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Nouvelle rafle de journalistes au Rwanda: RSF s’indigne

Nouvelle rafle de journalistes au Rwanda: RSF s’indigne

Reporters sans frontières condamne vivement l’arrestation de trois journalistes, à Kigali, en l’espace d’une semaine. Deux d’entre eux auraient néanmoins été libérés dans la matinée du 15 novembre 2011 selon les dernières nouvelles,  et le troisième reste sous les verrous.

Joseph Bideri

Joseph Bideri


Dans un communiqué publié sur son site, Reporters sans frontières affiche ses préoccupations face une série d’arrestations signalée ces derniers jours dans le rang des journalistes au Rwanda.  « Cette série d’arrestations témoigne à nouveau de l’extrême vulnérabilité des journalistes au Rwanda. Nous demandons aux autorités d’expliquer publiquement les raisons de ces détentions et de libérer le dernier prisonnier sur le champ. Nous appelons également à ce que le projet de réforme de la loi sur la presse engagé par les autorités prenne enfin corps et protège les journalistes contre les arrestations et les détentions arbitraires », a déclaré Reporters Sans Frontières.

L’ONG se dit surprise de ces arrestations d’autant plus que se déroule en ce moment à Kigali, une conférence sur la liberté des medias : « Ironie du sort, ces trois arrestations surviennent alors que s’ouvre en ce moment, à Kigali, le Third Annual National Dialogue on Media, une conférence de deux jours organisée par le Haut Conseil des médias et dont l’objectif déclaré est de développer un environnement favorable à la liberté de la presse et d’assurer aux médias la possibilité de travailler en toute liberté, indépendance et professionnalisme », a ajouté l’organisation.

Ce qui est  surprenant est que les journalistes arrêtés, travaillent pour les medias réputés proches du pouvoir : Joseph Bideri, directeur de publication du quotidien privé The New Times, très proche du parti au pouvoir a été arrêté le 14 novembre par la police de Kigali et libéré le lendemain matin. Reporters sans frontières fait le lien entre cette attestation, et  une série d’articles récemment publiée dans son journal relatant une affaire de détournement de fonds dans la construction de la centrale hydro-électrique de Rukarara, à l’ouest du Rwanda. Un article relatant la détention de Joseph Bideri a été publié le 15 novembre sur le site Internet du New Times, et subitement retiré. Le régime dénoncé par ses propres medias ? En Kinyarwanda on dit « umutego mutindi wica nyirawo »(le piège mal pausé tue celui qui le tend). Il est probable que ça soit, ce à quoi nous assistons avec l’arrestation de ces journalistes.

Le second journaliste arrêté est Jean Gualbert Burasa, directeur de publication du bimensuel indépendant Rushyashya. Il a été arrêté le 11 novembre par la police de Kigali. Celle-ci invoque une conduite en état d’ivresse, mais l’arrestation du journaliste pourrait faire suite à la parution dans son journal d’un article sur la profanation de la tombe de l’ancienne ministre des Affaires sociales, Christine Nyatanyi. Cependant, ce dernier aurait été relâché après quatre jours de détention.

René Anthère Rwanyange enfin, est le troisième journaliste mis aux arrêts. Il est en détention depuis la semaine dernière. La police affirme qu’il est poursuivi suite à un vol d’ordinateur portable, mais Reporters sans frontières ne comprend pas qu’aucun chef d’accusation n’ait été officiellement retenu jusqu’à maintenant.

Reporters sans frontières dénonce fréquemment une situation infernale dans laquelle les médias travaillent au Rwanda. D’ailleurs, le  13 septembre dernier, en marge de la visite du général Paul Kagame à Paris, une vingtaine de militants de Reporters sans frontières ont protesté devant l’hôtel Ritz à Paris, où le dictateur rwandais devait recevoir une délégation du patronat français pour un petit-déjeuner.

Le Rwanda n’a cessé d’être sur la sellette en raison de violations inquiétantes de la liberté de presse. Dans un rapport sur le Rwanda publié le 9 septembre, Reporters sans Frontières avait dénoncé « le climat exécrable pour les médias » au Rwanda.

Ce climat a justifié la place peu flatteuse du Rwanda dans le dernier classement mondial de Reporters sans frontières concernant la liberté de la presse et qui fait apparaitre une nette dégradation des conditions d’exercice des journalistes. Sur 178 pays analysés, le Rwanda finit en queue de peloton à la 169eme place, juste devant l’Érythrée (173e et dernière position cette année), la Corée du Nord (172e) et le Turkménistan.

Selon cet organe mondial de défense de la presse, le Rwanda, l’Érythrée et le Soudan, sont  les trois pays les plus répressifs envers les medias en Afrique poussant certaines critiques à déclarer que, « exercer le métier du journalisme indépendant au Rwanda équivaut à un suicide « .

Nombreux journalistes ont payé le lourd tribut pour avoir osé exercer leur métier au Rwanda : c’est le cas de Jean Leonard Rugambage, le rédacteur en chef d’Umuvugizi, qui a été abattu par balle en juin 2010, quand il enquêtait sur la tentative d’assassinat de l’ancien chef de l’armée le lieutenant général Faustin Kayumba Nyamwasa refugié en Afrique du Sud. Nous pouvons citer également les cas de la condamnation d’Agnès Uwimana, ancienne directrice de l’hebdomadaire privé ‘Umurabyo’ à 17 ans de prison et à 7 ans de prison à sa consœur Saidati Mukakibibi, pour avoir osé critiquer l’homme fort du Rwanda,  le général Paul Kagame.

Les deux principaux journaux de l’époque, bêtes noires du gouvernement, Umuseso et Umuvugizi, ont été suspendus, et les journalistes ont dû quitter le pays pour sauver leurs vies. Reporters sans frontières annonce d’ailleurs que « dans des proportions presque comparables à la Somalie, le Rwanda se vide de ses journalistes, lesquels fuient par peur de se faire liquider ».

Dans une interview du 10 novembre 2011 accordée  au journaliste ougandais Andrew Mwenda, Paul Kagame a lui-même reconnu qu’il était « disproportionné » de condamner à 17 ans de prison un journaliste pour le simple crime d’avoir critiqué le Président. Pour lui, de tels agissements reflètent négativement non seulement sur l’image du Président mais aussi du pays. Commentant la sentence de 17 ans de prison infligée à Agnes Uwimana pour l’avoir comparé à Hitler, il a déclaré qu’il ne serait pas heureux avec ce genre de situation et a dit espérer que ce cas que le journaliste évoque ne s’était pas produit.

Par Jean Mitari

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