FR | EN

Le Centre Marembo, une pépite au Rwanda

Publié : le 16 février 2019 à 16:56 | Par | Catégorie: A la une, Actualité, Culture

En 2017, le ministère rwandais du Genre et de Promotion de la Famille (MIGEPROF) a publié le chiffre des grossesses non désirées au Rwanda, chez les adolescentes entre 17 et 19 ans et scolarisées. Ce chiffre était de 17.500 [1]. Il est alarmant car les conditions de vie des mères adolescentes peuvent se dégrader si leur entourage ne les soutient pas. En particulier, pour les jeunes filles vivant dans la rue, une maternité précoce est doublement préoccupante car elles sont dans une situation de précarité et accueillir un enfant dans ces conditions augmente la vulnérabilité de la mère et de l’enfant. Jambonews revient sur la sensibilisation pour prévenir les cas de maternité précoce au Rwanda et vous fait découvrir le Centre Marembo, une pépite qui vient en aide aux mères vivant dans la rue.

La sensibilisation

Espérance Nyirasafari, ministre rwandaise du genre et de la promotion de la famille entre 2016 et 2018, a sensibilisé à plusieurs occasions la société rwandaise sur les cas des maternités précoces. Le 6 novembre 2017 [2] la ministre prenait la parole pour rappeler à l’ordre ceux qui excluent les adolescentes enceintes des établissements scolaires ou des autres institutions au seul motif de leur grossesse. C’était suite à l’exclusion de 22 jeunes filles de l’Itorero, une institution supposée promouvoir « l’éducation civique » et apprendre aux Rwandais « la culture rwandaise », par son président Edouard Bamporiki. Les jeunes filles avaient été exclues car dans le programme d’Itorero étaient prévues des activités sportives. Cette exclusion était une récidive suite à une première exclusion de 96 jeunes filles enceintes en 2015. La ministre continuait en encourageant t les adolescentes qui subissent des violences sexuelles à demander de l’aide auprès du centre Isange one Stop, un centre géré par la police nationale qui assure le traitement et l’écoute des victimes des violences faites aux femmes, et en demandant aux autorités de poursuivre les personnes qui ont des rapports sexuels avec des mineurs, la majorité sexuelle au Rwanda étant fixée à 18 ans.

Fin septembre 2018 [3], Espérance Nyirasafari tirait encore une fois la sonnette d’alarme sur le cas des grossesses non désirées chez les adolescentes au Rwanda : « Tout le monde dans la communauté connait les gens qui couchent avec nos jeunes filles. Ce sont des membres de la famille, des voisins, des amis, etc… Mais beaucoup choisissent de garder le silence sur une telle calamité. Je pense qu’il est grand temps que nous changions ! Je souhaite voir les femmes se saisir de ce sujet, être au centre de cette action. C’est dans notre pouvoir. »

La naissance de la pépite

En 2003, trois jeunes femmes étaient en train de marcher dans la rue quand elles ont aperçu un enfant de 11 ans portant sur son dos un bébé. Elles ont suivi la jeune fille et se sont aperçues qu’elle vivait dans la rue avec son enfant et d’autres jeunes filles et garçons. Elles ont été choquées par les conditions précaires dans lesquelles vivaient ces enfants et par l’indifférence de la société face à cette situation. Le 23 mai 2003, elles ont décidé d’utiliser leur épargne pour créer une organisation qui viendra en aide à ces enfants, les protéger et les réintégrer dans la société « Un enfant de rue n’existe pas, la rue ne peut pas avoir des enfants. Ce sont des enfants que la communauté a abandonnés, nous devons prendre notre responsabilité » déclare Nicolette Nsabimana, directrice et une des fondatrices du Centre Marembo.

Au départ elles ont créé un centre pour les filles et un centre pour les garçons. Le centre pour les garçons fut une réussite et celui pour les filles et leurs bébés dut fermer quatre mois après l’ouverture. Les jeunes filles nécessitaient une attention particulière et leur centre manquait de ressources financières et d’accompagnateurs sociaux adaptés. Cet échec n’a pas arrêté la détermination de trois jeunes femmes car elles en ont profité pour analyser la spécificité des problèmes des filles et pour préparer une solution adaptée à leurs besoins particuliers.

En 2012, après avoir fait le constat qu’il y a une dizaine de centres venant en aide aux garçons à Kigali, elles ont décidé de fermer le centre réservé aux garçons et ont transféré leurs résidants vers ces autres centres. Ainsi, elles ont pu concentrer leur énergie à aider les jeunes filles et leurs bébés. Leur mission aujourd’hui est de « transformer les vies des enfants et des adolescentes qui ont été victimes de viol et d’autres formes des violences chez eux comme dans la rue ». Leurs programmes s’organisent autour de 5 piliers :

