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Rwanda – EDPRS: Mais à quoi (qui) servent ces plans de développement?

Publié : le 8 octobre 2013 à 17:51 | Par | Catégorie: Analyses de l'actualité, Economie

Au début du mois de septembre, le gouvernement rwandais a publié le deuxième volet de sa stratégie de développement économique et de réduction de la pauvreté (Economic Development and Poverty Reduction Strategy -EDPRS-) 2013 – 2018. Ce dernier est  la suite de deux précédents  plans dont le gouvernement martèle les impacts positifs sur la croissance du pays notamment le document stratégique de réduction de la pauvreté (Poverty Reduction Strategy Paper -PRSP-) 2002-2005 et le premier volet de la Stratégie de développement économique et de réduction de la pauvreté (Economic Development and Poverty Reduction Strategy -EDPRS-) qui couvrait la période 2008 – 2012. A quoi servent ces documents?

Une stratégie pour quoi faire? 

EDPRS 2 - source: www.primature.gov.rw/

EDPRS 2 – source: www.primature.gov.rw/

Lorsque nous évoquons les stratégies de développement, nous pourrions être tentés de penser que c’est un document interne au pays, n’ayant de réels intérêts que pour les acteurs locaux du développement et les administrés à qui ils rendent des comptes. Après tout, l’objectif ici est en somme toute basique: une stratégie répond à un besoin manifeste de rationaliser et d’optimiser les efforts d’un pays en permettant à l’administration publique de coordonner et d’évaluer la progression.

En effet, les Etats ont toujours eu une fonction de planification et de gestion forte. Il y a quelques temps, les ministères ou les commissariats au plan remplissaient cette fonction. Aujourd’hui, avec l’engouement suscité par le retour du concept de l’Etat stratège  composé d’un gouvernement concentré sur ses activités régaliennes (justice, sécurité, défense, diplomatie) tout en ayant une capacité à prendre et mettre en place des orientations stratégiques avec une visée à long terme, les dits ministères et autres commissariats au plan tendent à disparaître au profit d’équipes au sein des ministères de l’économie en charge de la planification.

Au Rwanda, la tâche revient à la coordination de l’EDPRS qui dépend du directoire du développement national, du planning et de la recherche au Ministère des finances et de la planification économique (MINECOFI).

Ce service s’occupe de préparer et de superviser la mise en œuvre des stratégies qui ont pour mission ambitieuse de permettre au Rwanda de faire son entrée dans le club très fermé des Etats africains à revenu intermédiaire; une étape importante sur la route du développement.

Les destinataires des stratégies de développement

Malgré cette première fonction non négligeable, il faut très vite comprendre que ce type de documents est, quelques fois, plutôt destiné aux partenaires internationaux. Derrière cette appellation générique « partenaires internationaux » se trouve principalement deux types d’organisations.

D’une part, il y a les Organisations non-gouvernementales (ONG) auprès desquelles les stratégies de développement veulent démontrer les principes de bonne gouvernance telles que la transparence dans l’action publique ou encore la responsabilité puisque le gouvernement doit donner des objectifs précis et mesurables pour lesquelles il s’engage à rendre des comptes. Bien exécutée, la stratégie peut devenir une action de marketing territorial.

Et cela, le gouvernement rwandais l’a bien compris comme l’atteste ses performances à l’indice Mo Ibrahim, destiné à mesurer la gouvernance des Etats africains.

Alors que le Rwanda est classé 48ème sur 52 quand il s’agit de sécurité nationale et qu’il a perdu plus de 16 points en 6 ans dans le domaine de la sécurité personnelle, sa note globale n’a cessé de croître depuis le début des années 2000. Pour ce, le pays a bénéficié d’une amélioration notable en matière de développement humain durant la même période (+9 points). Tout cela étant tout sauf un hasard puisqu’en parcourant la Stratégie de développement économique et de réduction de la pauvreté (Economic Development and Poverty Reduction Strategy -EDPRS-) 2008 – 2012, l’accent est clairement porté sur le développement humain comme instrument pour sortir de la pauvreté.

En ce sens, en obtenant le blanc-seing de la part des acteurs de la société civile internationale, le gouvernement légitime ses décisions.

