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Rwanda : un génocide que l’on veut dissimuler (1ère partie)

Rwanda : un génocide que l’on veut dissimuler (1ère partie)

Depuis 1994, le mois d’avril de chaque année est marqué au Rwanda par la commémoration du génocide des Tutsis. 800 000 victimes sont commémorées à travers des cérémonies publiques dans tous les coins du pays mais aussi à l’étranger. Ce devoir de mémoire est indispensable et doit être exercé chaque année, mais il ne peut nous faire oublier que des milliers, voire des millions de personnes de l’ethnie hutue ont été sauvagement assassinées par le Front Patriotique Rwandais (FPR) de Paul Kagame. Ces actes de génocide perpétrés contre les Hutus ont commencé au Rwanda dans les zones contrôlées par le FPR entre 1990 et 1994, et se sont poursuivis après la prise du pouvoir par Paul Kagame, atteignant son point culminant dans les forêts du Zaïre où entre 400000 et 650000 réfugiés hutus furent sauvagement massacrés par les soldats de Paul Kagame entre 1996 et 1997. Malgré l’obstination des génocidaires à étouffer la vérité, plusieurs faits et témoignages amènent à affirmer sans l’ombre d’un doute qu’il y a eu contre les réfugiés hutus rwandais et les hutus zaïrois, des crimes systématiques assimilables à un génocide. C’est cette épuration ethnique qui s’est déroulée en République Démocratique du Congo (RDC) entre 1996 et 1997 que l’on va décortiquer dans les lignes qui suivent.

Rappel des faits

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Réfugiés Hutu rwandais en 1994 fuyant vers le Zaïre l’avancée du FPR


En 1997, au moment de l’investiture de Laurent Désiré Kabila à la présidence congolaise, plusieurs témoignages, rapports d’agences non gouvernementales et associations de défense des droits de l’homme accusaient les troupes de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (l’AFDL, qui a porté Kabila au pouvoir) et le nouveau président d’avoir commis plusieurs crimes contre les réfugiés hutus. Certains iront même jusqu’à parler de génocide. De nombreux acteurs internationaux, dont la Belgique, la France et même l’Union européenne conditionnaient alors la reprise éventuelle de la coopération avec la RDC au bon déroulement des travaux de la commission des Nations Unies chargée d’enquêter sur la disparition des réfugiés hutus .
Kisangani

Image extraite du film « Kisangani Diary, racontant une partie du calvaire vécu par les réfugiés Hutu au Congo »


Le 24 août 1997 le conseil de sécurité des Nations Unies mit en place une commission d’enquête pour enquêter sur les massacres, les atrocités et les violations du droit humanitaire commis au cours de la campagne qui a chassé du pouvoir le dictateur Mobutu et investi Laurent Désiré Kabila à la tête de la RDC.
Le rapport de la commission d’enquête de l’ONU sur les massacres des réfugiés hutus en RDC fut rendu public le 28 juin 1998, tout en préconisant de confier la suite de l’enquête et le jugement à un tribunal international, la commission affirmait tout de même dans ses conclusions que « les circonstances des attaques, comme les opérations de nettoyage des camps révèlent l’intention d’éliminer les Hutus rwandais restés au Zaïre. Une interprétation possible de cette phase des opérations menées par l’AFDL avec le soutien rwandais, c’est qu’une décision avait été prise d’éliminer une partie du groupe hutu en tant que tel. Si cela était prouvé par un tribunal, cela constituerait un » génocide ». Le rapport affirme aussi que plusieurs massacres peuvent constituer des crimes contre l’humanité.

La définition du mot « génocide »

Selon l’article 2 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide du 9 décembre 1948, le génocide est la commission d’un des actes énumérés (meurtre, atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale…) avec « l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel ».
On trouve donc dans cette définition 3 éléments fondamentaux pour qu’un crime soit qualifié de génocide: Un élément matériel à savoir un des crimes énumérés (meurtre, mesure visant à entraver la naissance…), un groupe ciblé pour des raisons nationales, ethniques, raciales ou religieuses et enfin un élément intentionnel qui est la volonté de détruire en tout ou en partie ce groupe.

La destruction involontaire d’un groupe ethnique hutu ?

