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Rwanda : Victoire Ingabire, quatre ans après le retour d’une icône – 1ère partie

Rwanda : Victoire Ingabire, quatre ans après le retour d’une icône – 1ère partie
En janvier 2010, après une période d’exil de 16 ans, Ingabire Victoire Umuhoza, présidente du parti de l’opposition FDU-Inkingi, a quitté les Pays-Bas pour se rendre au Rwanda afin de se présenter comme candidate aux élections présidentielles en tant qu‘opposante de l’actuel Président Paul Kagame. Aujourd’hui, 4 ans plus tard, Victoire a été condamnée à une peine de 15 ans de prison pour les crimes de terrorisme, divisionnisme et idéologie génocidaire. A l’occasion de cette semaine qui marque le 4e anniversaire de son retour au Rwanda, Jambonews se penche sur la personnalité qui se cache derrière la leader d’opposition, qualifiée de « Aung San Suu Kyi rwandaise » et offre un portrait de cette « icône de la lutte pour la liberté et la démocratie au Rwanda.»

Cette contribution fait partie d’une série de 3 articles consacrés à Victoire.

Victoire-Umuhoza-300x166Au cours de ce mois de janvier, nombreux sont les groupes de Rwandais prêts à marcher dans les rues de Belgique et des Pays-Bas, dans le but d’honorer et de porter à la lumière le combat de Victoire. Leur intention est de condamner les agissements du régime rwandais et de demander la libération de “tous les prisonniers politiques”. Une des personnes qui a été la plus active pour perpétuer le combat de Victoire n’est autre que Lin Muyizere, membre du parti de Victoire et son conjoint depuis plus de 25 ans. Lorsqu’on lui demande quel genre de personne est Victoire, Lin Muyizere répond que la passion de sa femme a toujours été d’aider les plus nécessiteux. .
C’est mon épouse et donc je connais toutes ses pensées et ses considérations. C’est une personne qui se préoccupe toujours des problèmes que rencontrent ses prochains. Elle a toujours été comme ça. Je me souviens que même au Rwanda, des fois, elle me disait de rentrer directement après le travail car elle avait besoin de mon aide. Lorsque j’arrivais à la maison, je la trouvais en train d’emballer des haricots et de la farine à apporter aux pauvres”, dit-il en ajoutant qu’elle ne s’est engagée en politique que plus tard, lorsqu’elle était en Europe.
D’après Anneke Verbraeken, une journaliste freelance néerlandaise, l’opposante n’est pas seulement serviable, mais également une jeune meneuse. Verbraeken a écrit la première biographie de Victoire dans un livre intitulé “Victoire, Rwanda kiest voor de toekomst”. (Traduction : Victoire, le Rwanda choisit le future). Dans ce livre elle dévoile que la femme que certains nomment “la Nelson Mandela féminin”, a un jour voulu devenir une religieuse, mais qu’étant adolescente, elle manquait de docilité.
La journaliste relate que “pendant ses études secondaires, Victoire se révèle déjà comme une meneuse. Elle réussit à convaincre la direction de son internat de laisser ses camarades de classe aller au cinéma tous les samedis soir dans la petite ville voisine, en promettant que les élèves n’iront qu’au cinéma et rentreraient directement après la séance (…) Elle est respectée par ses camarades et devient doyenne (représentante des élèves de l’établissement) alors qu’elle faisait partie des élèves les plus jeunes. Elle a fait son premier discours devant 350 étudiants. Elle était à la fois intimidée et enthousiaste. De quoi pouvait-elle parler ? Allait-elle parler en français ? Toute tremblante, elle s’est avancée devant le podium et là, elle a paniqué. Elle n’arrivait pas à sortir un seul son ! Dans sa tête, le silence a duré une éternité, mais finalement, elle a pu se reprendre en fixant une seule personne dans l’audience et elle a pu faire son discours. Elle ne se souvient pas de ce qu’elle a dit, mais tout ce dont elle se souvient c’est qu’à la fin de son discours, plusieurs personnes sont venues la remercier et la féliciter”, écrit la journaliste dans son livre (p.9-10).
