutsi qui ont pu s’en sortir, que sur odre de Kagame ses soldats ont découpé en morceaux Docteur Kayihigi Joseph que tous les habitants de Butare et de Kigali connaissent et son fils Jules.Ces faits sont incontestables et les témoins existent. Si vous êtes conséquent avec vous-même, vous ne pouvez soutenir que Kagame a , à la fois, massacré et sauvé les Tutsi.S’il prétend être le sauveur des rescapés Tutsi , pourquoi a-t-il alors ordonné de fusiller les soldats de son armée qui ont tenté de sauver leurs parents et proches dont la mort était pourtant certaine? Kagame a signé, via un homme de service qu’était le feu Kanyarengwe, l’Accord de Paix d’Arusha. Celui-ci lui était plus favorable. Je subodore que que vous l’avez lu. Si Kagame prétend être sauveur des Tutsi, il a alors signé cet Accord avec bonne foi. Or, les faits prouvent le contraire. Sa mauvaise foi est incontestablement intrinséque. Kagame a liquidé le Président Rwandais en fonction et décapité l’opposition par les assassinats de Gapyisi Emmanuel et Gatabazi Félicien. Sur demande des dirigeants du FPR dont Kagame au premier rang, des milliers de Tutsi du Rwanda en l’occurrence ont quitté les écoles, universités et leur travail pour s’enrôler massivement dans l’armée de Kagame contre leurs voisins et amis Hutu. Ce sont donc Tutsi qui, les premiers ont déclenché la guerre contre les Hutu. Ce sont les Tutsi qui, les premiers, ont massacré des milliers de Hutu avant le 6 avril 1994. Si vous avez le sens d’honnêteté intellectuelle élémentaire, vous ne pouvez pas contester ces faits. Le texte ci-après tiré du Rapport dit Mucyo contre la France dont l’auteur réel n’est autre que Kagame est limpide et corrobore mes affirmations.
         » Rapport MUCYO / Contexte de la guerre d’octobre 1990 1.3.1paragraphe 3
        Le 1er octobre 1990, le FPR lance depuis l’Ouganda une attaque d’envergure contre les FAR, déclenchant la lutte armée. Selon les déclarations du FPR, cette lutte a pour but d’instaurer un Etat de droit au Rwanda, de mettre fin à la politique de discrimination ethnique et régionale institutionnalisée et de permettre le retour des réfugiés éparpillés dans la région des grands lacs et dans le monde, certains depuis trente cinq ans. Cette attaque est l’aboutissement de plusieurs années de mobilisation des communautés réfugiées de part le monde depuis le milieu des années 1980, que ce soit au Kenya, en Ouganda, au Burundi, au Sénégal, en Suisse, en France, aux Etats-Unis ou ailleurs. Les communautés des réfugiés rwandais s’organisent et commencent à articuler une plate forme revendicative fondée sur la fin de la politique de discrimination ethnique et régionale et leur droit au retour. Deux courants apparaissent : l’un, radical, pense que le régime idéologique de la suprématie hutu n’est pas auto réformable et qu’il faut donc le combattre politiquement et militairement ; l’autre, collaborationniste, prône le dialogue et la recherche d’un arrangement de type humanitaire. Cinq évènements poussent à l’accélération du processus de mobilisation et de radicalisation des communautés réfugiées ».
        Par ses agissements, Kagame savait très bien qu’il exposait les Tutsi à un danger d’une particulière gravité à savoir la réaction foudroyante des Hutu contre les Tutsi, traités collectivement comme leurs ennemis. Sous peine d’être cynique, Il ne peut nullement prétendre être sauveur des Tutsi mais le fossoyeurs des milliers de tombes de ces derniers.Aussi, quiconque autre y compris vous-même, ne peut affirmer que Kagame a sauvé des Tutsi. Les faits sont têtus comme l’a dit notre commandant suprême l’autre jour. Par ailleurs, force est de constater que depuis plus de vingt ans, Kagame n’a jamais dit qu’il est sauveur des Tutsi. En revancche, il a maintes fois dit que lui et ses compagnons ont pris les armes contre le Rwanda afin de s’emparer du pouvoir par la force et l’exercer sans partage.Son unique objectif était donc de prendre le pouvoir par la force même en marchand dans le sang des milliers de Tutsi. Pour lui, la vie des Tutsi n’était même superfétatoire.
        Vous avez droit d’être partisan du régime Kagame mais l’obligation d’observer la rigidité intellectuelle élémentaire à savoir reconnaître les faits d’une évidence absolue s’impose à vous.La négation de l’évidence est inopérante et vous discrédite.
        Aucun Hutu digne de ce nom ne peut nier les massacres de masse contre les Tutsi. Il en est de même des Tutsi s’agissant des crimes qui ont été commis contre les Hutu.

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  3. TUKUMOMBO dit :

    Pour une fois le Roi de Kigali ose défier ses mentors, si tout les dirigeant noir d’Afrique réagissent de la sorte envers l’occident ,peut-être l’homme blanc traiterai les Africain avec respect. mais çà c’est une mise en scène le Rwanda ne vaut rien devant l’impérialisme, il n ‘y a rien à piller, s’ils se laissent humilier par le roi de Kigali, c’est le début du commencement de sa chute ou si pas sa fuite , Kagamé parfois oublie qu’il es négro de service , bien sûr qu’il a rendu d’énorme service à ses maîtres en créant des fausses rebellions durant 20 ans dans l’est du Congo bilan :8 millions de Congolais sont morts afin de laisser l’espace pour y injectés des Rwandais .L’ivresse du lait et du sang Congolais versé par L’occident à travers Paul Kagamé crie déjà , qui vivra verra.

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