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Rwanda : Conférence sur le prix Lantos décerné à Paul Rusesabagina

Rwanda : Conférence sur le prix Lantos décerné à Paul Rusesabagina
Paul Rusesabagina en compagnie de Madame Annette Lantos (Veuve de Tom Lantos) et Nancy Pelosi (Ex -présidente de la chambre des réprésentats des USA)

Paul Rusesabagina en compagnie de Madame Annette Lantos (Veuve de Tom Lantos) et Nancy Pelosi (Ex -présidente de la chambre des réprésentats des USA)

Paul Rusesabagina en compagnie de Madame Annette Lantos (Veuve de Tom Lantos) et Nancy Pelosi (Ex -présidente de la Chambre des réprésentants des USA)


Ce 10 décembre 2011 s’est tenue à Bruxelles une conférence dont le but était d’informer le public sur la récente attribution du prestigieux prix Lantos à Paul Rusesabagina, le héros d’Hotel Rwanda, connu pour sa bravoure lors des évènements qui ont endeuillé le Rwanda en 1994.
Le 16 novembre 2011, Paul Rusesabagina a reçu le prix Lantos au sein même du Capitole, le Congrès américain, succédant au Dalaï-Lama et à Elie Wiesel entre autres  sommités.
Rusesabagina qui a déjà reçu pléthore de médailles et de prix prestigieux aux États-Unis est connu pour avoir donné refuge à 1268 personnes pour la plupart Tutsis alors qu’elles risquaient d’être tuées lors du génocide rwandais de 1994.
Plusieurs invités ont participé à la réunion dont les principaux étaient évidemment Paul Rusesabagina et son épouse, l’américaine Kitty Kurth et son époux, cette dernière étant la chargée de relations publiques de la fondation Hôtel Rwanda.
La conférence était animée par quelques maîtres de cérémonie, essentiellement Madame Drocella Uwimbabazi, porte-parole de l’organisation, et Monsieur Pio Ngilikesha.
Madame Drocella Uwimbabazi a d’abord pris la parole pour remercier les rwandais qui ont sauvé d’autres rwandais et a affirmé que même si le prix Lantos a été attribué uniquement à Rusesabagina : « cette récompense aurait pu revenir à beaucoup de rwandais dont vous car beaucoup avez été héroïques ». Elle a ajouté que « aimer le Rwanda, c’est aimer tous les rwandais » et « cette journée de la célébration des droits de l’Homme dans le monde est la journée de tous les rwandais ».
Mr et Madame Kurth, couple d'Américains de "Hotel Rwanda Rusesabagina Foundation"

Mr et Madame Kurth, couple d'Américains de "Hotel Rwanda Rusesabagina Foundation"source: www.musabyimana.net


Une vidéo relatant quelques extraits des discours prononcés au sein du Congrès américain a alors été projetée. Ainsi, a-t-on pu constater que divers intervenants dont un ancien ambassadeur américain au Burundi et « grand ami » du Rwanda, deux sénateurs en exercice ainsi que d’autres orateurs se sont succédés pour louer la bravoure et le sens des responsabilités de Rusesabagina qui, gestionnaire de l’hôtel des Milles collines au plus fort de la tragédie rwandaise, a non seulement fait son métier mais a fait plus. Un des sénateurs a même souligné que la vaillance de Rusesabagina s’est même exprimée dans le dossier du Darfour où sans son intervention où il a joint sa voix à celle d’autres pour réclamer la reconnaissance du génocide au Darfour, la situation aurait été bien pire.
Mais l’intervention la plus expressive fut sans doute celle de Katherine Lantos, fille du créateur du prix éponyme qui par un sens inégalé de la rhétorique a illustré sa glorification par une question qu’elle fut amenée à se poser quand elle était encore une jeune collégienne : Si elle avait la chance de rencontrer Dieu et qu’elle devait lui poser une seule question, quelle serait-elle ? Elle avait réfléchi à l’époque, elle ne pouvait lui poser des questions auxquelles elle avait déjà une réponse du genre : Quelle est la plus grande valeur qu’un homme devrait avoir ? C’est évident, c’est l’amour. Ou, quelle est la plus grande réalisation que les hommes devraient accomplir ? C’est évident, c’est la paix ? Mais la question qui resta sans réponse fut : à quel test moral devrait-on être confronté pour être sûr d’aller dans le bon sens ? À cette question, dît elle,  ce sont des gens comme Paul Rusesabagina qui, au fil du temps, lui ont apporté des réponses.
Katherine Lantos compara alors Paul Rusesabagina à ces diplomates suédois qui lors de l’holocauste ont sauvé des milliers de juifs dont son regretté père Tom Lantos.

« Les danseurs ont changé mais la musique reste la même »