1. Santé et bien-être

Le Centre Marembo, en collaboration avec les autorités locales, la police ou la communauté repère les jeunes filles vivant dans la rue et recueille celles qui sont prêtes à quitter la rue. Les filles arrivent au centre souvent traumatisées, avec des problèmes émotionnels, des problèmes mentaux, un manque d’auto-considération et de confiance en elles. Elles peuvent souffrir aussi des maladies sexuellement transmissibles (MST). Le Centre les prend en charge et met en œuvre les moyens nécessaires pour aider ces adolescentes à guérir. Un test d’ADN leur est également fourni pour identifier l’identité de leurs enfants.
A leur arrivée au Centre, elles résident dans un foyer de transition, “Harakeye House” (la maison de la sérénité), qui va leur permettre de retrouver la quiétude et la stabilité perdues dans la rue. Dans ce foyer, elles ont accès :

  • aux conseils, aux soins médicaux, aux produits de première nécessité ;
  • à l’accompagnement auprès des autorités locales, à l’assistance devant les tribunaux pour obtenir justice ;
  • à l’éducation ou à des formations, le Centre Marembo prenant en charge les frais financiers à venir ;
  • à l’éducation sexuelle : planification familiale, éducation sexuelle, sensibilisation sur les MST…

2. Formation

En plus de l’éducation et de la formation professionnelle, le Centre Marembo organise des programmes d’alphabétisation, de calcul, ainsi que des programmes culturels, musicaux et artistiques. Pour ce pilier, chaque année, le Centre prend en charge les frais de scolarité et les charges financières des 100 enfants à l’école primaire et secondaire et offre une formation professionnelle et une éducation sexuelle à des centaines de jeunes gens. Ce pilier a pour but de préparer les filles à être autonomes et indépendantes.

3. Autonomie

L’un des souhaits du Centre est que ses filles deviennent autonomes et confiantes dans leurs relations aux autres. En plus du soutien et support déjà évoqués ci-haut, les filles sont formées aux droits de l’Homme et à l’égalité. Elles sont formées aussi sur l’élaboration de plans d’affaire et à la compréhension générale de la gestion pour qu’elles puissent générer leurs propres revenus. L’autonomie s’acquiert progressivement dans le foyer “Abatuje House” (la maison de l’apaisement). Dans ce foyer elles vont pouvoir s’apaiser et se préparer à reprendre leur place dans la société.

4. Réinsertion

Pour le long terme, le Centre ambitionne pour ses filles le retour auprès de leurs familles et la réintégration dans la société. Le Centre garde un contact avec les filles réinsérées et ses portes ouvertes pour celles qui auraient des difficultés dans cette étape. Il collabore avec les leaders de la société et les décideurs politiques pour sensibiliser la communauté sur les questions des violences domestiques, de la maltraitance des enfants et de la négligence infantile.

Le Centre organise une journée de sensibilisation une fois par an, à la date anniversaire de la création du Centre. En plus des sujets cités plus haut, cette journée est l’occasion de faire connaitre le Centre et d’échanger avec les organisations gouvernementales ou non gouvernementales qui agissent dans le domaine de la protection de l’enfance. « C’est le devoir de chacun d’aimer et de prendre soin de tous les enfants parce qu’ils sont les leaders de demain » peut-on lire sur leur site internet.

5. Justice

La majorité des filles du Centre Marembo sont des victimes de viol ou d’autres formes de violence. Le Centre travaille avec les institutions publiques concernées pour permettre à ces jeunes filles d’accéder à la justice. Il leur fournit un accompagnement dès le dépôt de plainte jusqu’au tribunal. Cela permet aux victimes de retrouver leur dignité. Le centre milite pour une prise de conscience et de responsabilité collectives sur la violence sexuelle que subissent les jeunes filles vivant dans la rue. « Les filles vivant dans la rue n’ont pas de relations sexuelles avec les garçons vivant dans la rue, elles ne sont pas engrossées par les garçons vivant dans la rue, mais plutôt par des adultes éduqués. Elles nous disent que les hommes viennent les chercher en voiture pour les amener coucher avec elles chez eux, dans des maisons propres. Tous les Rwandais devraient se sentir concernés et lutter contre ce problème et ne pas laisser cette action aux pouvoirs publics » déclare Nicolette Nsabimana au journal Igihe [4].

Le Centre Marembo est en train de construire une clinique pour mieux accompagner ses filles. Dans la rue, certaines ont attrapé des MST ou souffrent de problèmes mentaux. La future clinique a pour vocation de fournir des services dignes de confiance. Elle sera située dans le village de Karubibi, cellule Cyaruzinge, secteur Ndera, district de Gasabo, ville de Kigali. Le centre a franchi l’étape d’acquérir le terrain.
Pour découvrir toutes les activités du Centre, Jambonews vous invite à parcourir leur site internet : http://www.centremarembo.org. Vous avez la possibilité de soutenir leur action en faisant un don au Centre, en achetant un des produits que le Centre propose ou en promouvant leur action autour de vous.

