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Rwanda: La jeunesse est-africaine contre la tyrannie de Paul Kagame

Publié : le 27 août 2018 à 22:14 | Par | Catégorie: A la une, Actualité

Sous l’impulsion des jeunesses kenyane et ougandaise, le hashtag #FreeDianeRwigara a connu ces derniers jours une poussée remarquable sur le réseau social Twitter, parvenant à se hisser à la 7ème place des hashtags les plus populaires pour la journée du 24 août 2018 au Kenya par exemple. 

Le  04 décembre 2016, lors de la cérémonie d’ouverture des jeux interparlementaires de l’Assemblée législative est-africaine (EALA), le sénateur kenyan Omar Hassan déclarait:  « Dans des conventions est-africaines comme celle-ci, nous discutons toujours des mêmes sujets : le Marché commun, la libre circulation des biens ou des personnes, le passeport commun, mais nous ne sommes pas suffisamment armés pour aborder les bases pour un logiciel commun : les normes communes pour la démocratie, las valeurs communes… On ne s’intégrera pas avec vous si vous étouffez la liberté d’expression, si vous ne respectez pas les droits de la femme, si vous emprisonnez vos opposants ; nous ne nous intégrerons pas avec vous. »[1]

Aujourd’hui, la jeunesse est-africaine est en train de faire écho à ce discours. Au travers des réseaux sociaux, notamment sur Twitter, elle a lancé une campagne de solidarité avec les prisonniers politiques des pays de la région, en particulier ceux de l’Ouganda et du Rwanda.

La campagne a commencé suite à l’arrestation le 13 août dernier en Ouganda du célèbre chanteur et député du comté de Kyadondo East, Robert Kyagulanyi Ssentamu, connu sous le nom de Bobi Wine. La campagne a pris forme peu après et le 22 août la jeunesse kenyane s’est associée à la jeunesse ougandaise, via le hashtag #FreeBobiWine, pour réclamer sa libération. La campagne a pris de l’ampleur et des personnalités diverses ont pris part à cette campagne pour soutenir Bobi Wine. On peut notamment citer le Nigérian et prix Nobel de littérature Wole Soyinka, ainsi que des artistes et des militants des droits de l’Homme comme Angelique Kidjo et Chris Martin.[2] La pression médiatique exercée a conduit à une première libération du chanteur.

24 heures plus tard, notamment sous l’impulsion du célèbre bloggeur kenyan Abraham Mutai, un influent militant panafricain, convaincu que les détentions politiques en Afrique de l’Est doivent cesser et que les jeunes doivent pouvoir exercer leurs droits politiques librement[3], c’est le hashtag #FreeDianeRwigara qui a atteint des sommets. L’un de tweets les plus remarquables de Mutai est celui où il lance un appel aux Rwandais : « Cher Rwanda, nous vous offrons notre soutien pour créer un environnement politique libre et propice en réprimandant le président Paul Kagame pour la détention de Diane et des autres. Pourrais-je avoir 1000 retweets pour #FreeDianeRwigara. C’est parti ! »[4]

Cet appel, à défaut d’être relayé par une jeunesse rwandaise tétanisée, le sera par les jeunesses kenyane et ougandaise. C’est ce que l’on découvre au travers de ces tweets et retweets et du hashtag #FreeDianeRwigara.  Elles rappellent au monde que l’actuel président de l’Union africaine est un tyran qui ne tolère pas l’opposition et oppresse toute voix discordante.

Surpris par l’attitude de la jeunesse rwandaise, qui n’a pas suivi son appel sur twitter, Abraham Mutai fournira une explication quelques heures après la diffusion de son premier tweet : « On me raconte que les gens au Rwanda ont fait une capture d’écran de mon tweet et le font maintenant circuler par WhatsApp et d’autres forums par crainte de retweeter ou d’aborder le sujet évoqué dans le tweet. Oubliez Al Bashir, même Museveni, Paul Kagame est le vrai problème. #FreeDianeRwigara »[5].

