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Bruxelles : Rwanda « Come and see ! »

Bruxelles : Rwanda « Come and see ! »

La rencontre a été organisée par le journal rwandais Igihe, dans la capitale européenne, le samedi 11 février à l’hôtel Thon, Avenue du Boulevard. Elle avait pour objectif de débattre l’issue de l’opération-séduction « Come and see » (Ngwino urebe), lancée il y a deux ans par les ambassades du Rwanda à sa diaspora.

Rencontre come and see: les orateurs

Rencontre come and see: les orateurs


Un débat public, où un panel de premier choix âgé dans la trentaine et début quarantaine, modéré par Aimable Karirima (correspondant d’Igihe), était présent pour témoigner de son expérience de « retour au Rwanda » sous invitation des autorités rwandaises, après plus de 17 ans d’exil.
Le programme de rapatriement à la manière douce, néanmoins ambitieux, a-t-il été un succès ? Pas à en croire le nombre présent ce jour là, qui atteignait difficilement la cinquantaine de participants (journalistes et panel y compris). Déjà le rendez-vous, prévu à 16h00, a dû être décalé d’une heure, faute de public. 17h00 passé, Aimable Karirima a dû se résigner à commencer, étant donné qu’il devait rendre la salle de conférence à 19h00.
Est alors donné la parole aux invités. C’est le tour de table. Chacun esquisse à tour de rôle et brièvement son C.V ainsi que les raisons qui l’ont poussé à faire le grand saut après autant d’années. Les témoignages se veulent personnels.
Mais pour beaucoup, et pour tout vous dire c’était ma crainte, j’assiste à des récits aussi monotones les uns que les autres. Éloges après éloges, les nouveaux adhérents parlent du FPR de manière automatisée. Néanmoins du pays en soi, les impressions semblent sincères, même si les mots sont pesés, comme à un examen oral. On sent la manœuvre périlleuse. Aussi, ils doivent, poliment, demander la parole, et dire merci quand elle est accordée, d’autant que le micro est farouchement gardé. La salle est remplie au quart de sa capacité. Il fait un peu froid et par moments on s’ennuie un peu…
Rencontre come and see: le public

Rencontre come and see: le public


Ça continue. Au pays des Mille Collines il y a la paix ; la sécurité ; la discipline ; le respect mutuel et une vision commune. Le Rwanda est beau, civilisé et moderne. Il appartient à « nous tous », dès lors pourquoi le diffamer ? Que la diaspora cesse d’avoir peur car les témoignages sont là pour prouver le contraire. Le voyage « Comme and see » était super, le tout dans un esprit collégial et récréatif. Il est vrai qu’à en croire les récits entendus, le séjour fut riche en découvertes et surtout, à titre privé, une véritable libération, pour ceux qui pensaient être « indésirables » chez eux dû au fait que leurs parents étaient associés à l’ancien pouvoir.
D’autant que Karirima insistait souvent en demandant à ses intervenants (ayant participé à l’expédition) de chaque fois préciser de quelle famille ils étaient les membres respectivement, ainsi que les raisons qui leur ont poussé à surpasser leurs angoisses et si celles-ci étaient finalement justifiées, au terme de leur visite. Notamment, Janvier Hakizimana : fils d’Emmanuel Akingeneye, le médecin privé du président Juvénal Habyarimana, tous deux tués dans le crash d’avion le soir du 06 avril 1994. Janvier avait depuis le génocide rwandais peur de retourner au bercail par peur des représailles. Mais samedi, il a pu témoigner de son soulagement, qu’a été celui de pouvoir se rendre au Rwanda, visiter sa famille longtemps perdue de vue, tout en constatant à quel point son pays délaissé à la hâte a évolué en si peu de temps, grâce aux efforts des autorités en place ensemble avec la société civile rwandaise. Quant à la guerre tragique qu’a connu le pays en 1994, Janvier précise que ni son père, ni lui n’ont quoi que ce soit à se reprocher. Karirima le reprend aussitôt : « guerre ou génocide ? ». Janvier balbutie. Il sait qu’il va devoir se prononcer sur le sort de son défunt père, devant un public salivant. Un silence de mort emporte la salle. «…c’est comme un génocide » répond-il alors tout en cherchant à échapper à l’épée de Damoclès pendue à son front. Non, Janvier semble décidé : on ne lui fera pas dire le mot alors que tous les yeux sont braqués sur lui. C’est le climax. Il continue en justifiant que ce n’était point le sujet de la rencontre qu’est celui de débattre s’il y a eu génocide ou pas et par ailleurs, la politique ce n’est pas son domaine. Il est remercié. On passe au suivant.
Rencontre Come and see: la salle