Paul, son épouse Thaciana et Mme Kitty

Paul, son épouse Thaciana et Mme Kitty source: www.musabyimana.net


Vint alors le moment où Rusesabagina prit la parole, toujours dans le Capitole, pour exprimer sa reconnaissance d’être élevé au même rang que le Dalaï-Lama ou au prix Nobel  Elie Wiesel qui, avant lui, ont reçu le prix Lantos. Il rappela avoir sauvé 1268 Tutsis menacés de mort alors gérant d’hôtel et évoqua le crédo qui désormais guide sa voie, le fameux « Plus jamais ça ». Il proclama qu’il a toujours été et qu’il sera toujours comme son nom «Rusesabagina » l’indique, « celui qui met fin aux conflits». Il affirma que dans son jeune âge, son héros était son père analphabète qui lui conseilla de ne jamais prendre de parti dans les conflits, de plutôt toujours  se mettre au milieu des belligérants pour les séparer et de ne jamais regarder ni à gauche ni à droite mais plutôt en haut afin de témoigner sa neutralité. Il condamna le génocide rwandais qui vit périr  des centaines de milliers de Tutsis et de Hutus. Il afficha sa satisfaction pour les poursuites judiciaires qui ont été faites à l’encontre de l’élite Hutue, des miliciens et des militaires qui ont trempé dans le génocide mais regretta que la transition politique ne soit pas venue au bout de l’enjeu du respect des droits humains par l’illustration ; « les danseurs ont changé mais la musique reste la même » a-t-il ainsi claironné. Il a alors fustigé les violations des droits de l’Homme auxquels se livrent les autorités rwandaises actuelles depuis leur prise de pouvoir en 1994 ; pas de liberté d’expression, intimidations, emprisonnement, disparitions et implication dans la tragédie du Congo voisin où un conflit sur fond de pillage de ressources minières a déjà coûté la vie à plus de 6.000.000 de vies humaines, en somme une dictature sans nom. Il rappela ces mots d’Einstein : « Le monde est un endroit dangereux non à cause de ceux qui se livrent aux actes avilissants mais à cause de ceux qui laissent faire ».

Sur ce, la projection immobilisa les images sur le moment où Rusesabagina se voit passer une médaille autour du coup par la veuve Lantos.
Survinrent des coulisses deux artistes dont le fameux Kazadi qui firent une démonstration enjouée de la danse traditionnelle rwandaise tandis que de charmantes hôtesses apportèrent par la suite quelques présents classiques aux couples Kurth et Rusesabagina. On pouvait distinguer  un panier traditionnel « Agaseke » ou un cadre avec des mots avenants à l’intérieur du genre « Que vous ayez beaucoup de lait », signe de prospérité s’enquit de signifier un interprète aux hôtes américains.
La parole fut passée ensuite à Kitty Kurth qui enthousiasma la salle par des salutations en kinyarwanda avant de poursuivre en anglais à l’aide d’un interprète. Après avoir brièvement présenté son expérience de relations publiques à différents échelons allant des autorités locales, des ONG aux campagnes présidentielles, dont celle d’Obama en 2004, elle confirma qu’elle souhaitait à l’instar de Paul Rusesabagina la vérité, la justice et la réconciliation pour les rwandais, raison pour laquelle elle est devenue chargée de relations publiques pour la fondation Hôtel Rwanda pour laquelle elle appela l’assistance à souscrire en surfant à l’adresse www.hrrfoundation.org. Elle raconta que depuis qu’on vint la voir, il y a quatre ans, pour qu’elle transmette une lettre de Rusesabagina à Bill Clinton, elle avait alors commencé un travail profond avec l’expéditeur qui s’est concrétisé par le projet de la fondation. Elle termina son intervention par un au revoir en kinyarwanda en passant la parole à son ami Paul Rusesabagina.

Conférence de Paul Rusesabagina à Bruxelles

Conférence de Paul Rusesabagina à Bruxelles source: musabyimana.net


Paul Rusesabagina gagna le pupitre et commença par se passer la médaille Lantos autour du cou. Il remercia le public et lui dit qu’il lui amenait des amis avec qui il avait fêté dans le Capitole le 16 novembre 2011. Il illustra son propos par la verve qu’on lui connait de divers fables et proverbes. Pour soutenir l’idée que la médaille qu’il a reçue n’était pas à lui seul mais à tous ceux qui l’ont soutenu en dépit du fait que les autorités rwandaises ont tout fait pour empêcher que cela se réalise, il raconta la fable des trois jeunes gens qui sont allés chasser l’éléphant et quand celui-ci fut tué, l’un des trois voulut s’approprier la paternité exclusif de cet exploit mais se rendit vite compte que cela n’avait aucun sens étant donné qu’il ne pouvait déplacer tout seul l’éléphant mort. Il déclara qu’il ne voulait pas être le tueur exclusif de l’éléphant.
Rusesabagina prit cependant le soin d’appeler l’assemblée à applaudir ces adversaires au pouvoir au Rwanda car leurs virulentes et très audibles attaques contre  sa personne ont accéléré le travail d’enquête de la commission d’attribution des médailles Lantos qui a convoqué les auteurs des critiques pour les entendre et conclure qu’ils n’étaient rien moins que des menteurs.
Il prit pour témoin l’assemblée en mettant en garde les autorités rwandaises au vu de ce qui se passe en Afrique du Nord. Il les compara aux Baringa, fantômes en culture rwandaise, sous-entendant que leurs paroles sont tout aussi illusoires que les Baringa.
S’ensuivit une jeune fille qui joua quelques airs de violons ; un air de Noël et un air des esclaves noirs américains. Quelques fausses notes, cependant, montraient qu’elle était encore dans sa courbe de progression.
Parmi les dernières interventions, notons celle de Ngarambe Jean-Baptiste qui a regretté que certaines personnes qui furent sauvées par Rusesabagina se retournent maintenant contre lui pour lui porter des accusations. Pio Ngilikesha eut une pensée pour les personnes qui souffrent en ce jour des Droits de l’Homme comme Victoire Ingabire, injustement emprisonnée au Rwanda.
La journée s’est terminée autour d’un verre, dans une ambiance conviviale.
Donatien Nshimyumuremyi
JamboNews.net 

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