Au regard de la définition du mot « génocide », la destruction accidentelle, ou non délibérée, d’un groupe, par exemple celle découlant accessoirement de dommages, volontaires ou non de l’écosystème, ne devrait pas être qualifiée de génocide puisque l’élément intentionnel fait défaut.
Par contre, en RDC dans le cas des réfugiés hutus, il n’y a aucun doute sur les cibles des meurtres, c’étaient bien les réfugiés hutus et les Zaïrois de l’ethnie hutue. Sous l’effet des bombardements à Goma au Nord –Kivu, des milliers de réfugiés ont été contraints de rentrer au Rwanda et une partie a pu s’extirper et s’enfuir vers les montagnes. La commission d’enquête des Nations unies et des témoignages émanant de rescapés et même de certains soldats impliqués dans les massacres, ont pu démontrer que les réfugiés ont été poursuivis à l’intérieur du Congo et ont été exécutés, d’autres ont péri à petit feu de maladies.
Selon le rapport onusien Mapping Report publié en 2010, un système d’exécution a été mis en place, et des unités spéciales de l’APR (Armée patriotique rwandaise) se sont mises à traquer de manière systématique les réfugiés hutus. Les massacres ont été organisés selon un schéma quasi identique, de façon à tuer un maximum de victimes, affirme le rapport aux paragraphes 228 à 232. Selon ce même rapport, en septembre 1997, des militaires de l’APR ont procédé à la fouille systématique des maisons dans les environs du camp de réfugiés de Lula, à 7 kilomètres de Kisangani, afin d’en retirer les enfants de réfugiés recueillis par la population locale. Selon un témoin, les militaires auraient déclaré que les « Hutus » étaient une mauvaise race qui créerait des problèmes pour les Congolais. Ils ont aussi ajouté que « même les enfants, une fois adultes […] commenceraient à faire des choses incroyables ». Personne n’a revu ces enfants, précise le rapport (paragraphe 256).
Prétendant combattre les génocidaires des Tutsis, les bourreaux ont délibérément exécuté un groupe ethnique identifié en tant que tel. Tous ces massacres ne relevaient ni du hasard, ni d’un quelconque accident ; les bourreaux connaissaient bien leurs cibles. Le Mapping report rapporte par exemple qu’aux environs du 15 mars 1997, des éléments du FPR sont entrés dans la prison centrale de Kisangani abandonnée par les services de sécurité zaïrois, et ont trié les prisonniers en fonction de leur ethnie. Les Tutsi ont été libérés et leur rapatriement au Rwanda a été organisé. Les Hutus ont été emmenés à l’extérieur de la prison et leur destination reste inconnue à ce jour. Une vingtaine de femmes et d’enfants hutus ont été également emmenés à l’extérieur de la prison en vue de leur rapatriement au Rwanda. Leur retour n’a toutefois pu être confirmé. (Paragraphe 242).
Le 09 février 2013 à la radio Itahuka, un ex-soldat du FPR qui faisait partie des tueurs à Kisangani, a livré un témoignage dans lequel il affirmait que ses supérieurs, le capitaine Shema et le sous-lieutenant Franck Bashimake leur répétaient « qu’ils (les Hutus NDRL) sont nombreux, si on ne les éradique pas ils vont revenir nous chasser du pays ». Ce soldat dont le témoignage a été repris sur Jambonews a affirmé que l’objectif de FPR était de « liquider tout Hutu sur le sol congolais ».
Le Mapping Report rapporte également qu’entre octobre et novembre 1996, des éléments du FPR ont érigé des barrières à l’entrée de Rutshuru (Nord Kivu), et ont arrêté un nombre indéterminé de Hutus zaïrois (Banyarwanda) qui ont ensuite été tués. Au cours des semaines qui ont suivi, les militaires de l’APR ont commis de nombreux massacres dans les villages des groupements de Busanza, Kisigari et Jomba, au sud et à l’est de Rutshuru. Les victimes étaient essentiellement des civils hutus zaïrois.

