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Communauté rwandaise: Clivages et leadership, quel issue ?

Publié : le 20 décembre 2010 à 23:38 | Par | Catégorie: Opinion

Parlons de cette chose communément appelée « ikigare ». C’est un mot qui ne fait pas plaisir à entendre, car personne ne souhaite s’y retrouver, du moins le plus souvent.

Cependant, qu’est ce que ce mot implique dans la communauté rwandaise ? Nous pouvons trouver quelques illustrations du phénomène  dans la communauté rwandaise de Belgique, dont voici :

  • Une jeune fille ? Tu fais des études d’infirmière, tu te maries et tu fais des gosses
  • Un jeune garçon ? Tu fais des études d’informatique, ingénieur (au moins eux ils ont le choix !), et tu cherches du boulot. L’enchaînement est : Mariage- bistro-enfants- voiture neuve-maison…
  • Un jeune couple dont tous les deux employés ? Deux enfants- vous achetez une nouvelle voiture- une maison à retaper en Flandre ou mieux : dans le fond du Hainaut, quand bien même monsieur et madame travaillent à 100km de là…
Bague de mariage

Bague de mariage

Bien sûr, il faut faire ainsi, car si tu ne le fais pas, tu ne cadres pas avec le cliché ! Ou mieux, il faut faire la même chose en mieux, pour concurrencer  tes camarades, comme ça ils ne pourront plus se dire qu’ils sont mieux que toi (Kubemeza).Ici, je fais allusion à une autre maladie grave dont souffre notre communauté : celle de la « compétition ».En effet, le Rwandais de la diaspora, (et du Rwanda je suppose…) vit dans une compétition permanente avec ses voisins et  ses proches. De ce fait, tous les autres rwandais sont nos concurrents à la base, avant d’être des frères ou des compléments. Cette rivalité n’a pas de limite, car elle va jusque dans le couple rwando-rwandais : le mari et la femme sont souvent  des rivaux au lieu d’être complémentaires (triste réalité !).

Malheur à toi si tu ne fais pas comme eux, tu n’as pas réussi. Par conséquent, tu  seras banni, ou tu auras un cachet indélébile qui symbolisera ton échec. Cette manière que nous avons de ne pas être nous même, de suivre les clichés tout faits nous empêche de nous développer individuellement ; et de ce fait, nous freine consciemment et inconsciemment. En effet, le développement individuel  permet plutôt à chacun de prendre sa route tout en étant accepté tel qu’il est par les siens. La singularité et la créativité personnelle peuvent dans ce cas être mises à contribution par la communauté ; une communauté qui accepte les différences et qui encourage les plus jeunes à explorer d’innombrables possibilités offertes, avant de faire leur choix définitif.

Malheureusement, je ne sais pas si le phénomène des clichés ne date pas de plus longtemps que l’exil. En effet, de loin que remonte mon enfance, je me rappelle que les écarts, c’est-à-dire ceux qui ne rentraient pas dans le jeu étaient mis de côté de manière insidieuse et sournoise « à la rwandaise », comme disent les européens qui ont vécu chez nous.  Ce qui est dommage, c ‘est que une fois que tu as le cachet, il ne faut pas lutter contre, c’est peine perdu, et il reste souvent à vie.

A côté des clichés tous faits, parlons aussi d’autres clivages :

  • Les clivages entre Hutu et Tutsi
  • Les clivages interethniques : les Tutsi du Rwanda ne sont pas les mêmes que ceux qui viennent de l’Ouganda, du Congo, du Burundi
  • Les métis (mélange hutu- tutsi qui ne savent pas où se situer)
  • Les clivages Kiga (Nord) et Nduga (sud) entre Hutu
  • Les clivages du nord (les Bashiru et les autres)
  • Les clivages inter sud (ceux de Gitarama  et les autres)

Les clivages de la communauté rwandaise sont tellement complexes, explicites (ethniques-régionaux) et implicites (clichés, groupes concurrents), qu’il est souvent difficile de s’y retrouver.

Cette complexité empêche malheureusement d’avoir une vision générale des choses au niveau politique. Le rwandais moyen réfléchit avec toutes les bonnes intentions, à ce qui est bon pour lui et sa « pseudo-communauté », tout en imaginant que c’est ce qui pour lui est bon pour le pays. En effet, même la politique de salon ou publique se fait séparément dans différentes factions issues de ces clivages.

Face à cela, comment voulez vous que l’on réfléchisse réellement au bien être  de tous les rwandais ?

Un jour, je participais à une rencontre avec Mme Victoire Ingabire. J’étais assise avec une amie et nous nous sommes mises à analyser la situation. Force était de constater que sur les cinquantes personnes qui étaient présentes, aucune n’avait pris la peine de lire le programme des FDU, et poser des questions pertinentes sur la vision et la mission des FDU. La plupart des questions tournaient autour de ceci :

  • Que pensez-vous de la question des propriétés foncières ?
  • Quelles garanties avez-vous pour votre sécurité  une fois au Rwanda ? N’avez-vous pas peur de Kagame ?
  • Madame, vous n’êtes pas assez visible ! où sont vos membres ?
  • Et  à propos des fonds nécessaires ?

