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Les émeutes de la faim au Rwanda: une réalité quotidienne

Publié : le 7 décembre 2016 à 13:21 | Par | Catégorie: A la une, Analyses de l'actualité

La famine qui sévit depuis quelque temps dans plusieurs régions du Rwanda n’en finit pas avec son lot de tribulations, dont notamment des manifestations qui dans certains cas se transforment en émeutes. Ces émeutes témoignent de l’intense frustration ressentie par une majorité de la population qui, face à une agriculture en crise, conjuguée avec l’envolée des prix des denrées alimentaires sur les marchés, est à bout de souffle. 

Inzara1Loué pour ses réussites économiques, le Rwanda fait actuellement face à une crise alimentaire sans précédent depuis plusieurs décennies, et qui touche une partie non négligeable de la population, même si les autorités tentent tant bien que mal de minimiser les faits, en parlant d’une crise mineure, voire isolée. Néanmoins il est prouvé que l’explosion des prix des denrées alimentaires générée par une agriculture en crise met les paysans de nombreuses régions du pays dans une situation insoutenable, au point que ces derniers sont contraints de descendre dans les rues pour exprimer leur détresse. Dans un pays dirigé par un régime répressif, intransigeant contre toute forme de contestation, les manifestations de la faim sont une première et témoignent de la gravité de la situation.

En effet, il y a quelques semaines un journal de la diaspora rwandaise de Belgique rapportait sur les émeutes qui se sont déroulées dans le district de Gatsibo à l’est du Rwanda où la population, acculée par la famine, s’est rendue en masse au siège du district pour réclamer à manger.  Au pied du mur, le responsable du district, Joseph Munyaburanga, s’est sauvé in extrémis, échappant de justesse aux échauffourées qui opposaient manifestants de la faim et services de l’ordre. Ces derniers tentaient d’empêcher les contestataires de rejoindre le siège du district et de s’y rassembler. Certains avaient marché plus de 40km pour arriver sur les lieux, et beaucoup sont restés sur place durant plusieurs jours.

Les paysans manifestent assis devant les bureaux du Secteur administratif de Gatsibo

Les paysans manifestent assis devant les bureaux du Secteur administratif de Gatsibo

Face à la détermination de la population du district de Gatsibo qui ne voulait pas regagner leurs domiciles le ventre vide, les autorités locales ont été contraintes, en dernier recours, d’organiser une distribution de haricots, jugée insignifiante par les personnes présentes. Le sentiment de frustration est d’autant plus fort chez ces paysans, qui accusent l’Etat d’être à l’origine de la famine en cours dans le pays par l’imposition de la monoculture. Les paysans récusent ainsi les explications données par les autorités rwandaises pour expliquer le drame qui touche le pays. Les autorités parlent en effet de simples conditions climatiques défavorables pour expliquer la crise alimentaire. Pour autant, « dans le passé on a connu des épisodes de sécheresse liées à la pénurie de précipitations, malgré cela on n’était pas trop affectés par la famine car on avait toujours des provisions de manioc, patates douces, arachides et autres, qui nous permettaient de tenir. C’est la première fois qu’on est plongé dans une situation de famine au point de demander de l’aide », explique un paysan du district de Gatsibo au journal The Rwandan.

Cette partie du pays fait partie des régions les plus touchées par la famine. A bout, les paysans n’ont pas d’autre choix que d’arracher les feuilles d’arbres pour se nourrir.

Les paysans de Gatsibo et ceux des autres régions du pays fortement touchées par la famine, comme Kayonza (Est) et Nyagatare (Nord), accusent le gouvernement de les affamer délibérément à travers leur politique alimentaire, à savoir l’imposition de la monoculture, la confiscation des vallées, le développement de la culture en terrasses.

« On impose des monocultures de café, de thé ou de maïs alors que le paysan a précisément besoin de diversifier ses cultures pour limiter ses risques et pouvoir se nourrir », souligne An Ansoms, chargée de cours à l’Université catholique de Louvain (Belgique), qui a mené en 2011 une enquête dans six villages rwandais.  « Le Rwanda réussit à vendre à l’étranger une image et des réalisations qui séduisent les bailleurs de fonds. (…) Avec priorité sur la ‘vitrine’ de Kigali: avenues élargies et propres, feux de signalisation avec décompte, immeubles flambant neufs, publicités géantes. (…)Les campagnes, elles, restent à la traîne. (…) Le sentiment de frustration grandit sur les collines », déclare un autre spécialiste, dans un article intitulé « Le Rwanda, pays du miracle en trompe-l’œil », du journal suisse « Le Temps ».

Les paysans manifestent assis devant les bureaux du Secteur administratif de Gatsibo

Les paysans manifestent assis devant les bureaux du Secteur administratif de Gatsibo

Les manifestants de la faim de la région de Gatsibo somment donc le gouvernement de reconnaitre que leur région est en état de famine générale. L’Etat doit apporter une aide d’urgence à tout le monde sans distinction. Parce que la famine touche le paysan, l’éleveur, mais aussi l’enseignant et le commerçant. Enfin, la population dénonce aussi les taxes exorbitantes qui pèsent de plus en plus sur le porte-monnaie. Comme Jambonews l’a souligné dans un article précédent publié en août 2016 et intitulé  » Rwanda : la famine ravage plusieurs régions », le drame touche plusieurs régions du Rwanda… Et il a déjà provoqué une importante vague d’émigration, notamment vers l’Ouganda.

