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Rwanda: Une élection législative jouée d’avance et sans enjeux

Rwanda: Une élection législative jouée d’avance et sans enjeux
Image de la campagne présidentielle de 2010 remporté par Paul Kagame avec plus de 90% des voix.

C’est ce lundi 16 septembre 2013 que six millions de Rwandais sont invités aux urnes pour renouveler leur Parlement. Ces troisièmes législatives organisées dans le pays après le génocide de 1994 ne réservent guère de surprises. Le parti au pouvoir a mis toutes les chances de son côté pour s’assurer d’une victoire écrasante.

Image de la campagne présidentielle de 2010 remporté par Paul Kagame avec plus de 90% des voix.


Au Rwanda, même au sein de la diaspora à l’extérieur du pays, rares sont ceux qui se font des illusions quant aux résultats des élections de ce lundi. En effet, le FPR dont les membres monopolisent toutes les institutions du pays (militaires, judicaires, administratives et politiques) a tout fait pour remporter ce scrutin haut la main.
Presque la quasi-totalité des partis d’opposition n’a pas été autorisée à se présenter, la plupart  parce qu’ils ne sont pas enregistrés. C’est le cas des FDU-Inkingi, et du PDP-Imanzi, dont les deux leaders, respectivement Victoire Ingabire et Déogratias Mushayidi croupissent actuellement en prison. Le Democratic Green Party dirigé par Franck Habineza, a lui finalement été enregistré, après de longs mois d’attente,  mais a estimé le délai trop court pour pouvoir concourir à l’élection.
Quant au PS-Imberakuri, sa participation à ces élections n’est qu’une façade visant à leur donner une apparence démocratique. Fondé en janvier 2009 par Maître Bernard Ntaganda, le PS-Imberakuri fût enregistré dès la même année. Au fur des mois, le parti a commencé à gagner en crédibilité, et chaque jour qui passait ses partisans devenaient de plus en plus nombreux, au point  que le parti devenait une menace pour le FPR. A plusieurs reprises, les autorités ont tenté d’intimider les membres du parti et en particulier, Bernard Ntaganda, afin de les pousser à cesser leurs activités. En décembre 2009, Maître Ntaganda fût convoqué devant le Sénat pour répondre de différentes accusations dont « l’idéologie génocidaire ». Face à l’inefficacité de ces intimidations, qui au contraire ne faisaient que donner de la force et de la crédibilité au parti, le FPR changea son fusil d’épaule.
Les 15 et 16 mars 2010,  les autorités convoquèrent des membres du comité afin de les pousser à prendre leurs distances avec Bernard Ntaganda. Face aux menaces, certains comme Christine Mukabunani, alors Vice-Présidente du parti, cédèrent à la pression, tandis que d’autres comme Alexis Bakunzibake, Secrétaire du parti, refusèrent d’y céder. Le 17 mars de la même année, les membres du parti qui avaient fait défection sous les injonctions du FPR organisèrent un congrès au cours duquel Bernard Ntaganda fût destitué et Christine Mukabunani élue Présidente. Le 24 juin 2010, trois mois après ce congrès, Bernard Ntaganda fût arrêté et est toujours actuellement emprisonné malgré les protestations et les demandes de libération inconditionnelle de différentes organisations de défense des Droits de l’Homme.
C’est cette fraction dissidente du PS-Imberakuri qui se présente aujourd’hui aux élections.
La fraction fidèle à Bernard Ntaganda a quant à elle,  tenté en vain de présenter des candidats pour ces législatives, mais elle a essuyé une fin de non-recevoir, au motif, que les candidatures n’étaient pas appuyées par les autorités « légitimes » du parti.
Bien que dans le giron du FPR, la candidature et la campagne de la fraction dirigée par Christine Mukabunani, furent tout sauf une sinécure. En effet, parmi les 65 candidats présentés, seuls 45 ont été autorisés à prendre part au scrutin, alors que la totalité de 80 candidats présentés par le parti au pouvoir le FPR et ses alliés, ont tous été retenus.