[1] http://fr.igihe.com/sante/17500-grossesses-non-desirees-pour-adolescentes.html
[2] http://www.ukwezi.rw/mu-rwanda/3/MIGEPROF-yikomye-abaha-akato-abana-baterwa-inda-batarageza-imyaka-y-ubukure
[3] https://www.newtimes.co.rw/news/nyirasafari-raises-red-flag-over-increasing-teenage-pregnancies
[4] http://igihe.com/amakuru/u-rwanda/article/agahinda-ubuhamya-bw-abana-basambanyijwe-bagaterwa-inda-na-virusi-itera-sida

Profitez et partagez avec vos amis:
  • Facebook
  • Twitter
  • MySpace
  • email
  • LinkedIn
Tags:

Un commentaire à “Le Centre Marembo, une pépite au Rwanda”

  1. Thierry dit :

    Aux lecteurs de Jambonews;

    J’avoue que cet article m’apparut anodin à sa publication. Mais par curiosité, je me suis mis a la lire et m’intéresser à l’organisme dont il est question. Ma conviction est la suivante : ce centre Marembo n’est pas une pépite mais le Cheval de Troie de l’oligarchie mondiale qui prône un Nouvel Ordre Sexuel qui attend détruire la notion que les Rwandais se font de la famille.
    Je voudrai premièrement attirer l’attention du lecteur sur une confusion qui peut sembler anodine dans ce texte, mais pourtant déterminante dans la compréhension du problème dont il est ici question. Les Romains disaient Caveat emptor, que l’acheteur soit vigilant, il en va de même ici que le lecteur soit vigilant.
    De fait, Il y a une confusion entre les grossesses précoces et les grossesses non désirées. Même si une grossesse précoce est de fait une grossesse non désirée, une grossesse non désirée n’est pas forcement une grossesse précoce. Et on peut donc valablement dire que le remède a l’une n’est pas la solution à l’autre.
    Ceci m’amène donc à poser la question : de quel fléau souffre le Rwanda : grossesse précoce ou grossesse non-désirée.
    Ma conviction est celle-ci, le Rwanda, comme tous les pays souffrant d’une pauvreté chronique, on observe des grossesses chez des jeunes filles qui sortent de la puberté (17ans, 18 ans,…). Mais peut-ton parler vraiment de grossesse précoce?
    Cela n’est pas le résultat d’un manque d’éducation sexuelle ou d’autres tares qu’on pense inhérentes à la culture Rwandaise, mais bien le résultat de la pauvreté.
    Mettons les choses en scène : la société de consommation est solidement installée au Rwanda, les chanteurs et stars de télé au Rwanda se pavanent dans leurs vidéos, portable et montre de luxe à la main, offrant à leur conquête des coffrets de maquillage de marque. Ces jeunes filles n’ayant d’autres moyens que d’entrer dans les relations rémunérées pour avoir accès à la consommation, se retrouvent enceintes, cela ne serait être le résultat d’un manque d’éducation sexuelle.
    Ces filles sont trois fois victimes :
    • De notre société de consommation qui colonise tout jusqu’à notre intimité
    • De la pauvreté et de ceux qui l’exploite
    • Et enfin de ces organismes qui les victimisent et traitent la culture rwandaise d’arriérée
    Mais comme il y a confusion (attendez uniquement grossesse précoces), on s’attaque alors a la culture rwandaise, étant donné que celle-ci, du fait de son conservatisme et de son anachronisme, est la cause même de ce fléau. Ainsi, un problème social (pauvreté), devient un problème sociétal (sexualité précoce) , et puis que c’est sociétal, attaquons nous a la culture rwandaise.
    A ce stade de la lecture, vous pensez sans doute que je disjoncte, mais lisez alors les recommandations que les bailleurs de fonds de cet organisme préconisent (https://www.aktionregen.at/index.php/en/whatwedo/fplwhy ) :
    • Education sexuelle des l’adolescence
    • La planification familiale (on utilise volontiers planning pour ne pas effrayer les rwandais)
    • Education sur les moyens d’avortement
    • ….
    Je vous défie d’y trouver un remède à la pauvreté. Bref, un problème qui résulte d’une pauvreté chronique est devenu un problème culture et de planification familiale !
    Pourquoi entretenir la confusion entre grossesse précoce et grossesse non-désirée ? Cui prodest ?
    Enfin, je me suis rendu sur le site du ministère faisant autorité sur les questions familiales et quelle fut ma surprise de voir que le nom du ministère s’appelle Ministère du Genre et de la Promotion Familiale. Je me demande pour quel dessein parle-t-on du Gene, Homme, Femme, ou bien y’at-t-ils d’autres genres que le ministère a en tète ? On peut se dire que c’est sans importance, mais croyez-vous que ceux qui ont débattu pour choisir ce nom n’avaient pas une idée en tête ? Res ipsa loquitur !
    En commençant, j’avais dit que cette organisme n’était pas une pépite mais un Cheval de Troie qui cache toutes les vicissitudes sociétales dont les Rwandais feraient mieux de se méfier .
    En Kinyarwanda, Irembo désigne généralement l’entrée ou la cour devant la maison par laquelle les invités entrent dans votre maison. Il me semble symbolique aujourd’hui que c’est le nom que porte cette association, elle a dans sa cours le Cheval de Troie du nouvel ordre mondial qui passe par la révolution des mœurs.

       0 likes

Laissez un commentaire