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Visite secrète à Bruxelles de deux proches de Kagame recherchés par la justice espagnole

Publié : le 4 novembre 2016 à 14:41 | Par | Catégorie: A la une, Actualité

C’est dans le secret le plus total que le Général Major Sam Kaka et le Général de Brigade Joseph Nzabamwita, deux anciens officiers du FPR-APR et proches du Président Paul Kagame, ont effectué une visite de quelques jours à Bruxelles au mois d’octobre 2016.  Une nouvelle qui a de quoi étonner quand on sait que les deux officiers rwandais sont sous le coup d’un mandat d’arrêt européen émis par la justice espagnole en 2008. Que venaient faire ces deux proches de Kagame dans la capitale de l’Europe? Quelques éléments de réponse dans cet article. 

Deux personnages recherchés par la justice sur le territoire belge

Sam Kaka et Joseph Nzabamwita

Sam Kaka et Joseph Nzabamwita

Des informations parvenues à Jambonews font état d’une visite entreprise dans le plus grand secret par le général major Sam Kaka et du brigadier général Joseph Nzabamwita à Bruxelles en octobre 2016. Ils seraient arrivés à Bruxelles le 12 octobre dernier à bord d’un vol régulier qui a atterri à l’aéroport internationale de Zaventem pour une visite de 3 jours dans la capitale belge. Une information qui a de quoi surprendre. En effet, les deux hommes font partie d’une liste de 40 officiers militaires du FPR-APR épinglés par la justice espagnole pour crimes de guerre, crimes de génocide et terrorisme.

Sam Kaka et Joseph Nzabamwita sont des proches du président Kagame. Le premier n’est autre que l’ancien Chef d’État major du FPR-APR durant la campagne de conquête du Rwanda en 1994 et le second est le responsable des Services nationaux de renseignement et de sécurité (NISS). Ils sont tous deux visés par un mandat d’arrêt européen émis par la justice espagnole.

Pour rappel, en 2000, la justice espagnole avait été saisie par des proches de religieux et humanitaires espagnoles assassinés au Rwanda entre 1994 et 1997. Après une longue enquête, dans un acte daté du 6 février 2008, Fernando Andreu Merelles, juge d’instruction à Madrid du tribunal de l’Audience nationale, la plus haute instance pénale espagnole, avait requis un mandat européen de « recherche et capture » contre 40 militaires rwandais du FPR-APR qu’il incriminait sur la base des déclarations de 22 témoins protégés, dont d’anciens collaborateurs du président Kagame. Le juge espagnol avait estimé en 2008, dans un document de 181 pages, que le Front Patriotique rwandais (FPR) actuellement au pouvoir et dirigé par le Président Paul Kagame, a depuis sa prise de pouvoir en juillet 1994 généré « un véritable règne de la terreur, non seulement par la structure même de cette dictature, mais surtout par la mise en place de structures parallèles responsables de crimes odieux commis contre la population civile, tant nationale qu’étrangère ».  

L’antécédent du général Karake à Londres

Lieutenant-General Emmanuel Karenzi Karake

Lieutenant-General Emmanuel Karenzi Karake

Le général Emmanuel Karenzi Karake, à l’époque responsable des Services nationaux de renseignement et de sécurité, avait été arrêté le 20 juin à l’aéroport de Heathrow à Londres, à la demande des autorités espagnoles. Il avait été libéré sous caution quelques jours plus tard, avec obligation de se présenter une fois par jour à la police, dans l’attente d’une décision sur le fond.

Le 10 août 2015, le tribunal de Westminster Magistrate à Londres avait annoncé refuser de transférer Emmanuel Karenzi Karake à l’Espagne qui en faisait la demande en raison de la juridiction britannique.

Un porte-parole du tribunal de Westminster Magistrate avait expliqué que les « accusations spécifiées dans le mandat d’arrêt » n’entraient pas dans le cadre des infractions couvertes par la procédure d’extradition britannique. « Après un examen attentif, nous ne pensons pas qu’une extradition peut être prononcée au regard des faits reprochés, selon la loi britannique », avaient confirmé les services du procureur de la couronne (CPS) dans un communiqué. Selon une source judiciaire espagnole, c’est « le juge [britannique qui] a estimé que le Royaume-Uni n’était pas compétent pour examiner ce genre de crimes commis hors du territoire britannique », confirmant ainsi que les poursuites contre les officiers Rwandais n’étaient pas abandonnées, comme l’annonçaient les autorités rwandaises qui fanfaronnaient, mais qu’il n’était tout simplement pas possible de poursuivre l’opération judiciaire sur ce cas bien précis en raison de la loi britannique.