D’autre part, puisque le financement de son développement est ce dont il est question pour le Rwanda, les stratégies de développement s’adressent aux bailleurs de fonds parmi lesquels les institutions financières internationales comme la Banque mondiale (BM), le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque africaine de développement (BAD). Et là, c’est sans aucun doute la partie prenante la plus importante.

Avec un budget national dépendant de l’aide extérieure, à peu près de 40%, le Rwanda a besoin de cette manne pour son développement. Si le pourcentage oscille toujours entre 40 et 50% depuis le début des années 2000, les sommes engagées ne sont plus les mêmes. De 76,7 milliards de francs rwandais en 2000 l’aide en est actuellement à 442,1 milliards soit une augmentation  en valeur de plus de 400% (multiplié par 5).

Dès lors, l’intérêt de démontrer aux bailleurs la nécessité qu’a le pays à recevoir leurs fonds puisqu’ils s’inscrivent dans une vision à long terme devient évident.

Actuellement, en ayant un plan d’action précis cela permet au gouvernement de pouvoir continuer à bénéficier du financement des projets même de la part de pays qui ont cessé l’aide directe au budget. A noter que cette aide directe au budget donne plus de latitude au récepteur car il est en mesure d’utiliser les fonds à sa guise.

Auprès de ces institutions, les plans stratégiques servent également de base à la stratégie du pays puisque celle adoptée  doit être en conformité avec les aspirations nationales. De cette stratégie découlera le type de projets qui seront financés, le secteur d’actions privilégiés, d’où son importance primordiale.

Au-delà du rôle de la stratégie de développement économique et de réduction de la pauvreté (Economic Development and Poverty Reduction Strategy -EDPRS-) 2013 – 2018, ce qui importe le plus c’est ce qu’elle révèle des intentions du gouvernement rwandais. Quelles sont les priorités? Les leçons des stratégies précédentes ont elle été tirées?

 

Boniface Duval

Jambonews.net

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Un commentaire à “Rwanda – EDPRS: Mais à quoi (qui) servent ces plans de développement?”

  1. Vindu Muka dit :

    Rwanda – EDPRS: Mais à quoi (qui) servent ces plans de développement?

    « Ressources naturelles : Le Rwanda et le Burundi accusés de piller les mines de la RDC-Fraternité Matin
    juin 13, 2013

    On ne le dira jamais assez, la guerre qui frappe la République démocratique du Congo a comme soubassement, la prédation et le pillage des ressources naturelles, principalement les minerais. Le dernier rapport de Global Witness révèle le degré atteint par ces pratiques à la peau dure, en dépit de multiples dénonciations. Sans les nommer, le rapport dénonce des hauts gradés actifs dans ce commerce illicite des matières précieuses dans la partie orientale de la RDC.

    « Bien que cités dans différents rapports, il est curieux de constater que les pays régulièrement nommés ne se gênent pas de poursuivre les actions de prédation. Global Witness évalue à des tonnes les cargaisons qui passent en contrebande des frontières congolaises vers les deux pays précités, à savoir le Burundi et encore et toujours le Rwanda. Ce qui ne peut se faire qu’avec la complicité des militaires congolais en pleine opération dans cette partie de la RDC. Ainsi, se comprend aisément les causes qui font perdurer indéfiniment la guerre. La situation de ni guerre, ni paix actuellement enregistrée avait été mise à profit par les maffieux de tous poils pour lessiver les richesses enfouies dans le sous-sol congolais.

    Plutôt que de combattre ces pratiques, il apparaît clairement que les deux pays voisins de la RDC ont brillé pendant la période d’investigations menées sur le terrain par Global Witness soit, en mars et avril, par un activisme débordant dans leur entreprise de prédation et de pillage. Global Witness a ainsi vu tout ce qui se tramait à travers les frontières entre ces deux pays et la Rd Congo. »