Dans une déclaration sur Twitter, l’analyste politique kenyan James Mwangi s’est adressé au président Paul Kagame, lui rappelant les valeurs de l’Union africaine sur la bonne gouvernance et les droit de l’Homme, et lui demandant humblement de libérer Diane Rwigara et sa famille car pour lui Paul Kagame n’a aucune raison valide de continuer à garder Diane Rwigara en détention. [6][7][8][9][10]

Les discours de Paul Kagame séduisent souvent la jeunesse panafricaniste tant il prône l’indépendance financière du continent africain, s’adresse à la jeunesse en particulier et défend la solidarité entre les pays africains. On peut le voir dans son discours lors de sa prise de fonction en tant que président de l’Union africaine : «Le défi déterminant de l’Afrique est de créer un chemin vers la prospérité pour notre peuple, en particulier pour les jeunes…. Aucun pays ou région ne peut se débrouiller seul. Nous devons être fonctionnels, et nous devons rester ensemble. La réforme financière et institutionnelle de l’Union africaine tire toute son urgence de ces réalités. »[11]
Toutefois, la plupart des figures les plus populaires des mouvements panafricanistes qui s’intéressent à la réalité rwandaise au-delà du discours se rendent souvent compte que cette réalité rwandaise est à l’exact opposé du discours brandi. En déclarant sur Twitter le 24 août 2018 : « Nous tweetons #FreeDianeRwigara pour rappeler à Paul Kagame et à son régime meurtrier qu’en tant que jeunesse est-africaine nous surveillons. Nous sommes conscients. Et nous nous soulevons face aux dictateurs des pays voisins. Il viendra le temps où il va tomber »[12] , Abraham Mutai rejoint une autre célèbre figure du mouvement panafricaniste, Kemi Seba,  qui interrogea en 2016 : « Qui décrit en priorité le Rwanda comme un exemple ? … Est-ce que le Rwanda est un exemple lorsque les milices rwandaises accompagnées de certaines milices ougandaises créent le chaos au Kivu aujourd’hui ? Est-ce que le Rwanda est un exemple lorsque tous ceux qui s’opposent à Kagame sont incarcérés et sont victimes de violations des droits réels de l’Homme et non pas les droits fantasmés que l’on peut retrouver à Paris, il faut que l’on se pose des questions sur ces modèles imposés par l’extérieur mais qui ne sont pas forcément en harmonie avec nos réalités intérieures… ? »[13]

L’actuel momentum indique peut-être le début d’une prise de conscience collective au sujet de la nature tyrannique du régime de Paul Kagame plus large que le cercle réduit de ceux qui s’intéressent habituellement à la démocratie au Rwanda au-delà des discours et des statistiques savamment manipulés. Ce mouvement serait-il un pas vers la fin de la tyrannie de l’un des régimes les plus répressifs de l’histoire ? Seul l’avenir le dira. La jeunesse est-africaine se dit en tout cas prête à seconder une jeunesse rwandaise tétanisée face à un régime tout-puissant.

Constance Mutimukeye et Alfred-Antoine Uzabakiliho

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[1] https://www.youtube.com/watch?v=wN_crZkhAFo

[2] https://www.nation.co.ke/news/africa/Regional-FreeBobiWine-campaign-shapes-up/1066-4724014-cyx39r/index.html

[3] https://twitter.com/ItsMutai/status/1032942888899031040

[4] https://twitter.com/ItsMutai/status/1032725916194140160?s=19

[5] https://twitter.com/ItsMutai/status/1032971630937600001?s=19

[6] https://twitter.com/MwangiAfrica/status/1032917548386459648

[7] https://twitter.com/MwangiAfrica/status/1032917554954739717

[8] https://twitter.com/MwangiAfrica/status/1032917558863777793

[9] https://twitter.com/MwangiAfrica/status/1032917562756096000

[10] https://twitter.com/MwangiAfrica/status/1032917566069592064

[11] http://www.panoractu.com/2018/01/29/discours-de-paul-kagame-lors-de-nomination-tant-president-de-lua/

[12] https://twitter.com/ItsMutai/status/1032860875307339776?s=19

[13] https://youtu.be/HdB2SNOpRR4

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