La loi de compétence universelle espagnole ayant été modifiée depuis 2014 , l’Espagne n’a plus le droit de juger des crimes de guerre et crimes de génocide commis hors de son territoire à moins que les accusés soient Espagnols ou se trouvent sur son sol. Par conséquent, la justice espagnole a suspendue provisoirement les mandats d’arrêt de 29 des 40 officiers rwandais. En effet, les 11 autres dont font partie Sam Kaka et Joseph Nzabamwita étant également accusés de terrorisme, leur mandat d’arrêt reste en vigueur. Il est alors étonnant de constater que Sam Kaka et Joseph Nzabamwita aient pu impunément et en toute liberté entrer sur le territoire de l’Union européenne, en l’occurrence le territoire belge, y séjourner et en repartir sans qu’ils ne soient aucunement inquiétés par les autorités belges.  

Rapprochement entre le régime Kagame et le CNARED ?

Présidence du CNARED: Onésime Nduwimana, Hon. Dr. Jean Minani (Prés.), Bernard Busokoza, Anicet Niyonkuru

Présidence du CNARED: Onésime Nduwimana, Hon. Dr. Jean Minani (Prés.), Bernard Busokoza, Anicet Niyonkuru

Toujours selon les informations recoupées par Jambonews, il semble évident que les deux hommes n’étaient pas venus dans la capitale belge pour y faire du tourisme, manger des frites et visiter le célèbre Manneken-Pis. L’objet de leur visite était tout autre : selon nos sources, les deux proches du président Kagame étaient présents dans la capitale belge dans le dessein de rencontrer les représentants du Conseil National pour le Respect de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et la Restauration de l’État de Droit (CNARED). Le CNARED est la principale plateforme burundaise d’opposition au régime du président Nkurunziza. Composé des principales personnalités de l’opposition issues autant du monde politique, de la société civile que du monde militaire, le CNARED a la particularité de rassembler des personnalités aux origines et aux idées très hétéroclites. Cette rencontre entre les deux proches de Kagame et la CNARED annoncent-elles un rapprochement entre le régime de Kigali et la plateforme d’opposition à Nkurunziza ? C’est la question qui se pose présentement.  

Sam Kaka, un curriculum vitae particulièrement sanguinaire

Général Major Samuel Kanyemera, alias, Sam Kaka

Général Major Samuel Kanyemera, alias, Sam Kaka

Le Général Samuel Kanyemera, alias Sam Kaka, est très proche du président Paul Kagame. Durant la guerre de conquête initiée par le FPR-APR, il occupait la fonction de chef d’État major de l’APR. Durant la campagne de conquête du FPR-APR débutée en octobre 1990, Sam Kaka était major et membre du Haut commandement du FPR, à la tête de l’Unité Alpha Mobile (Alpha Mobile Unit).  

Selon les témoignages obtenus par les enquêteurs dans le cadre de l’enquête espagnole, il se dégage des indices qui indiquent qu’il aurait été un des responsables des opérations militaires contre la population civile, en plus des disparitions, exécutions sommaires et autres actes similaires contre la population Hutu des localités de Munyanza, Kiyanza, Rutongo, Kabuye et, par-dessus tout, dans la « sanglant» massacre du camp de déplacés de Nyacyonga en 1994. Au total, il est accusé d’être le responsable direct de la disparition de près de 12.000 civils entre 1990 et 1997.  

En plus de ces très sévères accusations de la justice espagnole, Sam Kaka est dans le collimateur de la justice française. Celle-ci l’a mis en examen pour « complicité d’assassinats en relation avec une entreprise criminelle » dans le cadre de l’enquête visant à déterminer les responsables de l’attentat du 6 avril 1994 ayant déclenché le génocide.  Cette enquête avait été initiée par le juge Bruguière qui avait lancé un mandat d’arrêt contre Sam kaka, avant d’être reprise par les juges Trevidic et Poux. Alors qu’on pensait l’instruction clôturée, elle a été récemment rouverte par le juge Jean-Marc Herbaut qui souhaite entendre le général Kayumba Nyamwasa, lui aussi ancien membre du haut commandement du FPR-APR et exilé depuis 2010.