Notre conclusion après le débat : « Pauvre femme ! Elle est seule ! »

D’autre part, j’ai regardé le débat télévisé entre les deux candidats à la présidence ivoirienne, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Je suis évidement déçue de la tournure actuelle des choses, mais je dois dire que j’ai admiré le duel entre deux grands esprits. Mais aussi je me suis rendue compte du manque de maturité politique du rwandais, par rapport à certains autres peuples africains.

Certes nous souhaitons que Kagame quitte le pouvoir, mais sans vision globale à ce qui est convenable à « TOUS » les Rwandais, aucune personne n’est capable d’apporter mieux. Dans ce contexte, une autre personne au pouvoir ne peut apporter que le chaos, ou mieux, poser une autre bombe à retardement.

Madame Victoire avait un programme  et une vision écrite. Mais nous n’avons peut être jamais pris le temps de le lire et lui poser des vrais questions s’y référant. Ce qui prouve que notre condition actuelle, mentale  et intellectuelle ne nous permet pas de dépasser nos clivages, nos souffrances, nos ressentiments, et de voir enfin ce qui est souhaitable pour l’ensemble des Rwandais

Staline Lénine

Staline Lénine

Avant d’aller plus loin dans nos prétentions politiques, ne serait-il pas souhaitable de mettre sous la loupe ces problèmes qui relèvent de notre santé mentale et communautaire ?

Comment voulez vous que l’on ait un leader adéquat, dans lequel nous croyons intimement, tant que nous côtoyons toujours les mêmes démons ?

RUGWIRO

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11 Commentaires à “Communauté rwandaise: Clivages et leadership, quel issue ?”

  1. Rodman dit :

    Rugwiro,

    Je n’ai rien ajouter, si ce n’est que vous venez de nous donner du fil à tordre mais qu’il fallait quelqu’un comme vous pour nous lancer un tel défi, car, on en a beaucoup besoin. J’y réfléchi.

    En tout cas merci, que Dieu vous garde et encore d’autres réflexions S.V.P

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  2. Théo Ruhorahoza dit :

    Bonjour Rugwiro,
    Je viens de lire votre article ci-dessus; et je m’en réjouis profondément. Je vous remercie d’avoir osé abordé un sujet tabou au sein de la communauté rwandaise de Belgique en particulier, de partout en général.
    Ce vocable « ikigare » se définit dans un conformisme nauséabond qui détruit par la suite notre personnalité et devient alors une opacité à tous nos projets en puissance. Lorsqu’on y est recruté, on perd les pédales, on déraille et notre moto quotidien se résume dans cette phrase:  » puisque les autres le font, je veux bien le faire comme les autres ».

    Merci et je vous encourage dans vos recherches.

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  3. Rwembe dit :

    Cher Rugwiro,
    Moi je vois dans les clivages intra-rwandais et les differences inter-rwandaises comme une source de richesse.
    La diversite et la difference sont des sources de richesse d’esprit. De toute facon, ces differences et clivages ne nous empechent pas de nous reconnaitre Rwandais. C’est cela l’essentiel. Quant a la competetion qui en decoule, elle est la bienvenue, pourvu qu’elle soit positive. Competetion = richesse! Qui est plus competitif que les occidentaux? Leur societe est basee sur l’excellence et la competition. Quoi de mal si les rwandais se montrent aussi concurrents et competitifs dans leurs relations sociales?
    Rwembe

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  4. rukara dit :

    « aucune personne n’est capable d’apporter mieux. »

    je ne peux nier la pertinence de vos propos dans certain cas ,cependant je regrette votre pessimisme et votre généralisation . Je les trouve excessif. Les carrières professionnelles des rwandais en Belgique sont diverses et variées .
    A vous lire , les rwandais n’ont que des défauts . Je crois que la communauté rwandaise a ses points faibles qu’il faut corriger mais aussi elle a des qualités.
    Peut être vous devriez sortir de votre IKIGARE, pour vous rendre compte que tous les rwandais ( la plus part) ne sont pas comme tu les décrits.

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  5. MUHIMAKAZI dit :

    Bonjour Mr RUGWIRO,
    Juste pour vous féliciter de votre sens d’analyse et de votre franchise. Mais je voudrai aussi vous dire que avant ces clivages que vous semblez définir comme un défaut qui entrave le leadership chez les rwandais, il y a chez le peuple rwandais, pas mal de qualités qui ont été explicitées par les observateurs étrangers depuis les années 1800. ils ont aussi les ambitions politico-économiques comme nous , disait ce blanc européen dans son article sur les particularités du peuple rwandais ».
    Envie d’ en savoir plus? rensegnez-vous au centre de documentation sur la région des grand lacs Africains à Bruxelles . »

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  6. Mutimura Joanna dit :

    J’ai attentivement lu cet article qui est trop pessimiste.

    En effet, l’auteur critique la société rwandaiseparce qu’il la conaît. Il pourrait aussi critiquer la société belge car elle a une actualité intéressante en matière politique.

