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L’Afrique : on fête ou on fait le deuil ?

Publié : le 23 novembre 2010 à 3:02 | Par | Catégorie: Opinion
Afrique

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Est ce que le continent africain, aujourd’hui, est toujours ce qu’il a toujours été? La question est certes vaste, mais non moins pertinente, surtout pour la nouvelle génération. Car encore de nos jours, certains sont encore portés à croire que c’est le cas. L’Afrique n’a pas changé, de même que les africains. Certains iront même plus loin en disant qu’elle ira de mal en pis. Ces derniers on les appellera les afro pessimistes. Mais peut-on se contenter de ces simples affirmations dérivées des crises post-indépendances ?  Des échecs cuisants du FMI et de la Banque Mondiale et leurs politiques d’ajustements structurels, suite à la crise des matières premières fin des années 70’ forçant les nouveaux États africains endettés à davantage de privatisations, n’ont fait qu’empirer les choses.

On vient de fêter les 50 ans d’indépendance du continent noir. Deux générations sont passées et l’on ne sait toujours pas ce qu’est l’Afrique et les africains. Pourquoi tant d’échecs ? Car à ce jour, on ne peut se voiler la face : le bilan, après ces cinquante ans passées, est désastreux. Cependant, la génération actuelle n’accepte plus de se contenter d’explications ou moralités déjà toutes faites. On cherche les raisons, encore et partout. Le(s) coupable(s). Est-ce l’occident : ses ravages du colonialisme et ses prêts aux intérêts exorbitants? Est-ce nos parents toujours ancrés aux valeurs africaines anciennes opposées au monde occidental actuel ? Est-ce le sort du continent, de l’homme noir ? Je pense ici, à Haïti, pourtant autrefois la colonie la plus prospère au monde. Est-ce l’aide octroyée au continent qui alimente la corruption et la dépendance comme le dit Dambisa Moyo dans son livre adulé et critiqué « l’Aide Fatale » (2009)? Qu’on regrette le départ du colon ? Il y avait de l’emploi, des chemins de fer, des écoles et hôpitaux, au moins ! Que voulait dire le président français Nicolas Sarkozy à Dakar le 26 juillet 2007 en disant « l’homme moderne qui éprouve le besoin de se réconcilier avec la nature a beaucoup à apprendre de l’homme africain qui vit en symbiose avec la nature depuis des millénaires » Le mythe du bon sauvage revisité par Sarkozy…ou encore « le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance (…) le développement qui ne va pas assez vite » La colonisation n’est pas responsable, selon lui, des dictateurs, des génocides, de la corruption en Afrique. Qui l’est alors ? Je rebondis aussitôt sur l’idéologie de la fameuse “mission civilisatrice” à l’aube du colonialisme par l’un des plus grands écrivains du 19ème siècle, Victor Hugo. Lui aussi en a dit pas mal sur le continent noir, comme son discours du 18 mai 1879 : « Que serait l’Afrique sans les blancs ? Rien ; un bloc de sable ; la nuit ; la paralysie ; des paysages lunaire. L’Afrique n’existe que parce que l’homme blanc l’a touchée (…) l’Afrique n’a pas d’histoire (…) Cette Afrique farouche n’a que deux aspects : peuplée, c’est la barbarie ; déserte, c’est la sauvagerie (…) ». Plus de cent ans séparent ces deux discours de ces deux personnes hautement considérées. Pourtant le fond n’a guère changé faut-il en conclure. On n’est pas sorti de l’auberge…africaine. Mais il y a, en parallèle, du positif et du mouvement. Les derniers, et pas des moindres : l’élection du premier président métisse, Barack Obama et la première coupe du Monde en Afrique du Sud qui furent tous deux un succès et un message d’espoir pour tous ceux qui commençaient à croire à la fameuse malédiction de Cham.

Rappelons-le quand même qu’avant ces grands événements l’Afrique a fait du chemin ! L’abolition de l’esclavage et la proclamation de la première république noire que fut Haïti, les Civil Rights Mouvements, les Indépendances… Le meilleur reste-t-il à venir ? Une chose reste évidente : les africains sont les grands oubliés de ces derniers siècles et grande est l’ignorance qu’on a envers ce peuple et sa diaspora. A l’écrivain suédois, Mankell Henning de constater en disant : « Nous savons comment meurent les Africains, mais jamais comment ils vivent » Je le paraphraserai autrement, notamment, que nous savons de quoi meurent ces derniers, mais jamais de quoi ils vivent.

