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Rwanda : Le torchon brule entre Londres et Kigali

Rwanda : Le torchon brule entre Londres et Kigali


Manifestation de la communauté rwandaise à Londres

Manifestation de la communauté rwandaise à Londres


Un belge d’origine rwandaise vivant à Bruxelles a été refoulé le samedi 14 mai de Londres vers la Belgique au motif qu’il aurait été envoyé par le gouvernement rwandais afin d’assassiner deux ressortissants Rwando-Britanniques vivant dans la capitale anglaise.1

Cet épisode fût le paroxysme de toute une série d’incidents qui ont congelé les relations entre Londres et Kigali et qui risquent de déboucher sur une rupture des relations diplomatiques s’ils ne sont pas enrayés. Jambonews vous propose de revenir sur ces incidents jusqu’il y’a peu invraisemblables.
 
C’est le 29 avril 2011 que le couple Kigali-Londres a connu ses premières tensions, lorsque le journal « The Independent » rendait public des informations selon lesquelles, le MI5, les services secrets britanniques avaient demandé à l’ambassadeur du Rwanda à Londres de cesser d’harceler les opposants, au risque que le Rwanda perde les 83 millions de pounds d’aide au développement.
Le tweet du journaliste Ian Birell

Le tweet du journaliste Ian Birell


Après une période d’accalmie, où les relations semblaient revenir à la normale, le journal BBC en Kinyarwanda révélait le vendredi 13 mai une information selon laquelle, Scotland Yard, la police judiciaire britannique avait averti deux Rwando-Britaniques d’une menace imminente d’atteinte à leur vie posée par le gouvernement rwandais. Dans l’immédiat, cette affaire est restée contenue et quelque peu ignorée par les médias anglo-saxons, seul le site internet « African Dictators » l’ayant relayé.
 
Le samedi 14 mai, le même jour ou une conférence du RNC devait avoir lieu à Londres, c’est un autre événement surréaliste et quelque peu inattendu qui a fait la une de la presse britannique. Ian Birell, journaliste au Guardian qui fût rédacteur en chef adjoint de « The Independent » et rédacteur des speechs de campagne de David Cameron, a eu une série de vifs exchanges sur Twitter avec le général Paul Kagame, président du Rwanda.
Tout au cours du week-end, la presse britannique en fait ses choux gras. Tour à tour, « The Telegraph » ou encore « The Guardian » rapportent la nouvelle avec souvent de sérieuses critiques au sujet des violations graves des Droits de l’Homme prétendument commises par Paul Kagame et ses troupes contre les populations rwandaises et congolaises.
Dans le « The Guardian » du lundi 16 mai, c’est Ian Birell lui-même qui est revenu sur ces échanges dans un article intitulé « My twitterspat with Paul Kagame ». Il y parle d’une première sur Twitter, à savoir un chef d’état discutant avec un journaliste et rejoint par la suite par la ministre des affaires étrangères, Louise Mushikiwabo venue défendre le président.  Il analyse de manière très critique les réponses données par Paul kagame « écrites avec le genre d’abréviations utilisées par les adolescents ».  Le site Slate Afrique a fait une analyse en français de ces échanges.
Paul Kagame et Louise Mushikiwabo ont essuyé une pluie de critiques à l’issue de ces derniers, la plupart d’entre elles venant de leur propre camp, au point que la ministre est personnellement montée au créneau et a publié un article dans le quotidien « Igihe », justifiant les échanges Twitters qui s’étaient déroulés quelques jours plus tôt et intitulé « l’Afrique a le droit de partager ses opinions sur Twitter au sujet des bonnes et mauvaises choses qui s’y disent à son sujet ».
Le samedi 14 mai toujours, pendant que les médias britanniques avaient les yeux rivés sur les échanges Twitter, une information hautement préoccupante nous est parvenue selon laquelle la Police britannique avait refoulé vers la Belgique un belgo-rwandais venu assister à la conférence du RNC, en l’accusant d’avoir été envoyé par le gouvernement afin de tuer deux ressortissants Rwando-Britanniques. L’information au sujet de l’expulsion a été confirmée à Jambonews par plusieurs témoins oculaires dont l’intéressé lui-même, qui se défend toutefois d’être à la solde du gouvernement rwandais.
Deux jours plus tard, le lundi 16 mai 2011, lors d’une rencontre entre Paul Kagame et les étudiants de l’université nationale du Rwanda, le numéro un rwandais fût interrogé sur les menaces contre les ressortissants rwandais et sur les conséquences que pourraient avoir le retrait de l’aide financière britannique.
Dans une réponse hésitante de près de vint-minutes, Paul Kagame, visiblement embarrassé et surpris par la question répond que « Ce n’est pas le Rwanda qui attaque, c’est le Rwanda qui est attaqué, mais lorsque le Rwanda est attaqué, il sait se défendre. »
Avant d’avertir les anglais et les pays étrangers « si les anglais ou un autre pays veulent travailler avec ces rwandais qui vivent à l’extérieur, ils en ont le droit, mais dans ce cas, ils nous perdraient aussitôt, et cela ne changerait rien pour nous ».
Conscient d’une avalanche de critiques sur son gouvernement actuellement répandues dans les médias et sur les réseaux sociaux, il demande aux jeunes, de suivre ce qui se passe et se dit  « sur facebook, sur Twitter » et de répondre à ces informations.
Au cours de la même réponse, Paul kagame s’en prend à la jeunesse rwandaise vivant à l’extérieur et appelle la jeunesse rwandaise du pays à se mobiliser contre cette jeunesse exilée« il n’est pas normal qu’un jeune homme ou une jeune fille de votre âge, assis en Angleterre ou en Belgique, soit celui qui explique ce qu’est le Rwanda, comment le Rwanda devrait être, devrait respirer et que tu l’acceptes » et il ajoute « c’est te donner peu de respect, d’autant plus que toi tu ne peux pas  parler de ce qui concerne son pays ». Si tu l’acceptes à cause de l’argent dont tu parlais (NDRL, faisant référence aux donations des pays étrangers), « penses tu vraiment qu’ils te donnent cet argent par amour ? Quelle pitié ont-ils pour te donner cet argent ? ».  Et il appelle les jeunes à se lever et se battre pour dire « leur vérité ».
Siège du Commonwealth à Londres avec le drapeau du Rwanda qui flotte

