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Rwanda : quand le CHAN fait tomber les mythes du régime

Rwanda : quand le CHAN fait tomber les mythes du régime

Le Rwanda vient d’accueillir la 4ème édition du Championnat d’Afrique des nations (CHAN 2016), le grand tournoi continental du football, et ce pour la première fois de son histoire. Ce CHAN, qui a été suivi par plus de 200 millions de spectateurs et a égayé les fans du ballon rond partout en Afrique, a également permis de lever le rideau sur le mythe des avancées économiques de ce petit pays souvent cité comme figure de modèle de développement économique sur le continent. Ce sont surtout le manque d’eau et les coupures répétées d’électricité qui ont fait déchanter les sportifs et les supporters étrangers présents.
IMG-20160117-WA0006Le 16 janvier dernier s’ouvrait à Kigali la 4ème édition du Championnat d’Afrique des nations. Une chance pour le régime de Paul Kagame, décrié pour ses dérives autoritaires, de montrer à l’Afrique et au reste du monde un pays qui a su relever la tête après le génocide de 1994, au cours duquel plus d’un million de personnes ont perdu la vie. D’ailleurs à leur arrivée à Kigali, les sportifs et leurs délégations ne se sont certainement pas empêchés de scruter cette ville avec ses avenues propres, bien éclairées et bien entretenues qui n’ont rien à envier à celles des capitales occidentales. Néanmoins cette belle image de la ville cache une triste réalité à laquelle les hôtes du CHAN ont dû faire face durant leur séjour, notamment le manque d’eau.
L’eau une denrée rare à Kigali
Comme en témoignent Raphael Happi et Guy Suffo, deux photographes camerounais venus couvrir le Chan 2016, ils ont dû changer d’hôtel à trois reprises au bout d’une semaine faute d’eau dans les robinets. « Dans plusieurs hôtels et guest houses de la ville, les robinets ne laissent couler le précieux liquide que de façon sporadique (parfois quelques minutes par jour), pourrissant ainsi la vie aux reporters », témoignent-ils sur camer-sport.be.
« Pendant deux jours, je n’ai pas pu me laver à cause des problèmes d’eau. Il y a trop de coupures ici », avait confié Lindovi Ndjio, journaliste du quotidien La Nouvelle Expression qui a vécu les mêmes mésaventures dans la résidence qui l’a accueilli, résidence pourtant située en face du Stade Amahoro à Kigali.

Des paysans puisent de l'eau dans le lac Mugesera (Province de l'Est/Rwanda)

Des paysans puisent de l’eau dans le lac Mugesera (Province de l’Est/Rwanda)


L’eau est devenue une denrée rare dans la ville de Kigali, alors que celle-ci est pourtant traversée par plusieurs rivières, sans citer les ruisseaux et les différentes sources qui l’entourent. Mais cette abondance d’eau est impropre à la consommation. Dans plusieurs quartiers de Kigali comme Nyarugenge, les habitants consomment l’eau ramassée par terre, car pour avoir l’eau de robinet il faut marcher plusieurs kilomètres et attendre dans d’interminables files.  » Pour obtenir l’eau de robinet il faut être robuste, seuls les plus musclés se permettent de se faufiler dans les files d’attente pour passer en premier, nous on préfère puiser l’eau par terre, nos parents nous ont vivement conseillé de ramasser l’eau par terre au lieu de nous faire agresser dans les files d’attente pour de l’eau« , a confié Hakizimana, 10 ans, au journal Izuba Rirashe le 8 janvier dernier.
A Kigali, même les plus nantis qui ont les moyens de raccorder leurs domiciles au réseau de distribution d’eau potable font face à des coupures récurrentes et sont habitués à cette situation. C’est pour cette raison qu’ils prévoient toujours des fûts d’eau de réserve. Mais en général, les quantités gardées peinent à couvrir les besoins à cause des coupures fréquentes et allongées.
Selon certains observateurs interrogés par Jambonews, cette situation est due aux politiques gouvernementales qui n’ont pas mis dans leurs priorités les investissements dans l’assainissement et la distribution de l’eau potable. Les installations d’épuration et de conduction d’eau vieillissantes n’ont pas été renouvelées et ne suivent plus assez pour couvrir les besoins grandissants liés à la pression démographique à la capitale.
Faible taux d’accès à l’électricité et manque de fiabilité
Un autre incident qui a écorné l’image de Kigali durant le CHAN est la double coupure d’électricité dans le stade de Huye (Sud) le 21 janvier lors de la rencontre Cameroun-Ethiopie.
Au cours de ces coupures qui ont plongé le stade de Huye dans le noir pendant plusieurs minutes, une frayeur s’est emparée du public pendant un moment, car certains craignaient que ce soit autre chose qu’une simple panne de courant. Bien avant cet incident, le système électrique du stade s’était déjà montré défaillant dès le premier quart d’heure de la première partie. Certains spectateurs affirment même avoir vu une fumée noire monter aux abords du stade, cela faisant craindre un possible incendie.
Le Stade de Huye plongé dans le noir

Le Stade de Huye plongé dans le noir


Cet incident, qui a fait grand bruit sur les réseaux sociaux, a mis en lumière des défaillances en cascade du réseau électrique du Rwanda, où les coupures se multiplient. Raison pour laquelle le stade de Huye avait été éclairé par des groupes électrogènes, par précaution selon les uns, faute d’électricité suffisante dans cette ville selon les autres; des machines qui ont lâché dès leur premier jour d’utilisation. Le Rwanda souffre de problèmes d’approvisionnement en électricité, qu’il s’agisse du faible taux d’accès ou du manque de fiabilité. Selon le dernier rapport de la Banque Mondiale, seuls 18% des Rwandais ont accès à l’électricité, ce qui fait du Rwanda l’un des 13 pays au monde qui ont le moins d’habitants raccordés à l’électricité.
L’un des objectifs annoncés par le gouvernement pour ce CHAN 2016 était de montrer une image moderne et rafraichie du Rwanda. Malheureusement pour le régime de Kagame, cette compétition n’a pas permis au Rwanda de se montrer sous son meilleur jour. Bien que globalement la compétition s’est bien déroulée, qu’elle a régalé les fans de football et que la CAF s’est dite globalement satisfaite de l’organisation et de gestion rwandaise, les quelques couacs ont fait du mal à l’image que voulait donner Rwanda. Le Rwanda, régulièrement cité parmi les pays d’Afrique à la croissance économique les plus fortes, voit son mythe de la « success story » économique se déliter peu à peu. Les critiques à l’égard d’un développement factice ou encore élitiste se font de plus en plus entendre. L’accès à l’électricité et à l’eau est un réel problème que ce soit pour les touristes, les habitants de Kigali ou encore plus, ceux des zones rurales rwandaises.
Jean Mitari
www.jambonews.net
 

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