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Rwanda : La question des réfugiés de 1959 à nos jours, toujours de mauvaises réponses

Publié : le 18 février 2015 à 9:47 | Par | Catégorie: Actualité, Analyses de l'actualité

Rwandan-Refugees-Fleeing-into-Congo-1La production de réfugiés est l’une des manifestations des régimes exclusifs ou du moins des crises. La persistance du problème est la conséquence de sa mauvaise gestion. Le réfugié a toujours un motif qui le pousse à craindre pour sa sécurité physique, matérielle ou immatérielle. Le problème des réfugiés rwandais ne fait pas exception à cette règle.

Le problème des réfugiés issus de la chute de la monarchie en 1959

Le Rwanda produisit ses premiers réfugiés en 1959 avec la « Révolution sociale » qui apporta des changements radicaux dans l’organisation du pouvoir à tous les niveaux et dans tous les secteurs. La monarchie héréditaire tutsie se vit ainsi malmenée avant d’être définitivement abolie par le Congrès de Gitarama, le 28 janvier 1961, qui institua le premier drapeau rwandais ainsi que les trois pouvoirs classiques de l’Etat : le législatif, l’exécutif et le judiciaire.

La mauvaise gestion de ces changements importants dans l’histoire du Rwanda fit que beaucoup de Tutsi furent contraints de quitter le pays parce qu’ils ne se sentaient plus en sécurité et certains autres parce qu’ils avaient perdu le pouvoir. Dès les années 60 ces réfugiés commencèrent à mener des attaques contre la jeune république rwandaise, sans succès.

Les gouvernements qui se succédèrent à la tête du pays n’accordèrent pas assez d’importance au problème de ces réfugiés. Même si elle était jeune, la nouvelle république se sentait assez forte et ne voyait vraisemblablement pas la nécessité de tendre la main à ces réfugiés et leur problème est resté sans réponse durable.

CONGO REVOLUTION 1959Un quart de siècle plus tard, les réfugiés tutsis installés en Ouganda, malmenés par le pouvoir de Milton Obote, se sont engagés dans la rébellion de la NRA de Yoweri Kaguta Museveni dès son entrée au maquis en 1982. En 1986 la NRA prit le pouvoir à Kampala. Juvénal Habyarimana qui avait lui-même soutenu le nouveau président ougandais crut, à tort, que la question des réfugiés rwandais était en train d’être résolue puisque le nouveau régime allait les intégrer dans la société ougandaise. Mais très vite des « rumeurs » disant que les réfugiés tutsis se préparaient à partir de l’Ouganda pour attaquer le Rwanda commencèrent à circuler. Lors d’une visite à Butare en octobre 1986, le président Museveni assura que personne n’attaquerait le Rwanda à partir de son pays dans ces termes : « Recently there have been a lot of rumours circulated by people who are ignorant politically that the refugees of Rwanda in Uganda will use Uganda as a base to come and attack Rwanda. This is not possible and it will not happen and I’d like to assure all the people here that it will not happen at all. (…) If you want to get them back, you can come and call them and they come back here. If you can’t have them back, they will stay in Uganda until we find another solution for them.
So there is no problem at all on that issue.”
(http://jkanya.free.fr/museveni070709.html)

Le pouvoir au Rwanda privilégia la solution, qui s’avéra mauvaise, de l’intégration des réfugiés dans leurs pays d’accueil, notamment pour des raisons liées à la surpopulation du pays, tout en ouvrant l’option subsidiaire d’un retour individuel et volontaire de ceux qui le voudraient. Mais il ne fut en réalité probablement pas surpris par l’attaque du 1er octobre 1990, qui conduisit à la prise du pouvoir, quatre ans plus tard, par le FPR dans un océan de sang.

Le problème des réfugiés issus de la prise du pouvoir par le FPR

En 1994, avec la victoire de la rébellion du FPR, le pays se vida d’une partie de sa population. Jusqu’en 1996 le Rwanda fut de loin le pays avec le plus grand nombre de réfugiés, hutus dans leur majorité. Le nouveau régime choisit de résoudre cette question par l’attaque des camps des réfugiés du Congo, pour les forcer à rentrer et en éliminer un grand nombre. Ce fut à certains égards un succès pour le FPR car en effet environ 500 000 rentrèrent et au minimum 190 000 autres furent tués entre le début et la fin de la 1ère guerre du Congo (août 1996- mai 1997) (http://www1.rfi.fr/actufr/articles/079/article_44913.asp). D’autres échappèrent à travers les forêts congolaises. Certains sont parvenus à sortir du Congo pour s’installer ailleurs dans le monde. D’autres sont toujours là-bas et sont estimés à 245 000 par le gouvernement congolais.

Cette opération ne mit pas fin au problème des réfugiés rwandais évidemment. Beaucoup d’autres échappèrent à cette chasse et sont toujours là, partout dans le monde aujourd’hui mais surtout au Congo-Kinshasa. L’opération s’avéra donc être une mauvaise solution.

