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Confession d’un jeune Rwandais

Publié : le 18 avril 2017 à 20:24 | Par | Catégorie: A la une, Opinion

Article d’opinion soumis pour publication par Fabrice Ndikumana

L’avenir me préoccupe. C’est peut-être même l’une des préoccupations humaines avec la plus grande longévité. En ce qui me concerne, après 23 ans de vie, les prochaines décisions que je vais prendre vont être des plus importantes et déterminantes. Pour savoir où je vais, il est important que je sache d’où je viens. Homme en devenir, je me demande : « Pourrais-je véritablement devenir “homme” en ignorant les évènements qui se sont passés avant ma naissance, au Rwanda ? » Tôt ou tard, ne pas suffisamment connaitre mon histoire s’avèrera être une lacune, mais une lacune que, depuis quelques mois, je me suis décidé à combler…

Rwanda+Landscape

« Si la branche veut fleurir qu’elle honore ses racines. »

23 ans après, j’en sais déjà un peu plus esur l’histoire de mon pays. Je fais partie de ceux qui sont nés pendant la guerre… Mais qui n’ont pas pu grandir dans leur pays natal.

23 ans après, le constat de ma relation avec le Rwanda. Elle ne coule pas de source. L’affection que j’éprouve pour ce lieu non-vécu, qui occupe pourtant une place importante dans mon cœur, provient de l’amour que ma famille, mes parents et amis ressentent vis-à-vis de celui-ci. Une relation indirecte donc, néanmoins fort présente. C’est par leur intermédiaire, que mon affection pour le Rwanda existe. Tout comme je voudrais pouvoir m’adresser à Dieu directement sans passer par les saints ; je voudrais pouvoir aimer le Rwanda sans l’aide d’aucun autre intermédiaire, j’aspire à une relation directe. Mais comment ?

Je ne suis plus un enfant et homme je deviens. Il s’agit pour moi de connaître mon histoire, mes racines, savoir, pour pouvoir continuer à construire mon avenir. Ce retour vers le passé a été difficile, mais j’ai réussi à le faire. Qu’est-ce que cela m’a apporté ? Une certaine profondeur, mais surtout
: de la compréhension et de la compassion. J’ai fini par reconnaître que la justice divine n’existait pas. Et comme la justice de l’Homme dépend des intérêts de ceux qui s’en servent, je pense que nous, citoyens, membres de la société civile, nous n’avons pas d’autre choix que de faire advenir la justice ici-bas.

« Ne suis-je pas qu’un produit du passé ? »

Pendant que certains de nos parents mènent des combats divers, ici, au quotidien, et que d’autres encore luttent dans des camps de réfugiés, ou au pays natal, je suis de ceux qui pensent que la jeunesse rwandaise, dont je fais partie, a, elle aussi, un combat à mener. Non pas celui de vouloir établir une Vérité. Encore moins celui qui consiste à faire taire (et parfois à jamais) tous ceux et celles qui désirent entamer cette entreprise. Non, c’est un combat tout autre qui nous concerne selon moi.

Oui, le passé n’est pas au centre de mes préoccupations, après l’avoir approché, j’ai tourné mon regard vers l’avenir, à savoir vers la réconciliation. Après avoir pris acte de notre histoire, le temps de l’interrogation a aussitôt suivi. Moi jeune de la diaspora rwandaise contribuerais-je à l’avènement d’une réelle réconciliation au sein d’un peuple atomisé ? Par cette question je sous-entends que le peuple rwandais ne s’est pas réconcilié. En effet, tout jeune étant un minimum intéressé par le Rwanda, pourrait faire la même observation : la réconciliation du peuple rwandais est une réconciliation de façade.  

« Qui est cet Autre ? »
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Reconnaissant pour ce que nous avons reçu par nos parents, prenons à bras-le-corps les responsabilités liées à la toute nouvelle génération. Où que l’on aille, quoique que l’on fasse, le Rwanda (et son histoire) est et restera une partie majeure de notre héritage. Nous portons donc, en chacun nous, le germe de son avenir. S’il y a une chose dont nous ne devons pas douter, c’est bien celle-là.

Ce motif n’est-il pas suffisant pour que nous laissions le poids du passé derrière nous, pour ainsi faire preuve d’ouverture au sein de nos communautés ? Pour ainsi rencontrer et nous laisser rencontrer par l’Autre ?

Enfin, que puis-je faire à mon échelle ? Serais-je parmi ceux en faveur de la diversité, capable de percevoir nos différences comme des richesses et ainsi enclin au dialogue avec l’autre ? Et la jeunesse rwandaise serait-elle différente des autres ? Parmi la première elle aussi à faire l’éloge de la tolérance, du dialogue et de l’ouverture, mais incapable au sein de sa communauté de rencontrer l’autre, et de se laisser rencontrer par ses frères et sœurs ?…

Sommes-nous vraiment ainsi, des être incapables de rencontrer et de nous laisser rencontrer ?

Fabrice Ndikumana

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