    Fraternité Matin

    « Le Rwanda n’a que peu de ressources naturelles et une industrie très peu développée. Le génocide de 1994 détruisit les bases, déjà fragiles, de l’économie rwandaise, appauvrit la population, en particulier les femmes, et éroda la confiance des investisseurs étrangers privés comme publics. Toutefois, le pays a consenti d’importants efforts de stabilisation et de réhabilitation de son économie. En juin 1998, le Rwanda a signé un programme d’ajustement structurel avec le Fonds monétaire international. Il s’est également engagé dans un programme de privatisation de grande ampleur, en coopération avec la Banque mondiale. Sa croissance continue dépend du maintien de l’aide internationale et du prix du thé et du café. L’agriculture occupe 90 % de la population. »

    « Produits de l’agriculture : café, thé, pyrethrum (insecticide d’origine végétale), bananes, haricots rouges, sorgho, pommes de terre
    Exportations : 70,8 millions de $ (f.o.b., 1999 est.)
    Produits exportés : thé, café, étain
    Partenaires commerciaux pour les exportations : Brésil, Allemagne, Belgique, Pakistan, Espagne, Kenya
    Importations : 242 millions de $
    Produits importés : aliments, machines et équipements, acier, produits pétroliers, ciment et matériaux de construction »
    Wikipedia

    « Les principales constatations sont les suivantes :

    Des tonnes d’or produites dans l’Est du Congo profitent aux rebelles et à des officiers hauts gradés des armées gouvernementales congolaise et burundaise. L’or est blanchi en passant par le secteur aurifère national burundais pour être ensuite exporté vers Dubaï.

    Ni les acheteurs locaux de la région des Grands Lacs ni les négociants internationaux n’effectuent de contrôle suffisant sur l’or qu’ils achètent pour s’assurer qu’il n’a pas financé de conflit ou de violations des droits de l’homme dans l’est du Congo.

    En ce qui concerne le commerce de l’étain et du tantale, des progrès sont constatés dans les efforts fournis pour établir des chaînes d’approvisionnement exemptes de tout lien avec un conflit. Le premier projet international cherchant à promouvoir un approvisionnement responsable en étain provenant d’une zone affectée par le conflit dans l’est du Congo a été lancé en octobre 2012.

    La plus grande partie de l’étain, du tantale et du tungstène produits dans le Nord et le Sud-Kivu profite aux rebelles et à des membres de l’armée gouvernementale. Les minerais sont transportés clandestinement du Congo au Rwanda et au Burundi pour être ensuite exportés. L’étain et le tantale introduits clandestinement au Rwanda sont blanchis à travers le système d’étiquetage national rwandais et exportés en tant que produits rwandais « propres ».

    Le lucratif commerce de l’étain, du tantale, du tungstène et de l’or de l’est du Congo est contrôlé depuis près de quinze ans par des groupes armés violents et des factions de l’armée gouvernementale. Ces groupes utilisent les profits générés par le commerce des minerais pour financer leur lutte. La population locale du Nord et du Sud-Kivu est la première à faire les frais d’un long conflit marqué par les meurtres, les pillages, les viols massifs et les déplacements de population.

    Le moment s’avère crucial pour le commerce des minerais de l’est du Congo. Les firmes visées par la Section 1502 de la Loi Dodd Frank, une loi américaine qui cherche à empêcher que le commerce des minerais de la région ne finance le conflit, sont dans leur première année de présentation de rapports et elles sont tenues de publier pour mai 2014 des informations détaillées sur les efforts qu’elles déploient pour contrôler leurs chaînes d’approvisionnement.

    En mars 2013, l’Union européenne a entamé une concertation publique sur les minerais du conflit, laquelle pourrait déboucher sur l’introduction d’une réglementation européenne relative au devoir de diligence. La Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, un groupement composé d’États de la région, se prépare à lancer son mécanisme régional de certification des minerais, qui exige que les sociétés de négoce de la région se conforment aux normes de l’OCDE en matière de devoir de diligence pour obtenir la certification de leurs minerais. Les firmes qui achètent des minerais de l’est de la RDC doivent respecter ces mesures et mettre en pratique le principe d’approvisionnement responsable. »

    Nous n’avons même pas besoin de répondre à la question posée car tout est dit dans le grossier paradoxe économique relaté dans ces encarts publiés par des organismes de presse indépendants. Peut-on réellement donner des cours d’économie dans les universités rwandaises lorsque l’on sait que tout est mensonge dans ce pays?

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