Siège du Commonwealth à Londres avec le drapeau du Rwanda qui flotte


C’est à partir du jeudi 19 mai que les choses se sont envenimées dans les médias anglo-saxons après que l’un des deux principaux quotidiens américains « The New York Times» aie publié un article dans lequel il affirme que des agents britanniques ont confirmé au Média New Yorkais l’authenticité des menaces sur les deux ressortissants rwandais. «The Independent, the Telegraph, la BBC. Fox News, Al Jazirah, the Dailymail c’est au total quelques 153 médias anglophones dont les plus importants qui relayent l’information avec souvent des attaques virulentes à l’encontre du gouvernement rwandais au sujet de ses violations persistantes des Droits de l’Homme.
Le reportage le plus complet sur le sujet étant celui diffusé le dimanche 22 mai par la BBC.
Un spécialiste belge du Rwanda a lors d’un contact téléphonique avec Jambonews évoqué « un Microphénomène » mais s’étonne du silence des médias francophones sur le sujet.
Du côté du gouvernement rwandais, c’est le rejet catégorique de ces accusations. Dans un communiqué diffusé in extenso par l’agence rwandaise d’information, le gouvernement, rejette avec force ces accusations et assure ne jamais utiliser la violence contre des rwandais que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays.3
Un argumentaire similaire est développé dans un article du quotidien « Igihe », le média le plus populaire en Kinyarwanda qui accuse les rwandais vivant à l’étranger de vouloir donner une image erronée de leur pays.
La réponse la plus argumentée  venue du Rwanda viendra d’une vidéo postée le 24 mai par « Igihe TV » qui rompant avec un ton voulant habituellement donner une image légèrement indépendante du gouvernement, adopte le même discours virulent que le gouvernement envers l’opposition dans une vidéo intitulée « des groupes terroristes pro-génocide (FDU,FDLR, RNC) désinforment les services secrets britanniques. »
Depuis ces incidents, plusieurs voix britanniques se sont élevées pour demander la suppression de l’aide britannique au Rwanda. Le dernier épisode en date, est une colonne de Ian Birell, publiée dans le Times du lundi 23 mai, dans laquelle il pousse un véritable « coup de gueule » contre l’aide britannique au Rwanda. Le titre de son billet d’humeur est révélateur du contenu « The desperate desire for an aid success story has for too long blinded British leaders to Kagame’s wrongs ».4
 