Refug3Aujourd’hui le régime du FPR continue de produire des réfugiés. Sa solution est de les traquer partout où ils sont, surtout ceux qui sont près de ses frontières et ceux qui osent l’affronter où qu’ils soient, qui qu’ils soient. Le régime a en outre fait pression pour que le statut de réfugié soit retiré aux Rwandais qui ont quitté le pays entre 1959 et 1998. Ceci sans jamais s’attaquer aux raisons de l’exil de ces réfugiés et ainsi persistant dans la mauvaise manière de résoudre le problème.

Il est à remarquer dès lors que les solutions qui ont été apportées jusqu’à maintenant à ce problème ont été celles du plus fort. Or le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître[i]. Même si les réfugiés encore présents en Républiques démocratique du Congo étaient rapatriés de force, voire massacrés, le problème des réfugiés rwandais serait loin d’être résolu tant que le plus fort n’a pas encore compris que sa force face à ces désarmés cessera nécessairement et qu’il est nécessaire d’examiner sérieusement les causes qui produisent encore des réfugiés issus d’ailleurs de plus en plus aussi bien de l’ethnie hutue que de l’ethnie tutsie.

[i] Rousseau, Contrat social, Chapitre III, Du droit du plus fort

 

Pacifique Habimana

jambonews.net

 

 

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4 Commentaires à “Rwanda : La question des réfugiés de 1959 à nos jours, toujours de mauvaises réponses”

  1. Cher Pacifique,
    Merci bien pour cet article au sujet du problème rwandais et ses réfugiés. Je suis bien d’accord avec vous que sa persistance inquiète et a trop dure, en partie parce que mal géré.
    Cependant, les causes que vous évoquez sont très simplistes par rapport aux vraies causes, cachées ou inavouées, surtout de la part des réfugiés dits de 1959. Pour ceux qui s’en souviennent pour avoir été presents, le gouvernement du president Kayibanda a toujours encourage les réfugiés a rentrer au pays. les déplacés internes et le peu de ceux qui ont accepte de rentrer ont été installes au Bugesera. Ils n’ont jamais été inquiétés, meme au haut des attaques de l’UNAR de Décembre 1963 -Janvier 64. Oui, il y’a eu quelques regrettables bavures a Gikongoro, mais jamais dirigées contre les réfugiés.

    Pourquoi les réfugiés du Burundi et de L’Ouganda ont-ils refuses de rentrer? La réponse est que, dans la philosophie et idéologie monarchique de l’unir qui venait de perdre le pouvoir, il n’y a pas de place pour eux, a moins qu’ils règnent en maitre san partage. C’est la la vraie raison de depart en exil, d’opter pour des attaques connues sous l’appellation « inyenzi » au lieu de rentrer pacifiquement. C’est la aussi la raison de la guerre d’octobre 1990 et de son intensification en 1994. Sinon, comment expliquer le refus de FPR d’accepter les accords d’Arusha qui, pourtant, lui accordait beaucoup plus qu’il ne méritait?

    Oui, le gouvernement Habyarimana avait toujours dit que le territoire était devenu trop petit pour accueillir les réfugiés retournant au pays et meme emprisonnait quiconque tentait de rentrer sans « visa », décourageant ainsi des retournants potentiels. Mais en meme temps, il a tente de négocier une installation definitive dans les pays d’accueil, notamment en Uganda. S’il a été trompe par par des gens sans foi ni loi comme Museveni, il ne faut pas le condamner si duremment.

    Qu’en est-il des réfugiés hutu de 1994? Et bien je crois fermement qu’il est ignoble de leur demander de rentrer dans des conditions actuels, quand leurs freres et soeurs d’ethnie au pay sont réduits a l’état d’esclavage par le pouvoir tutsi du FPR, celui la meme qui avait perdu le pouvoir en 1959. Une centaine de milliers d’entre eux croupit dans les prisons depuis 20 ans, souvent sans dossier connu. Plus de deux millions ont été traine devant les tribunaux populaires dits « gacaca ». Ceux qui ne sont pas en prison vient dans une misère abjecte, spolies de leurs biens: terres, cultures, propriétés… Quant a ceux qui se trouvent en exil, presque personne ne serait en sécurité. En effet, selon la loi sur « gacaca », quiconque avait du travail rémunéré avant 1994, avait un poste de direction a n’importe quel nivau de l’administration central, religieux, education, etc… est classe génocidaire de premiere catégorie. C’est dire quiconque avait été a l’ecole! Et nous savons ou se trouvent tous ces intellectuels. En prison. Je passe sous silence le cas de Mme Victoire Ingabire et de ses semblables, aux mains propres et irréprochables.

    Pour me resumer, je trouve que les raisons profondes derriere le problème des réfugiés rwandais est l’entendement de certains, qu’un groupe de la population a été cree pour commander et que l’autre a été cree pour servir. Pour le premier, le Rwanda n’est leur pays que quand il y exerce tout le pouvoir, absolument sans partage avec le second groupe. La solution passe, a mon avis, par l’eradication de cette idéologie de la tete de ceux qui la cultive a longueur des temps.