Sam Kaka a quitté ses fonctions dans l’armée en 1998. Après cela, il occupa différents postes civils, devenant notamment membre du parlement sous l’égide du FPR.  Il fut arrêté en 2007 alors qu’il était député et accusé d’avoir entravé, en compagnie de Frank Rusagara, le travail de la police qui tentait d’appréhender le regretté homme d’affaires, Assinapol Rwigara.  

Extremement craint dans les années 1990 pour sa cruauté, il est depuis devenu beaucoup plus discret, ne s’occupant plus que de quelques dossiers stratégiques pour le compte du Président Kagame. Depuis février 2015, il a été nommé commissaire à la Commission nationale des droits de l’Homme, soulevant la réaction critique des organisations de la société civile à la lumière des graves accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dont il fait objet. 

Nzabamwita, d’homme de main à chef du NISS

Le Brigadier Général Nzabamwita serrant la main au Général Major Kagame

Le Brigadier Général Nzabamwita serrant la main au Général Major Kagame

Le brigadier général Joseph Nzabamwita est lui aussi très proche du président Kagame. Durant la campagne de conquête du FPR-APR, il était un jeune capitaine et membre de la Directorate Military Inteligence (DMI) sous les ordres du général Nyamwasa. Le DMI est depuis sa création jusqu’à nos jours la branche opérationnelle utilisée par les services de Kagame pour toutes les basses besognes. Joseph Nzabamwita est quant à lui accusé par la justice espagnole d’avoir participé à la disparition et l’assassinat du prêtre espagnol Joaquim Vallmajo ainsi que d’autres religieux rwandais de la zone de Byumba. Il serait également responsable l’exécution des massacres contre la population civile dans la ville de Byumba et dans les environs. Il aurait notamment directement participé aux sanglants massacres commis dans le stade de Byumba et à Nyinawimana.

Nzabamwita a monté toutes les marches jusqu’à devenir brigadier général et l’un des hommes de confiance du président Kagame. Occupant tour à tour les postes de responsable adjoint des services de sécurité extérieur, attaché militaire à l’ambassade du Rwanda de Washington, puis ensuite le très stratégique poste de porte-parole des Rwandan Defense Force (RDF). Il a remplacé en mars 2016 son ainé, le général Emmanuel Karenzi Karake, au poste de Secrétaire général des Services nationaux de renseignement et de sécurité (NISS).  

Emmanuel Hakuzwimana

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2 Commentaires à “Visite secrète à Bruxelles de deux proches de Kagame recherchés par la justice espagnole”

  1. cesa dit :