Au cours des derniers jours de la campagne, les membres de cette fraction ont fait face à plusieurs tracasseries, voire des intimidations de la part de responsables locaux. Christine Mukabunani, a ainsi  confié à RFI qu’il y a eu des cas dans l’Est du pays où des autorités locales ont intimidé les gens à aller dans la campagne électorale et elle explique ces agissements par le fait que  « parmi les autorités locales, on voit qu’il y a la combinaison de deux fonctions. Par exemple des maires de district sont aussi des présidents du parti dans le district du parti au pouvoir ».
Intimidation de la population
En dehors des membres du PS, c’est la population qui est parfois victime d’intimidations. Comme l’a affirmé à Jambonews, Jean-Baptiste Ryumugabe, représentant du PS-Imberakuri en Belgique (fraction fidèle à Bernard Ntaganda), des cas d’intimidation de la population ont été signalés, surtout à l’Est du pays où les habitants auraient déchiré leur carte électorale pour manifester leur mécontentement face aux méthodes d’intimidation et aux programmes politiques du FPR qu’ils jugent inadaptés à leur quotidien. A titre d’exemple, Ryumugabe a confié,  que pas plus tard que  le 13 septembre dernier,  à Rubavu, les députés voyant qu’il n’y avait pas grand monde au meeting organisé par le FPR, ont dépêché la « local defense » afin de contraindre les habitants à y participer .
Du côté de la commission électorale, on minimise ces incidents. Charles Munyaneza, Secrétaire exécutif de la Commission électorale nationale, cité par RFI, pense que certaines choses sont exagérées. Il reconnait néanmoins que parmi les responsables locaux certains ne respectent pas les règles tout en assurant que la commission veille à mettre fin à tout manquement.
Ces élections seront d’autant plus inéquitables, du fait qu’une partie des membres du parlement est apolitique. Si tous les membres du parlement rwandais sont élus au suffrage universel,  une portion des parlementaires est choisie au sein de la société civile, notamment pour représenter les femmes, les personnes handicapées et la jeunesse. Des soupçons planent déjà quant à l’appartenance de ces candidats au parti au pouvoir.
Si la campagne électorale s’est déroulée dans un calme apparemment relatif, les attaques à la grenade de ces derniers jours ont accru la pression sur les membres de l’opposition qui courent le risque de se faire accuser de faire partie des fauteurs des troubles s’ils ne font pas profil bas. Déjà les candidats de l’opposition étaient jusque-là obligés , dans leur campagne,  de peser leurs mots pour éviter d’être accusés de propager l’idéologie génocidaire (Ingengabitekerezo), crime sévèrement puni dans le pays.
Une élection jouée d’avance et sans enjeux
Les signes d’un scrutin joué d’avance et sans enjeux sont visibles : aucune effervescence pré-électorale n’est perceptible ni dans la capitale Kigali ou dans les grandes villes du pays. Seuls les panneaux géants de la campagne du parti au pouvoir le FPR, sont perceptibles de loin, et sont d’ailleurs le seul signe indiquant l’approche du scrutin.
Plus étonnant encore, c’est le très faible engouement des médias pour la campagne. En effet, les medias même ceux proches du pouvoir ont montré peu intérêt tout au long de la campagne. Seule la guerre à l’est du Congo monopolisait la une des grands quotidiens du pays il y a peu, avant d’être supplanté par les attaques à la grenade de ces derniers jours. La population quant à elle, se préoccupe davantage des problèmes de la vie courante, particulièrement l’inflation qui ne cesse de grimper. En effet, le prix des aliments de base du pays notamment les pommes terre, haricots, bananes et la farine de manioc s’est multiplié presque par deux ces derniers mois.
Au vu des manœuvres orchestrées par le parti au pouvoir pour sortir largement vainqueur de ce scrutin, et le peu d’intérêt que la population y  porte, l’échéance électorale de ce 16 septembre ne laisse aucun doute quant à son issue.
Ruhumuza Mbonyumutwa, Jean Mitari et Irène Nyenyeli
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