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Crise à l'Est de la RDC: entretien avec un ex-député de Kinshasa

Crise à l'Est de la RDC: entretien avec un ex-député de Kinshasa

JamboNews s’est entretenu sur la situation qui prévaut à Goma avec l’ancien député Jean Bosco Barihima  qui a terminé son mandat de député l’an dernier.

Populations déplacées  - AFP/Phil Moore

Populations déplacées - AFP/Phil Moore


Interrogé sur la question de savoir si la rébellion M23 a bel et bien, le samedi 1er décembre, quitté la ville de Goma, Barihima a confirmé que le personnel politique ainsi que tous les militaires étaient partis. Néanmoins a-t-il dénoncé, «  ils ont quitté le centre-ville de Goma, ils disent qu’ils sont à 20 km, mais en réalité ils ne sont qu’à 10 km notamment à Kibumba. Si vous mesurez à partir de l’aéroport, du bout de la piste, ils sont à 10km »
Une situation humanitaire désastreuse
L’ancien député a également tenu à déplorer la situation humanitaire désastreuse. Ainsi il a rappelé que les habitants d’entre autres Rutshuru et Masisi étaient en déplacement avant même que le M23 n’arrive à Goma. « Ils [les réfugiés NDLR] n’ont pas à boire, ni à manger » a-t-il ajouté.
Pour Bahirima, l’avenir de la jeunesse est aussi compromis. « Il faut également l’aspect de l’éducation: sans l’instruction on ne sait pas ce que les enfants vont devenir. Les fillettes qui ont deux ans ou encore ceux qui ont dix ans qui devaient finir l’école primaire, que vont-ils devenir? En ce qu’il s’agit des garçons, ils risquent de devenir des voyous. Les humanitaires doivent inscrire l’aspect éducation dans leurs programmes. » a-t-il dit tout en ajoutant que certains des enfants ont déjà leur diplôme  d’Etat et qu’ils devraient donc pouvoir bénéficier de bourses d’étude hors de la région en question.
Le M23 renversera-t-il Kabila ?
A la question de savoir si de son avis, le M23 pouvait renverser Kabila, Jean Bosco Barihima a répondu que « le commanditaire, le  président Kagame, lui, pourrait passer par d’autres voies pour renverser Kabila, à moins que Kabila crée des alliances pour renverser Kagame ».
Des solutions possibles
L’ancien député apprécie la portée symbolique de la suspension de l’aide de 25 millions de livres au gouvernement du FPR par le Royaume-Uni. Cependant, il est d’avis que « 25 millions ce n’est rien » et se demande dès lors jusqu’où les alliés du régime actuel de Kigali sont prêts à aller car selon lui « couper l’aide n’effraie pas Kagame ». Pour lui, la sanction que la Communauté international devrait imposer est « l’interdiction de voyager de Kagame et d’autres dirigeants ».
Néanmoins, a-t-il précisé : « Si je suis en Afrique centrale, en terme de sanctions j’exigerais un coup d’état à Kigali. L’histoire nous indique que le Rwanda n’a jamais été ennemi du Congo. Au temps de Habyarimana, Kayibanda, il n’y avait pas de menaces. Les Rwandais ne sont pas des ennemis du Congolais, c’est le président seul qui est l’ennemi du Congo, et l’ennemi du président congolais ; la solution tropicale est donc un coup d’Etat ».
Le manque de leadership du Président Kabila
Pour ce qui concerne le leadership du Président congolais, Joseph Kabila, il a souligné l’insuffisance de leadership du chef de l’Etat. « Il n’est pas à la hauteur d’être en face de Kagame, Museveni ou Sassou-Nguesso.  Quand il est avec ses homologues il ne peut pas convaincre, alors que c’est lui qui est attaqué », résume-t-il.
La question des FDLR
Quant à la question de savoir si les FDLR ont réellement attaqué le Rwanda, l’ex-député a répondu que la rébellion est affaiblie au point qu’elle ne peut renverser ni le régime de Kigali ni celui de Kinshasa. « Leur nombre est évalué aujourd’hui à 1600 hommes  au Nord-Kiv et Sud-Kivu et ailleurs (…) et ils n’ont même plus de munitions. » a-t-il déclaré en continuant : « Ici tout le monde sait que ce sont des faux FDLR, ce sont des FDLR de Kagame, que Kagame a fabriqué lui-même. Si ce ne sont pas des FDLR que Kagame a fabriqué,  ce sont des FDLR que Kabila a fabriqué. C’est-à-dire que ce sont des FARDC que Kabila a armé et il les a envoyé là. Ce qui est sûr, ce sont des faux FDLR. Nous savons tous que c’est comme ça.»
Le Mouvement du 23 mars (M23) sème la terreur dans l’est de la RDC depuis avril 2012.  La rébellion est, selon un rapport d’experts onusien responsable du déplacement de 400 000 personnes, le viol de plusieurs femmes ainsi que le recrutement d’enfants dans leur troupe.  Ce même rapport accuse le Rwanda et, dans une moindre mesure, l’Ouganda de soutenir cette rébellion.

Laure Uwase et Pacifique Habimana

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