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Un opposant politique déterminé refusé d’accès au Rwanda

Publié : le 24 novembre 2016 à 14:53 | Par | Catégorie: A la une, Actualité

C’est ce mercredi 23 novembre 2016, que l’Abbé Thomas Nahimana, candidat déclaré à l’élection présidentielle rwandaise de 2017 devait rentrer au pays après plusieurs années d’exil en France. Contre toute attente, les autorités rwandaises ont refusé l’accès au territoire au candidat à la présidentielle alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour Kigali en compagnie de deux haut dirigeants de son parti et d’un bébé après une escale à Nairobi. L’Abbé Nahimana et ses compagnons ont alors décidé d’entamer une grève tant qu’ils n’auront pas le droit de rentrer dans leur pays.

« Quitte à être persécutés, nous rentrerons dans notre pays »

Thomas nahima, Nadine Claire Kansinge et son fils, Skylor Kejo, et Venant Nkurunziza

Thomas nahima, Nadine Claire Kansinge et son fils, Skylor Kejo, et Venant Nkurunziza

« Quitte à être persécutés, nous rentrerons dans notre pays« , avait déclaré l’Abbé Nahimana jeudi dernier lors d’une conférence de presse à Bruxelles. Il n’aura pas eu à attendre d’arriver à Kigali pour que les ennuis commencent. Thomas Nahimana (45 ans), Président du parti Ishema et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2017 au Rwanda, était attendu ce mercredi à Kigali où il avait décidé de rentrer pour débuter sa campagne pour l’élection à la présidence de la République. L’abbé avait décollé d’Amsterdam le mardi 22 novembre accompagné par Nadine Claire Kansinge (36 ans), une dirigeante du parti, et son nourrisson de 7 mois, en direction de Nairobi. Arrivés dans la capitale kenyane, ils étaient rejoints par Venant Nkurunziza (33 ans), un autre dirigeant du Parti Ishema. C’est de Nairobi que le trio et le nourrisson devaient décoller pour enfin rejoindre Kigali. À l’Aéroport International de Kanombe (Kigali), une foule composée d’une centaine de journalistes, de sympathisants et de quelques curieux les attendait impatiemment sous le soleil de Kigali depuis le début de l’après-midi. Mais coup de théâtre, alors que tous les aspects administratifs étaient en règle, l’équipage de Kenya Airways leur a annoncé qu’ils venaient de recevoir des directives de la part des autorités rwandaises interdisant l’accès au territoire à Thomas Nahimana. Solidaires de leur président, les deux dirigeants du Parti Ishema et le nourrisson ont refusé d’embarquer sans leur leader.

Mercredi après-midi, un communiqué publié par le parti Ishema a annoncé que son président et ses membres dirigeants se situant en zone de transit au Jomo Kenyatta International Airport de Nairobi avaient décidé : « d’entamer la GRÈVE et de ne pas quitter le TRANSIT jusqu’à ce qu’ils soient rétablis dans leur droit de rentrer dignement au Rwanda ». Plus tard dans un entretien avec la radio Ijwi Rya Rubanda, l’Abbé Thomas Nahimana a réaffirmé le propos déjà détaillé dans le communiqué : « Nous ne quitterons pas cette zone de transit de notre plein gré, même si nous devions être bloqués ici des mois, nous ne quitterons pas cette zone de transit sans être emmenés vers Kigali ». Le président du Parti Ishema en a même appelé à l’autorité du Président rwandais :« Nous demandons à son Excellence Paul Kagame, Président de la République, qu’il règle cette situation et qu’il nous donne la réponse adéquate. Il n’y a qu’une seule réponse qui vaille, c’est celle de nous laisser rentrer dans notre pays. »

« Pourquoi ne nous laisse-t-on pas rentrer au pays afin de nous remettre aux autorités judiciaires ? »

Tous les médias rwandais étaient présents pour le retour au pays de l'Abbé Nahimana

Tous les médias rwandais étaient présents pour le retour au pays de l’Abbé Nahimana

