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Standard and Poor’s réévalue la note du Rwanda de "positive" à "stable"

Standard and Poor’s réévalue la note du Rwanda de "positive" à "stable"

Ce lundi 29 octobre, l’une des plus puissantes agences de notations au monde, Standard and Poor’s (S&P), a réévalué à la baisse la note de solvabilité du Rwanda de «positive» à  «stable». Cela intervient quelques semaines après que les grandes puissances aient décidé de réduire l’aide octroyée au Rwanda, à la suite d’un rapport des experts de l’ONU accusant le gouvernement rwandais de soutenir la rébellion M23 dans l’Est de la RDC. 
En effet, dans un communiqué sur le site de l’agence de notation, S&P explique que cette réévaluation vers le bas résulte des dernières tensions entre le Rwanda et  le Congo qui ont poussé certains donateurs, dont les États-Unis, l’Angleterre, les Pays-Bas et l’Allemagne, à suspendre ou retarder leurs aides au Rwanda. Cette même agence estime que la suspension de l’aide s’élève à 15% de l’aide totale que le Rwanda reçoit chaque année, ce qui représente  un manque de plus de 6% du budget rwandais.
Conséquences de cette réévaluation
Les conséquences de cette décision sont à regarder dans la mission même de l’agence de notation. Vivant dans un monde où règne une asymétrie d’information entre les détenteurs de capitaux et les emprunteurs, ces agences, qui sont des entreprises privées, ont comme  rôle principal d’éliminer l’asymétrie d’information régnant sur les marchés financiers. Chaque émetteur (État, entreprise, organisme public) se voit attribuer une note par les agences de notations, allant de  « AAA »(qualité de crédit la plus élevée)  à  « D »(défaut); note reflétant la capacité de l’émetteur à  honorer ses engagements financiers, à  savoir rembourser son prêt. Ceteris paribus,  plus un pays est bien coté par les agences de notation,  plus il pourra prélever des liquidités sur les marchés financiers aux meilleures conditions, c’est-à-dire, à des taux  d’intérêt  bas.
A noter que le Rwanda bénéficiait jusque-là d’une note équivalente à celle du Kenya ou encore de l’Ouganda mais bien meilleure que celle de  la Grèce.
A court terme, dans le cas du Rwanda, cette réévaluation négative de S&P risque de se traduire par une hausse des taux d’intérêts sur les emprunts du gouvernement rwandais, ce qui , en combinant avec la suspension d’une partie de l’aide qu’il recevait, mettrait à mal les revenus gouvernementaux.
Néanmoins, si ces suspensions s’avèrent être temporaires, les conséquences de cette réévaluation seraient maitrisables, notamment en comblant ce déficit par le fond « Agaciro » et par l’argent  que le pays prévoit de récolter à partir de la fin de cette année via le « Diaspora Bond ».
Sur le long terme, comme l’agence l’a précisé, si les donateurs continuent à suspendre leurs aides de manière permanente, « ça aurait des conséquences sérieuses sur les finances du Rwanda » car le gouvernement  rwandais dépend des aides étrangères à  hauteur de plus de 40% de son budget.  De plus, la suspension permanente de ces aides se traduirait très probablement par une dégradation de la note du Rwanda, de « B » à « C », c’est-à-dire de la catégorie des pays très spéculatifs aux pays à risque très élevé.
Si ces suspensions perdurent, cette réévaluation pourrait avoir un effet de boule neige, dont les conséquences économiques et sociales seraient non négligeables. Le scénario suivant est à envisager : la  dégradation de la note du pays  se traduirait par une hausse des taux d’intérêts et donc un financement sur les marchés plus couteux, et de ce fait une partie des revenus de l’état serait allouée à ce financement, ce qui entrainerait  la baisse des revenus disponibles pour les dépenses publiques. Cela pourrait même aller plus loin puisque des licenciements dans le secteur public pourraient être envisagés dans un cas plus extrême. En ce qui concerne  les tentatives pour combler ce déficit, celles-ci ne seraient  guère optimistes : principalement – moins de donateurs dans le fond « Agaciro » car une hausse de chômage et baisse de revenus, –  peu de succès pour le prélèvement des liquidités via le « Diaspora Bond » car les investisseurs demanderont une compensation plus importante (prime de risque) pour compenser le risque élevé de défaut.
A terme, ayant comme seul moyen le financement  une politique monétaire expansionniste, la pression inflationniste accentuerait le ralentissement de l’économie rwandaise.
L’ampleur de cette réévaluation sur l’économie rwandaise repose entièrement d’une part,  sur le peuple rwandais dans sa confiance ou non dans le fond « Agaciro » et le « Diaspora Bond » et d’autre part, dans la volonté de Kigali de résoudre les tentions entre lui et Kinshasa.
Clément Cyiza
Jambonews.net

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