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RDC : La classe politique actuelle, principal obstacle au développement du pays ?

RDC : La classe politique actuelle, principal obstacle au développement du pays  ?

le peuple congolais doit se prendre en chargeLorsqu’un navire chavire, l’attitude de l’équipage de bord est toujours  déterminante quant à la survie des passagers et au mieux quant à la limitation des dégâts.
Ainsi quand on  observe la RD Congo, on se demande si les acteurs politiques de ce grand pays ont conscience de l’urgence  dans laquelle se trouve leur État ou si le pouvoir et le maintien de ce pouvoir ne constituent pas l’ultime but à atteindre  peu importe le prix.
La récente crise en  RDC  met  malheureusement à nue une classe politique majoritairement avide de pouvoir, apathique dans l’exercice de son mandat et presque aphasique dans la défense des intérêts du pays.
Il y a quelques jours encore nous apprenions le rejet par l’Assemblée nationale de la demande d’interpellation  du premier ministre MATATA PONYO par le député de l’opposition Jean Lucien BUSA alors que le droit d’interpellation pour explication est l’une des premières prérogatives de tous les députés de l’Assemblée nationale. Comme argument de rejet, les députés de la majorité ont affirmé que cette démarche était inopportune ; reste à se demander si la situation critique dans laquelle le pays se trouve ne mérite pas éclaircissements et si la population doit attendre le  moment opportun pour entendre celui-là même qui avait promis d’informer régulièrement sur la gestion du pays. Sous d’autres cieux où le vocable démocratie n’est pas qu’un slogan creux, l’interpellation est une  pratique courante dans le fonctionnement de l’Assemblée nationale et les ministres sont interpellés presque chaque semaine mais comparaison n’est pas raison rétorqueront sûrement les politiques congolais ; force est de constater que les interpellations des ministres au Congo deviennent  un véritable luxe.
On peut encore citer  l’exemple de l’ex chef de guerre et ancien député désormais exilé politique, ROGER LUMBALA qui a cru bon d’aller en villégiature à Kigali et à Bujumbura pendant les vacances parlementaires au moment le régime de Kigali est accusé de soutenir la rébellion du M23 qui sème la désolation dans l’Est de la RDC. Pour comprendre véritablement le politicien congolais il est important de questionner et d’analyser son cheminement.
Parcours
Depuis l’accession de la RD Congo à l’indépendance,  le parcours du politicien  congolais typique  semble se routiniser en un schème continu reproduisant le même modèle décennie après décennie, donnant naissance à 2 types de politiciens :

  • Le premier groupe de politiciens congolais compte en son sein  ces élites responsables  qui s’identifient à l’idéal de la démocratie pluraliste et de l’État de droit pour le bien-être social du peuple. Ces hommes et femmes à la probité éprouvée croient en la démocratie comme système politique nécessaire au développement du pays. Ils aspirent au progrès social pour toute la population congolaise. Ces politiciens sont généralement des hommes et des femmes de caractère ayant des convictions et défendant des valeurs de liberté. Ils se distinguent dans la vie quotidienne par leur intégrité morale et leur constance politique. Malheureusement la RDC nous a montré très peu d’exemples de ce type de politiciens, il n’y a qu’à voir l’état actuel du pays.
  • Le second groupe de politiciens fait en revanche partie de cette fameuse élite congolaise qui se caractérise par la légèreté et l’opportunisme. Sur leur CV politique on constate souvent qu’ils ont déjà fréquenté trois ou quatre partis politiques souvent idéologiquement opposés ; leur degré de débauchage est sans commune mesure car ils sont autant prêts à soutenir une dictature qu’une démocratie. Ils ne s’identifient à aucun idéal politique et se montrent indifférents à la misère du peuple. Pour eux, seul l’intérêt personnel compte et agissant parfois comme des parasites, ils ambitionnent de conseiller « le Roi » et pour cela,  ils flattent, flagornent, caressent et écartent tous ceux qui les empêcheraient d’atteindre ce but.   Faire la politique est en premier lieu considéré comme le moyen le plus rapide pour gravir l’échelon social. La crise économique généralisée et l’inversion des mœurs aidant, ce groupe de politiciens « sangsues » et sans convictions, ni valeurs morales forme malheureusement le gros de l’actuelle classe politique.

Mais bien souvent, il est  difficile dès l’aube de leur carrière politique d’augurer quel type de politiciens ils seront car tous se présentent étrangement comme des idéalistes; ils affichent tous  en début de parcours des principes éthiques et politiques qui feraient « rougir » les héros africains tels Lumumba et Sankara. Cette posture leur confère crédit et sympathie auprès des futurs électeurs qui verraient ainsi en eux les hommes providentiels tant attendus.
C’est seulement lors de leur prise de fonctions que leur véritable personnalité se manifeste, on y découvre la différence entre les vrais idéalistes et les aigrefins.
