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Vives tensions entre la France et le Rwanda, les anciens hauts responsables français interviennent

Vives tensions entre la France et le Rwanda, les anciens hauts responsables français interviennent

Une nouvelle charge du président rwandais Paul Kagame contre la France qu’il accuse d’avoir « participé » activement au génocide de 1994, a poussé Paris à renoncer à sa participation aux commémorations du 20ème anniversaire du génocide rwandais ce lundi à Kigali. Alain Juppé, ancien ministre des Affaires étrangères à l’époque du génocide, a appelé le samedi 5 avril François Hollande « à défendre l’honneur de la France », face à ce qu’il qualifie « d’inacceptable mise en cause de la France » par le président du Rwanda. C’est donc dans ce climat que les autorités rwandaises ont retiré l’accréditation à l’ambassadeur de France qui devait représenter son pays à la cérémonie officielle de lancement des commémorations, suite à l’annulation de la délégation française qui devait se rendre Kigali. Quant à Léotard, ministre français de la défense en 94, celui-ci commente « la France n’a aucune excuse à faire à Kagame ».

Juvenal Habyarimana et François Mitterrand

Juvenal Habyarimana et François Mitterrand


Paul Kagame

Paul Kagame

La nouvelle accusation portée par Paul Kagame contre la France ne cesse de faire des remous. Interviewé par Jeune Afrique samedi le 05 avril dernier, l’homme fort du Rwanda a une nouvelle fois accusé la France d’avoir contribué à la « préparation du génocide » et son « exécution ». Alain Juppé, ancien ministre des affaires étrangères pendant le génocide rwandais, et maire de Bordeaux aujourd’hui, a appelé François Hollande « à défendre l’honneur de la France » suite à cette énième accusation. « Il serait aujourd’hui intolérable que nous soyons désignés comme les principaux coupables. J’appelle le président de la République et le gouvernement français à défendre sans ambiguïté l’honneur de la France, l’honneur de son Armée, l’honneur de ses diplomates », a publié Alain Juppé dans un article sur son blog le 05 avril dernier.

Realpolitik mais pas au prix de la falsification de l’histoire

« Je connais trop les exigences de la « realpolitik » pour ne pas comprendre la prudence de la ligne diplomatique que suit la France depuis plusieurs années dans sa relation avec le Rwanda. Ce pays joue un rôle économique et politique important dans la région des Grands Lacs et en Afrique en général. Nous avons eu raison de choisir la voie de la réconciliation avec ses dirigeants. Mais pas à n’importe quel prix! Pas au prix de la falsification de l’histoire qui ne cesse de se propager à l’encontre de la France, de ses dirigeants politiques, de ses diplomates et de son Armée » a continué Alain Juppé dans son article.

Accusations totalement fausses et infondées

Alain Juppé affirme que les accusations de Paul Kagame sont  fausses et totalement infondées. La  France « n’a aidé en quelque manière les auteurs du génocide à préparer leur forfait », déclare-t-il. L’ancien ministre affirme par contre que son pays « a tout fait pour pousser à la réconciliation des deux camps en affrontement, en œuvrant efficacement à la conclusion des accords d’Arusha qui posaient les bases de cette réconciliation, et salués positivement par le général Kagamé lui-même, chef de la rébellion à cette période ».

« (…) on ne peut tolérer la véritable entreprise de falsification historique qui veut faire porter à la France la culpabilité du génocide. (…) La communauté internationale a failli, c’est un fait. Elle a été incapable de prévenir et d’arrêter le génocide. Mais la communauté internationale, ce n’est pas la France seule », affirme l’ancien chef de la diplomatie française.

La France bannie aux cérémonies de la commémoration

Preuve que les tensions entre les deux pays sont au plus haut, l’accréditation de Michel Flesch, ambassadeur de France au Rwanda pour assister aux cérémonies de commémoration du 20ème anniversaire du génocide a été annulée ; il n’a donc pas pu, comme prévu auparavant, remplacer la ministre de la justice Christiane Taubira, qui devait initialement conduire une délégation française dont le déplacement avait été annulé suite aux accusations de Paul Kagame.

Ainsi, Michel Flesch n’a pas pu se rendre au Stade Amahoro où a eu lieu la cérémonie de lancement des commémorations. L’ambassadeur français a été également interdit par les autorités rwandaises de se rendre au mémorial du génocide de Gisozi (Kigali), pour y déposer une gerbe de fleurs.

Le gouvernement français n’a pas suffisamment réagi à cette insulte, selon Léotard

« Nous aurions dû aller beaucoup plus loin et plus fort. On pouvait par exemple éviter toute représentation de la République française aux commémorations. C’était à nous, de notre propre chef, de n’envoyer personne, pas même l’ambassadeur », a déclaré, scandalisé, l’ancien ministre de la défense au journal Le JDD. Léotard estime que Paul Kagame – qu’il qualifie de petit dictateur, « agit ainsi pour se sortir d’une passe diplomatique et intérieure difficile ».

L’ancien ministre plaide en outre pour une levée du secret défense pour que le monde sache la vérité et assurer l’honneur de la France et ainsi empêcher « une réécriture de l’Histoire qui ferait croire que la France avait connaissance d’une volonté de génocide ».

La France est le seul pays au monde qui a agi selon Balladur

Premier ministre entre 1993 et 95, Edouard Balladur rappelle que pour lui son pays n’est en rien complice du génocide ; qu’au contraire, il est de tous les pays du monde le seul qui ait pris l’initiative d’organiser une opération humanitaire pour éviter un massacre généralisé – l’Opération Turquoise qui reste controversée. « Le gouvernement que je dirigeais a, dès qu’il a été installé, mis fin à toute livraison d’armes au Rwanda et retiré les troupes françaises », a-t- il poursuivi. « Il fallait surtout que la France ne soit pas prise en tenaille dans une guerre civile qui se développait et qu’on ne pouvait pas arrêter », a-t-il encore fait valoir au journal Libération.

Après un semblant de rapprochement ces derniers temps entre la France et le Rwanda suite à la visite de Nicolas Sarkozy à Kigali en février 2010, les événements de ces derniers jours viennent démontrer qu’il suffit d’une étincelle pour que la tension monte d’un cran entre les deux capitales.

Jean Mitari

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