L’un après l’autre écrit il, les leaders britanniques ont ignoré que le régime de Paul kagame avait joué un rôle prépondérant dans le conflit au Congo ayant fait plus de 5 millions de victimes. Ils ont ignoré poursuit il, « comment Monsieur Kagame écrase les dissidents, emprisonne les opposants et ferme les journaux critiques ». Ils ont également ignoré, termine t-il, comment il a gagné, l’année dernière, « une élection sans signification entachée de meurtre avec un score ridicule de 93 pour cent des voix ». Et il s’interroge, « peut on vraiment avoir une situation dans laquelle on donne plus de 83 millions de pounds par an à un régime qui en retour, selon Scotland Yard, envoie des équipes d’assassins pour éliminer des rwandais vivant à Londres ? »
Pressé de questions, le département britannique pour le développement international (DFID) a affirmé ne pas avoir l’intention de retirer l’aide au Rwanda qui bénéficie  principalement, selon ce département, aux citoyens les plus pauvres du pays.
Il est sans doute encore trop tôt, pour tirer des conclusions au sujet de l’avenir des relations entre Londres et Kigali, mais ce qui est déjà certain, c’est que ces incidents marquent la fin d’un soutien inconditionnel des anglais au régime du FPR et qu’il est plus que temps que Kigali fasse face aux critiques au sujet des violations graves des Droits de l’Homme qui se commettent encore aujourd’hui au lieu de systématiquement les rejeter avec la plus grande énergie.
Ruhumuza Mbonyumutwa

Jambonews.net

 
 
 
1 Joint au téléphone par Jambonews, l’intéressé lui-même a reconnu avoir été refoulé de Londres mais nie travailler pour le gouvernement rwandais. Au vu de la gravité des accusations et de la préoccupation que cela suscite au sein de la communauté rwandaise de Belgique, nous menons actuellement des investigations dont les résultats seront entièrement communiqués à nos lecteurs à la fin de cette semaine.
 
2 A partir de la 33ème minute et à partir de la 53ème minute
 
 
3 « The Government of Rwanda rejects in the strongest terms the allegations of an assassination plot against two Rwandans living in the UK. Never does the Government of Rwanda threaten the lives of its citizens, nor use violence against its people, wherever they live.”
 
4 Extraits du billet d’humeur de Ian Birell dans le « Times de ce lundi 23 mai »
 
One after the other, they chucked huge amounts of aid at the tiny nation. They ignored how Paul Kagame’s regime played a leading role in the conflict in the Congo, the most vicious war in African history with more than five million people killed, and sold off stolen minerals. They ignored how Mr Kagame crushes dissent, jails opponents and closes down critical newspapers. And they ignored the way he won a meaningless election marred by murder last year with a ludicrous 93 per cent share of the vote.
 
But surely they cannot ignore the latest transgression. Can we really have a situation in which we hand over £83 million a year to a regime that in return, according to Scotland Yard, sends hit squads to assassinate Rwandans living in London? Incredibly, the revelation that police had warned two exiles of a threat to their lives from the Rwandan Government came just a month after MI5 told the country’s High Commissioner to stop an alleged campaign of harassment and intimidation against dissidents.
 
Such tactics are no surprise. Opponents have been shot, beheaded, jailed and terrorised. I have spoken to former members of Mr Kagame’s inner circle who said he never hid what would happen to his critics. Even Paul Rusesabagina, the hotel manager who became a hero after saving 1,268 people as the hundred-day hell of genocide raged around him, had to go into hiding after speaking out.
 

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