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Communauté rwandaise: Clivages et leadership, quel issue ?

Communauté rwandaise: Clivages et leadership, quel issue ?
Staline Lénine

Parlons de cette chose communément appelée « ikigare ». C’est un mot qui ne fait pas plaisir à entendre, car personne ne souhaite s’y retrouver, du moins le plus souvent.
Cependant, qu’est ce que ce mot implique dans la communauté rwandaise ? Nous pouvons trouver quelques illustrations du phénomène  dans la communauté rwandaise de Belgique, dont voici :

  • Une jeune fille ? Tu fais des études d’infirmière, tu te maries et tu fais des gosses
  • Un jeune garçon ? Tu fais des études d’informatique, ingénieur (au moins eux ils ont le choix !), et tu cherches du boulot. L’enchaînement est : Mariage- bistro-enfants- voiture neuve-maison…
  • Un jeune couple dont tous les deux employés ? Deux enfants- vous achetez une nouvelle voiture- une maison à retaper en Flandre ou mieux : dans le fond du Hainaut, quand bien même monsieur et madame travaillent à 100km de là…

Bague de mariage

Bague de mariage


Bien sûr, il faut faire ainsi, car si tu ne le fais pas, tu ne cadres pas avec le cliché ! Ou mieux, il faut faire la même chose en mieux, pour concurrencer  tes camarades, comme ça ils ne pourront plus se dire qu’ils sont mieux que toi (Kubemeza).Ici, je fais allusion à une autre maladie grave dont souffre notre communauté : celle de la « compétition ».En effet, le Rwandais de la diaspora, (et du Rwanda je suppose…) vit dans une compétition permanente avec ses voisins et  ses proches. De ce fait, tous les autres rwandais sont nos concurrents à la base, avant d’être des frères ou des compléments. Cette rivalité n’a pas de limite, car elle va jusque dans le couple rwando-rwandais : le mari et la femme sont souvent  des rivaux au lieu d’être complémentaires (triste réalité !).
Malheur à toi si tu ne fais pas comme eux, tu n’as pas réussi. Par conséquent, tu  seras banni, ou tu auras un cachet indélébile qui symbolisera ton échec. Cette manière que nous avons de ne pas être nous même, de suivre les clichés tout faits nous empêche de nous développer individuellement ; et de ce fait, nous freine consciemment et inconsciemment. En effet, le développement individuel  permet plutôt à chacun de prendre sa route tout en étant accepté tel qu’il est par les siens. La singularité et la créativité personnelle peuvent dans ce cas être mises à contribution par la communauté ; une communauté qui accepte les différences et qui encourage les plus jeunes à explorer d’innombrables possibilités offertes, avant de faire leur choix définitif.
Malheureusement, je ne sais pas si le phénomène des clichés ne date pas de plus longtemps que l’exil. En effet, de loin que remonte mon enfance, je me rappelle que les écarts, c’est-à-dire ceux qui ne rentraient pas dans le jeu étaient mis de côté de manière insidieuse et sournoise « à la rwandaise », comme disent les européens qui ont vécu chez nous.  Ce qui est dommage, c ‘est que une fois que tu as le cachet, il ne faut pas lutter contre, c’est peine perdu, et il reste souvent à vie.
A côté des clichés tous faits, parlons aussi d’autres clivages :

  • Les clivages entre Hutu et Tutsi
  • Les clivages interethniques : les Tutsi du Rwanda ne sont pas les mêmes que ceux qui viennent de l’Ouganda, du Congo, du Burundi
  • Les métis (mélange hutu- tutsi qui ne savent pas où se situer)
  • Les clivages Kiga (Nord) et Nduga (sud) entre Hutu
  • Les clivages du nord (les Bashiru et les autres)
  • Les clivages inter sud (ceux de Gitarama  et les autres)

Les clivages de la communauté rwandaise sont tellement complexes, explicites (ethniques-régionaux) et implicites (clichés, groupes concurrents), qu’il est souvent difficile de s’y retrouver.
Cette complexité empêche malheureusement d’avoir une vision générale des choses au niveau politique. Le rwandais moyen réfléchit avec toutes les bonnes intentions, à ce qui est bon pour lui et sa « pseudo-communauté », tout en imaginant que c’est ce qui pour lui est bon pour le pays. En effet, même la politique de salon ou publique se fait séparément dans différentes factions issues de ces clivages.
Face à cela, comment voulez vous que l’on réfléchisse réellement au bien être  de tous les rwandais ?
Un jour, je participais à une rencontre avec Mme Victoire Ingabire. J’étais assise avec une amie et nous nous sommes mises à analyser la situation. Force était de constater que sur les cinquantes personnes qui étaient présentes, aucune n’avait pris la peine de lire le programme des FDU, et poser des questions pertinentes sur la vision et la mission des FDU. La plupart des questions tournaient autour de ceci :

  • Que pensez-vous de la question des propriétés foncières ?
  • Quelles garanties avez-vous pour votre sécurité  une fois au Rwanda ? N’avez-vous pas peur de Kagame ?
  • Madame, vous n’êtes pas assez visible ! où sont vos membres ?
  • Et  à propos des fonds nécessaires ?

Notre conclusion après le débat : « Pauvre femme ! Elle est seule ! »
D’autre part, j’ai regardé le débat télévisé entre les deux candidats à la présidence ivoirienne, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Je suis évidement déçue de la tournure actuelle des choses, mais je dois dire que j’ai admiré le duel entre deux grands esprits. Mais aussi je me suis rendue compte du manque de maturité politique du rwandais, par rapport à certains autres peuples africains.
Certes nous souhaitons que Kagame quitte le pouvoir, mais sans vision globale à ce qui est convenable à « TOUS » les Rwandais, aucune personne n’est capable d’apporter mieux. Dans ce contexte, une autre personne au pouvoir ne peut apporter que le chaos, ou mieux, poser une autre bombe à retardement.
Madame Victoire avait un programme  et une vision écrite. Mais nous n’avons peut être jamais pris le temps de le lire et lui poser des vrais questions s’y référant. Ce qui prouve que notre condition actuelle, mentale  et intellectuelle ne nous permet pas de dépasser nos clivages, nos souffrances, nos ressentiments, et de voir enfin ce qui est souhaitable pour l’ensemble des Rwandais

Staline Lénine

Staline Lénine


Avant d’aller plus loin dans nos prétentions politiques, ne serait-il pas souhaitable de mettre sous la loupe ces problèmes qui relèvent de notre santé mentale et communautaire ?
Comment voulez vous que l’on ait un leader adéquat, dans lequel nous croyons intimement, tant que nous côtoyons toujours les mêmes démons ?
RUGWIRO

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