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Burundi, le retour de la rébellion: un reportage qui continue à faire couler l'encre

Burundi,  le retour de la rébellion: un reportage qui continue à faire couler l'encre
Pauline Simonet, journaliste France 24

Pauline Simonet, journaliste France 24

Pauline Simonet, journaliste France 24


Le reportage de Pauline Simonet diffusé  le jeudi 1er décembre sur France 24 continue à susciter plusieurs interrogations au sein des communautés burundaise et rwandaise.
En effet, une semaine après la diffusion du reportage portant sur une « rébellion burundaise » installée en RDC, cinq questions restent toujours sans réponse, les voici en vrac :
Le Général Moïse s’exprime en Kinyarwanda et non en Kirundi (Les burundais disent plutôt dufiSe et pas dufiTe). Beaucoup de burundais ont été surpris par cet accent d’autant plus que le « Général » Moïse affirme dans le reportage avoir appartenu à l’armée Burundaise. On a attendu en vain que le « Général » s’exprime en français avec son hôte, chose très surprenante puisque tous les officiers burundais passent par l’ISCAM (Institut Supérieur des Cadres Militaires) et ont donc un niveau BAC +4 au moins.
Le choix de la base arrière de cette rébellion: Les hauts plateaux de Minembwe chez les Banyamulenge. Ce choix paraît très surprenant, car pour ceux qui connaissent la région, il est tactiquement très difficile de mener des opérations de guérilla au Burundi à partir de ces hauts plateaux. Dans la moitié des années 90, la rébellion burundaise du CNDD avait plutôt choisi la plaine de Rusizi avant d’être délogée par l’AFDL de Kabila, puis la Tanzanie par la suite.
Les effectifs du Général Moïse: Nous avons comptabilisé en tout et pour tout 10 à 12 hommes autour de lui, or il affirme avoir des Brigades. Pourquoi aurait-il raté l’occasion rêvée de faire une démonstration de force devant une chaîne internationale, sachant que les barundis allaient voir ce reportage d’une façon ou d’une autre? (Pour information, le pouvoir de Bujumbura a brouillé les signaux des chaînes qui ont retransmis ce reportage),
La composition des troupes du Général Moïse: Elles sont composées des ex-FAB ( Forces armées burundaises avant les accords d’Arusha), des soldats qui ont combattus auprès du FPR (1990-1994), des déçus du CNDD-FDD, des combattants du FNL (ex-Palipehutu). Retrouver les ex-FAB, les déçus du CNDD-FDD et les combattants du FNL  réunis au sein de cette rébellion n’est pas surprenant dans le contexte actuel, mais on peut s’interroger sur la présence des ex-soldats du FPR dans cette rébellion, quels sont leurs mobiles?
Par rapport à ces observations, on peut douter légitimement sur l’origine du  « Général » Moïse, tout laisse a croire qu’il est plutôt Rwandais même si certains Burundais comme Gratien Rukindikiza de Burundi News  affirment le contraire, un séjour même prolongé d’un Burundais parmi les Rwandais ne peut pas dénaturer complètement son accent,  nous prenons à témoin les milliers d’anciens réfugiés Burundais au Rwanda qui ont gardé quasiment intact leur accent malgré plus de deux décennies d’asile.

Au vu de ces différents éléments d’interrogations, plusieurs hypothèses au sujet de cette prétendue rébellion sont plausibles:

Burundi

Burundi


Soit c’est un instrument de Kigali et Bujumbura qui servira bientôt comme prétexte pour mener une nouvelle offensive conjointe au Congo (après la proclamation des résultats des élections par exemple). Ce ne serait pas étonnant car les Présidents Nkurunziza et Kagame entretiennent, du moins visiblement, de très bonnes relations., Certaines sources à Bujumbura affirment même qu’une antenne des Renseignements Rwandais y a pris quartier, ce qui expliquerait en grande partie l’arrestation des opposants Rwandais à Bujumbura, la plus célèbre étant celle de Déo Mushayidi, opposant rwandais capturé au Burundi en 2010, avant d’être transféré en toute illégalité au Rwanda, ou il est actuellement emprisonné.
Soit c’est un ballon d’essai de l’ancien général Kayumba et cie qui veulent se servir du Burundi pour attaquer le Rwanda par le sud, ceci expliquerait peut être la présence des ex-soldats du FPR dans les troupes du Général Moïse. L’hypothèse d’attaquer le Rwanda par le sud n’est pas totalement infondée car le Burundi est un des rares pays qui a un casus belli contre le Rwanda ( La mort du Président burundais Ntaryamira sur le sol rwandais ) et donc ou des alliances peuvent être trouvées.
Soit les partisans de l’ancien parti unique du Burundi (UPRONA) préparent leur retour à l’aide du pouvoir Rwandais, ce qui expliquerait la présence conjointe des ex-FAB et des ex-RPA dans cette rébellion.
Soit il s’agit d’une alliance anti-Nkurunziza qui essaierait de ratisser très large dans la région.
Il est très difficile de pencher pour telle ou telle hypothèse, car au Burundi les choses ont évolué et le conflit qui s’annonce ne sera pas ethnique. En effet, plusieurs hutus sont mécontents du régime et  plusieurs leaders hutus de l’opposition font l’objet d’exécutions extrajudiciaires de la part du pouvoir hutu de Nkurunziza, seuls ils n’arriveront pas à renverser le pouvoir de Nkurunziza. D’autre part, le pouvoir actuel gère mal le Burundi,  la corruption est très répandue (D’après les rapports régionaux, le Burundi est le pays le plus corrompu de la région) et comme on peut notamment l’apercevoir dans le reportage, de très belles villas poussent comme des champignons  alors que les indicateurs économiques sont au rouge (au classement 2011 de l’Indice de développement humain, le Burundi était classé 185ème pays sur 187). Enfin, plusieurs Tutsis burundais  caressent l’idée de revenir en force aux affaires car leur influence a fortement diminué, mais pour cela ils savent qu’ils ont très peu de chance s’ils s’aventurent seuls.
L’hypothèse d’une alliance entre hutu et tutsi déçus  est donc très plausible, elle existe déjà au niveau politique, et si le pouvoir ne corrige pas le tir, une alliance armée du même type pourrait effectivement voir le jour.
Olivier Ngaboyamahina
JamboNews.net

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