    Chaque société a sa culture. Les Rwandais sont des menteurs, taciturnes, peu ou non rancuniers, malins (sourire quand on est triste), grand taravailleurs, jaloux, égoïstes et ambitieux…

    Tant pis donc. Ce que sont les Rwandais est commun aux Rwandais et les Rwandais se le sont involontairement partagé. C’est leur bien commun, cette culture qu’ils partagent forcément.

    Le hic en est qu’ils refusent de partager le reste: leur pays.

    A cause de leur caractère, les Rwandais s’intègre difficilement ailleurs et lesd autres pays ne les supportent pas. Voilà pourquoi le FPR a pu motiver et faire sa guerre…qu’il a gagnée.

    Que doivent faire les autres pour avoir leur part du gateau? Se battre comme le FPR.

    Alors, les Rwandais sont belliqueux et ils mourront comme ça.

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  7. Laurent dit :

    Article nziza …
    Effectivement si nous arrivons à passer le cap yo « kwemezanya » alors on ira loin !

    Sur le cliché des jeunes filles (infirmières) / jeunes garçons (ingénieurs, IT) … je pense qu’il a existé jusque vers 2008/ 2009 ! Mais que ubu les plus jeunes ne rentrent plus beaucoup dans ce schéma … du moins ceux qui ont grandi ici (cad wenda bafite +/- 22 ans et moins) : les repères bougent !

    Naho au niveau des clivages, zirahari koko kandi. En soi cela n’aurait pas été un souci … ( au nom de la diversité d’option). Mais le plus désolant n’uko ahubwo zivamo des blocages et que l’on se trompe de débat …

    Sur le fait que abantu batasomye le pgm des FDU (na Victoire), cela ne doit nous surprendre : il y a peu de gens qui lisent … pas seulement mu banyarwanda, même mu bazungu !
    2 articles à ce sujet :
    – Dia Noel (UCL) : La faineantise politique des jeunes rwandais
    http://www.rwasta.net/view/article/la-faineantise-politique-des-jeunes-rwandais-un-phenomene-explicable/index.html

    – Enquete de l’ULG : Les jeunes « belges » et la politique
    http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_7945/les-jeunes-et-la-politique-coups-de-projecteur-de-bernard-fournier?part=1&portal=j_55

    Ce qui marche ce sont ceux qui savent bien « (re)citer » leur programme, le mettre en avant , etc etc … bref c’est une question de communication et de public cible !

    Par ex cet article … combien vont le lire vraiment ? Ou bien mon commentaire, combien vont y réagir ?
    Cela va dépendra de la communication que l’on fera autour d’eux, des moyens que l’on utilisera (emails, facebook, siteweb, téléphone, mu kabari, etc etc) et tant que ça sera orienté vers le public cible !

    Bref … iyi article ni nziza, ca prête au débat !

    A+

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  8. speculateur dit :

    moi je sais exactement pourquoi les africains sont tres loin derriere les autres dans la pluspart des choses.
    99,99% de noires ont un probleme d’ego.(seul dieux sait pourquoi) c’est ce qui les empeche de comprendre, de realiser …
    chacun pesnse que l’univers s’arrete a lui et lui seulement
    trop bizzare!

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  9. Nshimyumuremyi dit :

    Excellent article. Pour moi, les clivages, la compétition sont inéxorables dès lors qu’on vit en société. Toutefois, il faut veiller à ce que ces réalités normales ne soient pas des obstacles mais des sources de richesses comme évoqué ci-dessus. J’aimerais cependant rejoindre un lecteur ci-dessus qui souligne le fait que les problèmes de clivages, de schémas sont de moins en moins prépondérant. Mais, il est vrai qu’il faut rester alerte pour que les demons ne prennent le dessus.

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  10. Saga dit :

    Cher Rugwiro,
    Merci votre analyse. Meme si vous n’avez rien parle de nouveau que votre lectorat ne connaisse, il n’est pas souvent facile de dire tout ce que la societe dit (aime qu’on dise ) tout bas…
    Les clivages sont un fait encres malheureusement dans nos us et traditions . Le seul probleme , qui a d’ailleurs souleve votre plume , ce sont les blocages qu’ils occasionnent. Que certains des commentateurs ? lecteurs parlent de ces clivages comme differences (normales et inherentes a toutes les societes) qui impliquent complementarite, c’est se tromper passer a cote du probleme. Sinon si ces clivages n’etaient pas un serieux frein a notre « epanouissement »/ »developpement » socio-politique, les problemes qui ont assombri les cieux et le Ciel du Rwanda et endeuille depuis plusieurs decennies notre chere patrie , n’auraient pas survenu…
    En tout cas merci pour le debat souleve. Ne manquez pas d’enrichir et elargir vos analyses a ce propos dans les prochans jous.

    A+

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  11. nyanjwenge dit :

    voici un article INTERESSANT,pour un scan de pensée ego et une maladie GRAVE que porte les cerveaux de noumbreux rwandais (héritage de belges probablement) que je vais appeler  » la segmentation » (pour ne pas dire, division)
    Merci Rugwiro

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