Au moment où le génocide rwandais a eu lieu, Victoire était en visite aux Pays bas, chez un ami. Muyizere et leurs deux enfants ont pu la rejoindre plus tard, grâce aux efforts fournis par leur avocat Jan Hofdijk et par l’ONG “Médecins Sans Frontières”. C’est après que sa famille soit réunie que Victoire a commencé à avoir des ambitions politiques. Au début, elle a commencé par la création de petites associations telle que l’association des femmes rwandaises aux Pays-Bas. Toutefois, plus le temps passait, plus elle était touchée par l’injustice à laquelle faisaient face les réfugiés rwandais dans divers camps en République Démocratique du Congo(RDC). En 1996, elle a adhéré au Rassemblement Républicain pour la Démocratie au Rwanda (RDR), en tant que première femme membre du parti. Plus tard elle est devenue la présidente de la section internationale du parti.
Dans son livre, Verbraeken décrit la première réunion du RDR. Victoire, seule femme présente à la réunion a remarqué que les participants ne faisaient que parler d’eux-mêmes.
“Ce qui lui dérange le plus est la façon dont ils s’adressent l’un à l’autre. ‘L’honorable ministre’ et ‘L’honorable général’. En effet, même en étant des réfugiés sans titres d’honneur, les hommes continuent à vouloir sauver les apparences. Victoire est assaillie de doutes. Elle est là pour la première fois, c’est la première fois qu’elle rencontre la plupart des participants. À la fin de la réunion, elle se lève. Une toute petite femme, parmi tous ces grands hommes. Elle dit qu’elle est surprise ; que contrairement à la plupart des gens présents ce jour-là, elle ne voit aucun ministre, aucun général ou aucun directeur, mais qu’elle voit des réfugiés rwandais. Elle propose qu’ils arrêtent d’utiliser des titres, qu’ils sont tous égaux. Elle dit aux hommes qu’il faut résoudre les problèmes du Rwanda et leur demande s’ils se rendent compte qu’une grande partie d’entre eux sont à l’origine des problèmes actuels du Rwanda” écrit Verbraeken (p.23-24).
Les années qui ont suivi, Victoire est parvenue à unir les politiciens rwandais en exil. En sa qualité de présidente du RDR, elle a prôné une coalition entre les différents partis politiques rwandais et associations rwandaises. Muyizere explique qu’“elle était convaincue que les problèmes du Rwanda avaient une origine politique et que pour cela il fallait leur trouver une solution politique. Son but était, et reste toujours, d’amener la démocratie et la réconciliation au Rwanda via le dialogue. C’est dans ce but que le parti FDU-Inkingi fut fondé en 2006.
Peu après cela, en 2008, Victoire a annoncé sa volonté de retourner dans son pays natal et de participer aux élections présidentielles de 2010. Les quatre points principaux de sa campagne étaient “la vérité sur le génocide de 1994”, “la justice pour tous”, » la réconciliation nationale » et “le développement économique partagé”. Au moment de son retour, le gouvernement rwandais avait mis en place une politique invitant la diaspora à retourner au Rwanda pour participer à la politique nationale et assurant que le Rwanda est un pays démocratique. Joseph Bukeye, conseiller à la mobilisation des FDU-Inkingi, déclare qu’envoyer Victoire au Rwanda fut alors l’étape logique qui devait suivre dans la stratégie du parti.
Selon Bukeye, “Victoire est une femme ayant une détermination extraordinaire. Bien avant tous les autres membres du parti, elle était la première à émettre l’idée de retourner au Rwanda pour y poursuivre notre combat politique. C’est dans cette optique qu’elle n’a pas voulu demander la nationalité néerlandaise, mais a préféré garder la nationalité rwandaise (…). L’idée est venue un peu après la fondation du parti FDU en 2006. À cette époque, Victoire avait déjà acquis son statut de leader. C’était [l’envoyer au Rwanda] bien entendu la meilleure chose à faire. Mais au départ l’idée était de l’envoyer avec une équipe, dans un contexte d’élections présidentielles. Toutefois, en raison de désistements de dernière minute, cela n’a pas été possible.”
Entre temps, en novembre 2009, Victoire a démissionné de son travail de comptable. Deux mois plus tard, elle disait au revoir à ses trois enfants et à son mari et prenait l’avion à Amsterdam vers son pays natal, en compagnie de deux autres membres du parti. Son mari, Muyizere dit que Victoire était convaincue que son plan marcherait, que son parti pourrait apporter la démocratie au Rwanda et unir son peuple. “Elle a même dit qu’elle viendrait nous voir souvent”, précise-t-il. Muyizere souligne toutefois que sa femme se rendait parfaitement compte du possible danger qu’elle courrait en voulant défier le président Paul Kagame.
 
Jane Nishimwe
Jambonews.net
Traduit de l’Anglais par Doreen Uwineza
 

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