    A. Ruberwaninkindi.

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  2. Cher Pacifique,
    Merci bien pour cet article au sujet du problème rwandais et ses réfugiés. Je suis bien d’accord avec vous que sa persistance inquiète et a trop dure, en partie parce que mal géré.
    Cependant, les causes que vous évoquez sont très simplistes par rapport aux vraies causes, cachées ou inavouées, surtout de la part des réfugiés dits de 1959. Pour ceux qui s’en souviennent pour avoir été presents, le gouvernement du president Kayibanda a toujours encourage les réfugiés a rentrer au pays. les déplacés internes et le peu de ceux qui ont accepte de rentrer ont été installes au Bugesera. Ils n’ont jamais été inquiétés, meme au haut des attaques de l’UNAR de Décembre 1963 -Janvier 64. Oui, il y’a eu quelques regrettables bavures a Gikongoro, mais jamais dirigées contre les réfugiés.

    Pourquoi les réfugiés du Burundi et de L’Ouganda ont-ils refuses de rentrer? La réponse est que, dans la philosophie et idéologie monarchique de l’unir qui venait de perdre le pouvoir, il n’y a pas de place pour eux, a moins qu’ils règnent en maitre san partage. C’est la la vraie raison de depart en exil, d’opter pour des attaques connues sous l’appellation « inyenzi » au lieu de rentrer pacifiquement. C’est la aussi la raison de la guerre d’octobre 1990 et de son intensification en 1994. Sinon, comment expliquer le refus de FPR d’accepter les accords d’Arusha qui, pourtant, lui accordait beaucoup plus qu’il ne méritait?

    Oui, le gouvernement Habyarimana avait toujours dit que le territoire était devenu trop petit pour accueillir les réfugiés retournant au pays et meme emprisonnait quiconque tentait de rentrer sans « visa », décourageant ainsi des retournants potentiels. Mais en meme temps, il a tente de négocier une installation definitive dans les pays d’accueil, notamment en Uganda. S’il a été trompe par par des gens sans foi ni loi comme Museveni, il ne faut pas le condamner si duremment.

    Qu’en est-il des réfugiés hutu de 1994? Et bien je crois fermement qu’il est ignoble de leur demander de rentrer dans des conditions actuels, quand leurs freres et soeurs d’ethnie au pay sont réduits a l’état d’esclavage par le pouvoir tutsi du FPR, celui la meme qui avait perdu le pouvoir en 1959. Une centaine de milliers d’entre eux croupit dans les prisons depuis 20 ans, souvent sans dossier connu. Plus de deux millions ont été traine devant les tribunaux populaires dits « gacaca ». Ceux qui ne sont pas en prison vient dans une misère abjecte, spolies de leurs biens: terres, cultures, propriétés… Quant a ceux qui se trouvent en exil, presque personne ne serait en sécurité. En effet, selon la loi sur « gacaca », quiconque avait du travail rémunéré avant 1994, avait un poste de direction a n’importe quel nivau de l’administration central, religieux, education, etc… est classe génocidaire de premiere catégorie. C’est dire quiconque avait été a l’ecole! Et nous savons ou se trouvent tous ces intellectuels. En prison. Je passe sous silence le cas de Mme Victoire Ingabire et de ses semblables, aux mains propres et irréprochables.

    Pour me resumer, je trouve que les raisons profondes derriere le problème des réfugiés rwandais est l’entendement de certains, qu’un groupe de la population a été cree pour commander et que l’autre a été cree pour servir. Pour le premier, le Rwanda n’est leur pays que quand il y exerce tout le pouvoir, absolument sans partage avec le second groupe. La solution passe, a mon avis, par l’eradication de cette idéologie de la tete de ceux qui la cultive a longueur des temps.

    A. Ruberwaninkindi.

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  3. Ahmat dit :

    Partout en Afrique, notre probleme principal est que nous ne sommes pas conscients de nos capacitEs de pouvoir regler nous meme nos problemes.
    Et si je m’exprime sur ce site c’est parceque je suis rassurE que celui qui a vecu l’experience vaut mieux que quiconque.
    Toutes les communautEs Rwandaises confondues ont vecu de part et d’autre des moments de douleur tres choquants qui sont tous recents(moins de 150 ans et successifs) et qui doivent etre exploitEs perpetuellement afin de pouvoir resoudre toute crise liEe aux conflits actuels.
    Mais, ce qui est choquant partout, nous africains croyons betement A ce que nous rapportent les escrocs qu’ils soient africains ou etrangers et nous tombons dans notre propre piege.
    MalgrE tout, pour viser le cas du Rwanda, tous les moyens mis A la dispositions des organisations regionales ou internationales, seules pourraient regler tous ces problemes si ces rssources sont mieux gerEs, mais helas, tous ceux qui gravitent autour de ces moyens sont avant tout les meme vautours qui ne cessent de depecer notre pauvre continent.
    Alors, cettte epoque est aujourd’hui celle que nous pouvons compter et imposer le dialogue a travers les meilleurs partenaires, creer les conditions des assises, soient au pays ou un espace tiers, ceci, en acceptant toutes les veritEs, meme qu’elles nous soient defavorables presentement mais profitables A l’avenir.

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