On assiste alors bien souvent à une mutation en profondeur de ces hommes politiques car confrontés à la réalité du  terrain. Là précisément  s’effectue la cassure entre les loups déguisés en agneaux et les véritables idéalistes véritablement entrés en politiques pour bouger les lignes. Ainsi donc, les véreux verront  leurs ambitions  prendre le dessus sur les idéaux, chose qui indubitablement amènera  à un marchandage des valeurs qui poussera notre politicien à accepter sans grande vergogne le débauchage politique consécutive au débauchage des valeurs. À ce stade, les principes et idéaux d’antan agonisent  sous les poids de l’ambition désormais omniprésente. Leur phrase favorite à cet instant est : « la politique ça se gagne à l’intérieur du système pas à l’extérieur ».
Les vertueux par contre maintiennent le cap à contre courant en  demeurant coûte que coûte  conservateurs des valeurs et idéaux et plus que jamais résistants   aux appels de pieds des antivaleurs et  de l’ascension sociale rapide.
L’héritage MOBUTU
Pendant 32 ans, Mobutu a façonné l’histoire politique, économique, sociologique et culturelle du Congo. Il l’a tellement  imprégnée de sa personne que tous ceux qui ont vécu sous son règne ont été influencés d’une manière ou d’une autre par tout ce qu’il représentait. Hormis le sens de l’unité du Congo qui demeure aujourd’hui son plus bel héritage, ses égarements  peuvent aider à expliquer  ce qui se constate aujourd’hui dans le chef des politiciens congolais.
La corruption, la gabegie, le clientélisme, le trafic d’influence, le culte de la personnalité ont ainsi pris racine dans l’imaginaire collectif au point qu’il était fort à parier que plusieurs années après le départ du Maréchal la classe politique congolaise resterait prisonnière de ces pratiques immorales.  Nous pouvons affirmer aujourd’hui sans crainte d’être contredit qu’au Congo, toutes les générations  de l’après indépendance ont un peu de MOBUTU en eux.
Le contexte actuel
Jamais dans l’histoire du Congo indépendant sa classe politique n’a paru aussi proche de la deuxième catégorie, les récentes crises l’ont suffisamment démontré.
Les élections et la crise avec le Rwanda  illustrent suffisamment et de  façon très éloquente le postulat développé ci-haut.
Les élections du 28 novembre 2011
L’ensemble du processus électoral de 2011   nous a permis de nous rendre compte une fois de plus à quel point cette classe politique faisait passer ses intérêts propres avant ceux de la population. Il y a eu d’abord l’épisode de la révision constitutionnelle où ceux de la majorité voulaient à tout prix se garantir une victoire aux élections en faisant passer de deux à un seul tour le scrutin présidentiel. Aujourd’hui tout le monde sans exception reconnait que ce coup de force a joué un très grand rôle dans le climat sinistre qui a régné après les élections. Nous avons eu ensuite les tergiversations de l’opposition à s’unir avant le scrutin, vraisemblablement à cause des égos démesurés de ses leaders politiques  tous bords confondus. Il y a eu enfin les élections proprement dites avec à la tête de son organisation le pasteur méthodiste NGOY MULUNDA qui malgré les conseils avisés lui recommandant de postposer les législatives a maintenu les deux élections la même date pour prouver qu’il était capable de le faire. Il s’en est résulté une pagaille indescriptible donnant même lieu à la perte de plus de 1375000 bulletins de votes et de l’invalidation de  quelques 768 468 bulletins sur les 18 911 572 exprimés, soit plus de 11%.
Après la proclamation des résultats officiels   donnant KABILA vainqueur à 48,95% il s’en est suivi comme tout le monde pouvait le prévoir un rejet en bloc de  tous les résultats proclamés par la CENI (Commission électorale nationale indépendante)   de la part du  sphinx de LIMETE, ETIENNE TSHISEKEDI, qui est allé  même jusqu’à annuler purement et simplement les élections législatives. Là encore une fois de plus l’occasion fut  donnée  de constater à quel point ses « généraux »  avaient du mal à courber l’échine face à la parole du Président ayant vraisemblablement « force de loi ». Ils furent donc nombreux à privilégier l’appât du gain en allant siéger à l’Assemblée nationale proclamée par la CENI ignorant purement et simplement les ordres de leur Président. Les raisons de leur refus d’obtempérer furent diverses. Certains évoquant la nécessité de porter à la tribune de l’Assemblée nationale les revendications du Président pour faire triompher « la vérité ». D’autres en désespoir de cause car déplorant le manque visible de stratégie de leur leader.  Et il faut dire que du côté de la « majorité » ils ne se sont point privés pour exploiter au mieux cette cacophonie. Il ressort de cet épisode électoral que la classe politique congolaise 52 ans après l’indépendance du Congo demeure foncièrement  individualiste, nullement éprise du sentiment noble d’abnégation pour le peuple et définitivement détachée des véritables aspirations profondes de la nation congolaise.