Quel est l’avis des africains et de sa diaspora d’eux-mêmes et de leur continent ? Qu’est-ce que c’est d’être Noir au pays des blancs, au 21ème siècle ? Comment valoir sa différence en étant tous égaux face à la loi ? Voilà le challenge aujourd’hui de l’occident face à la diaspora africaine dans les grandes métropoles européennes : où tout a tendance à se jouer sur une nuance…de peau, ou presque. Cette « réconciliation des peaux »  passera par la (re)découverte de l’autre dans son entièreté, son histoire propre et sa diversité. Car l’image que nous projette les médias sur le continent est encore parsemé de fantasmes et de stéréotypes, qui n’ont pas fini d’alimenter l’inconscient collectif des blancs comme des non-blancs, à commencer par les noirs eux-mêmes. Mais n’est ce pas avant tout l’histoire d’une rencontre, brutale certes ? L’Afrique n’est pas ce bloc de sable à partager pour résumer V. Hugo, mais bien un continent dont ses habitants ont toujours été en perpétuel mouvement. Ces derniers ont longtemps été marginalisés car ils avaient peu en commun avec l’Europe des Lumières, notamment par la carence de traditions écrites – qui soit disant – légitime toute civilisation.

Il est temps à présent  de redécouvrir ce continent mal compris. Et mon espoir est que le 21ème siècle sera celui de l’Afrique. Après des siècles de traite, qui la vidée de ses forces vives, aujourd’hui, enfin, le continent émerge et commence à afficher des taux de croissance économiques et démographiques aux chiffres plus qu’impertinents. Cela dit, le chemin reste long. Mais en Afrique on prend son temps et les afro-pessimistes ne perdent rien pour attendre…

Jean Bigambo.

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Un commentaire à “L’Afrique : on fête ou on fait le deuil ?”

  1. Judith dit :

    Il est un peu difficile de parler d’indépendance africaine. Souvent j’ai honte d’entendre parler de 50ans d’indépendance alors que jusqu’à présent beaucoup de pays africains dépendent encore socialement, politiquement et économiquement des pays colonisateurs .Quand je discute avec mes frères blancs à propos d’indépendance africaine, li me manque des raisons assurantes pour les convaincre que nous avons eu l’indépendance
    Il faut que nous les Africains, apprenions d’abord à nous respecter, à nous connâitre nous-mêmes, savoir d’où nous sommes venus ,où nous allons et savoir ce que l’on cherche et ce que l’on trouve.
    A acquérir notre identité en travaillant assidûment, en utilisant et exploitant nous-mêmes nos ressoouces à notre disposition sans toutefois imaginer qu’il va y avoir quelqu’un d’autre de lAsie ou ailleurs qui va le faire pour nous ou qui va nous aider. Avec cet esprit de compter d’abord sur soi -mëme avant toute aide, l’Afrique va émerger le plus vite possible et presque n’importe qui dans le monde va souhaiter vivre et travailler en Afrique à cause d’abord de la bonne tradition d’hospitalité africaine, respect, amour du prochain, ressources naturelles, meilleur climat et d’autres atouts ,talents et spécificités particulières africaines
    Il faut que nous apprenions à aimer et faire respecter d’abord nos peuples et notre continentet, ne pas se laisser toujours manipulés et dirigés par ceux qui trouvent des intérêts colossaux pour nous voir agenouillés devant eux pour des aides et après on se moque de nousen disant qu’on est paresseux.
    Et je comprends très bien lorsque on dit que nous les Africains sommes paresseux,. Comment expliquer un peuple en bonne santé et doté d’amour de Dieu, qui a presque tout, eau, terre,bois, resources naturelles, conditions climatiques favorisant un travail ,peut passer une journée en quémandant ou à errer dans les rues?
    Ou,i les aides sont d’une importance capitale, mais tendre chaque fois des mains vers l’extérieur ne rend jamais un bon service ni même à nos enfants. Cet acte de mendicité nous plonge encore dans l’infériorité et colonialisme, dénigrement, d où il serait alors compliqué de parler d’indépendance.
    L’Afrique ne peut pas se développer avec des aides extérieures; l’Afrique va être développeé par des Africains eux-mêmes qui l’aiment .
    L’Afrique a beaucoup plus d’atouts que le reste du monde, mais li semblerait que les africains ne se connaissent pas et n’aiment mëme pas leurs frères et leur continent car s’ils aimaient leurs frères et leur terre, ils n’auraient permis les gens de l’extérieur venir déchirer ou faire entre-déchirer des fréres, je dis cela car aprés une longue séries d’années de recherches, j’ai touvé que beaucoup de conflits que connaît l’Afrique viennent et sont alimentés de l’extérieur du continent.
    En plus, il est surprenant de voir par exemple un noir Zambien qui veut traverser la frontière de la Zambie vers la Tanzanie, puis on lui demande visa et passeport, mais un blanc arrive , il traverse la barrière sans lui demander quelque chose. C’est quoi cela?
    Bref pour conclure. je dois souligner ici que notre Afrique que je respecte beacoup ,n’a pas besoin d’argent pour prouver son indépendance totale et son émergence économique mais plutôt des  » IDEES ».
    Ce sont des idées que, selon moi, l*Afrique a beaucoup besoin en premier lieu pour un meilleur développement socio-économique et politique.

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