L’élément intentionnel

« Ce qui caractérise le génocide c’est l’intention spéciale (dulus specialis) de détruire un groupe.» Si les réfugiés ont été massacrés mais sans l’intention de les faire disparaître en tant que groupe, il n’y a pas eu de génocide mais des massacres de masse, ou des crimes contre l’humanité. Cet élément intentionnel est décisif dans le génocide, indépendamment de sa concrétisation. Il caractérise le crime et en est un élément constitutif.
Y a- t- il eu l’intention d’éliminer les réfugiés hutus au Congo en tant que groupe? Même s’il est difficile répondre à cette question, on peut néanmoins constater que plusieurs témoignages vont dans ce sens.
D’après le témoin cité précédemment qui faisait partie des tueurs, les bourreaux étaient minutieusement sélectionnés. Le choix se portait en grande partie sur les Tutsis originaires du Congo, et une réunion dirigée par le capitaine Shema, aujourd’hui major, et son adjoint le lieutenant Bashimake, aujourd’hui capitaine et chef de la brigade 408 de police à Ruhengeri, a été tenue dans la ville de Kisangani avant les massacres. C’est au cours de cette réunion que les bourreaux ont été avisés de leur mission, selon ce témoin.
Devant l’immobilisme de la communauté internationale sur la question de la présence des réfugiés à l’Est du Zaïre, Paul Kagame n’a jamais caché son intention de régler lui-même le problème de ces réfugiés hutus. Tout évoque l’élaboration d’un plan à l’époque pour en finir avec des camps des réfugiés qui selon les mots de Marie France Cros, journaliste de la Libre Belgique, étaient devenus des véritables « mini- Etats » hutus.

Kabila et la révolution congolaise

Kabila et la révolution congolaise, livre de Ludo Martens


 
Dans son livre « Kabila et la révolution congolaise », Ludo Martens reprend les témoignages des ex-soldats de l’AFDL qui peuvent mieux nous éclairer sur l’intention des agresseurs. Ces témoins affirment que les soldats rwandais ont effectivement tué de façon indiscriminée femmes, vieillards, enfants, et bébés. Deux jeunes militaires originaires de Bunia ont ainsi raconté : « (…) dès que nous avons attaqué le camp de Katale, les FAR et les Interahamwe se sont dispersés. Nous avions devant nous des femmes, des vieillards, et des enfants. Mais ce qui nous a étonnés, nous militaires d’origine zaïroise, c’est l’acharnement avec lequel nos amis tutsis ont tué les réfugiés. Nous, Zaïrois, nous ne tirions pas mais les Rwandais, c’était terrible. Femmes, enfants, tout ce qui bougeait a été tué. Ensuite ce fut le nettoyage pour effacer les traces ».
 
Un autre témoin évoque des massacres qui ont eu lieu dans les environs du camp de Mugunga et dans le Masisi. « J’ai vu au-dessous de Mugunga, à environ une heure trente de marche, trois charniers de 12, 10 et 30 corps environ. Il s’agit d’hommes, de femmes, parfois leur bébés dans le dos, d’enfants, des vieillards. Tous ont une balle dans la tête, y compris les nourrissons ».
Aldo Ajello, représentant spécial de l’Union européenne en 1996, fait en mars 1998 une brève déclaration dans De Morgen (Belgique), et avoue ceci : « Nous avons assez d’information pour savoir que des massacres ont effectivement eu lieu. Nous avons également suffisamment d’informations pour savoir que ces massacres étaient le résultat d’un agenda rwando-rwandais et que Kabila n’a rien à voir avec cela. Il a été laissé compétemment en dehors de cette affaire. C’est un bataillon rwandais qui a été à l’œuvre. »
« Nous n’avons jamais autorisé les soldats rwandais à commettre des massacres chez nous » répond Laurent Désiré Kabila à Guy Duplat de la Libre Belgique et Collette Braeckman du Soir dans un entretien.
Tout indique que l’intervention de l’Armée patriotique rwandaise au Congo a tourné à l’ethnicisme contre les réfugiés hutus avec des massacres indiscriminés de réfugiés hutus et hutus zaïrois, femmes, enfants, vieillards confondus. Une œuvre du professeur Zahidi N’Goma est significative à ce propos. Il déclare à la Libre Belgique en octobre 1997 : « nous voulons une enquête pour ne pas endosser le poids d’un génocide commis par d’autres ».
Les Hutus ont été exécutés dans des conditions atroces, cruelles et la barbarie n’épargnait ni les enfants, ni les femmes, ni les vieillards, ni mêmes les blessés qui ont été enlevés des hôpitaux et achevés. C’est pourquoi, la question de savoir si un génocide a été planifié et exécuté mérite d’être sérieusement posée, et mérite une réponse appropriée, apportée par un tribunal compétent pour se prononcer dessus et en poursuivre les auteurs.
[Découvrez la deuxième partie ici]

Jean Mitari
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