La crise avec le Rwanda
Pendant que les responsables internationaux continuent de s’alarmer sur la situation de l’Est de la RDC une impression bizarre se dégage du comportement des autorités congolaises qui semblent exiger des autres ce que eux-mêmes se refusent de faire. Ainsi, les autorités congolaises exigent de ses  partenaires des sanctions claires à l’égard du Rwanda sans montrer l’exemple. Ils maintiennent intact leur coopération avec le régime de Kigali et l’intensité  des efforts qu’ils fournissent pour résoudre cette crise paraît  fort lacunaire par rapport à la gravité sur le terrain.
Les joutes verbales et autres envolées lyriques des porte-paroles des deux pays  semblent avoir laissé place à un affrontement diplomatique moins bruyant où le souci de trouver les bonnes stratégies médiatiques doit s’allier avec la nécessité d’œuvrer efficacement sur terrain.
Au départ dos au mur suite aux évidences difficilement niables apportées par les experts des Nations Unies, la diplomatie rwandaise a pu et su manœuvrer, apportant parfois des preuves qui avaient la particularité de ne convaincre que seul l’État rwandais et quelquefois usant d’une  mauvaise foi comparable à celle des sophistes de la Grèce antique.
Mais à force d’insistance, de persistance et de persévérance le vent semble tourner en faveur de ceux qui il y a à peine quelques semaines catalysaient le mécontentement d’une grande partie de la communauté occidentale.
Ne dit-on pas qu’un mensonge dix fois répété devient une vérité ?
Du côté congolais nous semblons plutôt assister à une déconfiture incompréhensible tant les cartes entre ses mains ont été très mal jouées. Finalement,  entre les silences assourdissant de Joseph Kabila et les fumisteries du  porte-parole du gouvernement, la RDC a bien fini par perdre pied.
Dans cette crise la classe politique congolaise est restée égale à elle-même.
La majorité par la bouche de celui qui paraît  tantôt comme porte-parole du gouvernement tantôt comme porte-parole du chef de l’État, Lambert Mende  a d’abord nié la présence des troupes rwandaises défendant même par l’occasion les positions de Kigali et fustigeant les ONG internationales qui selon Kinshasa avaient l’intention d’envenimer intentionnellement  les bonnes relations entre les 2 pays. Par après cette même majorité voulant protéger un des siens a empêché le peuple congolais de jouir de son droit légitime d’être informé sur la gestion du pays en proclamant le huis clos suite à l’interpellation du ministre de la défense.
Du côté de l’opposition, la situation n’a pas été plus reluisante pendant cette crise, ils se sont simplement révélés incapables de proposer une alternative car trop minés par des querelles intestines et stériles.
Les exemples des comportements non-productifs de la classe politique étant légions nous ne le détaillerons pas tous mais force est de constater qu’une fois de plus les politiciens congolais n’ont eu aucun mal à mettre une sourdine à la voix de leur conscience préférant continuer à se regarder le nombril, l’ignorance d’une partie du peuple aidant.
Quel avenir pour le Congo ?
En cancérologie, lorsqu’un organe a subi multiples traitements et qu’aucun d’eux  n’a véritablement apporté la solution adéquate afin de  limiter la prolifération anormale des cellules, l’ultime  recommandation du médecin reste  l’ablation de l’organe malade suivie d’une transplantation par un organe sain.
Le Congo est malade de ses politiciens, ils le gangrènent, ils le polluent ils le détruisent.
À chaque fois qu’une lueur d’espoir a pointé le bout de son nez dans l’histoire de la RDC, il y a toujours eu ces politiciens,  nostalgiques du passé,  qui ont mis tout ce qui était en leur pouvoir pour maintenir notre pays dans les méandres du chaos.
À croire qu’ils en avaient reçu un  mandat spécial d’on ne sait quelle autorité.
La sentence la plus raisonnable à leur égard serait une interdiction formelle et définitive d’exercer tout  pouvoir politique.
Il y a eu trop de seconde chance, trop d’impunité, trop de laisser aller.
Le salut du Congo ne viendra que d’un renouvellement systématique et rigoureux de toute  sa classe politique ainsi qu’une véritable révolution des mentalités. Il y a bien sûr ceux qui dans le passé ont  réellement travaillé pour le bien du peuple, il n’y aura aucune difficulté à les  reconnaître pour qu’ils continuent d’apporter leur pierre à l’érection d’un Congo fort institutionnellement.
Il n’y aura pas d’homme congolais nouveau tant qu’une nouvelle classe  politique n’aura pas  émergé. Mais il est fort à parier que les caciques du système ne se laisseront jamais faire, d’où la nécessité d’un grand remue-ménage.
Charis Basoko
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