Jean Mitari

www.jambonews.net

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5 Commentaires à “Les émeutes de la faim au Rwanda: une réalité quotidienne”

  1. Feuille de chêne dit :

    Il y a clairement une politique volontariste d’affamer les hutus (plus de 95/100 d entre eux vivent de l agriculture…).Et toutes les terres fertiles ont été octroyées aux tutsis.La plus part des diplomates en poste à Kigali sont au courant de ce fait, et en référent à leur chancelleries mais celles -ci ferment continuent à fermer les yeux pour des raisons qui échappent à toute logique

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  2. Feuille de Chêne dit :

    Dans une course effrénée,Kagame l idolâtre histerique de l occident en particulier des Usa et UK, à voulu plaire et impressionner ses maîtres dans le seul but de leur montrer qu’il n était pas un nègre comme les autres. Il a cru avoir trouver un moyen simple et inédit pour cela : eh ben oui, ajouter de la pierre sur une pierre dans Kigali et un peu de jeu de lumière sur les routes, tout ça construits par des chinois à renforts de millards d’ argent d’où l on sait jamais là prévenance. Pourquoi les africains font toujours les mêmes erreurs quelles que soient les époques? Mobutu se pavanait devant les blancs et fanfaronait des heures durant parce que il était convaincu de parler un français parfait (ce qui était vrai ceci dit ), son peuple ne mourait pas de faim mais aucun début de développement de quoi que ce soit pour un pays qui avait des revenus en milliards de $Us par an. Quarante ans plus tard, vous avez un autre fanfaron qui se croit malin parce que il construit des immeubles pendant que son peuple meurt de faim au sens premier du mot. Qu est ce qui ne va pas dans la tête des africains? Bon sang, si tu veux impressionner les blancs (de fait ce n est pas vôtre première mission mais enfin ),nourris d abord ton peuple, éduques le,et seulement après construire des infrastructures. Si on a des moyens suffisant on peut mener les trois en même temps. Sinon mes pauvres amis,20 siècle avant Jésus Christ les blancs mettaient déjà la pierre sûr la pierre et étaient éloquent j imagine, alors de grâce. ..

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    • Gerry dit :

      Dear All, Don’t Judge the Government without knowing all policies that are being implemented. Of course Famine could attack any country due to Climate change. On other hand, Currently, The Government of Rwanda Is implementing the Rural Sector Support Project (RSSP), through which, Marshland and Hillside are being irrigated so as to solve the issue of famine in sustainable way. However, these project are very expensive to cover the whole country in few years. I have been working in the Project and I can testify this, and show you with evidence. Hence, on my own opinion, I believe that the Government is trying to distributes the budget in the way of developing all Development sectors (Agriculture, Infrastructure, Education, Health, Social Welfare, ….). Instead of blaming the country leadership, bring the change, and participate in the country development not only for the Agricultural sector but includes other transforming and trading sectors which can make our nation greater than how it was a couple years ago. Thank you.

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  3. Alain dit :

    Mes amis, dans chaque pays il ne manque jamais des problèmes, mais celui-ci est mineur parce que, ces derniers temps nous connaissons bcp des perturbations climatique.
    Je vais commencer par répondre à celui qui invoque le monoculture, après chaque récolte, c’est tout le monde qui se retrouve au lieu de revenir à chaque fois sur ces mentalités hutu -tusti léguer par nos colonisateurs appuyer par leur missionnaires qui sont encore présents ici. Lorsqu’on parle de Kigali propre, ça serait encore trop bas si vous faisiez encore allusion ethniques, sachez que c’est une contribution des Rwandais en général et non d’un ethni. Je ne sais pas où vs viver, mais à l’allure où je vois ce pays, nous ne pouvons que l’applaudir, louer cet effort, cette détermination des Rwandais, le blanc est passé ici, qu’est-ce qu’il a laissé à part sa division, même pas un immeuble comme ds d’autres pays,…a suivre

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  4. Phil dit :

    Tout n est pas parfait au Rwanda (comme partout d’ailleurs) mais c’est du grand n’importe quoi d’aller deformer le faits! Ces gens sont rassemblés au bureau administratif pour recevoir une aide alimentaire de la part du gouvernement apres l’impact d’une secheresse prolongee dans la region. depuis juillet il y a des distribution hebdomadaire non seulement des haricots, mais aussi du mais et de l’eau! Et bien oui. Verifiez vos sources. l’insecurite alimentaire dans la province du sud viens d’une secheresse prolongee et [pas de la monoculture. Sans pluies que ce soit la monoculture ou multiculture l’agriculture est tres vulnerable. Moi je critiquerais seulement la lenteur de la mise en oeuvre des programmes d’iirigation parce que on sait que ce probleme dans l’est est reccurent.

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