« C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, nous avons respecté tous les aspects administratifs, nous sommes en ordre, nous voulions rentrer dans notre pays et nous le voulons toujours encore plus qu’avant », a déclaré l’Abbé Thomas Nahimana à la radio. En effet, les trois protagonistes avaient fait une demande d’un visa touristique est-africain. Celui-ci leur permet légalement de pouvoir librement circuler au Kenya, en Ouganda et au Rwanda. Alors qu’aucune réaction officielle n’est intervenue de la part des autorités rwandaises, seul le très remuant Ambassadeur du Rwanda à Bruxelles, Olivier Nduhungirehe, a donné un début de justification sur le réseau social Twitter : « Thomas Nahimana a menti à l’ambassade du Kenya en demandant un visa est-Africain touristique. Les touristes n’ont pas le droit d’avoir des activités politiques ». Pour autant, sur les ondes de la Radio Itahuka, ce mercredi soir, l’abbé Thomas Nahimana a expliqué en détail les procédures administratives qui ont précédé son retour au pays : « j’ai demandé le renouvellement de mon passeport rwandais expiré depuis 2012 pour pouvoir rentrer librement au Rwanda. Je l’ai déposé à l’Ambassade du Rwanda à Paris et il a été convenu avec les autorités de l’Ambassade rwandaise que je le récupèrerais au Service de l’Immigration Rwandaise dès mon arrivée à Kigali ». Sur la question de savoir la raison pour laquelle il s’est rendu à l’Ambassade du Kenya et non à celle du Rwanda, il a répondu: « J’ai été à l’ambassade du Rwanda avec mon passeport français il y a plusieurs semaines pour demander un visa. Réglementairement cela devait prendre 8 jours. J’ai appelé plusieurs fois pour avoir des nouvelles, mais c’était constamment repoussé, j’ai alors décidé de me prendre à l’ambassade kenyane demandé un visa est-africain ». Concluant son propos, l’Abbé a précisé que : « le Rwanda est en faute, il serait même justifiable de porter cette affaire devant le juge, le Rwanda n’a pas le droit de refuser l’accès à son territoire à un citoyen rwandais ».

L'Abbé Thomas Nahimana

L’Abbé Thomas Nahimana

Depuis quelques jours, certains médias pro-gouvernementaux et certains idéologues du régime avaient pris les devants en accusant l’Abbé Thomas Nahimana de prêcher la haine ethnique. Le très influent Tom Ndahiro, Conseiller en communication de Kagame, spécialiste du génocide et reconnu pour être un des propagandistes du régime dirigé d’une main de fer par le FPR, avait déclaré sur le réseau social Twitter : « Bienvenue Abbé Thomas Nahimana, vous ne vous êtes pas présenté à votre procès pour faire face à justice. Vous avez utilisé Internet pour semer la haine, c’est punissable» et d’ajouter : « Devrais-je dire merci à la France pour avoir extradé ce fugitif ? ». Pour autant, une éventuelle mise en cause judiciaire n’inquiète pas l’Abbé Nahimana : « J’ai lu dans certains journaux qu’on nous reprocherait certains délits, si effectivement on nous reproche certains faits, pourquoi ne nous laisse-t-on pas rentrer au pays afin de nous remettre aux autorités judiciaires ? » À l’heure actuelle, aucune mise en cause judiciaire n’est à dénombrer à l’encontre de l’Abbé Nahimana ou de ses compagnons.

« Nous gardons le moral, nous restons forts »

Affiche de campagne du Parti Ishema et de son candidat à la présidentielle 2017

Affiche de campagne du Parti Ishema et de son candidat à la présidentielle 2017

Même si la Constitution du Rwanda consacre le multipartisme, il n’existe pratiquement pas d’opposition à l’intérieur du pays où le Front patriotique rwandais (FPR) du président Paul Kagame contrôle le pouvoir politique, social et économique depuis 1994. Une réforme controversée de la constitution adoptée en décembre 2015 permet à Kagame de se représenter pour plusieurs nouveaux mandats à partir de 2017 et de potentiellement diriger le pays jusqu’en 2034. Tous les opposants connus au régime sont soit en exil, soit en prison comme la présidente du parti FDU-Inkingi, Victoire Ingabire ou le président du PDP-Imanzi, Deo Mushayidi, soit muselé et tenu sous haute surveillance par le régime.

Cette affaire intervient un mois après la résolution du Parlement Européen qui condamnait : « tout acte d’intimidation, toute arrestation, tout emprisonnement et toute poursuite visant, uniquement parce qu’ils ont exprimé leur opinion, les dirigeants, les membres et les militants des partis d’opposition ou les journalistes et les autres personnes perçues comme exprimant des critiques à l’égard du gouvernement rwandais; invite instamment les autorités rwandaises, à cet égard, à réexaminer et à modifier, afin de garantir la liberté d’expression ».