Rencontre Come and see: la salle


L’inconfort une fois diminué, les autres adhérents cherchent aussitôt à réparer ce qui a failli tourner en clash, en répétant continuellement qu’il faut cesser d’écouter les on-dit. Soit, qu’il faut aimer son pays. Et qu’au Rwanda tout tourne. Les peurs sont infondées. Un appel clair aux dits éternels opposants des inkotanyi, comme l’a longtemps été André Ntakaburimwano, à tort, confesse-t-il à son tour.
Quant à Jean-Petit Munyemana, lui a été au Rwanda deux fois. La première sous invitation de l’Etat rwandais, la deuxième sous sa propre initiative. Ne fut-il pas son étonnement de voir le petit pays, 17 ans après, à un stade aussi développé. Il n’a plus peur et il témoigne qu’il ne faut pas hésiter à franchir le pas. Mais aussi, cessez de lire ce qui pullule sur internet ! Ça a le mérite d’être clair.
Bref, on nage dans des flatteries à n’en point finir. La rupture avec l’ancien régime est nette et ce à tous les niveaux (on évoque notamment que la corruption est le propre du régime Habyarimana, et qu’a présent, il n’y a pas de traitement de faveur parce que militaires, commerçants, mêmes importants…tous font la file au guichet!). Soudain, Ruhumuza de JamboNews, ce dernier également invité pour l’occasion, pose une question délicate à savoir s’ils ont aussi visité les prisons du Rwanda. Jean Petit lui répond aussitôt : « j’ai vu qu’elles (les prisons) étaient bien…il y a (à l’intérieur) la télévision ! » avant de terminer que les prisonniers dans leur monde carcéral il les trouve plutôt « bien emprisonnés » (bafunzwe neza). On est au seuil si ce n’est au-delà du grotesque, pour ne pas dire de la stupidité. Mais le public éclate de rire. Karirima reprend la parole, tout en répondant à la question de Ruhumuza : «…étant donné qu’ils ont la télé…» que rajouter de plus. Une dernière intervention s’échappe d’un dénommé Robert qui dit qu’il a lui aussi visité un ami incarcéré, un dénommé Vianney Zouzou (de son vrai nom Jean-Marie V. Mudahinyuka, extradé des Etats-Unis le 28 janvier 2011 pour être jugé au Rwanda, à une peine de 19 ans prisons pour génocide, à la prison centrale de Kimironko ). Ce dernier lui aurait confessé son regret de ne pas avoir de visites, parce que les rwandais ayant peur que l’Etat le sache. N’est-ce pas là un témoignage à charge du FPR, à savoir qu’il confirme le climat de peur qui règne dans le pays ?
Rwogera Jean Luc (alias Jean Bigambo) de JamboNews avec Aimable Karirima d'Igihe

Rwogera Jean Luc (alias Jean Bigambo) de JamboNews avec Aimable Karirima d'Igihe


Le temps semble dépassé, Karirima clôture. La rencontre s’achève ainsi. Mais le correspondant d’Igihe est disponible pour répondre à quelques questions par après. Notamment la plus évidente qu’est de savoir pourquoi il y avait si peu de monde étant donné le sujet et la « popularité » du journal Igihe ? Karirima relativise tout en confirmant le même chiffre des présences, c’est-à-dire une cinquantaine. « Il faisait froid aussi. » se rattrape-t-il. Je lui fais part également de ma déception quant à la monotonie du débat, dont les réponses semblaient minutieusement préparées à l’avance. Il s’efforce alors de dire que non, au contraire, le débat était ouvert et que toutes les questions pouvaient être posées et que c’est au public qu’il fallait poser cette question, non à lui. Bref, qu’il a fait son boulot. D’ailleurs, pourquoi les détracteurs ne sont-ils pas venus faire entendre leur son de cloche ? Je confirme sa critique. En effet, où étaient-ils ? « Notre but », me dit-il est d’ « emmener le pays dans une bonne voie ». Karirima est très fier des efforts effectués par son pays. Je lui pose alors une question politique, à savoir les critiques extérieures et opposition rwandaise au pays comme ailleurs qui sont fort réprimées. Il me répond que : « Moi je suis un démocrate. Je suis pour le débat ! ». Que la jeune génération doit se détacher de son passé, est son message, à peine déguisé.
Voilà. Tout bien analysé, « Come and see » n’a rien de simple. Les intervenants malgré leurs réponses qui donnaient l’impression d’être toutes faites, il serait cependant faux de les réduire à de simples marionnettes du régime FPR. En effet, chacun y cherche son intérêt. De plus, je ne conclurai pas que le panel est représentatif de la communauté/diaspora rwandaise. L’Etat rwandais, par son opération, a surtout réussi à séduire ceux en marge de la société, ceux qui ne sont pas des modèles d’intégration et de réussite. Un secret de Polichinelle. N’ont-ils pas été dupes en se laissant séduire trop rapidement par des promesses ? Leur adhésion laisse un arrière-goût amer de trahison. Par conséquent, ils sont loin d’être des modèles à la génération qui la suit. Assurément, la jeune diaspora actuelle, grandie et éduquée dans des valeurs démocratiques a du mal à accrocher à ces vieux systèmes désuets. Ne s’insurge-t-elle pas de voir le sort de Victoire Ingabire, emprisonnée pour ses convictions politiques à Kigali, là où on a un Jean Petit qui n’hésite pas à dire que les prisonniers sont bien au Rwanda parce qu’ayant accès à la télé?
Je peux résumer que le programme « Comme and see » (le Rwanda) rime assez avec « Venez voir nos captures ! » – exhibées comme des trophées : à savoir les aînés de la progéniture des grands de l’ancien régime à présent dociles comme des lions en cages et dictés à faire les éloges du régime FPR. Une image de désespoir, quand on sait qu’il y a à peine quelques années beaucoup parmi eux ne juraient que par la chute de Kagame – ennemi redoutable, qui les a vaincus après une longue guerre sanglante. Un Général qui a surtout brisé en éclats leur avenir qui semblait tout tracé. Aujourd’hui c’est à l’ombre d’un passé lourd de même qu’un avenir jamais préparé qu’ils cherchent à se refaire une image, quitte à embrasser un tabou. Celui-ci n’est pas le FPR, mais ce temps qui semble s’être brusquement arrêté, le soir du 06 avril 1994. Que la nostalgie aura été plus forte qu’eux.
Résister ou succomber, face à une dictature opiniâtre ? That is the question.
Jean Bigambo

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