    Kagame, commandant en chef des bouchers de millions de Rwandais , Hutu, Tutsi et Twa, sans oublier des milliers de réfugiés Hutu burundais, bénéficie d’une impunité absolue. Plusieurs plaintes ont été déposées par des Rwandais devant les tribunaux belges,français, canadiens, américains etc. contre Kagame et certains des siens dont les deux individus cités dans l’article commenté. Pourtant, ils se baladent partout dans le monde sans s’inquiéter outre mesure. Par conséquent, il est normal que ces criminels fassent le tour du monde en toute tranquilité. Tout pays qui tentera deles arrêter pour qu’ils répondent de leurs méfaits, la réaction de Kagame à leur endroit sera immédiate et sans compromis possible: rupture des relations diplomatiques, insultés et humiliations pubiqques en tous genres contre les dirigeants des pays conternés. Il l’afait contre la France sans conséquence aucune pour lui.Il l’a dit qu’il le ferra si la justice française ose appliquer les mandats d’arrêt internationaux qui ont été émis par le juge Bruguière au nom du Peuple Français. Son chantage à l’endroit des dirigeants frnaçais alliés à la versalité de ceux-ci d’une part et d’autre pays d’autre part ont produit des résultats escomptés à savoir laisser impunis Kagame et autres criminenels du FPR. La Belgique est un des sponsors avérés de Kagame et son régime. Elle le soutient à tous les égards depuis le déclenchement de la guerre contre le Rwanda , le 01/10/1990. L’ambassade de Belgique au Rwanda était le quartier général des Tutsi et renégats Hutu. Ce fait est de notoriété publique. Il n’est pas à prouver que les autorités belges savent exactement où les missiles qui ont abattu l’avion du président Habyalimana ont été tirés. En effet, il est dit dans le rapport du Sénat Belge sur le Rwanda que, à l’heure où l’avion du président Habyalimana fut abattu par des missiles, derrière l’avion présidentielle, il y avait un avion espion belge, armé de missiles anti-missiles. Si cet avion était équipé de système anti-missiles et qu’au surplus, il était un avion espion, les pilotes ont nécessairement vu ces missiles et le lieu où ils ont été tirés. Or, force est de constater que cet élément pourtant capital est sciemment ignoré ou gommé par les juges dans les affaires des Hutu Rwandais accusés de génocide des Tutsi mais sans apporter la preuve irréfutable de l’existence de ce génocide tel qu’il est défini par la loi française ( article 211 du code pénal) et le droit international. Les massacres des Tutsi est un fait irréfutable. Mais leur qualification juridique, à savoir « génocide » pose problème.Ce mot est précisément défini par la loi Rwandaise, la loi française et les autres lois. Les éléments constitutifs du génocide sont limpides et ne souffrent d’aucune interprétation. Dans notre droit comme en droit français au surplus, pour qu’un crime soit qualifié de génocide, il faut qu’il ait été préalablement planifié. L’intention de commettre le génocide découle de cette planification. Question: qui a planifié ce génocide, pourquoi et comment? Toute affirmation selon laquelle c’est le gouvernement intérimaire de Kambanda ou celui inexistant de Habyalimana qui en est l’auteur étant fantaisiste. Le gouvernement Kambanda été mis en place après le début de la commission des massacres qualifiés politquement de génocide des Tutsi. Le régime Habyalimana a définitivement pris fin en avril 1992, immédiatement après la mise en place du gouvernement d’opposition sous l’autorité de Nsegiyaremye Dismas puis Uwilingiyimana, premiers ministres et véritables patron de l’Exécutif ( articles 52 et suivants de la constitution du 10 juin 1991,Ce gouvernement était allié du FPR contre Habyalimana et son MRND. Sous ce gouvernement c’est Kagame qui dirigeait les services secrets rwandais via Iyamuremye Augustin, membre notoire du FPR. Kagama l’a par ailleurs récompensé pour les services rendendu au FPR. Même un fou ou une personnne frappée d’idiotie mongolien comprend parfaitement que si génocide a existé effectivement, son auteur n’est autre que le gouvernement rwandais en place avant avril 1994, que Nsengiyaremye, Uwilingiyimana , pro-FPR notoire, Kagame via Iyamuremye en étaient nécessairement au courant. Aucun Rwandais sérieux ne peut soutenir que ce génocide a été planifié par un groupe de Rwandais sous le gouvernement dirigé directement et effectivement par l’opposition, alliée du FPR, sans que les dirigeants rwandais d’alors et Kagame, espion de profession ne soient au courant. Le ne génocide est une qualification juridique d’un fait et nullement un fait. Certains Rwandais confondent les deux éléments ou se livrent à la reproduction des affabulations lues dans les journaux et livres sans s’interroger sur la définition juridique exacte de ce mot ou pourquoi, ce génocide alors que les circonstances chronologiques dans lesquelles les crimes qui ont été commis contre les Tutsi infirment l’existence de cette qualification. Le drame dans notre pays est que les oligarques du régime refusent tout débat honnête et public sur ce mot , lequel mont empoisonne les rapports sociaux entre les Rwandais et constitue une bombe à retardement contre les générations actuelles et futures rwandaises. Au lieu d’accepter le débat, ils opèrent une fuite en avant. Juillet 1994 à août 2008, Kagame a dit que dans notre pays, il n’y a pas de Hutu, de Tutsi et Twa mais de Rwandais car , selon lui, ces mots est une invention des blancs.Toute évocation orale ou expresse publique constituait un crime de divisionnisme, passible de plusieurs années de prisons. En 2008, il a dit que les Tutsi existent et ont été victimes du génocide planifié par des fantômes car il n’a jamais dit les noms des auteurs de cette planification. Il a parlé d’un gouvernement. Celui-ci est une fiction. Les auteurs d’un crime sont les hommes et nullement un gouvernement. En 2015, il a dit que nier l’existence de l’ethnie tutsi constitue un crime de négationnisme du génocide des Tutsi et toute évocation des crimes que lui et ses soldats ont commis constitue un crime de divisionnisme passible de plusieurs années de prison comme dans l’évocation de l’existence de des Hutu, de Tutsi et de TWA, trois composantes de notre société.
    Au vu des ces divagations publiques de Kagame, reproduits à la lettre par ses obligés tel que Jean-Damascène Bizimana,, docteur en droit pénal international, selon ses écrits, oui ou non y a-t-il eu génocide des Tutsi?

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  2. Charles dit :

    700 000 morts tutsi à la machette et ces bouchers osent encore nier les faits, ce journal est à vomir

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