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Le Rwanda joue les élèves modèles aux USA

Le Rwanda joue les élèves modèles aux USA

Paul Kagame à l'université de carnegie

Paul Kagame à l'université de carnegie


Le président rwandais s’est rendu le vendredi 16 septembre à l’Université Carnegie Mellon, dans l’Etat du Pennsylvanie, pour y effectuer une visite académique en vue de promouvoir l’éducation et la recherche technologique au Rwanda. En effet, l’institution américaine y prévoit d’ouvrir un campus pour des étudiants Master en Technologie de l’Information et Ingénieur Informatique. Faisant de Carnegie Mellon la première université américaine à ouvrir une Faculté dans le région des Grands Lacs. Promouvoir l’éducation et la recherche en Afrique est, selon Paul Kagamé, la meilleure solution pour sortir d’une culture de dépendance, vis-à-vis de l’Occident. Une vision à long terme pour un développement durable, félicitée par Jared Cohon, le Président de Carnegie Mellon. Tous saluent les efforts du président pour booster la croissance de son pays, afin de transcender l’enclavement et la pauvreté des ressources, qui n’ont cessé de le fragiliser. Ainsi passer du secteur primaire au secteur tertiaire, qu’est le marché des biens et services, notamment dans la communication et l’information. S’ajoute à ça, à présent, l’éducation, pour perpétuer le savoir. Le Rwanda se targuerait ainsi être un hub de la science, en Afrique Centrale : carrefour entre Ouest et Est. Effectivement, l’ouverture du campus universitaire prévoit aussi d’accueillir des étudiants des pays voisins. Il faut avouer que tout cela n’aura été possible que par l’établissement d’un Etat-nation où la sécurité et la paix sont les mots d’ordre, de même que des institutions limpides qui combattent la corruption, cette dernière endémique en Afrique. Quant aux bénéficiaires de cette collaboration, ils sont plus qu’enthousiastes : les étudiants rwandais et américains s’impatientent déjà de voir la Faculté ouvrir ses portes.

 

Manifestants contre la visite de Kagame à Pittsburgh aux USA

Manifestants contre la visite de Kagame à Pittsburgh aux USA


Cela étant dit, le type de développement promu par Paul Kagame a son revers de la médaille. A savoir le refus de se voir vivre dans un pays où : les Droits humains sont respectés ; la presse libre est florissante et l’opposition un contre-pouvoir non négligeable. Ainsi le développement actuel du Rwanda va de pair avec une réduction des libertés individuelles, rendant sa population passive, dépendante et terrorisée. Toute critique du régime en place est systématiquement réprimée. C’est le prix à payer dont le cas le plus frappant est celui de l’opposante Victoire Ingabire, actuellement emprisonnée à Kigali pour avoir « osé » défier le parti unique au pouvoir : le FPR (Front Patriotique Rwandais), lors des élections présidentielles d’août 2010.

Parallèlement, Human Rights Watch dénonce des assassinats, comme celui de l’opposant André Kagwa Rwisekera (Green Party) et journaliste Jean Léonard Rugambage. C’est-à-dire que l’opposition et la presse libre, au Rwanda, vivent leurs heures les plus noires. Les autres opposants que sont Deo Mushayidi, Bernard Ntaganda et Frank Habineza : les deux premiers actuellement incarcérés, l’autre constamment châtié. Quant à la rédactrice en chef du journal indépendant Umurabyo, Agnès Uwimana et sa journaliste, Saidati Mukakibibi, écrouées pour « outrage au Chef d’Etat ». A signaler aussi le cas des deux directeurs, Jean-Bosco Gasasira et Didas Gasana, du journal Umuvugizi et Umuseso respectivement : aujourd’hui en exil parce que persécutés.

D’ailleurs vendredi, à l’extérieur de la salle où Paul Kagamé donnait son speech, il y avait une cinquantaine de protestataires qui s’indignaient du fait que l’université américaine joue la carte de l’ambiguïté quand on sait que le pays de l’Oncle Sam est le grand apôtre de la démocratie. A commencer par son Premier Amendement qui stipule, je le rappelle, ne faire « aucune loi ayant pour objet (…) de limiter la liberté de parole ou de presse, ou le droit des citoyens de s’assembler pacifiquement et d’adresser des pétitions au gouvernement pour qu’il mette fin aux abus». Et les manifestants ont bien fait valoir leurs droits ! Composés d’étudiants du Carnegie Mellon, de la communauté congolaise de Pittsburgh et bien sûr de la diaspora rwandaise, tous étaient là pour désapprouver cette collaboration, qui tend à occulter l’absolutisme du régime FPR et, surtout, sa responsabilité majeure dans les crimes perpétrés dans la région des Grands Lacs pendant et après le génocide rwandais de 1994, notamment à l’Est de la République Démocratique du Congo.

Cela est sans rappeler que la visite de Paul Kagamé suit celle de Paris, effectuée début de la semaine passée, où il rencontra son homologue français, Nicolas Sarkozy. Une rencontre qui a fait couler beaucoup d’encre étant donné le contentieux, historique, qui anime ces deux Etats. Voilà un Paul Kagamé qui, à présent et contre toute attente, fait profil bas. Une première ! Ses déplacements à l’étranger se font rares – pour éviter les humiliations diplomatiques et publiques. Pris entre deux feux, il tente coûte que coûte se refaire une image à l’étranger tant celle-ci est entachée par sa propre tyrannie et crimes commis dans le passé. Certes, avoir plus d’un tour dans son sac peut retarder l’échéance…mais aucunement l’annuler.

Et pour tout vous dire : l’ennui qu’on a souvent avec les élèves modèles, c’est leur côté lèche-bottes, assez agaçant. En effet, que ne feraient-ils pas pour une flatterie, même quand la maison s’enflamme !

Jean Bigambo
jambonews.net

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