Toujours sur les ondes de la radio Ijwi Rya Rubanda, Venant Nkurunziza, l’un des jeunes dirigeants du Parti Ishema qui accompagne l’Abbé Nahimana, a souhaité donner un message d’espoir : « Nous gardons le moral, nous restons fort. Nous voulons faire savoir aux Rwandais que nous ne renoncerons aucunement à rentrer dans notre pays, notre mère patrie. Nous voulons simplement rentrer pour participer à la construction et au développement de notre pays »

Ishimwe Norman

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7 Commentaires à “Un opposant politique déterminé refusé d’accès au Rwanda”

  1. Alonso dit :

    C’est incroyable que les personnalités politiques soit disant ne connaissent pas les lois ils se disent citoyens du Rwanda
    Mais ils ont des passeport étrangers en plus les passeports valables et visa problème les visas touristiques
    Or la lois interdit tout détenteur d’un visa touristique d’exercer un travail sur le sol d’un des pays dont ce visa est valide
    Ici ils n’ont même pas essayer de tromper l’opinion ils donnent les interviews au départ d’Europe et au transit
    A Nairobi et maintenant c’est claire ils font et envisagent de faire la politique à la destination si on a appliqué la lois
    Ça devient un problème? Ils disent respecter les lois quel respect ils parlent ?
    Ahhh

       0 likes

    • Feuille de Chêne dit :

      C un peu comme ignorer que pour réagir à un article il faut le lire d abord. Il a demandé le renouvellement de son passeport pour pouvoir rentrer librement dans son pays ,c est indiqué noir sur blanc dans l article. Et puis pourquoi ne pas le laisser entrer et l arrêter ensuite pour violation de la loi s il fait de la politique en contradiction de la dite loi?Et tout ça ne rime à rien parce que ces personnes restent des Rwandais,cela vaut beaucoup plus que tous les papiers du monde que vous le vouliez ou pas. LA RUSE, TOUJOURS LA RUSE ET ENCORE LA RUSE.

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    • ambrose dit :

      Alonso, please understand that passport and visa are only needed to get into countries which are not yours. Unless Fr Thomas Nahimana’s Rwandan citizenship has been revoked by Kigali authorities.

         1 likes

    • CESAR dit :

      Alonso,
      C’est vous qui n’avez pas lu les lois rwandaise sur la nationalité.
      Je vous suggère de bien lire notre constitution. Le droit d’aller et de venir pour tout Rwandais est un droit fondamental consacré par notre constitution. Il ne s’agit d’un droit subjectif. Par ailleurs, toute personne qui est né Rwandais n’a pas besoin de passeport et/ou de visa pour rentrer au Rwanda. Kagamé n’est pas plus Rwandais que père Thomas Nahimana. Enfin, Kagamé n’a pas dit que les intéressés ne sont pas de Rwandais ou ne sont pas en possession des documents obligatoires pour rentrer au Rwanda. Il a dit qu’ils constituent une menace pour son régime et lui-même. Pour lui, ils voulaient rentrer au Rwanda pour le déboulonner. Même une personne frappée d’insanité d’esprit ne peut proférer ce genre de divagations, pathétiques et minables pour un président dit d’un Etat. En quoi et comment la présence de ces jeunes hommes et femme au Rwanda, leur propre pays, constituait-elle une menace contre Kagamé? Au regard des déclarations publiques pitoyables, truffées d’énormités et contradictions de Kagame, la question que tout Rwandais se pose raisonnablement est la suivante: Kagamé est-il sain d’esprit?
      Son cas est sui genenis dans les annales de l’histoire de notre pays et il le restera.

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  2. Mugabo dit :

    @ Alonso

    « Quel lois ils parlent »? Vraiment? Tout d’abord il faut souligner avec force qu’ils sont RWANDAIS et c’est tout point final! Et que tout rwandais d’origine a le droit inaliénable de vivre dans son pays natal. A moins que bien sûr le Fpr ne leur ait pas confusqué/extipé leur « Rwandaneité » (s’il le pouvait vraiment!). Tout pseudo-problème relatif au visa, passeport et autres sortes de paperasse que ces membres d’ISHEMA party avaient n’est juste que formalités administratives pour les permettre passer les différents aéroports et douanes. Ce qui importe le plus ce que ce sont DES RWANDAIS VOULANT RENTRER DANS LEUR PAYS! Tout le monde sait très bien (y compris toi même) que le fpr à travers ses ambassades à l’étranger ne peux en aucun cas faciliter le rapartriement des politiciens de l’opposition sans qu’il n’aient accepté au préalable être ses marionnettes.

    Ensuite, je ne perdrais pas bien sûr mon temps pour t’expliquer ce qui s’est passé quand l’Abbé Nahimana a demandé l’extension de son passeport rwandais auprès de l’embassade du Rwanda à Paris car tu le sais très bien déjà.

    La honte ne tue pas, le ridicule ne tue pas. Tout le monde se rappelle très bien des slogans du fpr lors de son attaque d’Octobre 1990, disant que le régime Habyarimana ne voulait pas que les Rwandais en exil rentrent dans leur pays natal! Maintenant voilà que les 4 Rwandais dont un bébé veulent rentrer dans leur pays pour beneficier leur droits et tu veux nous faire avaler que c’est donc des paperasses posent problème??? Waoh!! (ici encore nul ne peut le confirmer car le gouverment rwandais n’a officiellement rien dit, ce qui n’étonne personne). Et selon toi la solution la plus plausible c’est tout simplement de leur refuser d’entrer dans « LEUR PAYS NATAL »???

