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Rwanda – Droits de l’Homme: l’infâme nomination

Publié : le 26 février 2015 à 11:19 | Par | Catégorie: Actualité

Ignoble, honteuse, vile, abjecte, rares sont les qualificatifs en mesure de qualifier l’infamie de la décision du gouvernement rwandais de nommer Sam Kanyemera, dit Sam Kaka, à la Commission nationale des droits de l’Homme, alors que ce dernier est sous mandat d’arrêt international pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, soit les violations les plus graves des droits de l’Homme connues par l’ordre international. En outre, Sam Kaka est mis en examen par la justice française pour « complicité d’assassinats en relation avec une entreprise criminelle » pour le rôle qu’il aurait joué dans l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Habyarimana, attentat considéré comme l’élément déclencheur du génocide.

Le Général Major Sam Kaka

Le Général Major Sam Kaka

C’est par le biais d’un communiqué faisant suite à la réunion extraordinaire du gouvernement du vendredi 13 février 2015 que la nouvelle est tombée ; Sam Kanyemera, alias Sam Kaka est à nouveau nommé commissaire national aux droits de l’Homme par le gouvernement rwandais. C’est la deuxième fois que cet ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise est nommé à ce poste, après une première nomination au cours de l’année 2010.

Sam Kaka est nommé à ce poste de gardien des droits de l’Homme alors qu’il est lui-même sous mandat d’arrêt international délivré par le juge espagnol Fernando Abreau Merelles pour génocide, crimes contre l’humanité, et crimes de guerre.

Selon les témoignages obtenus par le juge espagnol, Sam Kaka, a été « un des responsables des opérations militaires contre la population civile, en plus des disparitions, exécutions sommaires et autres actes similaires contre la population Hutu des localités de Munyanza, Kiyanza, Rutongo, Kabuye et, par-dessus tout, dans la « boucherie » (« carniceria ») du camp de Nyacyonga. »

C’est, ajoute le juge, dans l’objectif de conquérir le pouvoir « au travers du corridor partant de la localité de Kisaro et passant par Buyoga, Muyanza, Mugambazi, Rutongo, Kabuye, Gisozi et Kinyinya » que les forces de l’A.P.R./F.P.R. et principalement le bataillon Alpha dirigé à l’époque par Sam Kaka, ont massacré la population civile.

Pour le juge espagnol, les opérations qui ont été menées dans de très nombreuses localités entre autres par le bataillon de Sam Kaka sont « des opérations systématiques de « nettoyage ethnique » des Hutu ». « Les cadavres ont été incinérés ou enterrés dans les camps de Bigogwe, Mukamira, tandis que d’autres ont été transportés par camion vers des fosses communes ou des fours crématoires dans la forêt de Gishwati. »

Rien qu’à Masaka entre juillet 1994 et le premier trimestre de 1995, estime le juge, « ont été assassinées près de 50.000 personnes » dont les cadavres ont nécessité pour leur incinération, deux livraisons par semaine de camions pleins de barils d’essence, livraisons à l’époque organisées par les lieutenants-colonels Jackson Rwahama Mutabazi et Karake Karenzi .

En plus de ces très sévères accusations de la justice espagnole, Sam Kaka est dans le collimateur de la justice française qui l’a mis en examen pour « complicité d’assassinats en relation avec une entreprise criminelle » dans le cadre de l’enquête visant à déterminer les responsables de l’attentat du 6 avril 1994 ayant déclenché le génocide.  Cette enquête avait été initiée par le juge Bruguière qui avait lancé un mandat d’arrêt contre Sam kaka, avant d’être reprise par les juges Trevidic et Poux dont on attend la clôture de l’instruction.

Sam Kaka en reunion avec le ministre Mukantabana pour étudier la question du rapatriement des réfugiés

Sam Kaka en reunion avec le ministre Mukantabana pour étudier la question du rapatriement des réfugiés

Si depuis la prise du pouvoir du FPR le 4 juillet 1994, la population rwandaise est habituée à voir nommer des personnalités sur lesquelles pèsent de lourdes charges de violations de droits de l’Homme aux plus hautes fonctions de l’Etat, la nomination d’une de ces personnalités à un poste aussi symbolique que celui de commissaire aux droits de l’Homme suscite des questions sur le message que souhaite envoyer le gouvernement à la population rwandaise et à la communauté internationale, au moment même où le Rwanda est à nouveau pointé du doigt par Human Rights Watch pour ses graves violations des droits de l’Homme.

Quelles que soient les motivations du gouvernement, une telle décision est insupportable, inqualifiable, intolérable, car c’est la remise en cause par le gouvernement de l’existence même de la notion des droits de l’homme au Rwanda qu’elle symbolise.

 

Ruhumuza Mbonyumutwa

Jambonews.net

 

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