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RDC – Goma: La population manifeste pour la guerre et son armée

RDC – Goma: La population manifeste pour la guerre et son armée

Goma a vécu une journée particulièrement agitée ce jeudi 18 juillet 2013. A l’origine, des informations qualifiées de « rumeurs » par les autorités congolaises faisant état de la relève du Colonel Mamadou Ndala qui commande actuellement la 41ème Brigade des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) dans les combats qui les oppose depuis dimanche dernier aux rebelles du Mouvement du 23 Mars (M23). Retour sur les évènements et éclairage.

L’étincelle qui a mis le feu aux poudres
Manifestation de ce jeudi 18 juillet - source: Jean-Mobert N'senga

Manifestation de ce jeudi 18 juillet - source: Jean-Mobert N'senga

Jeudi matin, Goma s’est réveillé dans un calme relatif : pas de bruits de bombes ni de détonations d’armes parvenues du nord de la ville, contrairement aux trois derniers jours. Mais la « rumeur » était déjà dans l’air, véhiculée par le bouche-à-oreille des conducteurs de taxis motos : « le président Kabila a décidé de relever le commandant des opérations Mamadou Ndala et le rappelle à Kinshasa ». La « nouvelle » serait tombée depuis mercredi soir, et, « comme par le passé, le président Kabila veut relever un commandant qui a fait ses preuves sur terrain », commentait-on dans les rues de la ville.
Très vite, les épouses et les enfants des militaires prennent les choses en main et décident de barricader la route de Sake, au niveau du camp Katindo (le principal camp militaire de la ville, ndlr). Dispersés brutalement par la police congolaise, ils décident alors de marcher dans la rue, en direction de l’aéroport international de Goma, pour, scandaient-elles, « s’opposer à l’embarquement de l’officier dans un avion ». En cours de route, les motards  dans un vacarme de klaxons et de vrombissements de leurs engins – leur emboîtent le pas. Progressivement, des milliers de jeunes étudiants et autres se rejoignent aux manifestations qui, très rapidement, se répandent au centre-ville de Goma et sur la route de l’aéroport.

La MONUSCO prise à partie, et répression de la police congolaise

Dans ce mouvement spontané, les commerces ferment leurs portes. Parmi la population, ceux qui ont peur de rejoindre les manifestations se rangent le long des routes, et acclament au passage du moindre convoi de soldats FARDC. Le nom du Colonel Ndala est scandé, en même temps que des chansons hostiles à la MONUSCO et au gouvernement congolais, qualifiés de « traitres ». Des pierres sont jetés sur les convois de la MONUSCO ayant le malheur de se trouver sur la voie des manifestants ou aux barricades, et les Casques Bleus littéralement insultés. Des véhicules de la mission onusienne ont été endommagés, mais nous n’avons pas eu d’information sur d’éventuels cas de blessure parmi les soldats onusiens. Si les Casques Bleus préfèrent faire demi-tour, les policiers congolais eux, n’ont pas ménagé d’effort pour disperser les manifestants à coups de matraques ou de gaz lacrymogène. A plusieurs reprises, ils ont même tiré en l’air, à balles réelles. Plusieurs personnes ont été blessées, et d’autres brièvement arrêtées et détenues à la mairie de Goma.

Au-delà de la relève du Colonel Mamadou, l’opposition de la population au cessez-le-feu ou aux pourparlers

Vraie ou fausse, la nouvelle de la relève du Colonel Mamadou n’a servi que de bon prétexte à la population de Goma qui est de plus en plus convaincue que l’armée congolaise a la capacité de mener la guerre au M23 et de la gagner, mais que le gouvernement congolais et la communauté internationale préfèrent manœuvrer autrement. Les combats de ces derniers jours au nord de Goma ont renforcée cette confiance en l’armée congolaise qui s’est bien comportée en barrant la route au M23 et en le chassant de plusieurs localités qu’il occupait. Le Colonel Mamadou Ndala, nouvellement désigné pour commander les opérations, est devenu célèbre grâce à ces récentes victoires.. Des rumeurs ont couru à Goma, indiquant que le Rwanda avait tenté en vain de le corrompre afin qu’il lâche prise.
Quant à la MONUSCO, la population l’accuse de s’être interposée entre le M23 et les FARDC à chaque fois que ces dernières avaient un avantage sur le front. Elle est aussi accusée d’observer la situation sans rien y faire, même après que son mandat ait été renforcé au mois de mars dernier. Micheline, une jeune manifestante trouvée dans la rue ce jeudi, a affirmé : « la population congolaise soutient l’option militaire et s’oppose en majorité à la poursuite des pourparlers de Kampala ; elle est convaincue que son armée peut gagner la guerre et voudrait que les autorités politiques et la communauté internationale la laissent faire et l’accompagnent comme il se doit ». « Ce n’est pas une rumeur, le Président Kabila nous a déjà joué de ces tours par le passé en relèvant des opérations des officiers performants sur le terrain et en ordonnant des cessez-le-feu ou des retraits », a renchéri Luc, un autre manifestant. Leur point de vue traduit probablement le sentiment général de la population du Nord-Kivu, qui s’estime flouée par ses autorités et méprisée par la communauté internationale.
Les manifestations se sont finalement calmées en fin d’après-midi, après que les autorités aient démenti tout projet de relève du désormais célèbre commandant du 41ème bataillon des FARDC, le Colonel Mamadou Ndala. Sur le front, les combats se sont arrêtés toute la journée d’aujourd’hui. La raison de cet arrêt reste inconnue. Les prochains jours pourraient encore réserver des surprises, dans cette riche province où la population commence à s’impatienter de voir la paix rétablie.
Jean-Mobert N’senga
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