    Pourquoi l’état rwandais acceptant la double nationalité ne leur aurait pas laissé tout au moins entrer dans leur pays (car ceci est leur droit inaliénable en tant que rwandais) et ensuite leur refuser le droit d’exercer la politique tant qu’ils étaient detenteurs des visas touristiques; ou encore leur demander d’annuler leur visas touristiques voire meme leur passeports étrangers? Pourquoi?
    En aucun cas rien ne justifie l’acte ignoble du gouvernement de Kigali de refuser aux rwandais d’entrer dans leur pays car tout autre problème de paperasse se serait reglé une fois à l’intérieur, car on connait des rwandais innombrables qui entrent chaque jour au Rwanda avec visas touristiques par des passeports étrangers.

    Mais bien sûr tout cela est pure futilité car avec le FPR tout perd la notion sens et de logique. Il n’y a que la volonté du dictateur qui compte.  » Ngo utazi ubwenge ashima ubwe »!

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  3. CESAR dit :

    Les agissements de Kagamé contre Nahimana Thomas et ses conseillers sont la preuve irréfutable la paranoïa dont il est atteint d’une part et de la nature intrinsèque de son régime d’autre part.

    Sur la nationalité de Nahimana est né Rwandais.Il est de père et de mère rwandais et ce, depuis plusieurs générations. Sa nationalité rwandaise n’est donc pas à discuter. Un Rwandais n’a pas besoin de passeport et/ou visa pour rentrer dans son pays.

    Ceux qui dissertent sur la nationalité de Nahimamana n’ont manifestement pas lu la constitution de notre pays, qui de surcroit, a été promulguée par Kagamé en personne. Ils semblent ignorer que double nationalité est prévue par la constitution rwandaise, que Kagame et plusieurs oligarques de son régime qui sont venus d’Ouganda, d’ex-Zaïre ont la nationalité ougandaise, congolaise et qu’ils sont toujours leurs passeports ougandais et congolais.

    Alain Gauthier, de nationalité française, agent du gouvernement Kagame opérant en France et naturalisé rwandais au titre de récompense pour le service fait entre sans visa dans notre pays comme bon lui semble car il est rwandais. Nahimana est ses camarades, tous Rwandais de naissance sont frappés d’interdiction d’entrer et de vivre dans leur propre pays.

    L’intérêt des méfaits de Kagame contre ces jeunes Rwandais dont le plus jeune est âgé de 7 mois est que les masques des pourfendeurs de Nkurunziza sont tombés. Au vu du silence observé par les prédicateurs du respect des droits de l’homme tels que les dirigeants de la FIDH, de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU et maîtres chanteurs par le jeu de sanctions économiques contre le Burundi et son président, sur le refus opposé par Kagame aux Rwandais de rentrer dans leur pays, ils entendent créer le chaos et la désolation au Burundi et conséquemment avoir la tête de Nkurunziza. Le respect des droits de l’homme réduits aux droits des seuls Tutsi nostalgiques du passé excipé peur eux n’est en réalité qu’une mise en scène aux seules fins de réaliser leur objectif comme ils l’ont fait exactement au Rwanda en 1993.

    Selon Kagame via ses obligés, ces jeunes gens constituaient une menace contre son régime. Ses arguments ne sont que des divagations manifestes qui démontrent irréfutablement l’effectivité de son insanité d’esprit. S’ils constituaient une menace contre son régime, il aurait logiquement dû les laisser jouir de leur droit fondamental à savoir le droit d’aller et venir reconnu à tout Rwandais par la constitution de notre pays puis les arrêter et les envoyer en prison pour les prétendus crimes qu’ils auraient commis comme il l’a exactement fait contre Madame Umuhoza Ingabire. Il a dit publiquement que tous les Hutu sont génétiquement génocidaires. Il s’ensuit qu’envoyer en prison un bébé de sept mois n’est absolument pas un problème pour lui.

       4 likes

  4. Bazayire dit :

    Bonjour,

    Pourquoi doit-on maltraiter ce bébé ? Qu’est-ce qu’il a fait pour mériter un tel traitement ? L’aéroport de Nairobi serait-il devenu une crèche pour bébés ? On devrait se mobiliser pour le sort de cet innocent.
    Où sont ceux qui défendent les droits de l’homme et ceux de l’enfant en particulier ?

    Bazayire

       0 likes

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